mercredi 20 mai 2026

22 mai 1938 La grande évasion espagnole



Une des plus grandes évasions collectives du XXème siècle en Europe est curieusement demeurée une des plus méconnues. Enfin, quand j'écris curieusement, il y a à cela quelques raison que nous allons développer.
Navarre mai 1938, voilà presque deux ans que cette province ultra catholique est aux mains des fascistes et que ceux-ci imposent un régime de terreur généralisée.
Symbole de cette époque immonde : le fort de San Cristobal, sur le mont Ezkaba, au nord de Pampelune. 
Forteresse construite sous Alphonse XII, cette ligne de défense pyrénéenne, à la base prévue pour 300 soldats fut convertie en un bagne où étaient entassés près de 3 000 prisonniers "républicains", rongés par la vermine, la moisissure et crevant de tuberculose ou de faim, vu que les autorités militaires, fidèles à leur réputation, revendaient la majorité de la nourriture au marché noir. 

 Bien entendu, les reclus étaient obligés d'assister aux messes, de saluer le drapeau factieux et d'entonner chaque jour le Cara al sol, hymne de la Phalange, entre autres gâteries.
Coupés du monde, ignorants du déroulement de la guerre civile en cours, un groupe de prisonniers va fomenter une cavale en communiquant en Espéranto, langue alors populaire dans les milieux libertaires. 

À l'heure du très symbolique dîner, moment où les gardiens sont les plus dispersés, la trentaine de conspirateur s'empare de leurs armes et s'approprie l'ensemble du fort. Un seul garde sera tué accidentellement par un coup porté par une barre en fer. Les autres soldats se sont assez vite rendus. Sauf l'un d'eux qui dévale jusqu'à Pampelune pour donner l'alerte suivi par un prisonnier phalangiste (suite à des règlements de compte internes au camp fasciste à Salamanque en 1937) qui s'empresse de faire de même. Immédiatement, un convoi militaire muni de projecteurs grimpe sur le mont depuis la capitale navarraise.
Pendant ce temps, le pénitencier étant resté ouvert, 795 fuyards crevant de faim, mal ou pas chaussés, ignorant le terrain et la géographie, équipés de quelques fusils, dépourvus du moindre plan de fuite s'évanouissent dans la nature. Certains naïfs ayant cru que l'ouverture des portes signifiait la fin de la guerre se feront bêtement rattraper à la gare de Pampelune. Réalisant la situation, la majorité des reclus choisit de rester sur place par crainte des représailles, à Trois heures du matin, les militaires en comptent 1 692.

Immédiatement, dans cette région bastion du catholicisme traditionnel, une immense chasse à l'homme se déclenche en rappelant les milices carlistes, les terribles réquétes. Dès le premier jour, 259 évadés son repris et un certain nombre fusillés sur le champ. Le 24, ils sont 445, le dernier évadé repris ne le sera que le 14 août, ce qui lui vaudra le surnom de "Tarzan". 
Lorsqu'on sait que la frontière française n'est qu'à 50 kilomètres de là, on est affolé par la proportion de ceux qui s'en sont sortis : seuls trois d'entre eux ont réussi à passer la frontière (grâce une poignée de bergers) ! 
L'un parvint à gagner le Mexique, l'autre retourna dans l'armée républicaine alors en débâcle et le troisième s'évanouit dans la nature sans que l'on sache sa destinée.  
Carte postale d'époque

Bilan : 3 évadés, 585 repris, 207 fusillés (dont une vingtaine non identifiés). 
17 survivants furent passés en conseil de guerre et fusillés à Pampelune sauf un qui fut placé dans un asile d'aliénés. 
Le directeur de la prison, passa lui aussi en jugement pour avoir trafiqué la nourriture. Il fut condamné et sa peine jamais appliquée. 
Comme la plupart des évadés assassinés furent enterrés à la hâte, on recherche encore l'emplacement des corps dans plusieurs de ces fosses communes parsemant le territoire ibérique.
Bien évidemment, cet épisode peu glorieux de l'histoire nationale et régionale n'a pas été particulièrement rappelé jusqu'en 2007, année durant laquelle l'exhumation des corps a débuté... et se poursuit encore dans l'actualité. 

Dans son disque consacré à la guerre et l'après-guerre, La Tierra esta sorda, le groupe navarrais Barricada rendit hommage aux évadés du mont Ezkaba.

Groupe de prisonniers en 1942

mardi 17 février 2026

Robert Duvall 1931-2026


Qu'est ce qu'un soi-disant second rôle ?
Dans son cas, un acteur qui rendit l'écran passionnant par sa présence, son jeu, son phrasé.
Depuis Apocalypse now (1979) où on le découvrit jusqu'à In dubious Battle (2016) en passant par Le Parrain, Conversation secrètes, La Poursuite impitoyable, Gingerbread man, etc. Robert Duvall aura accompagné notre vie d'amoureux d'un certain cinéma. 
Celui du mal nommé Nouvel Hollywood où les États-Unis ont perdu l'occasion de se regarder en face avec un tant soit peu de sincérité, celui qui accompagna et suivit une dérouillée vietnamienne aujourd'hui reléguée aux oubliettes, y compris chez les bonnes âmes qui s'indignent du "retour" (il était parti ?) d'un certain impérialisme. 
Mais là n'est pas le propos, pour évoquer la mémoire du grand, de l'immense Duvall, on aimera revoir cette séquence de Tender Mercies (1983), film jugé à tort par certains un peu fleur bleue mais qui vaut largement la comparaison avec le Honky tonk man d'un Clint Eastwood alors en pleine forme.
Duvall y incarnait Mac Sledge, vieille gloire de la country viré alcoolique, vivant une relation chaotique avec une veuve de guerre du Vietnam (comme par hasard) ainsi qu'avec sa fille qu'il a abandonné voilà plus de deux décennies.
Amateurs, de Happy ends passez votre chemin. 
L'extrait où il y interprète If you hold the ladder (de Buzz Rabin et Sarah Busby) 


Un autre bel hommage, celui de Luc Lagier dans son Blow Up.
En voilà un bon résumé...

Comme le malheur vole en escadrille, on a également appris la disparition du documentariste Frederick Wiseman. Black tuesday !
 

 

mardi 6 janvier 2026

Jailhouse rock (Actualités)

 

The show must go on

Les occasions de sourire étant lamentablement rares, allons-y gaiement.
Avant de sévir comme permanent syndical puis de mener son pays à la matraque puis d'être kidnappé par le gang du Mal Peigné, Nicolas Maduro Moros tenta une brève carrière dans le rock 'n roll au sein du groupe Enigma.
On le voit ici lors d'un show à la tv de Caracas en 1981.
Certes, c'est assez mauvais mais quelle que soit la cruauté de la critique rock, franchement, y a-t-il là de quoi bombarder une ville et flinguer une centaine de pêcheurs, plaisanciers et peut-être même quelques narcos qui passaient par là ?
À ce compte, on n'ose imaginer le sort réservé à nos rockers nationaux et à quelques unes de nos sous-préfectures (comptez pas sur ce blog pour la délation de ceux qui mériterait un châtiment).


Bon allez, plus sérieusement, ce malheureux groupe qui hante le ouèbe comme ayant hébergé Nico the Killer semble absolument victime d'une campagne mensongère, une authentique fake !
Formé début 1980 par Carlos Carillo* (chant et guitare), Wolfgang Rosas (basse) et Leo Gomez (batterie) Enigma affirme n'avoir jamais joué avec le ci-devant Presidente.
Ils n'ont d'ailleurs pas laissé d'autres traces qu'un morceau sur une compilation intitulée Venerock (1982)
Et merci à M d'avoir fait tourner ce truc. 

* Tout ça à cause d'un vague air de famille.