dimanche 15 mai 2022

Poème d'amour de Gherasim Luca

 
Dans l'histoire, il n'y a pas que Cioran ou Ionesco comme Roumains écrivant dans la langue de Verlaine et BHL. Gherasim Luca (Salman Locker de son vrai nom) poète, communiste dans sa jeunesse, fit partie du groupe surréaliste roumain à la fin des années 1930. 
Définitivement installé à Paris, dans un modeste atelier, au cours des années 1950, il gagna l'admiration d'André Breton, de Paul Célan, de Victor Brauner, Jacques Hérold mais aussi de Deleuze et Guattari tout en se tenant volontairement écarté des fauves aux dents longues (selon son amie Linda Lê.
Si on en croit sa fiche Wiki, ce poète et plasticien qui se faisait un honneur de son statut d'apatride fut forcé de prendre la nationalité française à la fin des années 1980.
Le voici en 1989.

 Logiquement, ce partisan, de la gRÈVE / GÉNÉRALe / sans fin / ni commencement et de LA RÉVOLUTION / SANS PERSONNE / L’AMOUR / SANS / FIN (La Proie s'ombre, 1991) se suicide en 1994 puisqu'il avait le choix et qu'il n'y avait plus de place pour les poètes en ce monde.
Son poème le plus connu est certainement Prendre corps, ode à l'amour total repris ici par Arthur H dans L'or d'Éros, en 2014.

 

On nous signale cette version bien plus gainsbourienne (période Melody Nelson)

mercredi 11 mai 2022

La révolution asturienne au cinéma

 

Les lèvres serrées

LUNDI 16 MAI À 20H30 cinéma American Cosmograph (24 rue Montardy, Toulouse)

Projection unique suivie d’une rencontre avec le réalisateur Sergio Montero Fernandez, des membres du collectif Smolny, éditeurs notamment de l'ouvrage Asturies 1934, une révolution sans chefs, ainsi que PJ B., traducteur du livre.

La BO non sous-titrée. Le film l'est.
 

« Les meilleures "archives" du bassin minier des Asturies se trouvent dans ses cimetières. »

Il y a quelques années, Sergio – fils d’un mineur asturien – voyage à Buenos Aires. Il ne sait pas alors qu’en parallèle, il entame un autre voyage : celui de la mémoire. Là-bas, il découvre qu’un événement historique de répercussion mondiale a eu lieu dans sa région d’origine. On ne lui avait jamais rien raconté, dans aucune école ! Le jeune homme va passer d’un côté à l’autre de l’Océan en poursuivant l’ombre de cette révolution à laquelle il ne connaît rien, même si certains vieux de chez lui y font parfois allusion.

Espagne, octobre 1934. Face à la prise de pouvoir par la droite dure, la grève insurrectionnelle est déclenchée. Censée embraser tout le pays, elle échoue en Catalogne et est vite matée au Pays Basque. Mais dans les Asturies, la République socialiste est proclamée. Casernes et usines d’armement tombent les unes après les autres ; dans les bassins miniers, argent et propriété sont abolis. Cela va bien au-delà de l’antifascisme. Madrid envoie trente mille soldats, sous la coordination d’un certain général Franco, pour étouffer cette rébellion. Accompagnés de la flotte de guerre et de l’aviation, face à la résistance acharnée des ouvriers, ces militaires mettront plus de deux semaines à parvenir aux centres de la rébellion...


 

vendredi 6 mai 2022

Tranche de vie (hivernale)

 

Je cours frapper à la porte d'une isba. J'entre.

Il y a là des soldats russes. Prisonniers ? Non. Ils sont armés. Et ils ont l'étoile rouge sur leurs bonnets ! Moi, je tiens mon fusil. Pétrifié, je les regarde. Assis autour d'une table ils mangent. Ils se servent en puisant dans une soupière commune, avec une cuillère en bois. Et ils me regardent, la cuiller immobilisée à mi-chemin de la soupière. Je dis : « Mnié khocetsia iestj. » Il y a aussi des femmes. L'une d'elles prend une assiette, la remplit de lait et de millet à la soupière commune, avec une louche et me la tend. Je fais un pas en avant, j'accroche mon fusil à l'épaule et mange. Le temps n'existe plus. Les soldats russes me regardent. Les femmes me regardent. Les enfants me regardent. Personne ne souffle. Il n'y a que le bruit de ma cuillère dans mon assiette. Et de chacune de mes bouchées.

 « Spaziba », je dis en finissant.

La femme reprends l'assiette vide que je lui rends et répond simplement : « Pasa Usta »Les soldats russes me regardent sortir sans bouger. (...)
C'est comme ça que ça s'est passé. A y réfléchir, maintenant, je ne trouve pas que la chose ait été étrange, mais naturelle, de ce naturel qui a dû autrefois exister entre les hommes. La première surprise passée, tous mes gestes ont été naturels ; je n'éprouvais aucune crainte, ne sentais aucun désir de me défendre ou d'attaquer. C'était tellement simple. Et les russes étaient comme moi, je le sentais. Dans cette isba venait de se créer entre les soldats russes, les femmes, les enfants et moi, une harmonie qui n'avait rien d'une armistice. C'était quelque chose qui allait au-delà du respect que les animaux de la forêt ont les uns pour les autres. Pour une fois, les circonstances avaient amené des hommes à savoir rester des hommes. (...)

 Si cela s'est produit une fois, ça peut se reproduire. Je veux dire que cela peut se reproduire pour d'innombrables autres hommes et devenir une habitude de vivre.

Mario Rigoni Stern Le sergent dans la neige (1953)

mardi 3 mai 2022

Une heure de Fréhel


Une plaisante émission, Toute une vie du 16 avril dernier, consacrée à la grande Fréhel née Marguerite Boulc'h en 1891. Même si on croit en savoir beaucoup sur une vie aussi riche que pathétique, certains épisodes restaient dans l'ombre.
Concernant sa période "orientale", Bertrand Tavernier avait brièvement glissé sa personne, jouée par Sandrine Desio, dans le film Capitaine Conan (1996) lors de l'occupation de la capitale bulgare.
Si ça ne veut pas marcher, il suffit de cliquer sur le lien.

dimanche 24 avril 2022

Arno Hintjens (1949-2022)

Depuis que, dans une cité toulousaine du début des années 1980, un ami belgo-calabrais nous fit connaître TC Matic et Front 242, dans combien de conversations, dans combien de chantiers, dans combien de beuveries nous as-tu accompagnés ? Pas quantifiable.
Et je n'ai pas mémoire de m'être ennuyé un seul instant à aucun de tes concerts.
Alors, même si on s'y attendait un peu, que la terre te soit légère, l'artiste.
 
 
Un p'tit retour aux origines

 



samedi 23 avril 2022

Rimbaud en chanson (7) : Patria dulcis est

Hommage à Michel Bouquet
 
Que dire de sensé ou de clairvoyant au sujet du naufrage électoral annoncé ?
Rien qui n'ait déjà été formulé ailleurs et en mieux.
Juste une pensée pour ce piètre pays où encore heureux qu'il y ait des poètes.
Car les rejetons de France furent remarquablement dessinés par le cher Arthur dans Une saison en enfer (1873) dont nous enverrons deux versions de son deuxième poème, Mauvais sang, en souhaitant, en passant, aux nationalistes de s'étouffer dans leur vomi.

D'abord par Franklin Hamon alias Papillon de mai 
 
 
Et par le camarade chevrotant

mercredi 20 avril 2022

La nausée


 All over people change their votes

Along with their overcoats

If Adolf Hitler flew in today,

They'd send a Limousine anyway.

The Clash White man in Hammersmith Palais (1978)