mardi 17 juillet 2018

Nos régions ont du talent

ou passer ses vacances au rade

Laisse Béton de Renaud, ex-faux loubard des années 1970, a connu un nombre non négligeable de variantes et parodies.
Alors quelle que soit votre destination ou localisation du moment, voici deux aimables versions toutes droites issues de la tradition vernaculaire.

La première nous vient tout droit du nord de l'île d'Amour (2B) et est en charge du duo I Mantini ( Daniel Vincensini et José Oliva) avec participation de la bande d'humoristes locaux, I Kongoni. Ce fut, là-bas, le tube de l'été 2014.
Comment dire... venant, nous aussi, d'un certain Sud, on partage pas mal de leurs sentiments quant au tourisme.



La reprise suivante est du pur causer de Nancy (54).
On regrettera seulement que la personne qui envoya cette version des Amis d'Ta Femme ait cru bon d'y adjoindre les paroles.
C'est tellement plus chouette à déchiffrer à l'oreille.


samedi 14 juillet 2018

Magny chante Rilke


Rilke avec Balthus et Baladine Klossowska, sa mère

Je ne suis pas de ceux que l'amour console. Il en va bien ainsi. Qu'est-ce, en effet, qui me serait plus inutile à la fin qu'une vie consolée ? (Rainer Maria Rilke)
 
Grand merci au Moine Bleu qui publia cette superbe version du poème de Rainer Maria Rilke, Ernste Stunde, par une Colette Magny, sur ce coup là, parfaite.
Que dire d'autre ? On en a de la buée plein les yeux.


L'original en allemand, juste parce que toute langue est belle.


mardi 10 juillet 2018

La révolte des vignerons

"Avoir tant de bon vin et pas pouvoir manger de pain" Béziers, juin 1907
C'est en tombant, dans un grenier, sur la photo d'un arrière grand-oncle en uniforme (les paysans se faisaient alors photographier à l'armée) avec le chiffre 17 ornant le col de sa capote que cet épisode a refait surface.
Au début du XXème siècle, Gard, Hérault, Aude et Pyrénées-Orientales ont transformé leurs plaines desséchées en superbes vignobles.
De 1900 à 1906, la production de vin du Languedoc grimpe de 16 à 21 millions d'hectolitres. Cette surproduction se solde par une chute brutale des prix qui sont divisés par deux ou par trois en quelques années. C'est la ruine pour de nombreux viticulteurs qui n'arrivent pas à rembourser leurs dettes mais aussi négociants dont le sort est suspendu à celui de la viticulture.

Pour des raisons de survie, la plupart des petits viticulteurs ont déjà créé des coopératives.
Extrait d'un discours de Jaurès :  Dans une vigne, des raisins contrariants et imbéciles dirent qu'ils ne voulaient pas aller avec leurs frères qui se laissaient cueillir. On fit comme ils le voulaient, et ce qui se passa, c'est qu'ils pourrirent sur souche, tandis que les autres allèrent à la cuve, où ils firent le bon vin qui réjouit les cœurs. Paysans, ne demeurez pas à l'écart. Mettez ensemble vos volontés, et, dans la cuve de la République, préparez le vin de la Révolution sociale
Les Languedociens réclament alors l'abrogation de la loi de 1903 sur la « chaptalisation » (sucrage destiné à augmenter le taux d'alcool) et une surtaxe sur le sucre pour décourager les importations. Le Président du Conseil, le toujours aimable Georges Clémenceau demeure inflexible. "Je connais le Midi, tout ça finira par un banquet", ose-t-il affirmer.
En 1905, des manifestations rassemblent plus de 15 000 personnes à Béziers et Marcelin Albert, cafetier surnommé "lou cigal" (il harangue juché sur un platane) lance sa pétition :  Vive le vin naturel ! À bas les empoisonneurs !

En 1907, suite à l'épidémie de phylloxéra ayant entraîné la disparition d'une bonne part du vignoble, le gouvernement importe massivement du vin d'Algérie qui sature le marché.
Le coupage au sucre étant toujours interdit, les producteurs sont ruinés et entraînent avec eux toute l'économie régionale. En février, une grève des impôts commence à Baixas, le 11 mars, le Comité de défense viticole appelle à la grève et à la démission des conseils municipaux.
Le 12 mai, 150 000 personnes défilent à Béziers. Des barricades sont érigées.
Clemenceau en appelle au sentiment républicain des maires et, dans le même temps, envoie 27 régiments (32 000 soldats).
Le 9 juin, on estime la manifestation de Montpellier à 800 000 personnes. 
Le 19 juin, à Narbonne, où le maire socialiste, Albert Ferroul a démissionné, les soldats tirent sur la foule, faisant deux morts dont un adolescent. Le lendemain, la préfecture est incendiée. Face à une foule qui hurle sa haine : cinq morts.
Ce jour-là, le 17ème d'infanterie, stationné à Agde et formé de gars du Midi se mutine et gagne Béziers à marche forcée pour protéger la foule contre les autres corps d'armée.

Accueillis par une population en liesse, les mutins s'installent sur les Allées Paul Riquet, mettent crosse en l’air. La population leur offre vin et nourriture.
À Paulhan, la voie ferrée est mise hors service par des manifestants qui stoppent ainsi un convoi militaire chargé de mater les mutins. À Lodève, le sous-préfet est pris en otage.
Il y a négociation, après avoir obtenu la garantie qu’aucune sanction ne leur sera infligée, les soldats du 17ème acceptent de déposer les armes et regagnent leur caserne le 22 juin, sous bonne escorte et sans aucun incident majeur.


Finalement, le gouvernement établit une surtaxe sur le sucre et réglemente sévèrement le négoce du vin, donnant ainsi raison aux manifestants.
Les mutins furent envoyés à Gafsa, en Tunisie , en compagnies disciplinaires tout en restant sous un statut militaire ordinaire. On leur a ensuite réservé systématiquement les assauts en première ligne en 1914.
Il en reste la chanson de Montéhus, Gloire au 17ème, ici chantée par le récemment disparu Marc Ogeret


Populaire fut ce refrain : en octobre 1910, lors d'une grève des carriers à Levrezy, Louis Bara, syndicaliste libertaire, entama le chant, puis cria  "Soldats, crosse en l’air, rompez vos rangs, mettez-vous avec les travailleurs, faites comme vos frères du 17ème". Il fut condamné, en février 1911, à 18 mois de prison.
La mémoire de cette grève de 1907 reste vive dans la région. Elle culminera dans le mouvement de 1976, dont on vous a touché un mot ici 
Témoin de l'époque où l'on chantait Rouge en Languedoc, Lengadoc Roge de Claude Marti (1973).

vendredi 6 juillet 2018

Reprises d'été : du rebetiko au surf rock

Surf rockers primitif
Voici l'histoire d'un morceau bien connu des amateurs de rock qui se trouva universellement popularisé par l'ennuyeux Tarentino : Misrilou (l'Égyptienne).
Quelle ne fut pas notre surprise de découvrir que cette très célèbre descente de stratocaster a pour origine rien moins qu'un rebetiko enregistré en 1927 par un certain Michalis Patrinos. 
Un autre Grec, de New-York celui-là, Nick Roubanis, n'hésita pas à s'attribuer abusivement la paternité de cette mélodie traditionnelle une quinzaine d'années plus tard.
Son thème ? Rapportons-nous au Mille et une nuits : Shéhérazade dit au Sultan : «Sire, je vais vous raconter l’histoire de Misirlou. Il y avait autrefois un riche marchand qui se rendit en Égypte pour affaire. Il y rencontra une femme d’une beauté ensorcelante. Pour elle, il composa une chanson d’amour…»
Et voilà le travail :



 
Devenue danse populaire aux États-Unis, Richard Monsour, jeune bostonien d'origine libanaise et plus connu sous son pseudonyme de Dick Dale, l'immortalisa en un surf rock retentissant qui assurera sa renommée. 

Sa version de la mélodie méditerranéenne sera ensuite reprise par les Beach boys, les Trashmen, les Ventures, Jan and Dean, les Rumblers, Link Wray, etc, etc...

Le voici, avec ses Del Tones, dans une séquence du film A swinging affair.
C'est tellement du playback qu'on se demande forcèment où est passé le saxo. Mais on ne peut qu'admirer le jeu de jambes.



Et en français ?
Entre ici, Dario Moreno, toi qui roulait si bien tes R : 




mardi 3 juillet 2018

Juillet : l'ultime Herbe

Vue de l'émission en en public

Allez, on se quitte en zizique avec...

Bérurier Noir                    Salut à toi
Hafed Benotman                Jaja
Serge Reggiani                  Du vent dans mon crâne
Françis Blanche                Général à vendre
Hélène Martin                   Tant de sueur humaine
Patrick Denain                   Ça n'a pas d'importance
Christian Paccoud               Un si p'tit espoir
Noir Désir                          Fin de siècle
Brigitte Fontaine                La côtelette
Reda Caire                         Le petit bal perdu
Catherine sauvage             Le temps du tango
La Rumeur                         Le cuir usé d'une valise
Guy Béart                           La chabraque
Jacques Marchais               Chant des pègres
Thomas Fersen                   Pièce montée des grands jours
Le Nez dans l'ruisseau       Pen-Sardine
                                           16 tonnes
Alain Bashung                    Il voyage en solitaire
Passi                                   Les flammes du mal  
France Gall                        Diego, libre dans sa tête
Arletty                                Si vous étiez un coquin
Les Négresses vertes         Voila l'été
Jacques Marchais               La vie s'écoule
NTM                                   Qu'est ce qu'on attend ?

Cette émission se trouve sur le clic habituel.
Encore un grand merci à la bande au Nez dans l'ruisseau
Et en supp, le classique qui y manquait ( c'est encore lui, on s'excuse)


vendredi 29 juin 2018

Encore Béranger

Béranger avec la troupe La Roulotte dans les années 50

En 2004, un an après sa mort, parût un coffret de trois cds et un dvd consacré à François Béranger.
L'excellente sélection est déclinée selon les trois thèmes majeurs : la révolte, la poésie, l'amour. 
En ce qui concerne le dvd, on y trouve un concert de 1998, un film de Philippe Worms, et l'unique clip,à notre connaissance, du bougon tendre et rieur : Chanson Folklo



Un autre extrait d'un entretien avec Jean-Pierre Alarcen (son guitariste attitré) et Béranger résume assez bien le bon gars.


On trouve aussi une jolie biographie du Monsieur, signée par Marc Robine en cliquant là.

mardi 26 juin 2018

Et Moustaki fit fortune

Revenons sur le cas d'une chanson évoquée ici dans la version de Cher, de 1966.
En 1959, Georges Moustaki écrivit les paroles d'une chanson pour Édith Piaf, l'inoubliable musique en étant de Marguerite Monnot.
Succès foudroyant : grâce à cette histoire mélodramatique de la sempiternelle péripatéticienne au grand cœur accueillant un richard aux amours désespérés, la Môme vend 400 000 disques place la rengaine dans les hits parades de 11 pays.


Parmi moult reprises, celle de de la chanteuse hollandaise Corry Brokken créa de beaux remous. Dans le royaume batave de 1960, on se devait de ne pas évoquer la prostitution au pays d'Amsterdam et de Rotterdam.
Hypocrisie calviniste, quand tu nous tiens...


Un autre version fort populaire, fut celle de la rouge (dans les deux sens du terme) italienne Maria Ilva Bocalti, "Milva", chantée ici en duo avec l'auteur au piano, en 1983.