dimanche 28 avril 2019

Avant le premier mai, le 30 avril


Depuis 1978, en Hegoalde [Pays basque sud] sous l'égide de la nouvelle légalité démocratique, les manifestations ouvrières du 1er mai occupent de nouveau la rue. (...) Pourtant, au fur et à mesure des années, la participation baisse de moitié. Cette marche se convertit en compétition entre syndicats : il ne s'agit plus que de compter le nombre de travailleurs rassemblés sous chaque banderole. (...)
Pour remettre un peu d'ambiance, [en pleine reconversion industrielle] une série d'explosions vient rappeler que cette journée n'est pas un jour férié de plus arraché au calendrier du travail, qu'elle doit retrouver sa fonction de confrontation anticapitaliste. (...)
La deuxième initiative est l'instauration de la nuit précédant le premier mai, celle du 30 avril comme date, non plus des luttes ouvrières mais du sabotage. Revendiquer l'idée d'affrontement est une critique pratique de la fonction pacificatrice des syndicats (...) Violence, de fait distincte de celle pratiquée par l'illégalisme de masse (comme la destruction collective en fin de manifs d'infrastructures rejetées par la population) ou de celle des groupes armés qui exige une spécialisation technique pour la maintenance ou préparation du matériel. Dans cette optique, le sabotage se fonde sur l'usage de la violence contre des objets, non contre des personnes.


Jtxo Estebarranz Guerre à l'État 
(luttes autonomes et expériences alternatives au Pays basque 1982-1992)
Libertalia

Cancion de cuna (Berceuse) de La Polla Record (1984)




jeudi 25 avril 2019

En mai, ce sera la jacquerie

Moujiks partant ravaler un manoir

Depuis que quelques êtres humains se sont appropriés des terres que d'autres ont dû travailler à leur profit, il en est résulté un nombre d'intérêts contradictoires qui ont mené les second à se rebeller régulièrement contre les premiers. Et ce dans l'ensemble de la planète où a cours la propriété.
Depuis le souvenir sanglant de la Grande jacquerie de 1358, en pleine guerre de Cent ans, on a conservé ce nom pour les rébellions paysannes du monde entier.
La mémoire populaire en ayant gardé plus ou moins de traces, on a usé et abusé de cette appellation ces derniers temps.
Les Vanneaux du mois de mai creuseront cette mémoire chansonnière le lundi 6 mai à 17h30 sur les 92.2 de Canal Sud.
On y brûlera castels et récoltes. Qu'on se le dise.

En 1982 les Redskins, groupe trotskyste et néanmoins talentueux de York, chantent le souvenir des armées de paysans en marche.


Si elle n'est pas à proprement parler une chanson de jacquerie, Rebuscaores illustre le sort des journaliers d'Andalousie, corvéables à merci, en chômage récurrent, privés de terre et habitués de l'action directe, par le groupe de sévillanes rouges Gente del pueblo (décennie 1970)


lundi 22 avril 2019

Louis Chédid lucide

Étienne Léandri, ci-devant collabo devenu exécuteur des basses œuvres de la Cinquième
On confesse une coupable affection pour Louis Chédid qui, malgré son goût pour une variété souvent raffinée mais parfois mièvre a, de temps en temps, sous sa nonchalance affectée, des textes particulièrement bien troussés.
Si possible sans avoir l'air d'y toucher.

Abordant un monde de truands en col blanc, ou du moins à façade respectable, il écrivit donc ce Chat noir, qu'il a enregistré en Juin 2010 avec son fiston.
Du crime vécu comme une start-up. 


vendredi 19 avril 2019

Nos années 80, jeunesse toulousaine

Salut aux copains !
Aujourd'hui on relaie le boulot de Gilles Pujol, plus connu par chez nous comme Gilles Dougherty, alias pêché sur une pochette de disque de Louis Armstrong "Un des musiciens portait ce nom. J’ai trouvé que ça sonnait bien. Plus tard, j’ai appris que c’était aussi celui du premier mari de Marylin Monroe, ce qui n’était pas pour me déplaire."
Ancien guitariste des Lipsticks, puis jouant sous son propre pseudo, animateur de l'émission Batman time le dimanche sur Radio Occitanie (vers 1982-1985 si on se souvient bien), Gilles mène depuis des années une indispensable recherche d'archiviste sur notre scène rock toulousaine des années 80.
Tout le monde avait un groupe ou connaissait quelqu’un qui jouait. Ça créait une émulation extraordinaire. On se fréquentait tous, on portait de gros badges en plastoc qu’on fabriquait nous-mêmes. On débattait de nos préférences et on se prêtait des disques. On s’arrachait les imports d’Angleterre des Sex Pistols ou d’autres groupes de ce genre, et tout cela alimentait notre inspiration. Chacun s’engouffrait dans les goûts de l’autre pour améliorer sa connaissance de la musique. Bref, c’était très bon enfant.
Ce qui a donné ces derniers temps quelques soirées de reformations où on a pu, hélas, constater combien le rocker toulousain était périssable. Aucune allusion à la qualité musicale mais au nombre de ces joyeux drilles qui nous ont quittés ou qui se retrouvent hors-service d'une manière ou d'une autre.
Pas de nostalgie intempestive là-dedans, juste l'idée de ne pas faire sombrer une mouvance dans l'oubli. Car il s'agit aussi d'histoire.
Mais pas que. Après tout, on a retrouvé pas mal de ces bonnes gueules dans les manifs de ces trois derniers mois. Juste un chouïa vieillis.
Vespa Bop, qui mettait en rockab' des textes de la BD Kébra
Pourquoi cette ville d'agités, dans laquelle rockers et anars se retrouvaient volontiers au même bar, aux mêmes manifs bastons, n'a-t-elle pas accouchée d'un groupe mémorable alors que sur la même période, elle a fourni un nombre impressionnant de groupes de variétés des plus sirupeuses ?
La faute au grand trou noir ? Me faîtes pas rire !
Aux guerres d'egos ? À une mentalité de je m'en foutisme ? Peut-être un peu.
Dans cet entretien, Gilles avance une autre explication :
On peut voir les choses de deux façons. La première consiste à dire qu’en réalité, personne dans le vivier rock toulousain ne méritait vraiment de faire carrière. La seconde prétend que c’est une question de hasards. Si tous ces groupes avaient joué dans des bars de Paris et pas dans ceux de Toulouse, il y aurait eu forcément un producteur pour en lancer un ou deux. À Paris, dans ces années-là, tu tombais forcément un soir de concert sur un producteur éméché qui te disait : « Ok coco, je te veux demain dans mon bureau ». Certaines belles carrières sont nées sur ce genre de coups du sort. À Toulouse, ça n’arrivait pas.

 Et pour mieux illustrer son propos, l'homme à la Rickenbaker a mis en ligne 64 pièces d'époque où on navigue de 1977 à 1989.
On se fait donc une joie de la faire tourner ici.
Si vous avez la curiosité de tout écouter, vous trouverez quelques pépites. Nous, on écrase une larme d'émotion.

mardi 16 avril 2019

Paris brûle-t-il ?


Lundi 15 avril :
À 18h50 un incendie est déclaré.
À 19h50, la flèche de Viollet-le-Duc s'effondre.
À 20h, Macron est enfin muet.
Mardi 16 avril :
Le Sacré-Cœur se porte comme un charme.
Ce qui est parfaitement injuste.

 

Les chimères qu'on aimait

samedi 13 avril 2019

À tous les frangins

Aujourd'hui, la ville rose est quadrillée de milliers de gens de guerre suréquipés. Car c'est le jour où les GJ de Bordeaux et d'ailleurs doivent y converger.
Nous serons donc ce soir frères et sœurs d'armes.
Pour arroser ça, une vieillerie de la première cassette des Bérurier Noir, leur concert d'adieu au Pali Kao, dont le texte est piqué à la BD de Lauzier et Alexis Les aventures d'Al Crane, un western parodique des années 70 (ci-dessus).
La musique, est la énième démarque de When Johnny comes marching home, rengaine qui date au moins de la Guerre de Sécession.



De plus, il se murmure qu'une des banderoles sera un hommage à la Commune de Paris. Et au tube de J.B. Clément (ici par Serge Kerval).



mercredi 10 avril 2019

Un documentaire fait maison


Chouette soirée de retrouvaille lors d'un samedi toulousain.
De Nicolas Drolc, cinéaste lorrain, on avait apprécié Sur les toits, documentaire sur les mutineries des prisons de Nancy et de Toul en 1971, 1972. Ce film était, au passage, accompagné d'une superbe musique de King Automatic et de M. Verdun.
On avait aussi aimé un autre docu, La mort se mérite, sur Serge Livrozet dont la diffusion fut sabotée par le distributeur même.
Le 6 avril dernier, nous avons eu le plaisir de le retrouver dans un bar toulousain où il montrait son dernier film, Bungalow sessions, en première partie du ménestrel d'Alabama Andy Dale Petty.
Six portraits, d'une dizaine de minutes chacun, de six musiciens de folk, country, blues, gospel, l'essence du rock en somme. Tour à tour émouvantes, décalées, comiques ou barjots, ces petites tranches de vie vous embarquent vers les racines de la musique du diable. Un film aussi modeste que jouissif.



Comme l'a écrit M.A. Litter
Drolc voulait réaliser un film rendant compte du bouillonnement de la scène folk, blues et gospel américaine actuelle, sans pouvoir toutefois quitter sa base -son "bungalow"- situé quelque part dans la ville de Nancy.

Il a résolu le problème géographique en invitant ses musiciens préférés à venir  jouer dans le bistrot du coin, à dormir chez lui puis à se plier à un jeu de questions/réponses improvisées le lendemain des concerts- induisant par là une session d'enregistrement acoustique. 
Le film réunit le troubadour de l'Alabama Andy Dale Petty, la légende de la scène garage de Detroit Danny Kroha (The Gories), le prêcheur n'à-qu'un-oeil Reverend Deadeye, le prophète du folk californien Willy Tea Taylor, le songwriter et instituteur Possessed by Paul James et le grand seigneur du gospel de cave the Dad Horse Experience.
Pour mieux vous donner une idée, cette séquence avec Danny Kroha, ancien guitariste de garage punk qui se replonge dans le blues le plus antique.Il glisse de sa passion pour cette musique à la classe ouvrière et ... au paradis.

dimanche 7 avril 2019

Quand les GARI chantaient du Bruant


On sait généralement que les GARI (Groupes d'Action Révolutionnaires Internationalistes), coordination de groupes anarchistes et autonomes, ont été actifs entre 1974 et 1975. Que, formés pour voler au secours des membres du MIL, arrêtés par la police de Franco, ils se sont déchaînés après l'exécution de Salvador Puig Antich.
Outre leur action la plus connue, l'enlèvement du banquier Baltasar Suarez, pour sauver la peau du camarade Oriol Solé Sugranyes et d'autres révoltés en instance de jugement, on sait moins que la coordination mena plus de 25 sabotages par bombes ou incendies d'une belle efficacité sans faire la moindre victime (exceptés les 6 blessés légers du consulat de Toulouse du 28 juillet 1974, les flics ayant eu l'idée stupide de manipuler le colis piégé. Les pompiers touchés reçurent une caisse de champagne) ainsi qu'une série de braquages destinés à se procurer les fonds nécessaires aux actions.
Qu'après leur auto-dissolution, leurs nombreux descendants ont continué les actions : le GAROT (Groupe d'Action Révolutionnaire Occasionnellement Terroriste), les GAI ( Groupes Autonomes Internationalistes ou d'Intervention selon le moment), GEAI (Groupe d’Entraide Anarchiste Internationaliste), PTT (Pouvoir Total aux Travailleurs), TDC (Trou Du Cul) etc.

Extrait du Dossier GARI, planche 7 (qu'on peut mieux lire en cliquant dessus)
L'intégrale est à cette adresse et en désordre (ce qui leur va très bien).
On sait peu qu'au milieu de cette frénétique agitation, des GARI trouvèrent le temps d'éditer un 45 tour dont la vente fut destinée à la solidarité avec les emprisonnés. Entre autre attentats, ce quatre titres fut un enregistrement de l'anarchiste Mario Ines Torres, arrêté à Toulouse le 14 septembre 1974, qui y chantait en Face A le traditionnel de la révolution mexicaine Carabina 30/30 et Preguntitas sobre dios (d'Atahualpa Yupanqui). En Face B À Ménilmontant et Aux Batignolles d'Aristide Bruant.
Là où ça devient croquignole, c'est que, d'après certain protagoniste, ces morceaux furent enregistrés à la prison de la Santé avec un dictaphone et une guitare artisanale fabriquée de bric et de broc. On comprend mieux pourquoi ça dérape par endroits. 
Nous sommes donc heureux de vous faire partager le souvenir de cette belle aventure. Suffit de cliquer sur les liens contenus dans les Faces pour écouter ou télécharger le 45 tour oublié.


Pour ceusses que ça intéresse plus en détail quelques bouquins sur le sujet:
- Les GARI (Groupes d'Action Révolutionnaires Internationalistes) - 1974, la solidarité en actes, par Tiburcio Ariza et François Coudray Éditions du CRAS, mars 2013
De mémoire (3) - La courte saison des GARI : Toulouse 1974, de Jean-Marc Rouillan, Agone, 2011.
- Le pari de l'autonomie : récits de lutte dans l’Espagne des années 70, ouvrage collectif Éditions du Soufflet, 2018.

jeudi 4 avril 2019

1, 2, 3, Viva l'Algérie !


Réjouissons-nous, avec les Algériens, du départ La Momie, ci-devant président du pays. Avec cette réserve qu'on ne sait encore s'il s'agit du énième coup d'état militaire, d'un règlement de compte entre clans ou d'une révolution qui passe, tranquille et belle comme une rivière bleue (comme l'écrivit Jules Vallés).
Par contre, on n'a aucun doute sur le fait que la, ou plutôt, les mafias qui se sont maintenues au pouvoir depuis 57 ans ont basé leur racket sur une réécriture de l'histoire* en se basant sur une version héroïque de la guerre de libération et en éliminant tour à tour de la mémoire, entre autres, les communistes, le MNA, des massacres comme à Melouza, les purges sanglantes au sein du FLN, le rôle des Algériens de France et ne parlons pas du sort des harkis.
En parlant de mémoires, il est piquant de constater que dans les années où, en France, on digérait les années l'Occupation en passant La grande vadrouille ou Le vieux fusil à la télévision, en Algérie, les téléspectateurs devaient s'envoyer chaque année La bataille d'Alger, de Gillo Pontecorvo, film qui malgré ses qualités fut produit par Yacef Saâdi, lui-même producteur à succès proche du pouvoir et servit de camouflage au colonel Boumédiène pour réaliser son putsch contre Ben Bella. Ce film, qui connut sa deuxième jeunesse lors de l'invasion de l'Irak, tint donc lieu de vérité officielle pendant longtemps.
L'occasion de se rappeler que voici trois ans, le rapper algérois Diaz**, Farid Belhoul de son vrai nom, ancien membre du légendaire groupe de rap MBS, associé à Rabah Donquishoot, lui aussi un ex-MBS, avait sorti un titre aussi respectueux pour les combattants que moqueur pour l'utilisation du film.



Marrant aussi de constater comment quelques années auparavant, un groupe de la banlieue parisienne, La rumeur, tout en rendant un superbe hommage aux djounouds  avec ce Premier matin de novembre, restait dans les clous de la version officielle. Tout en crachant sur l'État-FLN, à la fin, il est vrai. 



* Passionnante émission de la Fabrique de l'histoire, ce mercredi 3, au sujet des mémoires de la guerre d'indépendance avec Nedjib Sidi Moussa, Emmanuel Alcaraz et Karima Dirèche.

** Son pseudo vient du Diazepam, un anxiolytique.

lundi 1 avril 2019

Faux, plagiats, détournements, confusion, les Vanneaux d'avril

Jean Gabin dans l'Imposteur de Duvivier (1944). Dans ce mélo patriotique, la voix de Gabin est celle de Robert Dalban, officiellement pour cause d'engagement dans les FFL.
Les Vanneaux se vautrèrent ce soir dans les mauvaises plaisanteries à base de détournements et autres supercheries. Say no more.

El Vez                            Go, Zapata, go !
Régis Barly                    Faux beatnik
Foster Jenkins                La reine de la nuit
El compa sacra              Falsos amigos
Georgius                         Monsieur Bébert
Thomas Jensen                Les faux-monayeurs
Zangalewa                      Waka, waka
The Kinickebokers          Lies
Plastic Bertrand              Ça plane pour moi
Milli Vanilli                      Girl you know it's true
Andrew Loog Oldham     The last time
K-rime                              Menottés
Henri Salvador               Mama goteu goteu
Castelhemis                    L'armée
Julio Sosa                        Camabalache
Ragga sonic                    Mythos
Monique Leroux-Bray     L'hymne à l'amour
Mouse & the Traps         Public execution

Si vous y tenez, vous pouvez, écouter ou télécharger en cliquant là.

Vu qu'on l'a raté à l'antenne, voici Les flics arrivent de Guy Peterman, un heureux détournement de Surfin' Hootenany de Al Casey.



Et, comme vous ne pensiez tout de même pas échapper au 1er avril. Un imposteur dans la variétoche de 1976 qui en écrivit quelques-unes d'écoutables.