samedi 10 novembre 2018

Nino en concert et en bluesman


Non seulement on sait bien va tous y passer, mais l'anniversaire de la Grande boucherie est là pour nous rappeler que les diverses manières collectives d'atteindre cette étape sont non seulement excessivement variées mais aussi fort à la mode au cours de notre grande peur de l'an 2000.
Adeptes de l'adage "Dansons en attendant la mort", plutôt que de se repentir de quoi que ce soit, faisons une pause grâce à une petite ballade apocalyptique, le Blues en fin du monde chanté par un Nino Ferrer qui n'hésitait pas à se représenter sous les traits du dépressif Capitaine Nino d'Hugo Pratt.
C'est extrait du ''Concert chez Harry '' enregistré les 13 & 14 juin 1995 .

mardi 6 novembre 2018

Les Vanneaux chez les freaks


 Shrek ? Non, le catcheur et poète Maurice Tillet

Vieilles légendes populaires narrées de générations en générations, contes et fait-divers diffusés par des colporteurs, feuilletonistes en mal de sujets chocs, peintres à sensation, cinéma balbutiant, comic books et industrie du disque visant le marché de la jeunesse, toute une culture faite de personnages étranges et plus ou moins inquiétants, plus ou moins monstrueux, gentils ou vilains "monstres".  
Les Vanneaux plongent dons dans cette culture souterraine, honteuse puis dominante de la société spectaculaire.

The Gun Club                    Walking with the beast
Andrex                               Y'a des zazous
Oxmo Puccino                   Cactus de Sibérie
Ivan Mladek                       Jožin z bažin
Chavela Vargas                  La Llorona
Hippocampe Fou                Chasse aux sorcières
Toy Dolls                            Nelly the Elephant
Last World                         Sleepy Hollow
Fu Manchu                         Godzilla
Jefferson Airplane              White rabbit
Maion et Ken                      Bambi
Henri Salvador                   Le Martien
Patrick Abrial                     La vamp rachitique 
2 Balles 2 Négs                   Poètes de la mort
Jerry & Jeff                          Voodoo medecine man
Die Antwoord                     Alien
De Kift                                Brik
The Fleshtones                   Screaming skull


L'émission est à retrouver en cliquant là.

Même cet inclassable qu'est le clown finit par périr. Buvons un coup sur son cercueil : The Kinks, en 1967. C'est chanté par le petit frère du petit génie. 


Car vous fait-il vraiment rire ? (Bruce Davidson)

samedi 3 novembre 2018

Chansons de Pasolini



Le regretté Pier Paolo Pasolini (assassiné le 2 novembre 1975) s’intéressait depuis son enfance à la musique classique et aux chansons populaires. En 1955, publia son Canzoniere italiano, Antologia della poesia popolare (réédité chez Garzanti). Pendant trois ans, il a erré de région en région, étudiant le dialecte et les formes locales de poésie chantée, «  vilote  » frioulanes ou de Vénétie, «  rispetti  » toscans, «  stornelli  », «  ninne nanne  », chants populaires des deux guerres, fascistes ou de Résistance, près de 800 textes malheureusement dépourvus de partition. En 1952, il avait déjà composé un poème, repris plus tard dans Le ceneri di Gramsci, Il canto popolare, Le chant populaire.

Le poète au Mandrione
 En 1956, Pasolini écrivait : «  Je ne vois pas pourquoi tant la musique que les paroles des chansonnettes ne devraient pas être plus belles. L’intervention d’un poète cultivé et même raffiné n’aurait rien d’illicite. Au contraire son intervention devrait être sollicitée et recommandée. Personnellement il ne m’est jamais arrivé d’écrire des vers pour des chansons  ;  ou plutôt, comme à la plus grande partie de mes amis, l’occasion ne s’est jamais présentée. Musiciens et paroliers se sont renfermés dans un clan impénétrable, ils se sont bien protégés de la concurrence (et on le comprend  : les droits d’auteur rapportent parfois des millions). Quant à moi, je crois que ça m’intéresserait et que ça m’amuserait d’appliquer des vers à une belle musique, de tango ou de samba  ».

Son égérie, Laura Betti le poussa à écrire des chansons et se chargea de les interpréter en dialecte de Rome : Valzer della toppa, (La valse de la cuite), Macrì Teresa detta Pazzia, (Macri Teresa appelée Folie) et Cristo al Mandrione, (le Christ de Mandrione) qu’il avait conçu pour écrire ses deux romans Ragazzi di vita et Una vita violenta. Pour les  deux premières, la musique fut écrite par Piero Umiliani et Piero Piccioni se chargea de la  troisième, gravée seulement en 1972. 
Cristo al Mandrione :



Le Mandrione était une banlieue de Rome, entre la Via Tuscolana et la Via Casilina, connue pour ses baraquements habités par des immigrés venus d’autres régions d’Italie, mais aussi pour l’abondance de ses bordels clandestins . C’était auparavant une zone de campagne traversée par la Via del Mandrione, où passaient les troupeaux de moutons («  le greggi  ») et de vaches («  le mandrie  »), d’où le nom. Puis vinrent s’entasser des gitans et des méridionaux qui avaient tout perdu dans les bombardements de 1943 et 1944. 
Dans la seconde moitié des années ’70, sur l’initiative d’une psychologue et institutrice d’enfants Roms, Linda Zammataro, le quartier fut peu à peu détruit, ses habitants relogés dans des appartements décents du quartier Spinaceto, et ses baraques remplacées par des maisons élégantes et des boutiques d’artisans. Le quartier fut suivi par de nombreux intellectuels.

 
Pasolini écrivit encore pour la seconde édition du spectacle de Laura Betti le texte de Ballata del suicidio, mis en musique par Giovanni Fusco.
Elle existe en version française (traduction de Jean Rougeul) : La parade du suicide



Cet article prend sa source sur le site Italie infos

mercredi 31 octobre 2018

Hommage à nos morts

Mercredi 31 novembre.
Quoi de mieux, pour célébrer le prochain retour de la nuit de Samain chez les Celtes ou le culte de la déesse Mictecacihuatl chez les Nahuas qu'une bonne vieille rengaine mexicaine ?
Avec une pensée pour nos disparus, chez lesquels là-bas, on va gueuletonner en musique, on envoie aujourd'hui La Calaca (ce squelette si populaire au pays du nopal) qui rappelle que tous, politicards accrochés au pouvoir comme des chiens à la viande, commerçants escrocs, ouvriers crèves-famine ou militaires rutilants se retrouveront un jour au fond d'un trou.
C'est une évidence ? Mais que resterait-t-il pour nous rassurer, à nous-autres les pauvres ?
Entre ces anxieux d'Aztèques qui étripaient à tire-larigot pour éviter la fin du monde et de joyeux conquistadors espagnols amenant dans leurs fourgons leur toute baroque inquisition, les Mexicains ont été plutôt servis en matière de culte à la mort.
Comme l'écrivit ce cuistre d'Octavio Paz : L'indifférence du mexicain devant la mort se nourrit de son indifférence devant la vie. Jolie formule certes, mais ô combien démentie par l'histoire.
 
Amparo Ochoa (1946-1994) fut une des chanteuses les plus attachantes et talentueuses d'une région qui en est amplement pourvue. Éminente figure de la Nueva cancion des années 60, elle se consacra tant à la récupération des airs traditionnels populaires, aux corridos de la Révolution, aux luttes sociales, aux chansons enfantines, féministes et last but not least, interprète le rôle des munitions dans la cassette "Guitara armada", manuel de maniement des armes mis en vers et en musique destiné à une population illettrée d'Amérique Centrale en temps de guérilla.
Elle chantait dans les bars, sur les places, aux piquets de grève, dans les universités...
Elle aura au moins vu éclater une insurrection avant d'être emportée par la maladie et ce jour-là, une bonne partie du Mexique, celui qu'on aime, s'est sentie orpheline.
Ce faux traditionnel sur une musique de son huasteco peut aussi se chanter à plusieurs voix se répondant.



Fêtes de Chalma (État de Mexico)

samedi 27 octobre 2018

Démocratie et baston : retour outre-Pyrénées


On vous a raconté qu'après la mort d'un Franco gâteux de longue dâte, la démocratie, le sexe, la drogue et le rock'n roll ont régné sur la vieille Espagne. On vous a raconté que les Zarts et Lettres ont vécu une Movida de petits bourgeois madrilènes. On vous a raconté que les Ibères sont passé magiquement de la nuit au jour, la preuve : ils n'eurent même plus besoin d'aller faire la queue au ciné porno à Biarritz ou Perpignan.
Oubliez donc ce tombereau de racontars.
Voici une belle traduction des éditions du Soufflet d'un ouvrage de salubrité publique écrit par les protagonistes de la transaction démocratique de 1974-1982, en réponse à l'immonde film Salvador, transformant Salvador Puig Antich en christ catalaniste et le MIL en abrutis politiques.
Écrivez-leur :  editionsdusoufflet@riseup.net. C'est pas cher.


Au sommaire
* Genèse et apogée de l’Autonomie ouvrière en Espagne (1970-1976) - Miguel Amorós
* En plein dans le MIL (Mouvement ibérique de libération) - Ricard Vargas Golarons
* Discussion autour de la Copel (Coordination des prisonniers en lutte) - Daniel Pont Martín
* Introduction à une histoire du mouvement autonome et assembléiste au Pays basque - Emilio López Adán
* Les groupes autonomes à Valence pendant la seconde moitié des années 70
* Souvenirs d’un autonome de Valence
* Souvenirs et réflexions autour des Gari (Groupes d’action
révolutionnaires internationalistes) - Miguel Angel Moreno Patiño

Nos petits chéris, les furieux de Mondragon, les biens nommés RIP



Extrait du chapitre 1 :
Ce jour-là la ville se réveilla complètement paralysée. Lorsque les ouvriers se sont dirigés vers l'église de San Francisco, quartier de Zaramaga, la police est intervenue avec une brutalité extrême, matraquant la foule et tirant des grenades lacrymogènes. Les forces de l'ordre ont finalement reçu l'ordre de tirer à balles réelles et le bilan fut lourd : quatre morts et plus de cent blessés, dont un devait succomber quelques jours plus tard. (...) Le gouvernement et son ministre de l'Intérieur, Fraga, étaient décidés à en finir avec les "soviets" de Vitoria et "l'anarchie" qui régnait dans les usines. (...)
Les services de renseignement du gouvernement et de l'armée étaient convaincus qu'une insurrection ouvrière était sur le point d'éclater.

L'air favori des autonomes du Pays Basque, Pakean utzi arte (Guerre à l'État, jusqu'à ce qu'il nous foute la paix) par Hertzainak, de Vitoria.




Pour enfoncer un dernier clou : un film indispensable pour accompagner cette saine lecture. 

mardi 23 octobre 2018

Les Gazoline, le FHAR, Marie-France et Bijou...

Marie-France (2ème à gauche), le rocker Johnny Trouble au centre, Hélène Hazera à droite
 
Les Gazolines étaient un mouvement informel, qui évoluait en marge du FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire) dans les années 72-74, composé d'êtres androgynes comme Marie France, Hélène, Maud, Orla,... Elles ajoutaient une touche de glamour et de fantaisie aux mouvements gauchistes tristounets qui se prenaient très au sérieux. Elles faisaient un peu de provocation dans les manifs, ce qui entraînait parfois des incompréhensions de la part des militants purs et durs. Une de leurs revendications était : "Maintenant, c'est champagne, coke et falbalas !"
Tel est le résumé qu'on trouve sur le site Paris 70.

Bel exemple d'action "provocation entraînant des incompréhensions", Hélène Hazéra raconte, dans son À voix nue, comment les Gazoline montèrent un cortège de pleureuses aux funérailles de Pierre Overney afin de ridiculiser la grande cérémonie maoïste (vers 15 minutes sur l'émission).
Même l'historique Daniel Guérin, vieux trotskyste ayant viré anar et éminent membre du FHAR se désolidarisa de cette apparition.
Ajoutons que si le FHAR a été originellement fondé par des lesbiennes, les homos mecs ne tardent pas à se l'approprier, en particulier grâce au charisme de Guy Hocquengheim. Par ailleurs champagne, coke et falbalas n'auront aucun mal à se reconvertir dans l'infâme décennie suivante.

Mais revenons à nos chansons. Un étrange personnage, Alain Kan (on vous narre ses tribulations à cet article) lui aussi chez les Gazoline monte un groupe punk éponyme, parfois orthographié avec un S. On reconnaît sur la pochette du 45 tour quelques individus de la photo ci-dessus.


Autre personne trans bien connue de la bande de barjots, Marie-France, plutôt venue des folles nuits parisiennes. Copine de Bulle Ogier et de Bernadette Lafont, Marie-France Garcia, née à Oran en 1949, débuta par un numéro de fausse Marilyn à l'Alcazar à la fin des années soixante.
Outre quelques rôles au cinéma, elle tâte de la chanson dès 1976 dans Barocco d'André Téchiné.
Mais c'est avec l'appui des rockers du groupe Bijou en backing band qu'elle tente une réhabilitation du yé-yé au début des années 80. Hommage à Vince Taylor, notre loser national : cette reprise du Shakin' all over de Johnny Kidd sur son album 39 de fièvres (1981).


Dilettante de luxe de l'underground de la capitale, La Souris Déglinguée lui rend hommage dans un titre. Elle enregistre du Édith Piaf en 1993, puis un album avec Daniel Darc et Mirwais en 1997, puis fait un détour vers le rock garage pur et dur en 2003 avant de créer un spectacle hommage à Brigitte Bardot.
Jamais à court de relations luxueuses, elle commet ce titre Un garçon qui pleure, enregistré en 2011 avec Chrissie Hynde. Oui, celle-là même des Pretenders.

samedi 20 octobre 2018

Novembre : étrange et bizarres créatures

Le film maudit de Todd Browning (1932)
Que reste-t-il des croquemitaines de nos enfances, des fées, de Mélusine à queue de serpent, du basilic, des loups-garous ? De ces inquiétants personnages, des freaks qu'on croisait sur les chemins ou dans le quartier et sur lesquels, nous les gosses, faisions les suppositions les plus osées, donc les plus absurdes ? Juste un imaginaire mondialisé de dessin animé, de blockbuster d'après Tokien ? En tout cas, pas mal de chansons sur ces personnages plus ou moins légendaires, bénéfiques comme les dames blanches des Pyrénées ou amenant le malheur,comme les sirènes du vieil Homère.
Les Vanneaux de Passage du 5 novembre musardera donc dans le fantastique et l'être bizarre que l'on mettait en musique lorsqu'on ne l'exhibait pas chez Barnum. Ce sera à 17h30* sur Radio Canal Sud (92.2fm)
Pour se mettre en bouche, l'original d'un rockabilly immortalisé plus tard par les Cramps, le Goo Goo Muck de Ronnie Cook.

 

Et nos camarades toulousains de Skin & Wire ressortant la british légende de la Belle Polly. Encore une fille des bords de rivière qui vous entraîne vers le fond.



Hommage à nos volatiles chéris (merci à Henry).