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vendredi 12 juillet 2019

Anne Vanderlove


Chanteuse réputée dans les années soixante, Anne Vanderlove (née Anna Van der Leew) s'était fait discrète depuis 1972. Elle est morte tout aussi discrètement le 30 juin dernier.
De père hollandais, résistant déporté en 1943 et de mère bretonne, elle fut confiée à ses grands-parents dans le Morbihan dès son plus jeune âge.
Au début des années soixante elle est d'abord institutrice avant de passer à la chanson en 1965 en se produisant au cabaret de Saint Germain, Chez Georges.
En 1967, elle sort son premier album Ballade en novembre, aussitôt couronné du Grand prix de l’Académie de la chanson française


En mai 68, elle tourne dans les usines occupées en compagnie de Pia ColomboMaurice Fanon, Francesca SolevilleColette Magny, Isabelle Aubret et Dominique Grange avant de se brouiller avec son label, Pathé-Marconi.
Désormais, elle s'autoproduira.
Elle chante sur La mort d'Orion de Gérard Manset puis, en 1972, décide de ne plus apparaître que dans les écoles, prisons ou MJC.


Revenue en Bretagne, elle enregistre régulièrement des disques tout en se consacrant à l'éducation à l'environnement.
En 1993, elle écope d'une peine de sursis pour complicité à un hold-up mené par son compagnon de l'époque.
Surnommée la "Joan Baez française" dans ses premières années, elle n'a jamais cessé de se produire jusqu'à ces dernières années.


vendredi 6 novembre 2015

Le tube de guerre universel : le blues du soldat

En avril 1915, le jeune Hans Leip a le moral en berne.
Non seulement, ce caporal est mobilisé pour le front Russe mais, incorrigible romantique, il est amoureux de deux femmes : sa logeuse Lili et Marleen, une infirmière de sa connaissance.
Qu'à cela ne tienne, avant d'aller patauger dans la gadoue ukrainienne, le poète réunit les deux dames dans un même poème :  Lied eines jungen Wachtpostens
(Chanson d'une jeune sentinelle)


Rentré du front, à peu près entier, Hans Leip publiera un recueil, en 1937, Le petit accordéon du port, comprenant 5 strophes de la chanson accompagnées d'une partition.
Cette même année, la chanteuse Lale Andersen va conclure cette chanson en faisant mourir le soldat dans deux derniers couplets avant de demander à son amant, Rudolf Zink, de la mettre la en musique en améliorant la partoche.
Rodée dans les cabarets, elle enregistrera deux versions différentes. Les choses étant ce quelles sont en 1938, c'est la version la plus martiale qui sera diffusée en radio.
Jugée « terne et sans rythme » par la critique, la scie cafardeuse ne se vendra qu'à 700 exemplaires. Un bide absolu !
 La version originale par Lale Andersen

  Mais la renommée est parfois farceuse. 
Le 18 août 1941, des bombardiers britanniques rasent l'entrepôt de disques du lieutenant Heinz-Karl Reitgen, directeur et disc jockey de la station de radio militaire de Belgrade, occupée par la wehrmacht. Obligé de se rabattre sur un carton de disque au rebut, il prend cette chanson comme indicatif de fin des programmes.
L'émetteur de Radio Belgrade étant capté de Libye jusqu'en Norvège, voilà t'il pas que des milliers de soldats, cantonnés dans cet espace géographique, se mettent à chialer et en redemander tous les soirs à 22h.
Goebbels s'en émouvra et ira traiter cette scie de "danse macabre". Pour sa part, le musicologue Erwin Rommel l'adoptera sans réserve dans son Afrika Korps.
Et tous
les soirs, quelque part entre Benghazi et El Alamein, selon offensives et 
un public souvent captif
contre-offensives, les combats s'arrêtent et les Anglais, Canadiens, Australiens, Français et autres embarqués dans cette galère hurlent aux Allemands d'en face de monter le son ! 
Ainsi, la chanson du caporal cafardeux de 1915 est devenue l'hymne absolu d'une guerre qui s'éternise.
En quelque mois, elle est chantée en 43 langues. En France, c'est Suzy Solidor qui l'enregistre en janvier 1942 (adaptation d'Henry Lemarchand).
Goebbels, toujours aussi teigneux, en fait graver une version en anglais pour démoraliser les soldats alliés.
Du coup, l'État-major allié riposte avec des versions de Anne Shelton, Vera Lynn ou Glenn Miller.

Mais LA version langoureuse entre toutes, LA version populaire entre toutes, LA version qui tombe à pic, c'est bien entendu celle enregistrée par le capitaine de l'US Army, d'origine allemande et antinazie irréprochable, Marlène Dietrich.
L'actrice embedded fera plus de 60 concerts, en 1944, en accompagnant la progression de la troisième armée de Patton, s'appropriant la chanson au point de changer son titre en Lily Marlène et transformant le blues du soldat allemand loin de chez lui en hymne de la libération.



Une variante des années soixante par Anne Vanderlove

Pour finir, on ne résiste pas au plaisir de vous envoyer ce pastiche écrit par l'écrivain Guy Roves, écrit dans lointain stalag et chanté, il fut un temps, en intro de concerts par la Souris Déglinguée :
Devant la caserne,
Y a un Allemand
qui monte la garde
assis sur un pliant.
Je lui demande :
pourquoi pleures-tu ?
Il me répond :
Nous sommes foutus !
On a les Russes au cul.
Hitler sera pendu.

On termine par un clin d’œil à Chéribibi qui a aussi raconté cette histoire, à sa manière, dans son numéro 8. Rompez !