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vendredi 27 octobre 2023

Cinoche d'antan : complotisme et Morricone chez Sollima


 
Sergio Sollima est un petit maître du film de genre italien des décennies 1960/1970. Du côté du très ravagé style western spaghetti, il a réalisé l'excellent Colorado (La resa del conti, 1966) et côté polar La cité de la violence (Città violenta, 1970).
Mais un de ses films les plus bizarres et original à notre goût est La poursuite implacable (Revolver, 1973). 
Bizarre parce que ça commence comme un puzzle : deux truands se font plomber lors d'un braquage dans la région milanaise, un puissant homme d'affaire transalpin se fait dessouder à Paris et un ex-flic viril et moustachu à souhait (Oliver Reed) devenu directeur de prison, se fait kidnapper son épouse légitime par des gugusses qui tiennent mordicus à récupérer un de ses pensionnaires.
Et là, le spectateur se dit que c'est parti pour un film d'autodéfense et de vengeance comme aux plus belles heures de Charles Bronson ou Clint Eastwood.
Que nenni !
Pour commencer le flic qui veut récupérer madame et le truand évadé qui ne comprend guère ce qu'on lui veut (Fabio Testi) vont passer une alliance objective et improbable.
 
Et auront pour complice une idéaliste gauchiste* (Paola Pitagora) qui fait traverser la frontière franco-italienne à des travailleurs sans papiers à titre gracieux (en 1973!).
Ensuite, inspiré du meurtre du magnat de gauche Enrico Mattei, en 1962, (dont Francesco Rosi tira un autre film en 1972), le scénario glisse vers un crime d'État couvert par un complot impliquant des truands siciliens de seconde zone, des flics italiens, des figures du milieu français, des flics français, des politicards sans frontières et une star du show-biz genre Hippie de luxe. 
Le rôle de Al Niko, chanteur à succès mouillé avec une belle brochette de truands et de vieux dégueulasse, image vivante de la récupération du mouvement hippie par l'industrie, devait originellement être tenu par Johnny Halliday. Mais soit, la production a reculé devant le cachet exigé, soit notre Jojo avait mieux à faire qu'un salaud veule à souhait, il a finalement échu à une vieille connaissance: Daniel Beretta ! 
Qui s'en tire honorablement dans son numéro de méprisant crétin veule et vénal.
Cerise sur le gâteau, la musique de l'objet a été confiée aux soins du maestro Ennio Morricone.


Thème musical repris en chanson au générique du début : Un amico ou Un ami paroles de Bevilacqua ( aka Christophe) et Catherine Desage, composé et arrangé par Ennio Morricone et interprété ar Daniel Beretta.
Et zou!

* Un scène involontairement jubilatoire est quand la belle entreprend l'éducation politique du voyou qui jusque là s'en foutait royalement. Ce qui donne un dialogue avec des arguments du plus haut comique : "Cipriani, on l'a tué, comme on tue tous ceux qui sont dangereux pour le système. Comme on a tué Mattei, Kennedy, Trotsky, Che Guevara..." (Si ! Tous flingués par la loge P2 ! Le saviez-vous ?)

vendredi 8 juillet 2022

Quand Souchon s'essayait à l'anglais

 

Le côté sympathique d'Alain Kienast, dit Souchon est que dès qu'il connut le succès, en 1976, après avoir tâtonné cinq ans, il mit une certaine distance ironique avec son personnage de grand dégingandé romantique et rêveur.
Comme on dit dans les médias, les plus anciens se souviendront que les dits tubes furent J'ai dix ans (1974) et Bidon (1976).
Grâce à l'ami John Warsen, on se rend compte qu'outre avoir chanté quelques versions en italien, ce qui paraissait évident, il existe quelques version anglaise relativement inédites (en extraite du coffret Les Années RCA 1974 - 1984 de 1994).
Si on y revient aujourd'hui, c'est que généralement les adaptations de la langue de Balzac à celle de Dickens sont soit particulièrement parodiques, soit particulièrement fainéantes.
On salue donc ici un bel effort d'une traduction soignée pour ce Bidon devenu I'm a joke. C'est léger, comme disait ma grand-mère "ça ferait pas de mal à un train de marchandise" mais, que voulez-vous, c'est de la variétoche honorable et c'est l'été.
Y'a pas de raison qu'il n'y ait que Radio France qui ne se prélasse que dans la rediff'. 

 

Et puisqu'on a causé aux plus nostalgiques, peut-être les plus jeunes ne savent pas que le même gars commit quelques morceaux aux paroles honorables, là encore loin du grand dadais, dont ce Poulailler's song de 1978 (en face B de Allô Maman bobo, on sent le label qui ne voulait pas trop se risquer, tout de même) capté dans on ne sait quel concert en on ne sait quelle année et qui reste horriblement actuel.

mardi 31 mai 2022

Rayon vieilleries : Noël de sang et de larmes


Un peu de nostalgie au sujet d'un succès décalé: un chant qui se voulut pacifiste en temps de crise des euromissiles et termina comme tube de Noël.
En 1980, John Lewis aka Jona Lewie, 33 ans dont une bonne partie à jouer du blues et du boogie (avec The Thunderbolts et en solo) vient de signer chez le mythique label punk et new wave Stiff Records et, pour fêter ça, obtient un succès d'estime avec la chanson à synthé You'll always find me in the kitchen at the parties.
L'année suivante, il décroche la timbale avec une parodie de La charge de la brigade légère (poème militariste de Tenysson suite à un haut fait d'arme aussi sanglant qu'inutile de l'armée britannique qui passait par la Crimée). Ce mélange de pompage de Mozart et Alfvén (merci Wiki) en fanfare mixé à du synthétiseur primitif narre le cafard d'un soldat fatigué qui ne souhaiterait rien tant que de retrouver son foyer pour Noël (d'où le carillon) non sans maudire un certain Winston Churchill qui l'a envoyé dans ce trou à rat.
Faite pour protester contre l'armement forcené du territoire européen, la chanson devint donc le chant de Noël de 1980 et de l'année suivante. Elle fut ensuite incluse à l'album Heart Skips Beat en 1982, ce qui permit au label d'en écouler quelques millions d'exemplaires supplémentaires.
Depuis, Jona Lewie s'est fait discret, il joue du blues, du ukulélé ou apparaît dans un trio avec un autre singulier personnage, Captain Sensible (ci-devant bassiste des Damned).
Quant à Stop the cavalery, à la revoyure, ça a finalement plutôt pas mal vieilli.
That's all folks.

mardi 22 juin 2021

Billie Joe et Marie-Jeanne, mais de quoi que ça cause ?

 

Bobbie Gentry sur le Tallahatchie Bridge (Miss.)                  I

Il arrive qu'une bonne vieille chanson de variétoche vendue à des millions d'exemplaires garde une part de mystère.
Le cas de Ode to Billie Joe de Bobbie Gentry est l'exemple idéal du gentil tube à côté obscur. 
En 1967, l'artiste country folk enregistre cette sombre ballade qui se propulse immédiatement en haut des charts et être ensuite reprise par le gratin de la chanson américaine, d'Ella Fitzgerald à Frank Sinatra.
Mais que raconte la chose ? Une jeune paysanne rentre chez elle pour le déjeuner et dans une ambiance lourdingue, ô combien peuplée de non dits, elle apprend que ce jeune bon à rien de Billie Joe MacAllister s'est foutu en l'air en se jetant du pont de la Tallahatchie River. La narratrice en a l’appétit coupé, surtout lorsque sa mère rapporte avoir vu une fille lui ressemblant étrangement en compagnie dudit vaurien jeter un paquet dans la même rivière quelques temps auparavant. Ici, l'auditeur attentif se demande si cette aimable scène champêtre avec suicide ne dissimule pas un infanticide...
Puis la chanson se clôt sur le quotidien du Sud profond : le frangin s'est barré, le père est mort de la grippe et la mère déprime. De la joie par kilo tonnes, donc. 
La chanteuse à la BBC en 1968.

 

Le tube aura donné un nombre invraisemblable d'interprétations pour expliquer le suicide de Billie Joe, de relations homosexuelles sous-jacentes avec le frangin, à une allusion à la conscription au Vietnam. Bobbie Gentry avancé des hypothèses variées en préférant ne rien révéler de cette tranche de vie et de mort. 
Il existe quelques reprises en autre langue. Joe Dassin a adapté la chanson l'année de sa sortie et cartonné aussi sec.
Sauf que dans l'adaptation du fils du génial cinéaste, Billie est devenu Marie Jeanne, le coton de la vigne, le 3 juin le 4, et Choctaw Ridge Bourg-les-Essones où coulerait la Garonne ( d'où l'incompréhension totale des habitants des bords du fleuve qui se demandaient où se trouvait donc ce putain de bled !)
Pour le reste, il demeure l'atmosphère lourdingue, les secrets de famille et les amours adolescentes malheureuses. 
On reste encore étonné du succès obtenu avec un tel sordide.
À moins qu'on n'ait rien compris et ait l'esprit mal tourné.
 

 

jeudi 22 octobre 2020

Archives du scopitone (9) Les Escrocs

 


Tandis que couvre-feu s'étend sur le territoire, on se réfugie lâchement dans le passé et une certaine insouciance
Un faux scopitone à la mode rétro qui nous vient tout droit de 1994. 

Mobs et bistrots, java et cuirs, marques aujourd'hui disparues, c'était l’œuvre des Escrocs dans La mobylette.

 
Pour mémoire, ce groupe fut formé, en 1993 d'Éric Toulis (chant, guitares, basse, banjo, trompette) d'Hervé Coury (chant, claviers, accordéon, flûte, clarinette) et de Didier Morel (chant, percussions) issus des défunts Waka Waka.
Honorable ensemble de variété faisant dans le swing, la java, la tango ou le reggae funky, ils eurent dès leurs débuts la chance d'obtenir un tube monstrueux sur un rythme de bossa cynique, le fort sympathique Assedic.
Rappelons à la jeunesse que cet organisme, ancêtre de Pôle emploi était censé nous rémunérer les chômeurs.


Plus ou moins mise en sommeil en 1998, la bande s'est reformée en 2015 en s'adjoignant quelques complices.

jeudi 3 septembre 2020

Vetty, l'amour à St Étienne


Exhumons un phénomène étrange aujourd'hui oubliée.
Normalement, quand on a une voix pareille, on fait dans la chanson pour gamin. Mais non, Yvette Levis, alias Vetty, (née à Lyon en 1941) rêva de brûler les planches dans la grande tradition de la chanson populaire rigolote et quelque peu absurde.
Elle débuta en Suisse, à la Chaux-de-Fond en 1961 puis fut remarquée dans un jeu télévisée animé par Guy Lux et Bruno Coquatrix, y gagnant trois semaines d'ouverture pour Gilbert Bécaud à l'Olympia. Puis, elle fut embarquée dans la tournée de Claude François.
En 1969, elle enregistra son unique disque, un EP 4 titres (Riviera 231328) dont le plus connu est ce Johnny, si tu viens à Saint-Étienne (la lyonnaise est parfois moqueuse) ode à l'amour écrite par Jacques Martin.


Sa voix, disons particulière, la fit ensuite bosser dans une série télévisée pour enfants avant de jouer une pièce de Vavclav Havel au Théâtre National de Strasbourg. Entre 1975 elle tourna avec Maurice Fanon et Jacques Mailhot.
Et puis, on n'entendit plus parler d'elle.
La loufoquerie d'une certaine époque...
Ici en janvier 1966


vendredi 27 décembre 2019

Du côté des chômeurs


Pendant qu'une crapuleuse réforme des retraites a mis le pays en grève, nos ignobles gouvernants ont passé en douce une autre réforme, celle du chômage, qui a des effets pour le moins drastiques. 
Derrière ces "aménagements", comme disent ces faux-culs, (avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers au lieu de 4 sur 28, avoir au moins 910 heures pour des droits rechargeables, salaire journalier prenant en compte les jours non travaillés, ce qui fait une belle baisse aux intérimaires, 30% de dégressivité après 6 mois d'allocations) il est clair qu'il s'agit d'envoyer le travailleur au turbin à n'importe quel prix (pour lui) et condition.
Ce n'est pas encore fait, ce sera pour début avril.
Le chômage ayant été chanté, surtout depuis 1929, Les Vanneaux de Passage du mois de janvier ausculteront la culture de l'inemploi et des licenciements le lundi 6 janvier à 17h30 sur le 92.2 fm de Canal Sud.

À propos de discours dominant de faux-culs, la Chanson du DRH d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet issu de leur spectacle Frère animal.


Rennes, 2012

mercredi 26 juin 2019

We the people / Delphine, la reprise inattendue



Encore une reprise complètement improbable.
We the people (En toute simplicité) fut un groupe garage à tendance psychédélique basé à Orlando (Floride). Le nom vient du fait que ses membres provenaient de différents combos, the Coachmen, the Trademarks, the Nation rocking shadows, the Offbeats et avaient décidé de former une sorte de super-groupe de luxe. Actifs de 1966 à 1970, ils ne connurent de leur vivant qu'un succès d'estime malgré le fait que leur chanson Mirror of Your Mind soit devenue un tube local le temps d'une saison.
Réapparus dans les compilations des années 1980, ils sont depuis repris par plusieurs groupes de revival garage.
Mais la chanson qui retient notre attention aujourd'hui est In the past (1966).



Comme on l'entend, We the People avait une arme sensée leur assurer la conquête des radios : un instrument fabriqué par le grand-père d'un de leurs proches. Baptisée «Octachord», cette curiosité, entre sitar et mandoline, produisait ce son accompagnant magnifiquement la vague psychédélique de 1966.
Par quels chemins tortueux, Delphine Bury, nom de scène Delphine, chanteuse originaire de Charleroi se retrouva-t-elle à adapter cette chanson en 1967 pour son troisième 45 tour quatre titres sorti par Decca en France et en Belgique ? Nul ne sait.
On constatera que des petits malins s'étaient procuré les bandes du groupe de Floride et avaient juste collé la voix de la jeunette par dessus.
Ce qui donne La fermeture éclair, chanson un chouïa moraliste destinée à mettre en garde les jeunes filles contre les appétits libidineux des ogres masculins.
Après tout vu l'état de la contraception à l'époque...



On s'en doute, Delphine ne connaîtra pas le succès.
Même en sortant un autre 45 tour qui reprenait Les prisons de sa majesté de sa collègue Clothilde, notoire déjantée dont on vous avait causé à l'époque.
On ne sait ce qu'elle est devenue depuis.

samedi 25 mai 2019

Valérie Lagrange

Danièle Chareaudeau tirerait son pseudonyme de son premier rôle dans "La jument verte", bouffonnerie de Claude Autant-Lara où elle passe son temps à lutiner dans une grange.

Son amitié avec Pierre Barouh et Francis Lai lui a fait essayer la chanson pour un album assez original en son temps : Moitié-ange, moitié-bête.

Outre un duo avec son compagnon, le comédien Jean-Pierre Kalfon et une reprise de Mouloudji "La chanson de Tessa", on y trouve son premier tube : "La guérilla" écrit pour elle par Gainsbourg


Puis elle enchaîne quelques films et joue quelques concerts avec son futur mari Ian Jelfs, plutôt folk, puis glissant vers un reggae un peu punk sur les bords à partir de 1977.
Au début des années 1980, elle a un succès retentissant : Faut plus me la faire. Chanson devenue disque d'or, qui constitue une tentative de Pat Benatar à la française, le solo de guitare étant assuré par Steve Hillage, ex-membre de Gong et futur producteur de Rachid Taha.
Puis, elle tourne avec un groupe de luxe : The Ruts DC, anciennement The Ruts, un des groupes post punk les plus doués de son temps temps, brutalement stoppé par la stupide mort par overdose de son talentueux chanteur, Malcolm Owen.
En ouverture de l'album "Chez moi", enregistré en Angleterre par Mick Glossop,  Showbiz :



Elle fera quatre albums dans les années 80 avant d'être lourdée par sa maison de disque et se consacrer à l'humanitaire et à son compagnon gravement malade. Elle a fait un retour, en 2003, sous le patronage de Benjamin Biolay. 

ps : on aimerait comprendre pourquoi cet humble site est bloqué par la mairie toulousaine et donc inaccessible dans les bibliothèques. Sa seigneurie, mètre-étalon de la médiocrité, se serait-elle sentie insultée ou désobligée ? Z'ont que ça à foutre les veilleurs municipaux ?

lundi 22 avril 2019

Louis Chédid lucide

Étienne Léandri, ci-devant collabo devenu exécuteur des basses œuvres de la Cinquième
On confesse une coupable affection pour Louis Chédid qui, malgré son goût pour une variété souvent raffinée mais parfois mièvre a, de temps en temps, sous sa nonchalance affectée, des textes particulièrement bien troussés.
Si possible sans avoir l'air d'y toucher.

Abordant un monde de truands en col blanc, ou du moins à façade respectable, il écrivit donc ce Chat noir, qu'il a enregistré en Juin 2010 avec son fiston.
Du crime vécu comme une start-up. 

lundi 1 avril 2019

Faux, plagiats, détournements, confusion, les Vanneaux d'avril

Jean Gabin dans l'Imposteur de Duvivier (1944). Dans ce mélo patriotique, la voix de Gabin est celle de Robert Dalban, officiellement pour cause d'engagement dans les FFL.
Les Vanneaux se vautrèrent ce soir dans les mauvaises plaisanteries à base de détournements et autres supercheries. Say no more.

El Vez                            Go, Zapata, go !
Régis Barly                    Faux beatnik
Foster Jenkins                La reine de la nuit
El compa sacra              Falsos amigos
Georgius                         Monsieur Bébert
Thomas Jensen                Les faux-monayeurs
Zangalewa                      Waka, waka
The Kinickebokers          Lies
Plastic Bertrand              Ça plane pour moi
Milli Vanilli                      Girl you know it's true
Andrew Loog Oldham     The last time
K-rime                              Menottés
Henri Salvador               Mama goteu goteu
Castelhemis                    L'armée
Julio Sosa                        Cambalache
Ragga sonic                    Mythos
Monique Leroux-Bray     L'hymne à l'amour
Mouse & the Traps         Public execution

Si vous y tenez, vous pouvez, écouter ou télécharger en cliquant là.

Vu qu'on l'a raté à l'antenne, voici Les flics arrivent de Guy Peterman, un heureux détournement de Surfin' Hootenany de Al Casey.



Et, comme vous ne pensiez tout de même pas échapper au 1er avril. Un imposteur dans la variétoche de 1976 qui en écrivit quelques-unes d'écoutables.

dimanche 25 novembre 2018

Le camarade Eddy conspue le capitalisme aliénant


Péremptoire, un fanzine de ma jeunesse proclamait, en son éditorial, Nous ne serons pas les Eddy Mitchell de notre génération !
Même s'il est vrai qu'on préférera toujours plutôt être Louise, Monsieur Eddy a finalement fait une carrière discographique et cinématographique plutôt moins pire que bien d'autres.
Au moins et contrairement à beaucoup de ses semblables, notre Schmoll de Ménilmontant sut pratiquer une chanson gentiment contestataire bien AVANT mai 68, se dotant ainsi d'une image de crooner et rocker sceptique pessimiste capable de rallier des blousons noirs de la Porte de Montreuil comme des cadres en plein malaise, comme on disait à l'époque.

Prenez sa chanson "sociale" par excellence, Société anonyme de 1966 (avec ici une apparition de Lulu)  :



Monsieur John Warsen, du blog Je suis une tombe, nous fait remarquer que le gars avait auparavant commis une adaptation du No particular place to go d'un Chuck Berry qui, s'il n'avait cure du prix de l'essence, galérait avec sa ceinture de sécurité.



Cette reprise l'ayant rendu lyrique (John, pas Eddy), on se fait une joie de citer la fin de son article :
L'adaptation d'Eddy Mitchell, quant à elle, escamote subtilement la question raciale, pour se concentrer sur une critique radicale du capitalisme financier. Eddy venait de lire La société du spectacle de Guy Debord et voulait se payer le rêve américain, en épinglant ses pires travers. A l'époque où sort le quarante-cinq trous A crédit et en stéréo on pensait que le consumérisme ne s'en relèverait pas, mais finalement sa capacité à récupérer sa critique fonde son aptitude à la survie, et je crois bien que tant que l'homme blanc n'aura pas pollué la dernière rivière et abattu le dernier arbre, il n'acceptera pas l'idée que l'argent ne se mange pas, il est un peu idiot, à crédit et en stéréo.

Chuck meets Guy-Ernest ? Sérieux ? Dont acte :





vendredi 21 septembre 2018

On a chanté Bonnot (2) deux versions


Ces hommes prennent des risques désespérés et quand ils sont pris, ils ne se trahissent pas les uns les autres car leur scénario ne les y appelle pas. C’est une idée qu’ils ont d’eux-mêmes.
Malcolm Menzies En exil chez les hommes 




Bonnot était cerné. Tant de monde pour tuer un seul homme. Derrière les forces de l'ordre se pressait une rangée de badauds retenus par les gendarmes. Il y avait des femmes et des enfants parmi eux. Ils étaient venus là comme des chacals pour le regarder mourir.
Malcolm Menzies En exil chez les hommes 


On recommande ce bouquin ainsi que tous ceux écrits par ce charmant et plus tout jeune écossais. C'est tout pour aujourd'hui.

jeudi 14 décembre 2017

Stella et ses deux vies



Stella Zelcer est née en 1950 à Paris. Elle a enregistré son premier disque à 13 ans.
En tout, elle en a commis une quinzaine, entre maxis et LP entre 1963 et 1968. Un de ses album est même sorti aux USA. 
Ses 44 chansons ont été enregistrées et écrites son jeune oncle Maurice Chorenslup, sur le cas duquel on reviendra à l'occasion.
  Donnant un peu d'air frais décalé dans la niaiserie "yé-yé" de l'époque, elle parvient à placer quelques titres dans les hit parades.

 Mais, dixit elle-même, cette vie facile et superficielle de chanteuse à succès n'était pas conforme à celle de musicienne qu'elle imaginait. Elle met donc volontairement un terme à sa carrière solo en 1968 (comme par hasard). Elle a alors 17 ans. 

 

 Et entame une deuxième carrière : elle chante, joue du piano de la guitare et de
la flûte dans divers groupes.
En 1969, elle rencontre puis unit sa destinée à celle de Christian VANDER, leader provocateur et ambigu du groupe MAGMA en cours de formation. Stella ZELCER est devenue Stella VANDER et œuvre dans l'ombre du groupe en s'occupant notamment...  des éclairages avant d'en devenir choriste permanente en 1972. Dès lors, il y aura toujours des chœurs féminins dans MAGMA.
 Ayant toujours trouvé ce groupe un peu emphatique, on vous le passe dans un extrait du film de Jean Yanne "Moi y'en a vouloir des sous" avec un Caussimon jubilant d'y jouer à l'évêque depuis "Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil".



lundi 11 décembre 2017

Quand Nicoletta s'essayait à... du Screamin' Jay !


Après une enfance passée chez les Indiens Blackfeet, Jalacy Hawkins (1929 - 2000), universellement connu comme "Jay le braillard", tenta d'abord sa chance sur les rings de boxe, comme guitariste de jazz, puis en chanteur fantaisiste dans les cabarets à soldats. En 1956, outre adopter une tenue loufoque entre vampire et cannibale, il révolutionne le blues en y collant un rythme de valse à trois temps et vitupère son I put a spell on you.     


Même censuré en radio, le titre lui assure une belle renommée à l'étranger. Il sera ensuite repris par Nina Simone, Creedence Clearwater Revival, The Animals, Them, Buddy Guy, Brian Ferry, Natacha Atlas, Joe Cocker, Nick Cave, Marilyn Manson, Iggy Pop, etc, etc...
Ce qui donne à penser que le lascar savait parfaitement faire swinguer les droits d'auteur.   


Mais une des reprises les plus inattendues est peut-être cette adaptation en français, chantée par Nicole Grisoni, alias Nicoletta, en 1967. En ces années, la dame s'essayait au blues et au gospel et ce grand séducteur de Guy Marchand  lui avait mitonné ce Ça devait arriver qui n'a pas dû gonfler démesurément le portefeuille de notre Hawkins farceur.
On ne peut que déplorer de n'avoir pas eu la même jouée par le furieux Hector, digne variante locale du gueulard originel.


Pour se remettre de l'orgue, notre Sreamin' Jay au grand écran : cette séquence est tirée de Rage in Harlem, médiocre adaptation de la Reine des pommes du divin Chester Himes.

mardi 5 décembre 2017

En décembre, la bosse du commerce

Commerce équitable 1941


Hier soir, nous vous avons donc refourgué à vil prix
Job Lagadec                  T'as plein d'argent, t'es commerçant
Boris Vian                      Le petit commerce
Christine Sèvres            Dans les grands magasins
Jean Ferrat                    Prisunic
Adrienne Pauly              La fille du Prisunic
Les Matchboxxx            Fauché comme toi
Gilbert Bécaud              L'orange du marchand
Juliette                           Les petits métiers
Les Voleurs de poules   L'épicier
Bourvil                          Les crayons
Jacques Pills                 Marché rose
Georgius                       Monsieur Bébert
Expression D                Dealer pour survivre
Énigme
Java                              La boulangère
La Bolduc                     Oui, on en a des légumes
Danialou Sagbohan     Commerce triangulaire
Jacques Debronckart   Le klepto

On peut donc charger, écouter jusqu'à plus soif à cette adresse.
Le temps d'écoute sera autant de consacré à ne pas acheter quoi que ce soit.

Et on s'excuse auprès de Mme Bolduc qui vient bien de Gaspésie et pas d'ailleurs. Émotion, quand tu nous tiens !
En sus (merci François), le groupe Odeurs en rajoute sur les grandes surfaces. Et ça a plus de trente ans. Comme la musique l'indique.





mardi 25 juillet 2017

Schmoll adapte Creedence, Leadbelly et se plante

Vie quotidienne au pénitencier d'Angola

À l'origine une chanson folk, country-blues du début du XXème siècle populaire chez les prisonniers du Sud des États-Unis, coutumiers du "chain gang" (groupe de forçats condamnés au travail forcé attachés entre eux).

Sa première occurrence apparaît imprimée en 1905, le premier enregistrement connu est de Dave "Pistol Pete" Cutrell, cow-boy chantant, en 1926.
Comme c'est généralement le cas pour les chants du peuple, les paroles varient au gré des interprètes.
Car, c'est bien le bluesman Leadbelly ("ventre de plomb") qui va non seulement donner ses lettres de noblesse à Midnight special mais proposer une explication du titre aux Lomax, venus enregistrer au pénitencier d'Angola. Enterré en cet enfer pour avoir défouraillé dans une rixe de bar, Leadbelly affirme que le Midnight Special est le train de Houston, plus ou moins mythique, qui doit emmener les bagnards loin de ce trou à moustiques paludiques. D'ailleurs si un gars l'entend passer à minuit, il sortira immanquablement dans l'année.


 Le bluesman utilisera sa séance d'enregistrement avec les musicologues pour demander sa grâce au gouverneur. Par ailleurs John et Alan Lomax l'ont abusivement crédité de cette chanson. Suite à cette séance, de 1933, la complainte deviendra populaire chez les bluesmen (Big Bill Bronzy, Otis Rush, Sonny Terry, etc.), folkeux (Pete Seeger, Les Paul, Bob Dylan, etc.) et rockers (Little Richard, Van Morrison, the Beatles, Eric Clapton, etc.). Sans oublier les variantes zydeco ou calypso du début des années 1960.
Une des versions les plus populaires est certainement celle du groupe californien Creedence Clearwater Revival sur l'album Willy and the poor boys (1969) Démonstration :


L'anecdote étant narrée, il ne reste plus qu'à passer à ce qu'il faut bien nommer le très réussi ratage de notre crooner et cinéphile de Belleville, Monsieur Eddy,  Schmoll national, qui en fit un gospel mou et erratique sur son disque de 1977 "La dernière séance".
Rien qu'à cause de l'émission éponyme, il te sera beaucoup pardonné, Claude. Et on a parfois bien du mérite...

dimanche 16 juillet 2017

L'autre Nobel en chansons

L'auteur en jeune homme (merci à Rimbaud)
Maintenant que les querelles inutiles autour de l'attribution du Nobel de littérature au Robert Zim' se sont tues, intéressons-nous au cas du Nobel de littérature millésime 2014.

On a tout d'abord bien rigolé lorsqu'on a appris que le Prix (avec un grand P comme dans la respectueuse) avait été attribué à un zigue qui a toujours détesté s'exprimer en public, victime d'une timidité maladive, bafouillant dès qu'on le regarde qui se voyait donc obligé d'y aller de son petit discours devant le gratin de l'académie suédoise.

Voyez-donc, en illustration,  ce brillant extrait d'Apostrophes (1985) dans lequel la cuistre malpolie de service coupe notre nobelisable plutôt embarrassé.


On ne va pas ici vous résumer la carrière du type aux 29 romans et aux 8 scénarios (dont Lacombe Lucien de Louis Malle) plus quelques pièces de théâtre, il y a d'excellents sites pour ça. Ni revenir sur son lourd passé familial à l'heure où il est du dernier chic, au sein de la république des lettres, d'avoir eu des parents collabos. Quoiqu'un paternel comme celui-là, on comprend que ça vous fournisse le prétexte à une demi-douzaine de bouquins.
Comme de bien entendu, on va plutôt s'arrêter sur l'auteur de chansons.
En 1967, il en écrit une vingtaine mises en musique et interprétées par Hugues de Courson, futur Malicorne. La reconnaissance de l'écrivain donnera à une maison de disque (Ballon noir) l'idée d'en ressortir certaines sur l'album Fonds de tiroir en 1979. Bide incontestable.
Toutefois, en 1968, certains morceaux, à l'accent quelque peu Gainsbouriens, avaient connu un beau succès chantés par François Hardy (Étonnez-moi, Benoît), Régine (L'aspire à cœur) ou Myriam Anissimov (À tout petits petons).
En 1993, le groupe Casse-pipe reprendra deux chansons du couple Modiano / De Courson, sur son premier album Chansons noires Tome 1. Parmi elles, La coco des enfants sages,  ici en version originale tirée de l'album méconnu. Pour l'anecdote, les chœurs sont pris en charge par les filles d'Hugues de Courson Anaïs et Leïto.


Remettons-en une couche avec le duo Radiomatic (Pascal Parisot et Fredda) reprenant le classique de Françoise Hardy en twist énergique.


dimanche 18 juin 2017

Mort Shuman et Bakounine

Petite précision en préambule : Mort Shuman (1938-1991) ne fut pas uniquement le chanteur de variétoche qui squattait nos trois radios périphériques dans les années 70.
De 1958 à 1965, ce petit gars de Brooklin fait équipe avec l'ex chanteur, bluesman et parolier Doc Pomus pour pondre une bonne centaine de chansons aux Drifters, Ray Charles, Elvis Presley, Janis Joplin, Ben E KIng, the Coasters, etc.
Et puis, le bonhomme s'étant lié d'amitié avec Brel et Eddy Mitchell, il s'installera en Europe pour la suite que l'on sait.
Un beau fleuron de la production des forçats de la partition par des Animals tardifs.


En musardant sur le ouèbe (ouais, y'en qui ont du temps à perdre) on tombe parfois sur des élucubrations* étonnantes.
Nous reproduisons partiellement cet article de Jean-Christophe Angaut sur le site des Ateliers de Création Libertaire : Bakounine et le Lac Majeur.

 Une amie m’a récemment transmis une question : il semblerait que la chanson Le Lac Majeur, interprétée par Mort Shuman, contienne une allusion à Bakounine, mais celle-ci est peu évidente… Sur le moment, cela m’a un peu surpris, sans doute parce que je n’avais qu’un souvenir très lointain de ce qui était pour moi un morceau de variété sentimentale des années 1970, ensuite parce que, réécoutant la chanson, l’allusion, en effet, n’apparaît pas d’une manière flagrante. Alors je me suis un peu documenté et j’ai d’abord découvert que la chanson avait été écrite par Étienne Roda-Gil, ce qui est un début de piste.


Roda-Gil

Fils d’anarchistes espagnols, il fut militant libertaire dans sa jeunesse, avant de devenir le célèbre parolier que l’on sait. Il écrivit d’ailleurs l’une des chansons les plus connues de ces dernières décennies, en hommage à l’insurrection makhnoviste d’Ukraine lors de la guerre civile de 1918-1921, la fameuse Makhnovtchina (composée sur un air qui servit de chant aussi bien pour les armées blanches que pour les bolcheviques), titre présent sur la compilation éditée par Jacques Le Glou en 1974, Pour en finir avec le travail.

Perron et Bakounine à Bâle (1869)
D’autre part, il y a en effet un lien entre Bakounine et le Lac Majeur, puisque le révolutionnaire russe séjourna sur les rives de ce dernier de 1869 à 1874, d’abord à Locarno , puis à partir de 1873 à La Baronata, une propriété achetée par son ami et compagnon de lutte Carlo Cafiero. Celui-ci, issu d’une famille de la grande bourgeoisie, avait fait le choix de tourner le dos à son destin social et de consacrer son héritage à financer la Cause (il fut aussi l’auteur d’un remarquable Abrégé du Capital de Karl Marx,réédité en 2008 par les Éditions du Chien Rouge). L’idée était alors de disposer d’un lieu, à proximité de la frontière italo-suisse (dans le canton italophone du Tessin), qui puisse héberger des révolutionnaires et en même temps posséder une certaine autonomie grâce à la mise en culture du terrain environnant. Mais l’expérience tourna court, le projet trop vaste engloutissant l’héritage du (désormais) pauvre Cafiero, Bakounine s’avérant à cette occasion un piètre gestionnaire (il eut par exemple l’idée de faire exploser les rendements agricoles du terrain en utilisant force engrais, ce qui eut pour seul résultat de tout brûler). Il en résulta une brouille entre Bakounine et Cafiero et le projet fut abandonné. C’est finalement à Lugano, non loin de là, que Bakounine, malade, passa les deux dernières années de sa vie.

Dans un livre en anglais sur Mort Shuman sur lequel je suis tombé en faisant ma petite enquête (Graham Vickers, Pomus & Shuman: Hitmakers Together and Apart) on trouve l’éclairage suivant, qui viendrait de Mort Shuman lui-même : “Assurément, on ne pouvait attendre de personne qu’il remontât au germe initial de l’inspiration de la chanson de Roda-Gil qui, selon Mort, était une anecdote à propos de Bakounine, qui vola toutes les recettes collectées pour un congrès de parti à Moscou et emmena sa femme au bord du Lac Majeur où il fit tirer un grand feu d’artifice en son honneur, ce qui suggéra à Roda-Gil l’image de la neige tombant sur l’eau”. Le récit attribué à Mort Shuman contient bien des inexactitudes qui en compromettent la crédibilité : il n’y a jamais eu de congrès de parti, encore moins à Moscou, pour lequel des fonds auraient été levés et que Bakounine aurait détournés - et ce dernier n’eut pas besoin d’emmener sa femme à un endroit où ils vivaient ensemble depuis cinq ans. Néanmoins l’histoire possède un fond de réalité, et il n’est pas impossible que l’interprète ait brodé à partir des quelques informations transmises par son parolier.
Carlo Cafiero

L’anecdote du feu d’artifice est véridique : Bakounine en fit tirer un par son ami Celso Cerrutti, en l’honneur de sa femme de retour d’Italie. L’anecdote est rapportée par James Guillaume dans L’Internationale. Voici ce qu’écrit Bakounine à propos de cette soirée du 13 juillet : « Lundi 13. Arrivée d’Antonie, que Ross, parti hier dimanche, a rencontrée à Milan, avec toute sa famille, papa et les enfants. Arrivés à onze heures et demie. Enchantés. Soir illumination et feu d’artifice, arrangés par Cerrutti. Le soir, tard survient Carlo Cafiero. » L’anecdote n’en serait qu’une de plus sur la vie de Bakounine si elle ne prenait place sur la toile du fond du désastre de la Baronata et des relations de Bakounine avec Cafiero, qui se détériorèrent précisément durant ces quelques jours de juillet 1874 - sans que l’on sache si l’épisode du feu d’artifice, dont on imagine qu’il s’agissait d’un divertissement coûteux, a pu jouer son rôle dans le sentiment qui semble avoir grandi chez Cafiero que l’argent qu’il destinait à la lutte révolutionnaire se trouvait bien mal employé en étant investi dans la Baronata (on est libre d’imaginer, par exemple, qu’il goûta assez peu le feu d’artifice, au moment où il arrivait à la Baronata avec de l’argent, des armes et de la dynamite pour une insurrection à venir).

Insurrection de Bologne, 1874
Mais on peut tenter d’aller plus loin, et  par exemple avancer que les enfants qui crient de bonheur sont ceux qui accompagnent Antonia revenant d’Italie. Mais c’est peut-être aussi une allusion aux enfants de la Page d’écriture de Prévert, saluant l’oiseau-lyre dans le ciel - ce qui, au demeurant, ne nous dit pas ce que viennent faire des oiseaux-lyre, volatiles originaires d’Australie, dans une chanson sur le Lac Majeur… Quant au pauvre sang italien qui coule en vain, pourquoi ne s’agirait-il pas de celui des révolutionnaires italiens, compagnons de Bakounine, qui s’apprêtaient au moment du feu d’artifice, à lancer un mouvement insurrectionnel dans toute la péninsule - mouvement qui finalement rendit le fameux bruit du pétard mouillé (mais auquel Bakounine tenta de participer, espérant, en plein désastre de la Baronata, trouver la mort sur une barricade). Mais la chanson ayant été écrite au début des années 1970, pourquoi ne pas y voir, aussi, une allusion aux mouvements italiens de l’époque?

* 1593 "Ouvrage exécuté à force de veilles et de travail" (première des deux définitions du petit Robert)

jeudi 15 juin 2017

Une scie espagnole tentée en français


En cinéma, les produits dérivés ne datent pas d'hier.
Prenons le conte cruel "Cria cuervos", dixième long-métrage de Carlos Saura, non seulement cette  étouffante histoire de fantôme dans le cadre de la bourgeoisie du franquisme agonisant rapporta un beau succès à son réalisateur en 1976, mais elle (re)mit en selle une bluette cul-cul la praline sortie deux auparavant et passée à peu près inaperçue.
Le 45 tour, Porque te vas ? que la jeune Ana Torrent s'envoie de manière obsessionnelle avait été écrit par José Luis Perales et chanté par Jeanette (Jeanette Dimech, de son vrai nom) réalisant ainsi un splendide bide.
Et le film en fera LA chanson de l'été 1976.
À tel point que je soupçonne bon nombre de ceux qui s'en souviennent d'avoir bêtement rêvé la résurrection de l'infâme BPS (Brigade politico-sociale) afin qu'elle saisisse tous les disques et mette fin à cette rengaine.
Mais trêve de mauvais esprit.
Née en 1951 d'une mère canarienne et d'un père belgo-maltais, Jeanette avait entamé une modeste carrière de chanteuse folk itinérante avant de se fixer en territoire ibérique et connaître quelques succès mineurs. Et puis ce faux reggae lancinant, digne des grandes heures de l'Eurovision, et le film qui s'ensuivit, lui assurèrent une gloire qu'elle ne connaîtra plus jamais après.
Comme le show-biz est d'une gloutonnerie sans pareille, Jeanette a aussi interprété une traduction en français de la chanson, pour les besoins de la version française du film sous le titre Pourquoi tu vis ? (rien à voir avec les paroles espagnoles, donc).
Toutefois c'est la version originale qui sera assez vite utilisée pour les diffusions en cinéma ou à la télévision.
On tente tout de même le coup en français, y'a pas de raison qu'on ait été les seuls à avoir été gavés à l'époque.

 

Pendant ce temps les groupes "d'ici" reprenaient résolument la version espagnole.
Un exemple honorable, les Chihuahua, menés par Napo Romero. Les lignes défilant sur cette VHS authentifient la date d'enregistrement : 1991.


Il doit exister, par ailleurs, plus d'une quarantaine de reprises qui vont des punks argentins d'Attaque 77 à l'insupportable Arielle Dombasle.
On vous laisse creuser pour exhumer vos préférées.