lundi 6 juillet 2020

La dernière des Vanneaux



Et bien voilà. Après plus de huit ans d'émissions radiophoniques, d'abord dans la chanson en français avec l'herbe Tendre puis dans le n'importe quoi de partout des Vanneaux, on a décidé de raccrocher.
Avec une pensée émue et reconnaissante pour tous ceux et celles qui se sont succédés au micros de Canal Sud les mardis puis les lundis.
Et comme il était question de liberté :
Georges Auric            À nous la liberté
The Vip's                     I wanna be free
Stinky Toys                 Free from love
Bérurier Noir              Vivre libre ou mourir
Sebastyen & Marta     Hidegen figna kastelek
Pete Seeger                 Freiheit
Tappa Zukie                 Tribute to Steve Biko
Die Schnitter                Abenteuer
Joe Jackson                   Harder they come
La Brigade                    Libérez
Anonymes                     Ithemba Edinalo Inkululeko
Mikel Laboa                  Txoria txori
Pelagia                           Lubia bratci, lubia
Judith Reyes                  Cancion del guerillero
Bakaka Band                  Gobonimada jira
Ennio Morriconne          The beggars march
Surghjenti                      A me patria
J. Higelin                        Le fil à la patte du caméleon
Samuel Hobo                 Freeedom song
The Byrds                      Chimes of freedom

Les amateurs d'archives nous retrouveront sur un bête clic.

Les Vanneaux disparaissent, Ennio Morricone aussi. Finalement, peu de musiciens contemporains nous auront autant touché. Arrivederci maestro !
Et puisqu'il n'y pas de liberté sans révolution, même au cinéma, le thème de La Bataille d'Alger par John Zorn.

 

           
Et un dernier coup de La Souris Déglinguée, juste parce qu'on a un coup de nostalgie de notre rayah.



samedi 4 juillet 2020

L'éternel féminin par Coccinelle

Je ne sais si le gars sur la photo avait cherché la femme, mais il a fini par en croiser sur sa route. On s'excuse car n'a rien trouvé de plus spirituel qu'une photo, souvenir des rues de Belfast de la pire époque, pour illustrer cette rengaine écrite par Bruno Coquatrix himself.
Chantée par Coccinelle, elle fit fureur dans la société corsetée de 1963.



Coccinelle fut une star du "Carrousel de Paris" et de chez "Madame Arthur"
Jacqueline-Charlotte Dufresnoy (née Jacques Charles Dufresnoy le 23 août 1931 à Paris IIIe, décédée le 9 octobre 2006 à Marseille) fut une des premières artiste transsexuelle (le terme transgenre n'existant point encore) à être mondialement connue.
Elle parraina une collègue, Bambi, chez la mère Arthur avant de partir hanter les cabarets berlinois à partir de 1978.
Elle s'établit à Marseille à partir de 1992.
Morte en 2006, une allée en terre-plein central du boulevard de Clichy, à Pigalle, porte désormais son nom.
Elle a tourné six films dans les années 60 et a enregistré une dizaine de disques.

Annapurna de kitch, ce petit film qui lui est consacré.

mercredi 1 juillet 2020

Héros oubliés du rock'n roll : Third world war

On confesse un certain goût pour les marginaux énervés.
Ça tombe bien, les sujets de sa Gracieuse Majesté en ont toujours compté un nombre certain. Voilà une bande qui aurait assurément elle aussi mérité d’être mentionnée au rayon des grands ancêtre du punk rock : Thirld World War.

S’il y eut une terreur, une névrose collective, dans la génération née après 1945, ce fut bien celle de la bombe atomique et la troisième guerre mondiale. 
Difficile de trouver un nom de groupe plus provocateur et peu vendeur, donc.
En 1971, ce qui reste du mouvement hippie britannique, passe son temps à se gratter le nombril, à tâter des drogues dures ou à se passionner pour le dernier album de Donovan.
Ce paysage si peu excitant accouche donc d’un groupe brutal qui jouait avec les potards bloqués au maximum. Ces redécouvreurs de la saine violence de l’époque de la grande opposition entre mods et rockers étaient Terry Stamp (guitariste et chanteur), Jim Avery (bassiste), Mick Lieber (guitare) et Fred Smith (batterie).
Leur manager, l’agitateur John Fenton avait réuni les deux premiers pour écrire des brûlots qui se voulaient révolutionnaires mais trop crades pour être récupérés par le moindre mouvement gauchiste.
Pour l’enregistrement de leur premier album, en 1971, l’ingénieur du son Phill Brown résuma sobrement ses désirs : « J’en avais assez de ces merdes de discours sur la paix. Je voulais un groupe de vrais prolos méchants ». Dont acte. Remarquons au passage que le même bonhomme n’hésitait pas, par ailleurs, à bosser avec David Bowie, Led Zeppelin ou Cat Stevens qui n’avait pas encore croisé Dieu au comptoir d’un pub. Remarquons également que leur petit malin de manager avait tout de même réussi à adjoindre à ces sessions d’enregistrement les renforts de Jim Price et Bobby King aux cuivres, musiciens américains qui accompagnaient les Rolling Stones en tournée. 



Mélange de blues saturé bordélique et saccadé et d’un reste de psychédélisme accompagné d’une voix éraillée, leur musique est considérée, selon les sources, comme un antécédent du heavy metal ou premier groupe punk britannique. À l’écoute, on se dit qu’on a à faire à des sortes de Stooges politisés avec l’accent cockney en prime qui font à l'occase du glam avant la lettre. 
Quant aux paroles, disons que de nos jours les crétins qualifieraient facilement ça de « rock populiste ». Goûtez donc aux titres : Preaching violence, Get out of your bed, you dirty Red ou le fabuleux Working class man.
Suivi par un public respectable (en nombre) le groupe sort un deuxième album sobrement titré Third World War 2 en 1972 . Sauf que ce LP ne se vend pas plus que le précédent. Fenton n’a plus un rond et, pas foutu de fournir une thune au musiciens, le groupe se sépare en 1973.
Un titre que n'aurait pas renié Marc Bolan : MI5*'s alive

 

* Services secrets intérieurs britanniques.

dimanche 28 juin 2020

Les Vanneaux en liberté

Une prison brûle (Newgate, London, 1780)
Un concept excessivement flou au nom duquel on commet toutes les escroqueries possibles, au nom duquel on étripe des foules mais qui demeure une des aspirations fondamentales de l'humanité.
Liberté, liberté chérie, combien de crimes commis en ton nom ?
On te chantera pour la der des ders, l'ultime émission des Vanneaux, parce qu'il vaut mieux se séparer plutôt que de s'ennuyer. Surtout après huit années de rencard mensuel.
On s'envolera le lundi 6 juillet à 17h30 sur les 92.2 de Radio Canal Sud.

Fréhel Ohé les copains. Une vision assez radicale de la liberté



Une toute autre vision, celle du Sud africain Mzwakhe Mbuli en 1986. The day shall dawn (comme disaient aussi les Irlandais). Un peu déçu par la suite des événements, comrade ?

jeudi 25 juin 2020

Joan Pau Verdier 1947 / 2020


Joan Pau Verdier est mort le 21 juin dernier.
Il se revendiquait anarchiste et Occitan et avait même participé à l'éphémère FACO (Fédération Anarchiste Communiste Occitane) en 1969.
C'était l'époque où il avait ajouté une pointe (oh, pas trop tout de même) de rock et de blues dans un folk trop académique.  D'ailleurs ils envoyait volontiers chier les "occitanistes" et autres fondamentalistes de la cabrette.
Il a adapté Ferré et Brassens dans sa langue limousine. 
Et n'a jamais vu d'inconvénient à chanter et écrire dans les deux langues. 


Bien que n'ayant jamais eu de grand succès, il a continué sans jamais se renier ni céder à la moindre mode du moment. Sa mort n'aura fait des gros titres qu'à France Bleue Dordogne et ça l'aurait sans doute fait marrer.
Rien que pour ça, on l'aimait bien. Et pas uniquement parce que c'est encore un honnête homme d'une certaine époque qui a disparu. Et qui nous laisse quelques souvenirs de jeunesse.


Adishatz !

mardi 23 juin 2020

Confusion, tautologie et gloire posthume

La Palisse (cuistrerie historique)

Voici l'histoire d'une chanson qui fut à l'origine d'une confusion qui passa dans le vocabulaire courant.
Prenons une querelle entre deux souverains anxieux de s'emparer du duché de Milan qui débouche sur une guerre de 70 années, communément appelées Guerres d'Italie (1494-1559). Charles VIII, Louis XII puis François Ier vont s'y casser les dents.
Épisode désastreux pour les François et leurs mercenaires, la bataille de Pavie, le 24 février 1525, plus importante défaite infligée par les impériaux par une charge intempestive des chevaliers contre l'artillerie et les arquebusiers. Outre Sanseverino (pas celui-là) ou Charles de Bourbon, une bonne partie de la noblesse française honora sa fonction sociale historique en y laissant la peau. Le roi François Ier fut fait prisonnier. Mais le cas qui restera fut celui du chevalier Jacques de Chabannes dit "La Palisse" du nom de son domaine. Beau gosse et vaillant combattant, le chevalier s'étant fait trouer la paillasse fut chanté par ses troupes qui lui rendirent hommage en entonnant ces vers : Hélas, La Palice est mort, Il est mort devant Pavie. Hélas, s'il n'était pas mort, Il ferait encore envie.
La veuve qui savait de quoi elle causait, fit même graver le dernier vers sur la tombe de son galant.
Vous voyez venir l'embrouille ?
La chanson par Gilles Elbaz


L'ancien français avait deux graphies du s dont l'une est ſ. Une erreur de lecture a fait lire « hélas, s'il n'était pas mort, il serait (ferait) encore en vie ». Au XVIIIe siècle, Bernard de la Monnoye reprit alors l'ensemble de cette chanson sur ce modèle :  Il est mort le vendredi, Passée la fleur de son âge, S'il fût mort le samedi, Il eût vécu davantage.
Et voici comment l'infortuné gentilhomme devint le héros involontaire des expressions tautologiques ou des truismes. On est bien peu d'choses.

jeudi 18 juin 2020

Terroristes et casseurs (7) The Molly Maguires

Pennsylvanie 1877
Colonisés par l'Angleterre, expulsés de leurs terres par des propriétaires rapaces, crevant de famine par milliers, les Irlandais émigrèrent par vagues successives vers l'Amérique où ils furent traités comme des rebuts, à peine au-dessus des nègres. Ils y importèrent donc leur vieille tradition de répondre coup pour coup à leurs maîtres. 
Quand leur pays d'accueil ne les utilisait pas directement comme chair à canon*, ils étaient souvent recrutés comme mineurs de fond. Outre les conditions d'exploitations inhérentes à cette branche, dans la décennie 1860, les compagnies de charbonnage baissent les salaires de moitié après avoir endettés leurs mineurs et obtiennent des tribunaux l'interdiction de tout syndicat.
Contrastant singulièrement avec les organisations ouvrières ordinaires (et impuissantes) de l'époque, les Molly Maguires, société secrète de mineurs opérant en Pennsylvanie dans les années 1860-1870 avaient arrêté, pour atteindre leurs buts, une méthode principalement résumable en deux mots : terrorisme et assassinat. (Dynamite ! Louis Adamic)
On raconte que le nom pittoresque de cette société secrète de prolos émigrés catholiques en terre protestante vient de Molly, veuve Maguire, qui avec ses rejetons (les Mollies) avait fondé dans le nord-ouest de l'Irlande le Parti de la terre libre et pour mieux appuyer son programme se chargeait d'exécuter flics, huissiers, baillis, ou propriétaires indélicats. Personnage légendaire ou pas, la veuve fit des émules dans les bassins miniers des Appalaches.

 Sous couvert d'une société d'aide mutuelle L'Ordre ancien des Hiberniens, les Mollies recrutaient leurs membres après leur avoir fait prêter serment lors de cérémonies nocturnes.
Constitués en milice d'autodéfense, ils entament dès la décennie 1850 une série de sabotages et d'exécutions de cadres, contremaîtres tyranniques, vigiles abusifs et patrons intransigeants. Généralement, les concernés recevaient d'abord un avertissement puis, la vengeance s'exerçait froidement des mains d'un groupe de Mollies venus spécialement d'un bassin minier voisin.
L'âge d'or des Maguires se situa dans le bassin des Schuylkilldans les années 1873/1874. 
Le communautarisme irlandais allié au serment d'appartenance rendit ce groupe ininfiltrable durant près de deux décennies. Enfin, pas tout à fait puisque l'agence Pinkerton arriva à faire embaucher un de ses détectives, Irlandais pur jus, dans le bassin minier afin de le faire recruter par les Maguires. Le cafard, James Mac Parland, alla jusqu'à dénoncer 347 présumés Mollies. Son seul témoignage suffit à en envoyer une dizaine à l'échafaud dont le fameux "Black Jack" Keogh, innocenté par la justice américaine après un procès en révision en... 1979 !
Après ce coup dur, l'organisation secrète se volatilisa. Même si leurs pratiques ont perduré et que l'Ordre ancien des Hiberniens existe bel et bien encore à cette heure.
Il existe tant des chansons célébrant la veuve Maguire sur l'île que d'autres à la gloire des mineurs teigneux.
La plus connue est sans doute celle des Dubliners (1969)



Reprise, en plus bruyant, les Finnegan's Hell (2014)


Impossible de se quitter sans évoquer le film de Martin Ritt Les Molly Maguires, ou Un traître sur commande (1970) le plus chouette des westerns miniers qu'on ait jamais vu. Faut dire que c'est genre assez peu fourni.
En tout cas, il est magistralement servi par l'interprétation de Sean Connery (Jack Keogh) et Richard Harris (James Mc Parland) parfaits dans leur relation trouble faite de confiance, de méfiance, d'amour et de haine.
Vous ne l'avez pas vu ? Je vous envie....





* Comme lors de la guerre américano-mexicaine de 1846 où tout un bataillon irlandais, le St Patrick, déserta pour passer du côté mexicain par refus de jouer un rôle impérialiste.