lundi 15 juillet 2019

Henri Calet et l'honneur

Riton en 1954
On aime bien Henri Calet.
Et voici que, grâce à l'excellent site À contretemps, on découvre combien on a eu raison d'estimer l'auteur de la Belle lurette. Surtout un lendemain de fête nationale.
Ci-dessous un texte écrit en janvier 1939. On reprend d'abord des extraits du chapeau introductif de la revue.

De l’autre côté des Pyrénées, en terre de droits de l’Homme donc, le radical-socialiste Édouard Daladier, chef du gouvernement, et les radicaux Georges Bonnet, ministre des Affaires étrangères, et Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, attendent, inquiets, l’arrivée aux frontières de cette horde qu’ils sentent grossir de jour en jour. Ils l’attendent et la redoutent d’autant qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce qu’ils vont en faire. L’administration suivra ; elle est faite pour cela. Et, en effet, elle fera ce qu’ont attendait d’elle qu’elle fît : trier les hommes, séparer les familles, humilier un peuple qui avait représenté le dernier espoir de l’Europe, entasser les réfugiés sur des plages de mépris où rien n’avait été prévu pour les abriter, les nourrir, les aider à reprendre des forces. Le scandale fut total : une abjection française.
En ce début d’année 39 de tous les dangers, Henri Calet travaille comme correcteur à
La Lumière, hebdomadaire « d’éducation civique et d’action républicaine ». Il y écrit aussi, un peu, quand l’événement l’exige. L’Espagne antifasciste, pour Calet, ce fut un combat, l’un des rares peut-être auxquels il ne fallait pas, à ses yeux, se dérober.(...)
Le court texte de lui que nous donnons ici vaut témoignage, nous semble-t-il, d’une volonté d’époque – qui fut certainement partagée à « gauche » – d’accueillir le plus humainement possible toute la misère du monde que les vaincus d’Espagne trimbalaient avec eux. Depuis, la misère du monde a changé maintes fois de visage et de continent. Ce qui n’a pas changé, en revanche – et qui remonte à dates fixes des bas-fonds de l’âme humaine –, c’est la lâcheté de ceux qui préféreront toujours leur sécurité à leur honneur.


Est-il possible qu’on renvoie à la mort les réfugiés d’Espagne qui demandent asile ?
Des bruits ont circulé ces derniers jours. Des bruits infamants. Avant d’accepter l’entrée en France de quelques milliers d’enfants espagnols, le gouvernement français aurait exigé le versement préalable d’une importante somme d’argent. Nous ne retiendrons rien de cette information que nous voulons tenir pour invraisemblable. Il ne se peut pas qu’il y ait des hommes pour débattre les termes d’un tel marché – « tant par tête à sauver… » Cela est impossible.

Mais quoi qu’il en soit, aujourd’hui, demain, dans les heures qui viennent, des réfugiés catalans afflueront et nous demanderont asile. Nous voulons penser qu’aucune équivoque ne pèsera sur cette question et que le gouvernement a pris déjà ses dispositions pour que soit accueilli dignement, humainement et sans restriction, le douloureux exode. Le devoir est strict, tout simple, sans mots, sans phrases.

Devant les femmes et les enfants de Catalogne qui tentent encore d’échapper à la mort, devant les veuves, les orphelins, les blessés, devant ce deuil et ces douleurs, devant un peuple qui fuit l’oppression, devant eux tous, la frontière doit s’ouvrir grande.
L’Histoire montrera peut-être une France d’ombre, peureusement calfeutrée et pratiquant la non-intervention dans une guerre injuste où des hommes tombaient aussi pour elle. L’Histoire devra montrer une autre France plus vraie. Une France apitoyée et secourable qui panse, qui guérit, qui apaise.

Nous y tenons pour notre honneur.

Henri CALET
La Lumière, 27 janvier 1939. 

Avec une pensée pour ceux qu'on traque et qu'on parque, au Panthéon ou ailleurs, une chanson de 1978 pour conclure.

vendredi 12 juillet 2019

Anne Vanderlove


Chanteuse réputée dans les années soixante, Anne Vanderlove (née Anna Van der Leew) s'était fait discrète depuis 1972. Elle est morte tout aussi discrètement le 30 juin dernier.
De père hollandais, résistant déporté en 1943 et de mère bretonne, elle fut confiée à ses grands-parents dans le Morbihan dès son plus jeune âge.
Au début des années soixante elle est d'abord institutrice avant de passer à la chanson en 1965 en se produisant au cabaret de Saint Germain, Chez Georges.
En 1967, elle sort son premier album Ballade en novembre, aussitôt couronné du Grand prix de l’Académie de la chanson française


En mai 68, elle tourne dans les usines occupées en compagnie de Pia ColomboMaurice Fanon, Francesca SolevilleColette Magny, Isabelle Aubret et Dominique Grange avant de se brouiller avec son label, Pathé-Marconi.
Désormais, elle s'autoproduira.
Elle chante sur La mort d'Orion de Gérard Manset puis, en 1972, décide de ne plus apparaître que dans les écoles, prisons ou MJC.


Revenue en Bretagne, elle enregistre régulièrement des disques tout en se consacrant à l'éducation à l'environnement.
En 1993, elle écope d'une peine de sursis pour complicité à un hold-up mené par son compagnon de l'époque.
Surnommée la "Joan Baez française" dans ses premières années, elle n'a jamais cessé de se produire jusqu'à ces dernières années.


mardi 9 juillet 2019

La formule secrète

Photo Juan Rulfo



Vous direz que c'est pure vanité de ma part
qu'il est malvenu de maudire son sort
d'autant plus sur cette terre stérile
où le destin nous a oublié.

En vérité, il n'est jamais facile de s'habituer à la famine
et même s'il paraît que partagée par beaucoup
elle est moins pénible,
ici
nous sommes à moitié morts
et n'avons même pas
où trépasser.

À ce qu'on dit
le malheur nous revient de droit,
que rien ne sert de combattre ce nœud coulant
surtout pas.
Depuis que le monde est monde
notre nombril est collé à nos vertèbres
et nous nous accrochons au vent avec nos ongles.

On va jusqu'à nous disputer l'ombre
et pourtant nous sommes toujours là.
Assommés par ce maudit soleil
qui nous consume chaque jour un peu plus
de sa même piqûre
comme s'il voulait ranimer des braises.
Pourtant nous savons bien
que même en soufflant sur ces braises
notre chance ne s'enflammera pas.

Mais nous sommes obstinés
il existe peut-être une issue.

La monde est inondé de gens comme nous
de quantité de gens comme nous
et quelqu'un doit nous entendre
quelqu'un et d'autres encore
même si nos cris les exaspèrent ou les indiffèrent.

Nous ne sommes pas des insurgés
ni ne demandons la Lune
mais notre vie ne se résume pas à se terrer
ou à prendre le maquis
à chaque morsure des chiens.
Quelqu'un devra bien nous entendre.

Quand nous cesserons de bourdonner comme un essaim de guêpes
ou de tourner en rond
ou de nous évaporer sur cette terre
comme passent les morts
Alors
peut-être aurons-nous tous trouvé le remède.


Juan Rulfo (1917-1986)
Traduction maison.




vendredi 5 juillet 2019

JP Kalfon rocker à part

Ni Johnny Cash, ni Vince Taylor, tout simplement Kalfon
Le désormais trop rare Jean-Pierre Kalfon était l'invité, pour clore la saison, de l'émission Mauvais genre sur France Culture
Voilà l'occasion de rendre hommage à cet acteur particulier, en rappelant  qu'il fut un rocker incendiaire à ses heures.
N'épiloguons pas sur la carrière théâtrale ou cinématographique du gars de Genevilliers (né en 1938) et jetons un coup d’œil sur le musicien. D'abord danseur aux Folies Bergères, choriste chez le jeune Higelin, batteur de plusieurs formations, Kalfon sort son premier 45 tour dès 1965 sur le ton déjanté qui est sa marque de fabrique.



Dans les années 70, il monta plusieurs groupes : les Crouille-Marteaux, Sugar Baby Bitch, Monsieur Claude et Kalfon Rock Chaud avec lesquels il se paya le luxe d'un concert au légendaire festival punk de Mont-de-Marsan en 1976 aux côtés, entre autres d'Eddie and the Hot Rods, des Damned, de Little Bob, de Bijou, des Pink Fairies, etc.



Mais il a surtout crevé l'écran en 1968 dans le film de Marc'O Les idoles, charge sabre au clair sur la période yé-yé française, le show-biz et le spectacle en général.
On le retrouve dans 14 juillet en compagnie de ses complices de débauche, Pierre Clementi et Bulle Ogier.



Pour conclure ce chapitre au sujet de notre freak national, on ne résiste pas au plaisir de vous renvoyer à une brève biographie de monsieur Marc'O extrait d'un site bien connu paraissant le lundi au point du jour

Maquisard en Auvergne à quinze ans, marlou de Saint-Germain-des-Près après la guerre, programmateur au Tabou avec Boris Vian, introducteur de la poésie lettriste, producteur du Traité de bave et d’éternité d’Isidore Isou qu’il impose à Cocteau en 1951 à Cannes, éditeur du premier texte de Debord dans la revue Ion financée par le cagoulard Robert Mitterrand, animateur dès les années 1950 du groupe et du journal « Le soulèvement de la jeunesse » basée sur l’idée du prolétariat externiste (le prolétariat déserte de plus en plus une classe ouvrière toujours plus intégrée et se concentre chez les jeunes et tous ceux qui se vivent comme étrangers à cette société), inventeur du théâtre musical et d’un théâtre où le comédien n’est plus réduit à interpréter des rôles, mais à créer la pièce elle-même, mentor de la jeune troupe formée entre autres par Bulle Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Pierre Clémenti et Jacques Higelin, critique impitoyable des yéyés, de la célébrité et de la télé-réalité (et quasi-inventeur du style punk) dès 1966 avec Les idoles, pionnier de l’occupation des théâtres dès 1967 à Reggio Emilia contre la guerre du Vietnam, co-fondateur avec Monique Wittig et Antoinette Fouque à la Sorbonne en mai 1968 du Comité Révolutionnaire d’Action Culturelle (CRAC), ancêtre du MLF (Mouvement de Libération des Femmes), passeur continu, avec Guattari, entre la France et l’Italie des années 1970, présent à Bologne, toujours avec Guattari, en septembre 1977 lors du fameux Congrès international contre la répression, initiateur en 1979 de l’opéra-rock Flashes rouges porté par la jeune Catherine Ringer, chercheur dans les années 1980 autour des nouvelles possibilités qu’ouvre pour l’image le développement des techniques audiovisuelles, animateur dans les années 1990 avec Cristina Bertelli des Périphériques vous parlent et de la jeune troupe Génération Chaos, où officient des anciens de l’excellent groupe de rock Witches Valley et qui ira jusqu’à faire des premières parties de concerts de Noir Désir, et puis on s’arrête là.

lundi 1 juillet 2019

Jullet, la grande évasion

Dans deux minutes, Houdini part en cavale

Les Vanneaux se cassent jusqu'à septembre. On souhaite à tous et à toutes d'en faire autant. Surtout à ceux qu'on enferme et qui ont survécu à la chaleur.
Quelques suggestions à ce sujet :

La Polla Record                            No mas presos
Johnny Cash                                  Wanted man
Sham 69                                        Borstal breakout
113                                                Les évadés
Lucienne Boyer                             La belle
Tatyana Kabanova                        Odesskoga Kichmana
Albert Marcoeur                           Le fugitif
Belton Richard                              Cajun fugitive
Sanseverino                                   La jambe de bois
Triptik                                            Panik
Harry Belafonte                             Midnight special
Chumbawamba                              The smashing of the van
AC / DC                                          Breakout
Los Chichos                                   Libre quiero ser
Merle Haggard                              I'll Breach out again tonight
Catherine Sauvage                        La belle jambe
Dooz Kawa                                    Me faire la belle
The Sound                                     I can't escape myself

Vous pouvez vous faire la malle (d'Houdini) en écoutant tout l'été cette émission.

Un Gainsbourg qui servit en son temps de générique à la première série des Vidocq de l'ORTF, L'évadé.


Et un un autre classique irlandais, The auld triangle, cette fois par les ricains Punch Brothers.


mercredi 26 juin 2019

We the people / Delphine, la reprise inattendue



Encore une reprise complètement improbable.
We the people (En toute simplicité) fut un groupe garage à tendance psychédélique basé à Orlando (Floride). Le nom vient du fait que ses membres provenaient de différents combos, the Coachmen, the Trademarks, the Nation rocking shadows, the Offbeats et avaient décidé de former une sorte de super-groupe de luxe. Actifs de 1966 à 1970, ils ne connurent de leur vivant qu'un succès d'estime malgré le fait que leur chanson Mirror of Your Mind soit devenue un tube local le temps d'une saison.
Réapparus dans les compilations des années 1980, ils sont depuis repris par plusieurs groupes de revival garage.
Mais la chanson qui retient notre attention aujourd'hui est In the past (1966).



Comme on l'entend, We the People avait une arme sensée leur assurer la conquête des radios : un instrument fabriqué par le grand-père d'un de leurs proches. Baptisée «Octachord», cette curiosité, entre sitar et mandoline, produisait ce son accompagnant magnifiquement la vague psychédélique de 1966.
Par quels chemins tortueux, Delphine Bury, nom de scène Delphine, chanteuse originaire de Charleroi se retrouva-t-elle à adapter cette chanson en 1967 pour son troisième 45 tour quatre titres sorti par Decca en France et en Belgique ? Nul ne sait.
On constatera que des petits malins s'étaient procuré les bandes du groupe de Floride et avaient juste collé la voix de la jeunette par dessus.
Ce qui donne La fermeture éclair, chanson un chouïa moraliste destinée à mettre en garde les jeunes filles contre les appétits libidineux des ogres masculins.
Après tout vu l'état de la contraception à l'époque...



On s'en doute, Delphine ne connaîtra pas le succès.
Même en sortant un autre 45 tour qui reprenait Les prisons de sa majesté de sa collègue Clothilde, notoire déjantée dont on vous avait causé à l'époque.
On ne sait ce qu'elle est devenue depuis.

dimanche 23 juin 2019

Encore et toujours Kaurismaki. Mais avec qui ?


Sans la littérature russe, la littérature finlandaise n’existerait pas. Comme la Finlande a fait partie de la Russie pendant plus de cent ans, ces influences ont été si fortes qu’elles existent toujours. La littérature finlandaise est née quelque part entre Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Tourgueniev, Gogol d’un côté et Zola ou Victor Hugo de l’autre.                                                      Aki Kaurismaki

Pour mieux illustrer ses assertions, le premier film d'Aki Kaurismaki fut l'adaptation du roman de Fedor Dostoïevski Crime et châtiment (Rikos ja rangaistus, 1983) peut-être parce qu'il avait lu dans l'entretien d'Alfred Hitchcock avec Truffaut que le maître jugeait ce livre "trop compliqué, inadaptable*".
Tout Kaurismaki est déjà dans cet hommage à cet âge d’or où il suffisait d’un seul meurtre pour faire un film policier. Raskolnikov n'y est plus étudiant mais ouvrier dans un abattoir, l'usurière est devenue un ignoble homme d'affaire et le Finlandais se régale à filmer ce qu'il fait le mieux : des scènes de travail ou d'interrogatoire.
Un seul détail nous chiffonne. La musique est bien présente dans ce film, comme dans cette scène rythmée par une reprise tout à fait fidèle du Love her madly des Doors (LA Woman, 1970).
Comme on n'a pas été foutu de trouver qui interprète cette version ni dans le générique en finlandais, ni dans aucune fiche technique, nous voilà réduit à faire appel à notre distingué et érudit lectorat généralement plus malin que votre serviteur.
Mais qui donc est derrière cette honorable reprise ?



*Il existait déjà une mouture de Josef von Sternberg, de 1935 avec Peter Lorre.

jeudi 20 juin 2019

En juillet, les Vanneaux se feront la Belle

Une belle ratée, le Trou de Jacques Becker (1960)
L'ordre est à peu près rétabli, police et justice jouent au rouleau compresseur et la tourbe des honnêtes gens peut retourner à son smartphone.
Ça faisait belle lurette que la belle équipe des Vanneaux attendait la venue des chaleurs pour fuir cette belle époque.
Mais, faute de moyens, avant d'aller s'évader chez leurs belle-mères (ce qui vous fait une belle jambe) la dernière émission de la saison aura pour thème LA BELLE.
Ce sera le lundi 1 juillet à 17h30 sur les 92.2 de canal sud.

En guise de bande annonce, un peu de cinoche.
Un Ovidi Montllor assez peu ressemblant à l'original joue le rôle d'Oriol Solé Sugranyes, du MIL, dans cette séquence du film La fuga de Segovia (Amaia Zuribia 1981). Oriol s'embarqua avec 27 autres militants (basques de l'ETA PM et membres du FRAP) au cours de la tragique évasion du 5 avril 1976.



Et l'inévitable Patrick Mac Gohan dans le générique de la mère de toutes les séries, le sublime The prisoner (1967)
Un agent secret britannique démissionne brutalement de son poste et rentre chez lui au volant de sa Lotus. Alors qu'il fait ses valises pour partir en vacances, un gaz anesthésiant est diffusé dans son appartement londonien. À son réveil, il est dans un autre lieu, le Village...


lundi 17 juin 2019

Raina RaÏ, aujourd'hui classiques

Djilali, Kada, Hachemi, Lofti et les autres
C'était en 1984. Notre environnement sonore banlieusard à base de rock, punk et reggae s'enrichit d'un nouveau son. Après un bouche à oreille au sujet d'Algériens qui swinguaient salement, il suffisait de se pointer chez le boucher hallal (ou ne l'était-il pas encore ?) du coin et, au lieu de côtelettes, de demander "Z'auriez pas la cassette Hagda de Raïna Raï ?" Les plus affranchis ajoutant, "Ceux de Sidi bel-Abbès, pas les autres". Et de repartir avec cette bande auto-produite qui coûtait quinze balles, avait un son approximatif et nous ouvrait des horizons infinis faits de nonchalance, d'une dose de je m'en foutisme de bon aloi et d'une pincée de sensualité. Putain, mais elle sortait d'où cette guitare ?



Le Raï (qu'on peut traduire à sa guise par point de vue, opinion, voire libre choix) n'était pas nouveau. Cette musique à mauvaise réputation, qui fut même un temps prohibée, serait née au début du siècle dans l'Oranie. Les copains de là-bas connaissaient déjà Reinette l'Oranaise ou Cheikha Remitti (moi-ça, patron !)
Du rock ou du rhythm'n blues en provenance d'Algérie ou du Maroc, quoique confidentiel, il y en avait plus que ce qu'on croit. Mais là, cette bande mélangeait allégrement tout ça et tapait directement dans des refrains obsédants fabriquant aussi sec des classiques.
Issus des Aigles Noirs et des Basiles, Lotfi Attar (génial guitariste), Mohamed Ghebbache, dit Kada (chant) remplacé ensuite par Djilali Armana (voix éteinte définitivement en 2010) Tarik Naïmi Chikhi (claviers), Kaddour Bouchentouf (percussions), Hachemi Djellouli (batterie, chant) et Mohamed Ghrici (basse) fondent Raïna Raï fin 1980 à Paris où ils galèrent en rupture de bled.
Et ça va aller assez vite pour eux. L'utilisation de deux titres de Hagda (en gros "c'est comme ça et pas autrement") par Claude Berri dans son film Tchao Pantin n'y fut pas pour rien.
Un autre coup de maître : Ya Zina


Contrairement à la ribambelle de Chebs (Khader, Mami, Hasni, Sahraoui, etc.) qui émergèrent dans ces années raï, Raïna était un vrai groupe, une formation plus proche d'un combo de rock classique que de ces chanteurs à musiciens variables. Et là où les synthés envahissaient la musique, eux restaient fidèles à leurs influences musicales des années 1970.
Revenu triomphalement en Algérie, le groupe se sépara en 1987 après avoir gravé deux albums avant de se reformer sous la houlette du producteur Rachid Baba Hamed. Mais quelles que soient les qualités de leur travail, la légende retient surtout leurs débuts et ce n'est pas un hasard si des groupes obscurs comme des groupes à succès (Orchestre National de Barbés, Gnawa Diffusion) ont toujours quelques une de leurs chansons à leur répertoire.
Taïla en concert :

 
Pas un hasard, non plus s'ils sont entrés de plein pieds dans la culture populaire algérienne comme on peut le constater dans cet extrait du très plaisant film de Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles (2017) dans lequel malgré le play-back, on croit reconnaître l'inoxydable Lofti Attar sur la scène.




vendredi 14 juin 2019

Du côté du Chat Noir (10) Erik Satie s'amusait

En 1909
Grand seigneur du piano, reconnu par son inventivité comme un ancêtre du surréalisme et de la musique répétitive, surnommé Ésotérik Satie par Alphonse Allais, qualifié par Claude Debussy de musicien médiéval et doux, égaré dans ce siècle, et de mélancolico-rigolo par Marcel Gotlib, Erik Satie naquit à Honfleur en 1896 pour aller mourir à Paris en 1925 suite à une longue carrière de buveur d'absinthe et une dèche récurrente, sa dignité lui interdisant d'aller taper ses connaissances plus fortunées.
Pour survivre, ce proche de Debussy ou de Stravinsky se fit artiste de cabaret, écrivant des mélodies qualifiées par lui-même de "rudes saloperies", sur des textes où l'absurde dispute à l'ironie. 


Parodiant la Marche funèbre de Chopin, rebaptisée Embryons desséchés pour l'occasion, traitant un célèbre critique musical de Trou du cul, mais un cul sans musique, Satie n'hésitait pas à se moquer allègrement de sa corporation ou de lui-même. 
Ci-dessous un extrait de Mémoire d'un amnésique lu par Oliver Alain Christie. C'est le sixième texte : L'Intelligence et la Musicalité chez les animaux.



Mémoires d'un amnésique fut une série de six articles que Satie rédigea sur deux ans, publiés dans "La Revue musicale S.I.M." (Société Internationale de Musique) d'avril 1912 à février 1914.
Autre intermède, cet extrait du spectacle Cabaret Satie, La Journée du musicien lu par Philippe Nesme . La Musique, Sonatine bureaucratique, premier et deuxième mouvements, est jouée par Carmen Martinez-Pierret.

mardi 11 juin 2019

En rêvant de la mer du Nord

Il pleut sur la ville.
Ce qui nous renvoie immanquablement au classique créé par Léo Ferré en 1960, écrit par Jean-Roger Caussimon qui l'interpréta lui-même dans son premier album en 1970.
En 1996, c'était au tour d'Arno de s'attaquer à Comme à Ostende (1996)



Il avait été précédé par Catherine Sauvage en 1965.


vendredi 7 juin 2019

Setting songs par the Jam


Qu'est ce qu'un album historique ? Peut-être à la fois un disque qui vous accompagne à tout jamais et le reflet quasi parfait d'un lieu, d'une époque et d'une sous-culture devenue depuis culture dominante pour consommateurs plus ou moins nostalgiques.
C'était en 1979 et ce 33 tour nous a d'abord échappé. Au Royaume ravagé par la Thathcher, la presse spécialisée rapportait que deux groupes rivalisaient : The Clash et The Jam, rééditant les concurrences artificielles Beatles / Stones. Et l'année fut dominée par la bande à Strummer qui accoucha du magnifique London calling avant d'aller changer la face de la musique mondiale aux USA sur lesquels ils avaient tant craché.
Tout aussi productifs, les Jam, catalogués d'abord à part sur la scène punk puis enfermés dans le revival Mod, ont depuis 1977 sortis trois albums, deux assez classiques et prometteurs In the city et This is the modern world, tout en nervosité puis All mods cons qui comportait déjà quelques tubes majeurs.
Et d'août à octobre 1979, ils enregistrent ce qui restera comme leur chef d’œuvre : Setting songs. Et comme de bien entendu, il a fallu quelques temps pour l'apprécier à sa juste valeur, l'apprivoiser.

À commencer par la pochette*. Côté pile une statue de 1918, The St John's Ambulance Bearers, représentant un soldat blessé soutenu par deux brancardiers.
Côté face, un pliant aux couleurs de l'Union Jack posé sur une plage type Brighton seulement peuplée par... un bouledogue.
Là où les Clash avaient misé sur une sauvage photo de concert en noir et blanc, Weller, Foxton et Buckler firent dans un kitch à la limite du nationalisme le plus abject. Un authentique repoussoir !
Mis à part qu'à l'instar des Clash, ils eurent l'intelligence (enfin, pour nous pauvre froggies) de mettre les paroles dans la pochette intérieure dissipant ainsi la moindre ambiguïté.
Et puis, Setting songs est un album par défaut, une ébauche, une frustration, une ambition ratée. À l'origine, un concept album, une histoire entière développée en opéra rock : celle de trois inséparables amis d'enfance qui se retrouvent après une guerre indéterminée et contemplent les ruines de leurs vies, de leur pays et de leur amitié. Métaphore d'une Angleterre en décadence dont on refourgue encore les lustres impérialistes passés alors que sa classe ouvrière se fait laminer.
Vic Coppersmith-Heaven, producteur de l'album
Pourquoi l'opéra originellement souhaité ne vit-il pas le jour ? Refus et sabotage de la maison de disque, Polydor ? Crainte de ringardise, d'être assimilé à tous ces disques pompiers et indigestes des années 70 ? On ne sait au juste.
Mais les dix morceaux de l'album original constituent à la fois un tout cohérent et un ensemble de chansons toutes aussi surprenantes que ciselées.
Mis à part la reprise finale d'un classique de Martha and the VandellasHeat Wave, repris en son temps par les Who et les renvoyant au passage à leur cher passé, tout le reste brosse un portrait cauchemardesque d'existences sacrifiées.
Paul Weller a ici rejoint son maître, Ray Davies des Kinks, un des meilleurs auteurs britanniques capable de vous poser et développer une situation en deux minutes trente.
On s'est longtemps envoyé la face B avant la face A.
Juste pour entamer l'écoute par le très orwellien Burning sky. Orwellien, car on a toujours imaginé que ce ciel en feu au-dessus de deux ex-amis vivant une rencontre manquée, celui qui s'est élevé socialement ayant le cynisme d'expliquer la vie à l'autre, est une référence directe à un passage du livre d'Orwell Coming up for air (Un peu d'air frais, 1939)



Le reste déroule de désespérantes vies quotidiennes de prolos (Saturday's kids, le fabuleux Private hell, Girl on the phone) et le stupéfiant Smithers-Jones composé par le bassiste Bruce Foxton, certainement son meilleur morceau. Bosse, bosse et bosse jusqu'à en crever, écrivit-il en référence à son propre père qui venait d'être licencié. La version du disque est avec quatuor à cordes. Il existe une autre version , plus classique, qui aurait été une idée du batteur, Rick Buckley.


Le reste n'est que loyauté envolée (Thick as thieves) et illusions perdues sur les champs de massacre : le symphonique Little boy soldiers, une des plus cruelles chansons jamais écrites sur l'idée de mourir pour des intérêts opposés à sa classe et l'apocalyptique Wasteland paysage en ruine qu'on peut aussi bien imaginer après-guerre qu'être un instantané d'une guerre sociale en cours.
Et puis il y a ce Eton rifles qu'on croirait écrit par ... the Clash, sorti en 45 tours par Polydor avant l'album.
Un chômeur à court de ressources y déroule ses envies de meurtre en songeant au très huppé collège privé du Berkshire et à son très aristocrate corps de cadets. Sup up your beer and collect your fags, there's a row going on down near Slough entame Weller en référence à sa participation à une manifestation du  SWP trotskyste qui était passée devant cette école de snobs.



Tous les morceaux non exhibés sont en lien. Sur ce, je me le remets sur la platine.

* Peut-être n'est-il pas inutile de préciser aux jeunes générations que les pochettes de 33 tours étaient une carte de visite destinée à attirer l'amateur.  Certaines étant considérées comme de pures œuvres d'art, qu'elle fussent prétentieuses, vulgaires, démagos, choquantes, nostalgiques ou obscures.

PS : So long, Malcolm Mac Rebennac, bon Docteur. On y reviendra.

lundi 3 juin 2019

Les Vanneaux en couleurs de juin

La (toujours) jeune garde rouge
Il fallait s'y attendre, ces galopins de Vanneaux ont insisté sur certaines couleurs. On espère avoir été aussi décalés. Sur la palette ce soir :

The Marks                                     Greensleeves
Léo Ferré                                       L'affiche rouge
Banda Bassotti                              Luna rossa
Mark Benes                                   Tyomanaja noch
Judy Collins                                    Bread and roses
Hamish Imlach                               Black is the color
Maurice Chevalier                          Le sous-marin vert
Ken Boothe                                    Black, gold, green
Nick Drake                                     Pink moon
José de Molina                                Salsa...roja
Fluo Royal                                       Gilets jaunes, gilets fluos
François Béranger                          Chanson bleue
A clockwork orange                        Intro
Noir Boy George                             Enfonce-toi dans la ville
Jimi Hendrix                                    Purple haze
The Equals                                       Blackskin, blue eyed boy
Bérurier Noir                                  Noir les horreurs 
Slidin' Clyde Roulette                     Red man blues
Ragga sonic                                    Bleu, blanc, rouge


Comme d'hab, àa se télécharge ou s'écoute en cliquant sur ce lien

Du Rouge et du Bleu pour terminer, entre élucubrations de Sanseverino


et un contrepoint à l'intro de Clockwork Orange, une merveille de début de film : Hard working man de Captain Beefheart (qu'on retrouve dans la scène d'ouverture ici) dans ce chef d’œuvre de Paul Schrader, qu'est Blue collar (Cols bleus, en 1978).


vendredi 31 mai 2019

Gabin & Ferré à la radio


On ne connaissait pas. On a donc été plutôt surpris de croiser les deux monstres sacrés que sont Léo Ferré et Jean Gabin associés sur un enregistrement radiophonique de janvier 1951 réunis dans un disque publié à titre posthume en 2004.
De sacs et de cordes* était un feuilleton radiophonique conçu par Ferré qui lui donna l'occasion de conduire son premier orchestre symphonique, celui de l'ORTF.
Tout en déclarant ensuite "Gabin était entre deux pentes, là... Alors j'avais écrit ça, je ne sais pas pourquoi... Ou j'ai écrit ça en même temps sachant que Gabin accepterait de lire le texte et c'est passé une fois à la radio... Il y a combien de temps ?... C'était en quelle année ça ?... 1951 ! On ne le repasse pas souvent, hein ?" Ferré fait mine d'oublier qu'à l'époque, il n'était pas très côté.
Citation du site qui lui est consacré : Diffusé dans le cadre de l'émission Les Lundis de Paris, ce grand patchwork de poèmes, de chansons ou de mélodies déjà existantes ou en chantier, que Léo parvient à rendre cohérent par sa narration, tombe à point nommé pour "résoudre" l'apparente dispersion de son auteur, dont il procède et dont il témoigne, ne serait-ce que par son hétérogénéité génétique et l'enjeu d'écriture "cubiste" qui en découle. En permettant à Léo de prendre possession de ses moyens : musicien, prosateur, collagiste...
Voici L'esprit de famille
 

On trouve trop peu de trace de l’œuvre sur le ouèbe.
C'est d'autant plus regrettable que dans cette pièce en 31 parties, on retrouve aussi les Frères Jacques, Suzanne Girard, Claire Leclerc (on reviendra sur son cas) Leïla Ben Sedira, Léo Noël, Marek Sliven et le Choeur Raymond Saint-Paul.
Tous les textes sont de Ferré exceptés trois de François Villon (Frères humains) et de Jamblan (C'est la fille du pirate et Les Douze). Plusieurs titres seront ultérieurement chantés par le poète monégasque.
Un autre titre trouvable sous le titre trompeur de Sacs



Une singularité pour finir, un reprise par Breakestra sous le titre Burgundy Blues


* L'expression de sac et de cordes aurait qualifié des soldats pillant les villes, ce qui pouvait les conduire à la pendaison. On attribue également son origine au règne de Charles VI durant lequel les rebelles bourguignons auraient été jetés par dessus les ponts enfermés dans des sacs de toile clos par des cordes. Châtiment déjà fort prisé dans la Rome antique.

mardi 28 mai 2019

Tambov la rébellion oubliée

Vivere militare est (Vivre, c'est lutter) Sénèque
S'il est une révolte paysanne généralement négligée dans la kyrielle de troubles liés à la guerre civile russe, c'est bien celle de Tambov, également qualifiée d'Antonovchtchina par les bolcheviks en référence à un de ses théoriciens, le socialiste révolutionnaire Alexandre Antonov.
 
Les violences (dans les campagnes en 1917 ndr) touchèrent surtout les possédants, leur propriété et les papiers qui les garantissaient, mais assez rarement les représentants du pouvoir : c’est là une différence majeure avec la période de la guerre civile (1918-1921). Les paysans, notamment à Tambov, imposèrent alors un véritable gouvernement paysan en investissant les institutions locales et en les remodelant à leur usage.

Dans le programme du parti socialiste-révolutionnaire, la redistribution des terres confisquées sans dédommagement aux grands propriétaires qui ne les exploitaient pas allait devoir être gérée non par le zemstvo de canton, mais par une commune paysanne « ressuscitée »  Mais ce retour voulu par les SR au communisme primaire supposé du paysan coïncida avec une pression accrue du pouvoir sur la paysannerie et du collectif sur l’individu. Le gouvernement provisoire s’appuya sur l’Union des villes et des zemstva (Zemgor) pour maintenir l’approvisionnement des villes et du front ; par l’intermédiaire de détachements spéciaux, il réquisitionna les récoltes au nom de la liberté politique conquise.
Alexandre Sumpf (Revue d'histoire de la Shoah N°189)

En 1920, le pouvoir bolchevik double les réquisitions de grains pour alimenter son armée et les centres urbains. Fournir ces quotas équivaut simplement à la famine. Le 19 août, la révolte éclate dans la ville de Khitrovo où les paysans forment une Armée Bleue, (par opposition aux armées "vertes" d'autodéfense paysannes au programme souvent flou, voire réactionnaire). Cette armée prend ses ordres de  "l'Union des paysans travailleurs", d'inspiration socialiste-révolutionnaire. Un congrès élu à Tambov abolit l'autorité soviétique et vote la création d'une assemblée constituante indépendante. La terre est restituée aux communes.
Antonov

Socialiste Révolutionnaire, un temps allié aux bolcheviks, Alexandre Antonov, qui prend la tête des troupes insurgées, avait déjà une aura de héros populaire grâce à ses attaques contre l'État central et ses représentants. Plus de 50 000 hommes sont organisés, sur base de milices ou de déserteurs de l'armée Rouge, leur service de renseignement infiltre tous les organismes officiels, Tcheka comprise. Début 1921, alors que la Makhnochina ukrainienne agonise, l'insurrection s'étend aux régions de Samara, Saratov, Tsaritsyne, Astrakan et en Sibérie, menaçant tout le centre de la Russie à l'Est de Moscou.
À la tête de plus de 30 000 soldats, le glorieux maréchal Toukhatchevski et le brillant commissaire du peuple Antonov-Ovseïenko (tous deux exécutés par Staline en 1937 et 1938 en remerciement de leurs loyaux services) édictent la directive : Les forêts où les bandits se cachent doivent être nettoyées par l'utilisation de gaz toxique. Ceci doit être soigneusement calculé afin que la couche de gaz pénètre les forêts et tue quiconque s'y cache.
Sept camps de concentration servent à rassembler les familles des insurgés en otage. On y enferme plus de 50 000 personnes et la mortalité y est d'un quart par mois. 

Gazés, pourchassés, bombardés par l'artillerie et l'aviation, les rebelles tiendront encore un an. En mai, la Tcheka attire plusieurs dirigeants dans un traquenard, en simulant l'existence d'un congrès clandestin SR auquel Antonov envoie des délégués. Ceux-ci sont arrêtés et la police politique bolchevique parvient à retourner Etkov, adjoint d'Antonov. Celui-ci organise une rencontre entre les représentants fictifs d'un soulèvement du sud de la Russie (des tchekistes) et une partie de l'état-major de l'armée insurrectionnelle de Tambov. La plupart de ces derniers sont exécutés au cours de la soirée. 
Blessé à la tête puis atteint de paludisme, Antonov est repéré par les sbires du GPU le 24 juin 1922 qui mettent le feu à la maison où il se planque avant de le cribler de balles, lui et son frère. 

Sur les torrents de calomnies déversés sur ces soi-disant koulaks restent encore des chansons.




samedi 25 mai 2019

Valérie Lagrange

Danièle Chareaudeau tirerait son pseudonyme de son premier rôle dans "La jument verte", bouffonnerie de Claude Autant-Lara où elle passe son temps à lutiner dans une grange.

Son amitié avec Pierre Barouh et Francis Lai lui a fait essayer la chanson pour un album assez original en son temps : Moitié-ange, moitié-bête.

Outre un duo avec son compagnon, le comédien Jean-Pierre Kalfon et une reprise de Mouloudji "La chanson de Tessa", on y trouve son premier tube : "La guérilla" écrit pour elle par Gainsbourg


Puis elle enchaîne quelques films et joue quelques concerts avec son futur mari Ian Jelfs, plutôt folk, puis glissant vers un reggae un peu punk sur les bords à partir de 1977.
Au début des années 1980, elle a un succès retentissant : Faut plus me la faire. Chanson devenue disque d'or, qui constitue une tentative de Pat Benatar à la française, le solo de guitare étant assuré par Steve Hillage, ex-membre de Gong et futur producteur de Rachid Taha.
Puis, elle tourne avec un groupe de luxe : The Ruts DC, anciennement The Ruts, un des groupes post punk les plus doués de son temps temps, brutalement stoppé par la stupide mort par overdose de son talentueux chanteur, Malcolm Owen.
En ouverture de l'album "Chez moi", enregistré en Angleterre par Mick Glossop,  Showbiz :



Elle fera quatre albums dans les années 80 avant d'être lourdée par sa maison de disque et se consacrer à l'humanitaire et à son compagnon gravement malade. Elle a fait un retour, en 2003, sous le patronage de Benjamin Biolay. 

ps : on aimerait comprendre pourquoi cet humble site est bloqué par la mairie toulousaine et donc inaccessible dans les bibliothèques. Sa seigneurie, mètre-étalon de la médiocrité, se serait-elle sentie insultée ou désobligée ? Z'ont que ça à foutre les veilleurs municipaux ?

mercredi 22 mai 2019

Juin, la vie en Couleurs

Gilets Jaunes, Toulouse 19 janvier
Après être parti creuser du côté des grandes épopées paysannes, les Vanneaux ont décidé d'opter pour un peu de légèreté.
Observons nos rues : des bleus affrontent des jaunes et des noirs alors que les rouges sont dubitatifs, que les bruns trépignent et les verts restent à la ramasse.
Profitant du printemps, Les Vanneaux de passage feront un tour dans le monde des couleurs. Rendez-vous le lundi 3 juin à 17h30 sur les 92.2 de Canal Sud.

Jaune était le rire d'Orchestre Rouge lorsque, dans ce reggae glacial, ils contaient comment des chemises bleues phalangistes alliées aux orangistes menaient la chasse aux rouges. Red orange blue extrait de l'album Yellow laughter produit parle regretté Martin Hannett.



dimanche 19 mai 2019

Damia joue Damia chez Duvivier


Valery Inkijinoff et Harry Baur écoutant Damia
Pour meubler ses films, Julien Duvivier écrivait des chansons. Qu'il faisait chanter par Fréhel ou Gabin.
Quelle ne fut pas notre surprise et notre joie de retrouver également Damia dans une adaptation de Simenon, La tête d'un homme (1933).

 D'abord elle pousse sa Complainte (paroles Duvivier, musique Jacques Dallin) au générique où elle est créditée du rôle de "la femme lasse".
Puis sur le trottoir, devant un bistrot bondé, Missia entonne Un assassin va se faire raccourcir la cabèche manière de planter l'intrigue.
Des fois que le titre et la guillotine du générique ne vous aient point convaincu qu'on va s'enfoncer dans le crime et son châtiment.
Mais c'est lorsque l'excellent Harry Baur (Maigret) et le génial Valery Inkijinoff* (Radek) se confrontent dans une piaule miteuse et qu'ils sont interrompus par le chant de la voisine d'une palier que la chanson, cette fois vécue à travers les regards de ses deux auditeurs, occupe réellement tout l'espace.

Vingt minutes plus tard, Inkijinoff, en pleine crise de démence meurtrière, fait irruption chez la voisine sur la voix de laquelle il fantasme depuis longtemps et tombe sur Damia en personne, en proie à un grandiose cafard au milieu d'une partie fine.
Vu l'état de la post-production en 1933, on ne peut s'empêcher de se demander "Mais où étaient donc placés les musiciens ?"
Parce que la bougresse était bien foutue d'envoyer ça en direct dans n'importe quelle position.
Jugez-en donc..


* Acteur né à Irkoutsk (Sibérie) en 1895 ayant joué les filles de l'air vers la France en 1931 où il a fait carrière jusqu'en 1972. 

jeudi 16 mai 2019

Corazon Rebelde, un peu trop tôt


Suite au sanglant coup d'État de Pinochet et de ses sbires, le 11 septembre 1973, la France fut un des pays européens à accueillir nombre d'exilés chiliens. La realpolitik étant ce qu'elle est et la police nationale n'ayant jamais démenti sa réputation, elle se fit un devoir de signaler aux différentes polices Sud américaines les révolutionnaires regagnant leur continent d'origine pour reprendre la lutte armée ou pas. Tout ceci est parfaitement documenté dans les archives du Plan Condor.
Mais là n'est pas le propos.
On s'intéresse aujourd'hui au sort d'un groupe de jeunes Chiliens dont les parents s'étaient réfugiés à Paris et qui tentèrent de laisser leur empreinte dans l'histoire musicale : les frères Vásquez.

En 1982, Oscar (alias Cacho, beau gosse d'un mètre 90), Rodrigo et Luis, fans absolus des Clash, empoignent guitares et basse, s'adjoignent les services de Cyril Noacco (franco-tunisien de son état) à la batterie.
Au lieu de se vêtir de ponchos andins comme leurs aînés et de reprendre Victor Jara, Inti Illamani ou  Violeta Parra, ils décident de changer la face du rock 'n roll en y mêlant du punk, de la rumba, des rythmes caribéens et de chanter en castillan, tant l'exil que le Chili ou l'Espagne "d'avant".
Et de se baptiser, en toute humilité Corazon Rebelde. Comme des Soul Rebels, quoi.

En 1985, ils sortent un premier 45 tour Radio Bemba / Tios de acero qui sonnait comme une baffe. Même les amateurs de salsa ou de rock espagnol n'avaient connu fusion aussi joyeusement sautillante assumée avec un tel sans-gêne.


Aussi sec sort un album sur un label indépendant, Mino Music, produit par un vieux routard de la fusion latina, l’Uruguayen Carlos Pájaro Canzani.
Ce disque contenait au moins quatre tubes potentiels et les quatre sudacas récoltèrent une presse élogieuse tant officielle que fanzineuse. Alors que Paname était en passe de devenir l'autre ville du raï algérien ou de la rumba congolaise, on s'est demandé si un autre genre n'est pas en train de naître.
Oyez leur hommage au port de Valparaiso


Et que croyez-vous qu'il advint ? Nada ! Nib ! Le bide intégral !
Nos Don Quichotte d'occase ont bien enregistré un autre 45 tour funky plutôt anecdotique, De quoi j'me mêle / Soledad en 1987 mais, en fin de compte, ils se sont retrouvés à devoir accompagner la chanteuse de variété belge Lio pour assurer les fins de mois avant de disparaître corps et bien.
La Mano Negra et quelques autres se sont chargés de creuser le (micro) sillon et de passer au tiroir-caisse. Trop tôt, les mecs !
Le beau Cacho avait aussi sorti un roman auto-biographique, Sebasto´s Angels, co-écrit avec sa mère, Ana, avant de sortir des écrans radars.
Mais la destinée ayant le sens de l'humour, un label chilien, Alerce, édita l'album là-bas d'abord en cassette en 1985, avec un petit succès dans le milieu étudiant, avant de le rééditer en CD en 2003 et de donner au groupe disparu une certaine reconnaissance australe.
On sait juste que Cacho vit désormais au Chili et qu'il joue en solo.

Malgré un son pourri, on les repasse en 1982, sur Antenne 2 jouant en direct la chanson Barcelona. Au fait, qu'est devenu le gars au foulard rouge du début ?


lundi 13 mai 2019

Casseurs et terroriste (5) Sante Caserio


Lyon, 28 juin 1894

Ainsi, pendant l’Exposition Internationale et Coloniale de 1894, le président Sadi Carnot, venu la visiter, emprunte la rue de la République à bord d’une voiture tirée par des chevaux, pour être applaudi par la foule. Il est accompagné du maire, M. Gailleton, qui raconte : je faisais remarquer à M. le président le spectacle de la rue brillamment illuminée lorsque d’un coup, je vis un bras se poser sur la voiture, vers le côté droit du président. Au même moment j’entendis un coup sec et, croyant qu’il s’agissait d’un maladroit qui remettait gauchement un placet à M. le président, je m’écriai machinalement : Quelle brute ! 


La main disparaissait aussitôt et, au lieu de voir le président souriant comme lorsqu’on lui remettait un placet je vis son regard devenir fixe, sa figure devenir très pâle. En même temps le président portait la main à l’endroit frappé et je dis à M. Carnot : "Qu’avez-vous M. le président ?" […] Le président m’a répondu d’une voix à peine perceptible : "Je suis blessé" ou "je suis frappé". J’ai eu alors tout d’un coup la pensée bien nette que M. Carnot venait d’être blessé par le bras que j’avais vu.


Gosse d'une famille nombreuse de Lombardie, Sante Geronimo Caserio, boulanger anarchiste de 21 ans, venait de venger Ravachol et Vaillant dont Sadi Carnot avait refusé la grâce.

Au tribunal, Caserio revendiqua un acte individuel et, coupant la parole à son avocat commis d’office, déclara : « Si les gouvernements emploient contre nous les fusils, les chaînes, les prisons, est-ce que nous devons, nous les anarchistes, qui défendons notre vie, rester enfermés chez nous ? Non… Vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise, si vous voulez ma tête, prenez-la ! » Il accueillit sa condamnation au cri de « Vive la révolution sociale » et repoussa la possibilité de plaider la maladie mentale.
Son acte et son exécution furent suivis de diverses actions violentes contre les travailleurs italiens en France ainsi que par une troisième charrette de lois scélérates.
Le poète et dramaturge anarchiste Pietro Gori, auteur de Addio Lugano bella, avait été son mentor et ami. Il écrivit cette ballade, A Sante Caserio, sur l'air de la chanson Suona la mezzanotte, interprétée ici par Sandra Mantovani.
La vidéo est tirée du Bal des innocents de Joseph Paris.





vendredi 10 mai 2019

Mouloudji à l'écran (1951)


La complainte des infidèles demeure une des chansons les plus notables de Marcel Mouloudji.
On sait assez peu que cette complainte fut écrite et interprétée pour un film de Carlo Rim et de 1951, La Maison Bonnadieu, (1951), de Carlo Rim, dans lequel on retrouve Bernard Blier, Danielle Darrieux, Françoise Arnoul, Michel François ou Yves Deniaud.
Ce qui est remarquable, c'est que comme quelques autres réalisateurs (Jean Boyer, par exemple) , le mésestimé Carlo Rim écrivait lui-même les chansons de ses films. La musique est de l'excellent Georges Van Parys, compositeur drôlatique qui de La femme et le pantin de Baroncelli (1929) à Elle boit pas , elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause d'Audiard (1970) fut un des compositeurs les plus prolifiques de l'histoire du cinéma français avec une centaine de films au compteur. Il fallait un talent certain pour arriver à accorder ces paroles avec la musique (igno-mi-nieu-sement...)
Le film étant une comédie basée sur une suite de variations d'infidélités conjugale, la scène dans laquelle apparaît cette Complainte des infidèles est l'occasion de retrouver notre Marcel en chanteur des rues prophétique.

mardi 7 mai 2019

Jacques, croquants, armée du bundschue, peones et autres rebelles


La Torche de Leopoldo Méndez
Les Vanneaux ont musardé dans la révolte terrienne d'Allemagne au Brésil, de Galice en Ukraine.... Vernaculairement vôtre.

Tijuana in Blue                              Rebelion medieval
Tia Blake                                       The rising of the moon
Die Schnitter                                 Thomas Müntzer
Nadau                                            Aurost ta Joan Petit
Jean Cardon                                   Les archers du roi
Miro Casabella                              Os irmandinhos
Leon Rosselson                              You noble diggers all
Robb Johnson                                 Captain Swing
Marc Ogeret                                  Gloire au 17ème
Claude Marti                                  Los commandos de la nueit
                          Hymne du MST
Paul Kelly                                       From little things, big things grow
Dueto Teloloapan                           Corrido a Lucio Cabañas
Antonio Aparicio                            Los campesinos
Ensemble Volnitza                          Le Don paisible va s'agiter
Kontra                                             Makhno
Les Glochos                                    Bonnets rouges

On retrouve l'émission, à écouter ou télécharger en cliquant là.

Même si ce n'était pas strictement qu'une révolte paysanne, l'irruption des zapatistes du 1 janvier 1994 fit un boucan phénoménal. Ici chantée par le regretté José de Molina.


samedi 4 mai 2019

Victor Hugo, hélas !

La superbe adaptation des Misérables par Raymond Bernard (1934)
Une fois n'est pas  coutume, intéressons-nous aujourd'hui à Victor Hugo et au trip hop.
Tout part du texte de Victor Hugo À ceux qu'on foule aux pieds, écrit à chaud en 1871 en guise d'indignation suite à l'écrasement de la Commune par les brutes versaillaises.
Tout le vieil Hugo est là. Aussi paternaliste et surplombant qu'humaniste, fustigeant la lâcheté du pouvoir et la crapulerie des puissants. Avec cette méfiance pour la populace que l'admirateur de Napoléon I, pair de France sous Louis-Philippe, complice des fusilleurs de juin 1848, ayant viré de bord suite au coup d'État de 1851 pour finir militant de l'amnistie des communards et ennemi juré de la peine de mort, a eu toute sa vie. Méfiance doublée d'une compassion toute chrétienne. Mais pas que...
Je n'ai plus d'ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c'est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C'est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l'égaré, le faible, et cette foule

Qui, n'ayant jamais eu de point d'appui, s'écroule


Thierry Jonquet, écrivain de polars cruels avait utilisé un vers de ce poème, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte comme titre à son ultime roman, à notre avis, complètement raté.
Ce petit génie d'Hugo fut mainte fois source de chansons, les plus connues étant certainement celles de Brassens ou de Colette Magny.
Et ce texte fut mis en musique par un musicien multi-instrumentiste, amateur de rock des années 1970 comme de chansons de Brel et Gainsbourg, producteur à son studio de Bordeaux, Laurent, alias Le Larron, sous le titre Le labyrinthe.
Le titre fut produit, ou plutôt remixé, par Jean-Yves Prieur, alias Kid Loco, ci-devant Kid Bravo, à l'époque où il était guitariste du très clashien groupe parisien The Brigades. François-Marie Moreau y joue de la flûte.
C'est cette version qui est proposée ici, accompagnée d'images de Lee Jeffries, photographe de Manchester tireantle portrait de sans-abris.


Le Labyrinthe from Le Larron on Vimeo.

Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre
En tournant dans un cercle horrible on devient ivre
Flux, reflux souffrance et haine sont sœur
Les opprimés refont plus tard des oppresseurs