jeudi 21 novembre 2019

Les bougnats ou la foi des charbonniers



Quand l'Aubrac montait à Paname, ou comment les charbonniers ouvrirent des bistrots et comment se posait quelques questions occitanes en ces temps. Une émission Le monde insolite du 14 juillet 1974 où on retrouve avec joie Jacques Yonnet, Alem Surre-Garcia et Claude Marti qui faisait ses débuts en chanson.




En espagnol, la chanson pour l'Auvergnat, adaptée par Paco Ibañez, est devenue  un hommage à l'Aragonais : Canción para un maño.



lundi 18 novembre 2019

Et Thatcher tomba ( jusqu'où il ne faut pas aller trop loin)


Personne n'est indétrônable, pas même une Dame de Fer. Et personne ne devrait ignorer l'histoire et manifester à ce point son mépris au point de ressusciter un impôt qui, six siècles auparavant avait ravagé le royaume d'Angleterre et sa capitale.
En 1989, il semblait que Margareth Thatcher ait maté les quartiers remuants, les mineurs, les dockers, les chômeurs, les cheminots, les écoles publiques, les républicains irlandais et, au passage, quelques traîneurs de sabre argentins. Continuant sa marche royale d'un libéralisme décomplexé, voilà-t-il pas qu'elle réinvente un impôt maudit, la Poll tax (capitation) consistant à frapper chaque sujet de sa gracieuse majesté sans distinction de revenu. En gros, un gentlemen châtelain aura à régler la même somme que son jardinier. Mieux, si le propriétaire du manoir Tudor de 20 chambres paie une part, le gardien du manoir dans son trois pièces avec son épouse et quatre gosses, paie six parts.
Ressusciter ? Et oui, en 1380, en pleine guerre de Cent ans, le parlement de Richard II (qui a 15 ans) leva une poll tax dans tout le royaume qui augmente la dîme de 65%.
Serfs, artisans, métayers, soldats entre deux chevauchées, empoignent des armes et se révoltent dans le Sud et les Midlands. Chauffés à blanc par les sermons égalitaristes du prêtre John Ball, menés par le paysan et ex-soldat Wat Tyler, les rebelles incendient châteaux, abbayes, demeures de riches bourgeois, de baillis, de nobles, de shériffs en exigeant la suppression de la taxe et l'affranchissement des serfs. En 1381 plus de 60 000 révoltés envahissent Londres. Rejoints par la plèbe urbaine, ils pillent les palais, ouvrent les prisons et décapitent quelques parasites.
Décidé à imposer ses réformes au Roi, Wat Tyler interdit le pillage et, le 14 juin, rencontre un souverain quelque peu anxieux, assiégé qu'il est dans sa tour de Londres.
Le commandant insurgé exige l'abolition du servage, de la poll tax et du privilège de chasse et de pêche pour la noblesse. Sachant que le grand capitaine Robert Knolles est en train de lever des troupes en catastrophe, le roi transige et promet une réponse pour le lendemain.
Lors de cette nouvelle rencontre, Wat Tyler, d'abord insulté par la suite du roi est assassiné par le Lord Maire, William Wallworth.
Il ne reste plus au roi qu'à convaincre les insurgés que Wat a tenté de l'agresser, qu'il est du côté de son peuple et qu'il donnera satisfera naturellement leurs revendications. Convaincus par leur royal protecteur, les vilains se retirent de Londres pour être aussitôt massacrés par l'armée de Knolles. Deux mois de tueries s'ensuivent, John Ball est à la fois pendu et écartelé et on oublie les abolitions promises pour quelques siècles.
Un parmi les nombreux* témoignages musicaux de cette mémoire vive parmi tant d'autres : le groupe folk-rock Fairport Convention et son Wat Tyler (1985)



Mais, c'est bien connu, les Tories n'aiment pas la musique, enfin pas celle-là.
Retour en 1989 et à cet impôt inique. Manière de tester l'affaire, les Écossais sont mis à contribution pour un an. La levée de boucliers de cette région où les habitants foutent purement et simplement les baillis (agents assermentés) à la porte aurait due mettre la puce à l'oreille d'un gouvernement qui étend pourtant la taxe à l'ensemble du Royaume-Uni en mars 1990.
Les écossais de Exploited avaient pourtant averti : Don't pay the Poll tax


Des manifestations spontanées, hors de tout contrôle syndical, éclatent aussi sec devant toutes les mairies du pays, du Nord au Sud. Le 8 mars, les troubles touchent Londres, particulièrement les quartiers de Southwark, Hillington, Islington, Lambeth (Brixton), et Hackney où les flics doivent battre en retraite et les magasins saccagés par les gueux.
Fort de sa morgue et de sa majorité parlementaire, le gouvernement entend faire passer la loi le 31 mars quel qu'en soit le prix.

Et ce qui devait arriver finit par arriver : le 30 mars environ 200 000 manifestants occupent les beaux quartiers du centre de Londres, les flics sont pourchassés devant le 10 Downing street et la foule occupe Trafalgar Square.
Entre charges de cavalerie et contre-charges de la foule boutiques de luxe, pubs de yuppies, concessionnaires de voitures de sport sont incendiés. Officiellement, on recense 400 blessés dont... 300 policiers !
Tout ça sans la moindre aide d'internet qui n'en est qu'à ses balbutiements.
Le lendemain, le centre-ville londonien offre un paysage comparable au Paris de début décembre 2018.
 Les bâtiments de la capitale sont couverts d'affiches dénonçant l'impôt et promettant une digne correction à tout agent recenseur.
Thatcher n'entend pas céder et, entre deux appels à la délation, la presse se fait un plaisir de publier les photos des émeutiers qui y allaient souvent à visage découvert.
Le 20 octobre Brixton est ravagé par une nouvelle manifestation, la foule tente de briser les portes de la prison où se trouvent de nombreux émeutiers de mars.
Et le 22 octobre, inénarrable Thatcher, dont la majorité tory commence à sérieusement s'inquiéter de son futur électoral, se voit obligée de démissionner.
Le 21 mars 1991, le gouvernement de John Major enterre définitivement la poll tax.
Anglais, encore un effort pour être républicains !
Français, encore un effort pour apprendre de l'histoire et virer un gouvernement au service des riches !
Au rayon, célébrons la victoire, ce vieux Mod de Steve Marriott (ex Small Faces) nous livrait alors un Poll tax blues tout à fait de circonstance


Et comme à Brixton, tout terminait par du ragga, Apache y allait aussi de sa danse :

* Wat Tyler est, par exemple, le nom d'un groupe punk anarchisant drôlatique et surréaliste actif de 1986 à 2002.


samedi 16 novembre 2019

jeudi 14 novembre 2019

Laid Thénardier


Encore un groupe oublié ou presque.
Laid Thénardier sont nés dans le grand merdier des années 80. Merdier dans lequel les groupes poussent comme des champignons et où le terme post-punk n'existe pas encore mais où on mélange avec plus ou moins de bonheur reggae, punk, new wave, cold et prémices du rap.
En 1984, à Juvisy-sur-Orge (91260), Tony Aigri, batteur des Brigades (de Paris, pas de Bordeaux) et seul musicien de la bande recrute quelques potes pour monter un combo d'agit' prop. : Doc Justice (basse), Buz Barbar (chant), Mox (guitare) et Sinus (claviers) qui se produit sur scène et édite un fanzine. Ils se revendiquent 50% rebeus, 100% relous.

Pris par le succès des Brigades, ligne musicale Clash du début avec paroles en anglais ligne Potere Operaio, Tony quitte le groupe dans les six mois pour être remplacé par Robert Obscène (boite à rythme).
Surfant sur la révolte étudiante de 1986 et les manifestations antifascistes, en six ans d'existence, la bande ne sortira que trois Maxi EP  (chez Samedi soir, dimanche matin et VISA à la base label de cassettes).
Comme le narre plus tard Doc Justice dans cet entretien : On s’auto-produisait, on était étudiants. On n’avait pas beaucoup de thunes, donc on ne pouvait faire que six ou sept morceaux à chaque fois. C’est aussi simple que ça. Et franchement, nous n’étions pas des stakhanovistes de la création musicale…
Le titre phare du premier EP : Sourire kabyle


 

Se réclamant tout autant de Clash que des Stranglers ou Killing Joke, des groupes français Orchestre Rouge ou Marquis de Sade, pour le côté froid et torturé, Laid Thénardier évolue vers un reggae glacial mêlé de hip hop.
Ce qui se constate dès le deuxième EP cinq titres Voyez comme on s'haine
ici en intégrale :



 Décimé par le service militaire (il y en a donc qui y allaient encore ?), le groupe se sépare en 1990.

lundi 11 novembre 2019

Orwell et la laideur


Face à une telle laideur, deux questions vous trottent dans la tête : Un, est-elle inéluctable ? Deux, est-ce que ça a vraiment de l'importance ?
Je ne crois pas que l'industrialisme suppose nécessairement et obligatoirement la laideur. Une fabrique, ou même une usine à gaz n'est pas, par nature, vouée à être laide - pas plus, en tous cas qu'un palais, un chenil ou une cathédrale. Tout dépend de la tradition architecturale de l'époque. (...)
Mais cela dit, une fois qu'on a constaté la laideur apportée par l'industrialisme et admis qu'il y a là de quoi être choqué quand on la découvre pour la première fois, je ne crois pas que ce soit un point d'une importance capitale. Je dirais même que l'industrialisme étant ce qu'il est, il n'est pas souhaitable qu'il apprenne à se parer de déguisements trompeurs. Comme l'a justement noté Aldous Huxley, une "noire fabrique de Satan" doit ressembler à une noire fabrique de Satan et non à un temple érigé par de mystérieux et formidables dieux.
George Orwell Le quai de Wigan (1937)

Un  classique (voir l'explication de texte) en duo : Bashung / The Pogues


vendredi 8 novembre 2019

Gilles Bertin 1961-2019


Il aura gagné trois ans de vie publique. Et vingt huit ans de fuite en 1988, suite au très propre braquage de la Brink's de Toulouse.
La longue maladie dont parlent les journaux sans la nommer (comme si le sida était encore une infection  honteuse) aura fini par avoir la peau de Gilles Bertin. Il est mort hier à Barcelone.
Déclaré officiellement "disparu", puis administrativement décédé, privé de papiers d'identité, on n'a pu retenir un sourire en songeant à l’embrouillamini administratif qui va résulter de la disparition de ce sympathique emmerdeur.
Notre ex bassiste et chanteur de Camera Silens avait raconté sa propre version dans un livre plein d'humour et totalement dénué de frime Trente ans de cavale, Ma vie de punk (qui aurait dû s'appeler Pour la gloire mais, que voulez-vous, les éditeurs ont de ces idées de titres à la con...)


À tous les pisse-copies l'ayant qualifié de "repenti", nous nous bornerons à rappeler qu'en termes judiciaire un repenti est une balance et qu'il reste encore deux individus mêlés au bracos de la Brink's qui n'ont jamais été identifiés. Quoi qu'il en soit, tout ça est aujourd'hui prescrit.
Jurant qu'il n'y aurait au grand JAMAIS de reformation de Camera Silens, Bertin avait été approché par l'industrie cinématographique et ça le faisait bien rire.
On a donc une pensée affectueuse pour cet homme attachant et on s'envoie une chanson de circonstance et de rhythm 'n blues, sa passion musicale de ces derniers temps.

 

Concernant son livre, un intéressant entretien de Gilles Bertin avec Tatane et Caroline dans l'émission Dans le désordre insolite. C'était le 19 mars dernier.

mardi 5 novembre 2019

Les Vanneaux ont chanté les bas-fonds

Mulberry Street 1888
Il fallait s'y attendre, on a beaucoup insisté sur les déviants et autres délinquants issus des quartiers pourris. Ce qui nous donne, pour cette fois, cettee honorable liste :
Monique Morelli                  Merci bien
Villi Tokarev                        New Yorkstie taksist'
The Fugs                              Slum goddess
Casey                                    Sac de sucre
Jimmy Rogers                       Blue yodel N°9
Chicho Sanchez                    Los tres amigos
Cto Cedron                           Los ladrones
Karen Dalton                        Katy cruel
Annie Cordy                          Le bal des voyous
Yannis Ivannides                   Toutoi oi meastoi
Ami Flammer                         Avremi
Vlad. Vissottski                     Pesnya pro stakacha
Les 4 Barbus                         À Biribi
J. Greco                                 Jenny des pirates
Y. Montand                            Rue St Vincent
The Wailers                           Rude Boy
Ruben Blades                        Sicarios
The Masonics                        Where's Johnny Moped now ?


Tout étant balancé sur le site de la radio, ça peut se télécharger ou simplement s'écouter sur un bête clic.

Un classique de Desmond Dekker : Shanty town (bidonville de Kingston) utilisé dans le film Harder they come (1972) qui fit connaître le reggae au monde.

 

Ainsi qu'un tumbao' argentin par Los Fabulosos Cadillacs, qui narre un sombre règlement de compte entre DES flics et UN truand : Manuel Santillán, El León, de 1992.