jeudi 17 octobre 2019

Les Hot Pants, en route vers la gloire



Pour les privilégiés qui les ont vu sur scène lors de leur brève existence, les Hot Pants étaient indubitablement parmi ce qui se faisait de mieux dans ce pays en terme d'énergie et de musique revigorante.
Ces chauds caleçons (d'après un titre de Jaaaames Brown) naquirent des restes des Joint de culasse, plutôt spécialisés dans un pub rock joyeux.
1984, année Orwell, après un voyage dans son Espagne d'origine familiale, le jeune Manu Chao (il a alors 23 ans) persuade ses camarades Pascal Borne (guitare) Jean-Marc Despeignes (basse) et Santi Casariego (Batterie) répétant dans un squat de Sèvres, de rajouter à leur formule du garage sixties sautillant et quelques espagnolades.
Dont la plus fameuse, une rumba barcelonaise tirée d'un film phare du cinéma quinqui. Ici jouée pour FR3 Besançon en 1986.



Outre les connections avec les médias du futur petit chéri des altermondialistes, les quatre forçats de la route vont réaliser l'exploit de jouer plus de 300 concerts en deux ans, score uniquement contestable par Little Bob en son temps.
Ils ne laisseront derrière eux qu'un single, un album , Loco Mosquito, et trois titres sur une compilation, Hot chicas, en compagnie des Chihuahua (où officiait également Pascal Borne) et des Carayos, projet mené en parallèle par le glouton Manu.
Personne ne pouvant humainement survivre à un tel rythme, le groupe fort d'une réputation en béton armé et de deux personnalités trop considérables pour rester longtemps associées, se dissout en 1987.
Manu et Santiago rejoignent des musiciens de Dirty District et des Casse-Pieds pour monter la Mano Negra qui tout en recyclant quelques titres des Hot Pants (dont Mala vida), et emportent le jackpot. Ce qui est une autre histoire...
Un autre extrait de la session bisontine : Junky beat

 

Guitariste émérite des Parachutes, des Kingsnakes, des Chihuahua, des Hot Pants, de Radio Bemba (et on doit en oublier) Pascal Borne s'est éteint en 2014. 

lundi 14 octobre 2019

Loïc Lantoine Le blues du travailleur


Il est de ces lundis matins où on a plus de mal à retrouver le chagrin qu'à l'accoutumée.
Peut-être que la ville de samedi, noyée de gaz lacrymogène jusque dans le métro, avait-elle un vague air de naufrage rouennais qui nous reste coincée dans la gorge. Peut-être, alors qu'un média local nous annonçait que 75% des flics "habituels" s'étaient fait porter pâle, les vingt-cinq personnes arrêtées, pour certaines copieusement tabassées, ne sont pas pour rien dans notre humeur cafardeuse.
Il est en des moments où une chanson déprimée nous sied à merveille.
Y'a plus qu'à se remettre Mauvais ouvrier de l'ami Loïc Lantoine.
Qu'on envoie aux travailleurs vidés et aux amours enfuies.


vendredi 11 octobre 2019

Rubén Blades et la chanson interminable


S'il est un genre musical aujourd'hui considéré mineur et ghettoïsé dans des clubs de danse de quartier ou des croisières qui s'amusent, c'est bien la salsa.
Et pourtant, cette extension du son montuno caribéen, principalement créée par des musiciens portoricains ou cubains exilés à New York, fit les beaux jours du spanish Harlem des années 70 ou 80 (et les nôtres) permettant aux latinos d'exprimer leur mal de vivre ou leurs revendications avant de sombrer dans l'injonction "Hey moreno, montre-nous ta joie".
Rubén en 1976
Et s'il est un chanteur qui donna au genre ses lettres de noblesse et son message social, c'est bien le panaméen Rubén Blades.
Exilé au États-Unis à vingt ans, vivotant comme facteur, d'abord auteur de chansons doté d'un indéniable talent de conteur, il fut ensuite embauché comme chanteur dans l'orchestre de l'immense tromboniste Willie Colon en remplacement du portoricain Héctor Lavoe.
Rubén Blades va révolutionner la scène avec une chanson qui fut d'abord refusée par la maison de disque (7.20 minutes ! Trop long pour un 45 tour) avant de devenir l'hymne des quartiers hispanos puis celui des voyous d'Amérique latine : Pedro Navaja (Pedro la Lame).
Car le génie de cette chanson est de si bien manier images et plans de caméras explicites qu'elle en devient un court-métrage à elle seule et qu'aucune vidéo, surtout pas celle ci-dessous ne peut lui rendre justice. 
L'histoire débute par une longue description d'une gouape de quartier, petit criminel inspiré sans le cacher du Mackie Messer de l'Opéra de quatre sous.
Après que le narrateur nous ai décrit son costume de pachuco, ses armes et sa dent en or, la caméra s'éloigne pour un plan large des rues.
On est en été, en plein après-midi, et à part cette voiture banalisée dont personne n'ignore que c'est la police, le quartier est désert.
Sauf cette prostituée qui fait des allers-retours au bar du coin en attendant désespérément d'harponner un micheton.
Et c'est là que notre Pedro Navaja a la plus mauvaise idée de sa courte vie : profiter de cette solitude pour trucider et dépouiller cette pauvre femme qui ne manque pourtant pas de ressources.
Les deux agonisent bientôt sur le trottoir et seul un ivrogne ramasse le couteau, le 38 spécial, les portefeuilles avant d'aller fignoler sa cuite un peu plus loin... comme dans un roman de Kafka !  
La chanson se clôt sur trois minutes d'un refrain moqueur entonné par le poivrot "La vie est pleine de surprises" agrémenté de proverbes d'un Rubén Blades faussement moraliste ("Qui a vécu par l'épée, périt par l'épée", "Mauvais pêcheur qui a ramené un requin au lieu d'une sardine","Huit million de faits-divers à New York", etc.)


Sortie en 1978 sur le disque Siembra, cette salsa devient très vite LA salsa par excellence. À tel point que le label Fania ayant malencontreusement cédé les droits à des producteurs de nanars mexicains (voir ci-dessus) Rubén décide d'écrire une improbable suite à cette histoire.
Intitulée fort à propos Sorpresas (1985) on y retrouve le saoulard qui se fait braquer par un autre voyou (sobrement nommé "le Voleur") qui, stupéfait par son butin, se rend immédiatement sur les lieus du crime. Là-bas, c'est son tour de connaître une grande stupéfaction et un funeste sort.
Car Pedro Navaja, qui n'était évidemment que blessé, porte toujours deux poignards sur lui lorsqu'il sort bosser, au cas où...
Ayant soigneusement échangé les papiers d'identité, notre tueur reprend son existence non sans avoir nettoyé sa blessure à la gnôle et extrait la balle avec ses dents.
Un ultime flash radio nous apprend que le Voleur n'était autre que Alberto Aguacate alias “El Sala’o” et la prostituée Josefina Wilson, en réalité un travesti sur lequel notre psychopathe de classe avait un contrat pour une raison indéterminée.


Cette suite resta longtemps la bande-son des transports en commun ou des ruelles de marché du sous-continent américain.
Outre un troisième opus, bien moins bon, centré sur le personnage de l'ivrogne, cette chanson aura inspiré deux films mexicains (médiocres), deux comédies musicales (La Verdadera Historia de Pedro Navaja et Pedro Navaja) deux séries télévisées (américaine et vénézuélienne) ainsi que des réponses ou allusions dans d'autres chansons de José fajardo, Yuri Buenaventura, Héctor Lavoe, los Van Van, Malanga, les Bad Street Boys, entre autres...
Jusqu'à notre tigre de Sainté, Nanard Lavilliers himself, en pleine crise salsera, qui y alla de son hommage sur son 33 tour O Gringo sorti en 1980.


mardi 8 octobre 2019

Vaneaux d'octobre : en guise de réponse à l'envoyeur

 De quelques réponses bien senties ou réactions à diverses chansons ou situations...

Jean Yanne                          Les émancipations d'Alphonse
Les Wampas                        Manu Chao
Eminem                               / Papa Doc
Beatles /                               In my life
Alfred Lennon                      This is my life
Sex Pistols /                          New York
Johnny Thunders                  London Boys
Fabe /                                   Des durs, des boss, des dombis
Lunatic                                 La lettre
Merle Haggard /                  Okie from Muskogee
The Yougnblood                   Hippie from Olema
Les Gypsys                           Le prolétaire
Makach                                Crève, hippie, crève
Captain & Tennille/              Love will keep us together
Joy Division                          Love will tear un apart
Golden Moustache               Old rap vs new rap
LKJ                                       Di black petty booshwah
Roger Miller/                       King of the road
Jody Miller                           Queen of the house
Siniestro Total                     Mina terra galega
Les Clébards                       Post scriptum
Hank Locklin/                     Geisha girl
Skeeter Davis                     Lost to a geisha girl
MC Jean Gabin                   Je t'emmerde

C'est écoutable ou enregistrable en cliquant là.

On y fit allusion, voici la chanson par laquelle le scandale arriva. Neil Young en 1972 sur l'album Harvest chante l'Alabama du KKK.

 


En réponse les bourrins de Lynyrd Skynyrd firent un tube sudiste avec Sweet home Alabama. Puis ils prirent l'avion...




samedi 5 octobre 2019

Variation sur grosse américaine

Casquettes qui ne s'envolent jamais (et illustration abusive : c'est une Triumph )

On avait autrefois cité la Norton en la taxant de plus belle moto du monde.
À vrai dire on s'en fout un peu de l'esthétique des grosses chromées, il s'agit juste ici de se repasser ce que d'autres nomment une rengaine entêtante.
Remarquons tout de même que la Harley-Davidson, débarquée dans nos contrées en 1944 dans les fourgons des GIs, fut l'engin qui symbolisa le mieux monde des bikers, des grands espaces (pas trop pourvus en virages vu la maniabilité du truc) et de la conso à go-go des années soixante.
Toujours à l’affût de l'air du temps, Gainsbourg fit chanter ce blindé à deux roues par Brigitte Bardot en 1968.



Tube que reprirent les Bordelais de Gamine en 1984



Fermons le ban de cette rubrique anti-écologique avec OTH en concert


mercredi 2 octobre 2019

Au loin s'en vont les nuages


On a mauvais esprit.
Surtout lorsqu'on nous claironne que cinq mille tonnes de produits chimiques partis en fumée n'occasionnent qu'une gêne passagère due à l'odeur et aux poussières.
Qu'on se remémore l'ineptie des autorités après l'explosion de l'Onia, pardon, de l'usine AZF.
Ainsi que la fois où la ligne Maginot arrêta un autre nuage à nos frontières. Ce jour-là, il pleuvait aussi à Prypiat.
Et à comme s'il ne suffisait pas que les usines chimiques partent en fumée, on ne peut s'empêcher de songer à ces centrales nucléaires rafistolées.
Puisqu'on a mauvais esprit.

Tout comme Alain Bashung dans son Dimanche à Tchernobyl en 2002 (album L'imprudence)


Ou, dans un genre plus enlevé, les regrettés Malpolis, avec Du côté de Tchernobyl.


C'était notre rubrique "Il ne faut pas désespérer la Seine-Maritime".

dimanche 29 septembre 2019

Deuil national, mon oeil


Il faut une respectable dose de veulerie pour oublier de mentionner toute une partie de la vie et de l’œuvre de Jacqou le Croqueur, ci-devant souverain de France.
Quoi qu'il en soit nous, aux côtés des proches et parents des Kanaks assassinés à Ouvéa, des victimes du duo dynamique Pasqua / Pandraud et pas seulement Malik Oussekine, de celles des coups tordus dans divers pays d'Afrique, des proches d'un ministre noyé dans 20 cm d'eau, on en passe et des pires, ne nous associerons jamais à la célébration d'une personne qui ne fut jamais respectable, représentant tant la figure de la trahison que cette haïssable Cinquième qui n'en finit pas.
Puisqu'il semble qu'il faille de la nostalgie, la notre se résumera à ces bon vieux Parabellum. Les moins de 30 ans sont priés d'aller chercher la signification du mot "minitel" sur Wikipedia.

L'aut' matin j'me suis réveillé
Dans l'mond' d'la libre entreprise
Pour changer c'était la crise
La déprime pour toute prime
Dans le frigidaire
Plus qu'une boîte de Géant Vert !
J'fais appel à Saint Minitel
En tapant 36-15 Haine

D'un ton chiraquien
On m'a répondu "Soyez branché !
Cher collègue, pratiquez zazen !
Cher collègue pourquoi tant de haine ?




Afin de mieux illustrer l'ambiance putride et nationale, un 45 tour des Mumps de New-York en 1977 dont la face A s'intitule fort à propos Crocodile tears.


Puisqu'on en est là, annonçons que les Vanneaux de Passage d'octobre seront consacrés au Retour à l'envoyeur et autres réponses agacées.
Ce sera le lundi 6 à 17h30 sur les 92.2 de Radio Canal Sud.


jeudi 26 septembre 2019

D'après Alfred Jarry


 J'ai l'honneur de vous annoncer que pour enrichir le royaume je vais faire périr tous les Nobles et prendre leurs biens. (Ubu)

En écrivant son œuvre maîtresse, Ubu roi, en 1888, le génial Alfred Jarry aurait-il deviné qu'il anticipait ainsi les traits de caractère et la conduite à venir d'un nombre respectable de chefs d'état qui régneraient cent vingt ans plus tard ?
Ne tournons pas trop vite notre regard vers Manhattan, l'Oural, le Sertao, Tel-Aviv, la City ou la Cappadoce. Plus près de chez nous, certains qui ne veulent pas en avoir l'air empruntent bien des traits à ce tyranneau capricieux, réservoir autoritaire de tous les vices.

 Annonçant le Théâtre de l'absurde, chéri des dadaïstes, puis des surréalistes, le héros de cette pièce massacrant avec bonheur tant Macbeth qu' Oedipe aurait été inspiré au jeune Jarry par un professeur de physique de son lycée de Rennes.
Pièce scandaleuse devenue classique, elle comporte quelques moments chantés comme cette Chanson du décervelage, entonnée pour accompagner le massacre des Nobles de Pologne.   
Ceux qui seront condamnés à mort, je les passerai dans la trappe, ils tomberont dans les sous-sols du Pince-Porc et de la Chambre-à-Sous, où on les décervellera.
La musique est de Charles Pourny, les paroles de l'auteur et cette interprétation est en charge du Chœur et Orchestre de cymbalum de Pataphysique.



Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervelle sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler,
Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !



On trouvera ici une suite de chansons inspirées de la pièce par Maurice Jarre et Rosy Varte. Merci à Rafael.

Évidemment, ce personnage haut en couleur inspira la chanson. La plus connue étant certainement celle du Batave de Haute Garonne, Dick Annegarn, originellement écrite sur son premier album Sacré géranium (1973).


Chanson plaisamment reprise par ce cher Arno sur l'album hommage au précédent Le grand dîner en 2006.

 

On ne saurait clore cette évocation sans citer un des groupes de rock les plus barrés d'une décennie qui pourtant n'en manqua pas. Formé par David Thomas à Cleveland en 1975 sur les ruines d'une bande de furieux, Pere Ubu persiste aujourd'hui à trimballer sa musique indéfinissable.
Mais ceci est une autre histoire qu'on racontera un de ces quatre.

lundi 23 septembre 2019

Berthe Sylva, sortez les tire-jus !


Voici une chanteuse réaliste, gloire de l'entre-deux guerres, dont la spécialité était d'arracher des larmes au public tout en vivant une vie de joyeuse luronne. Du moins tant qu'elle l'a pu.
Née Berthe Faquet en 1885 à côté de Brest (ou, selon d'autres sources, dans le Lot-et-Garonne), fille d'un marin et d'une couturière, elle aurait été placée comme femme de chambre dès son enfance et aurait eu un gosse à 16 ans. Du moins, c'est ce qu'elle racontait à la presse. On sort les mouchoir.
Elle aurait fait ses débuts vers 1908 au Casino de Montmartre puis à celui de Montparnasse. En 1916, son premier succès est un morceau de Vincent Scotto, La tourneuse d'obus. Elle fait aussi des galas pour les poilus.
Enregistrement de 1913, Mon vieux pataud (Le Peltier, Valsien) ici avec des images du film Ni vu, ni connu ( Yves Robert, 1958 )

 

Sa grande renommée arrive au milieu des années 20 en devenant permanente du Caveau de la République et en passant régulièrement en direct sur les ondes de Radio Tour Eiffel. En 1928, c'est la gloire avec Les roses blanches (Pothier, Raiter) puis Le raccommodeur de faïence (Decoq, Soler) vendu à 200 000 exemplaires, fait incroyable vu le peu de radios et de gramophones existant alors, sans parler des disquaires.
Elle tourne alors avec Fred Gouin, le chanteur aux 450 78 tours, avec qui elle a une relation amoureuse passionnée et passablement arrosée. 
Parfois comparée à la grande Fréhel, son répertoire, essentiellement éploré, prête aujourd'hui plutôt au sourire.
Elle est pourtant encore présente dans la mémoire collective avec (outre Les Roses) Ferme tes jolis yeux (en duo avec Gouin) La légende des flots bleus et ce chef d’œuvre du pathétique flamboyant qu'est Du gris (Bénech, Dumont, 1925) en général faussement attribué à... Fréhel !


Élue "chanteuse préférée des jeunes filles" en 1936, elle se réfugie à Marseille en 1940. Elle y meurt l'année suivante rongée par le vin et la misère. Sa maison de disque se contentera de financer les obsèques au cimetière Saint-Pierre. Et un Fred Gouin inconsolable d'aller déposer sur sa tombe une immense gerbe de roses blanches.
Le plus étonnant est que ses enregistrements remastérisés continuent à se vendre tout à fait honorablement.
Vous pouvez remiser les mouchoirs.

vendredi 20 septembre 2019

Remets-moi Johnny Kidd


Tout le monde a en mémoire ce vers de Bashung dans Gaby oh Gaby
(Bergman, Bashung 1980) J'sens comme un vide / Remets-moi Johnny Kidd.
L'occase de se pencher sur ce fondateur du british rock et rhythm 'n blues.
Comme beaucoup de rockers britanniques, Frederick Heath (1935-1966) a débuté par le skiffle (style américain campagnard bluesy à base d'instruments bricolés jouée par des jug bands) avant de se convertir à la musique du Diable.
En 1959, il s'affuble d'un bandeau et monte Johnny Kidd and the Pirates, s'entourant d'excellents musiciens et reprenant des titres RnB méconnus de Bo Diddley ou Arthur Alexander.
Et en 1960, c'est le légendaire Shakin' all over qui va non seulement assurer sa renommée à vie mais sera repris par Vince Taylor, les Who, Iggy Pop, les Flamin Groovies, Suzi Quatro, etc., etc.
Pour l'anecdote, le très respecté Mick Green est supposé être le guitariste alors qu'à l'époque la guitare des Pirates est alors encore tenue tenue par Alan Caddy. Et encore selon certaines versions c'est le musicien de studio Joe Moretti, qui accompagnait également Vince Taylor, qui aurait officié sur le 45 tour. 


Johnny tourne alors avec Gene Vincent, Jerry Lee Lewis, Vince Taylor, puis avec des petits jeunes, les Rolling Stones et le plus célèbre groupe de filles de l'époque, les Ronettes. Spécialiste des EPs 4 titres, il n'enregistre un vrai album qu'en 1966 avant qu'un accident de la route ne mette fin à son existence.
Devenu membre du très select clan des rockers morts bêtement avant 33 ans, son influence sera revendiquée par de nombreux groupes ou individus comme Noel Redding et Jimi Hendrix. Notre Wilko Johnson adoré proclame à tous les vents que son style de guitare est directement inspiré par Mick Green (décédé en 2010). D'ailleurs le nom de son premier groupe vient d'un morceau du Kidd : Dr Feelgood.


Côté reprises en français, on a cité Bashung, mais il y eut aussi Dick Rivers et on vous a ailleurs passé la version de Shakin' par Marie-France et Bijou.
Ce Diable en personne avait été créé en 1962 par Les Fantômes.
Actifs de 1961 à 1965, Thomas Davidson, Charles Bennaroch, Dany Maranne et Jacques Pasut auront une certaine renommée en accompagnant Eddy Mitchell, Petula Clarck et même Gene Vincent en tournée française.


 




mardi 17 septembre 2019

Les Fleaux, jeunesse québecoise


C'est arrivé en 1966 au Québec.
Ils s'appelaient les Fleaux (sans accent) mais on disait aussi les Flos selon la période. André, Alain, Richard et Maurice vivaient à Lachute, comté d'Argenteuil. Tony Roman, fondateur du label de rock garage Canusa, de passage dans leur patelin, les vit en concert et fut charmé ce jeune groupe "parce qu'ils se débrouillaient bien et aussi parce que les gens trouveraient ça cute".
Précisons qu'au moment d'enregistrer Ma Lili Hello (reprise anecdotique de Pierre Perpall) leur premier titre pour une compilation Canusa, les Flos avaient 11 ou 12 ans de moyenne d'âge. Une tentative de coup commercial avec des bébés rockers, en somme.
Qui restera sans lendemain.
Rebaptisés en Fleaux, nos gaillards n'enregistrèrent qu'un unique 45 tour avec le titre sus-cité en face B et en face A, la raison de leur présence ici : à notre connaissance l'unique version en français du titre aux mille reprises, de ce sommet du rock garage, j'ai bien sûr cité Gloria des Them (écrite en 1964 par Van Morrison).
Chantée par une bande de moutards pré-pubères avec des paroles délirantes (Elle faisait cinq pieds quatre / elle me traitait en homme), bien entendu issues du cerveau du boss, Tony Roman.
Que sont-ils devenus ? Mystère...
On peut retrouver le titre sur l'anthologie Rumble (Quebec Garage Beat 66-67)


 

Un grand merci au blog de Félix B. pour son érudition.

samedi 14 septembre 2019

Feu Marquis de Sade

Marquis de Sade reformé fin 2017
Même s'il faut reconnaître que Marquis de Sade ne fut jamais de nos groupes préférés, ces Rennais valaient autrement mieux qu'une étiquette de "jeunes gens modernes" quelques peu réacs fabriquée par une presse de branchouilles parisiens ou de qualificatifs comme de "Joy Division" à la française par d'autres journaleux accrochés à leurs lieux communs.
Issus d'une réunion des Rats d'Égout et de Penthotal, Philippe Pascal (chant tragique), disparu ce 13 septembre Frank Darcel, Anzia (guitares), Thierry Alexandre (basse) et Éric Morgen (batterie) ont au moins eu le mérite d'ouvrir une génération à l’expressionnisme allemand, au dadaïsme et à la musique de Kurt Weill.
Certes, on a pu leur reprocher une certaine sophistication frôlant la grandiloquence, une froideur dépressive, un manque de second degré évident. Mais dans la catégorie que faire après le punk ? , ils ont également su développer une musique bien plus originale que la vague cold wave qui ravageait alors nos province (à l'exception notable de Kas Product de Nancy) sans chercher à faire la moindre concession. Il restera deux albums qui ont plutôt bien vieillis. C'est déjà beaucoup.
Quant à Philippe Pascal, toujours frôlant le pathétique, il nous aura tout de même impressionné par sa présence scénique.
Un petit souvenir qui passait au juke box de mon bistrot en 1980, le 45 tour Rythmiques


Et un extrait du deuxième album Rue de Siam (1981) Brouillard Définitif qui mélange allégrement les prisonniers de la RAF aux déportés KZ des camps nazis.

N'allez pas me racontez que c'est du direct.


mercredi 11 septembre 2019

Hommage aux Chiliens


À l'occasion du quarante-sixième anniversaire du coup d'état mené par l'infâme clique de généraux chiliens téléguidés par les humanistes de Washington, on a une pensée particulière pour les camarades de la poblacion La Victoria à Santiago.
Non seulement ce quartier a passé les dix-sept années de dictature en résistance ouverte, réalisant au passage l'improbable unité d'action entre toutes les fractions "radicales" de l'époque, quitte à y joindre les plus récentes, mais bon nombre de ces bons bougres continuent le combat dans un pays toujours malade.
Victor Jara assassiné par les militaires le 13 septembre 1973 avait célébré ce quartier de prolos teigneux. Herminda de la Victoria est ici repris par le groupe Attaque 77

 

Et comme pas mal d'entre eux sont aujourd'hui engagés aux côtés des Mapuches, une autre de Victor Jara qui leur va comme un gant : Plegaria a un labrador, repris par les Reincidentes.






lundi 9 septembre 2019

Souvenir du Maestrazgo

photo Agustin Centelles

C’est à Calanda que se situe un évènement assez extraordinaire, je pense (je ne sais pas si d’autres villages l’ont connu) , je veux parler de la proclamation publique de l’amour libre. Un beau jour, sur ordre des anarchistes, le crieur public s’avança sur la place principale, emboucha une petite trompette, sonna puis déclara :
- Compañeros, à partir d’aujourd’hui, l’amour libre est décrété à Calanda !

Je ne crois pas que cette proclamation, accueillie avec la stupéfaction qu’on imagine, ait eu des conséquences remarquables. Quelques femmes furent agressées dans les rues, sommées de céder à l’amour libre (dont personne ne savait bien ce que c’était) et, sur leur très vif refus, relâchées. Mais les esprits demeuraient troublés.
Passer de la rigidité sans faille du catholicisme à l’amour libre des anarchistes n’était pas une mince affaire. Pour remettre en ordre les sentiments, mon ami Mantecon, gouverneur d’Aragon, accepta d’improviser un discours, un jour, du haut du balcon de notre maison.
Il déclara que l’amour libre lui paraissait une absurdité et que nous avions autre chose à faire, ne fût-ce que gagner la guerre.

Luis Buñuel Mon dernier soupir (1982)

Une reprise d'Oum Kalthoum pour honorer le maître.


jeudi 5 septembre 2019

Il était une fois en Ulster : SLF

Le 45 tour
L'hypothèse du retour de l'absurde frontière qui tranche l'Irlande en deux, outre ses éventuelles sanglantes conséquences, nous ramène quelques décennies en arrière.
On ne vous apprendra rien en rappelant que cette contrée a été le berceau d'innombrables et d'émérites musiciens.
Belfast 1978
Évoquons ici une bizarrerie : être punk en Irlande du Nord à l'origine.
Pour mémoire, le quotidien d'un adolescent sans avenir social de Belfast ou Derry était alors partagé entre le devoir d'élever des barricades et de s'éduquer aux bastons de rues tout en faisant allégeance aux valeurs républicaines généralement catholiques ou à des valeurs orangistes hystériquement paranoïaques.
Le tout, si possible, en évitant les bombes ou balles tirées par l'UDR ou la Red Hand d'un côté, l'IRA ou l'INLA de l'autre. Quand ce n'étaient pas celles venant de l'armée britannique censée arbitrer le match (quoique dotée d'un coupable penchant pour un camp) ou celles des brutes du RUC (police locale aux mains des loyalistes).
Comme l'a écrit quelqu'un* : La situation d'un punk nord-irlandais en 1976-78 est comparable à celle des zazous pendant l'Occupation sauf que les Allemands n'avaient pas inventé le jazz des caves de St-Germain-des-Près. Alors que les Anglais qui occupent toujours l'Irlande du Nord, eux, ont inventé leur punk. Pour un jeune Irlandais amateur de rock, mieux valait appréhender les choses en prenant un maximum de recul.
Belfast 1978 (là c'est l'IRA)

C'est donc dans ce contexte de franche rigolade que s'épanouissent quatre amis issus des ghettos républicains Jake Burns (chant, guitare) Henri Cluney (guitare) Ali Mc Mordie (basse) et Brian Falcon (batterie).
Ils abandonnent leur groupe de hard / glam rock Highway star pour trouver un exutoire à leur rage en virant punk, à l'instar de nombre de leurs collègues britanniques. Avec l'aide de Gordon Ogilvie, parolier puis manager, cette bande des quatre monte Stiff Little Fingers (rien à voir avec un doigt d'honneur, c'est une référence aux postures des snobs de la haute) enregistre une démo pourrie aussitôt envoyée à John Peel, le célèbre DJ de la BBC et celui-ci la programme aussi sec.
Le côté excessivement énervé de la chose avec des paroles moitié incompréhensibles dues au phrasé local de Jake qui hurle en bouffant ses mots ne constitue pas un vrai obstacle. Après tout ce n'est pas si dommageable, l'Angleterre vit une campagne d'attentats de l'IRA et la chanson Suspect device propose simplement de devenir soi-même un colis piégé. C'est du second degré, on est encore loin des premiers attentats suicide.
Décidant de joindre à leur musique d'excités une description au vitriol de leur existence en Ulster, leur deuxième single Alternative Ulster, (1978) deviendra vite historique.
ils y décrivent une existence désespérante sous occupation et leur refus de marcher au pas** dans une guerre interminable, le titre de ce 45 tour est en soi une provocation, quand on est républicain on se doit de dire Northern Ireland, pas Ulster.
Ici, ils le jouent en concert (bidonné).



Leur sens aigu de la provocation est encore mieux illustré dans la face B de leur 45 tour suivant Bloody sunday. Loin du prêchi-prêcha de U2, cette chanson n'illustre pas le Dimanche sanglant de Derry (massacre perpétré par l'armée de sa gracieuse majesté en 1972) mais un Putain de dimanche à Belfast où, comme on ne va pas à la messe, on s'emmerde à cent livres de l'heure.
On frémit à l'idée de la réception de cette chanson dans le Bogside.


Comme ils l'avaient annoncé dans leur titre Gotta gettaway les Stiff finirent par se barrer de cet environnement désespérant pour aller tenter leur chance à Londres. Ayant mis de l'eau dans leur punk, ils ne deviendront toutefois jamais des rock stars. Juste une légende. Et comme disait fort à propos tonton Joe Strummer La différence entre une star et une légende, c'est qu'une légende, elle, n'a pas un rond.
Aux dernières nouvelles ils tournent encore. C'est l'excellent Bruce Foxton, ex-Jam qui officie désormais à la basse.

Les kids s'emmerdent le dimanche
* Histoire du punk en 45 tours. Géant vert (Hoëbecke 2012)

** Le rédacteur de ces lignes se souvient d'un entretien avec les Stiff Little Fingers lors d'un de leur passage par chez nous à cette époque. Naïvement enthousiastes, à l'époque, pour la cause unioniste irlandaise, nos apprentis rédacteurs de fanzine s'en revinrent munis d'une description apocalyptique du racket pratiqué par les paramilitaires des deux bords sur leur propres quartiers. Ils conclurent finalement sur ce titre : SLF, d'honnêtes pacifistes.
Pour ne pas déchoir, le soir de ce concert, la rue où jouait le groupe eut un air de Belfast de pacotille avec ses charges de CRS et quelques cocktails molotov.

lundi 2 septembre 2019

Les Vanneaux de septembre ont les foies

La peur d'un accident industriel finalement réalisée (Toulouse 2001)


Comme prévue, notre rentrée fut placée sous le signe de la Grande peur.
On fera mieux le mois prochain.


Ennio Morricone                         Peur sur la ville
Bérurier Noir                              J'ai peur
Lee Hazlewood / Duane Eddy     Girl on death row
I Am                                            Dangereux
Taulard                                       Fuir
The Ruts                                      SUS
Bauhaus                                     Terror couple kill the colonel
Pékatralatack                             Black bloc terroriste
Mickey 3D                                   La France a peur
Hugo Tsr / Nappage Nocturne   Voisin d'en haut
Kendrick Lamar                          Fear
Joy Division                                 Dead souls
La Polla Record                          El avestruz
Pink Floyd                                   Fearless
Vera Lynn                                   We'll meet again
Stupeflip                                      Terrora
Catherine Sauvage                      La complainte de Fantômas
Don Choa                                    Dr Hannibal
Creedence Clearwater Revival   Walk on the water
The Coasters                               Run, Red, run

Ça peut donc se télécharger, se podcaster, s'écouter .

Un dernier coup de paranoïa : un petit coup de flicage et de surveillance démocratique bien avant internet et les réseaux sociaux.

vendredi 30 août 2019

Les débuts de Catherine Ringer

Vue inédite de Flashes Rouges (1979)

Née en 1957, fille d'un peintre déporté de camps en camps pendant la guerre, Catherine Ringer laisse tomber l’école vers es 15 ans pour entrer au Théâtre de recherche musicale de Michael Lonsdale.
Elle fréquente ensuite le Café de la gare où elle se retrouve dans une comédie musicale montée par deux chorégraphes argentins, Armando Llamas et Marcia Moretto (la future Marcia Baila) . 
Elle est ensuite embauchée par Iannis Xenakis comme chanteuse soliste à "voix sauvage" tout en apparaissant au théâtre ou dans quelques films pornos. En 1979, elle rencontre Fred Chichin lors d’une audition pour la pièce musicale Flash rouge de Marc'O. Ce guitariste d'Aubervilliers avait déjà joué avec les groupes plus ou moins punks Fassbinder, Gazoline, ou les premiers Taxi Girl.
Il se serait présenté au casting après avoir été séduit par l’affiche du spectacle, représentant une photo de Catherine Ringer en héroïne de la pièce.




Se voulant une énorme provocation à base d'apologie de la lutte armée et de musique déstructurée ou bluesy, cet opéra rock fut, comble d'avant-gardisme, filmé en "Nouvelles images", c'est à dire avec des filtres de couleurs donnant un effet post psychédélique.


Il semble bien que Catherine et Fred aient en une semaine décidé de s'enfuir de cette pétaudière pour aller monter le groupe Sprats (fleuron de la cuisine yiddish) qui devient vite Rita Mitsouko. Mais c'est une autre histoire.
C'était notre rubrique curiosités diverses.

jeudi 22 août 2019

Rentrée des Vanneaux : la grande trouille


La peur occupe une place fondamentale dans la palette des émotions et sentiments humains. Permettant à la fois de ne pas faire trop d'imprudences et d'être gouverné par des tyrans, des mégalomanes ou des crapules, elle hante les musiques et airs du monde entier.
Les Vanneaux en feront leur thématique du 2 septembre à 17h30 sur le 92.2 de Radio Canal Sud.

En clin d’œil à un récent disparu, cet extrait de La cité de l'indicible peur de Jean-Pierre Mocky (1962) On vous envoie la chanson du générique, celle de l'inspecteur Triquet. À l'époque, des béotiens de producteurs avaient rebaptisé le film La grande frousse, trouvant ce titre inepte plus vendeur.



En 2001 les Mexicains de la Maldita Vecindad y los hijos del quinto patio chantaient leur crainte de ces monstres tout droit sortis de la légende de leur ville qui se consacrent à administrer le peuple.



lundi 19 août 2019

Lemarque, Mouloudji et Carné au musette


Francis Lemarque, Nathan Korb de son nom, écrivit Rue de Lappe en 1951 en hommage tant au quartier qui avait hébergé sa famille d'émigrants qu'à l'ambiance et l'histoire de celui-ci.
Peuplé de bistrots auvergnats, berceau du bal musette résultant de la rencontre de ceux-ci avec des arrivants Italiens et de la Miteleuropa, ce carrefour de La Bastille fut siège des nuits parisiennes pour prolos avec son désormais légendaire cortège d'apaches et de prostituées. Tout comme à Montmartre, ces spectacles assez peu familiaux attiraient également le bourgeois cherchant à s'encanailler.
Le piquant est qu'on n'avait pas attendu le triomphe d'Airbnb pour mettre l'exotisme crapuleux en scène. Dès l'entre-deux guerre, de faux bals d'apaches existaient avec tirs de brownings (de la manufacture de St Étienne) bidons destinés à foutre le frisson au touriste.
Mouloudji fut donc chargé de mettre en chanson cette agitation nocturne disparue de ce faubourg aujourd'hui symbole d'une bourgeoisie triomphante. 


Mais les années 1930 et leur développement des transports en commun furent surtout celles du triomphe des guinguettes de bord de Marne.
Ces coins de campagnes constituèrent un réservoir de parisiens souhaitant respirer un peu. Apparaissant dans de nombreux films, ce fut le cadre du premier court-métrage de Marcel Carné, Nogent, Eldorado du dimanche (1929)
Quatorze minutes bucoliques d'un monde d'avant la crise et les congés payés au son de l'inévitable accordéon.


vendredi 16 août 2019

Pierre Barouh et Saravah

Barouh avec son épouse Anouck Aimée en 1967
On ne peut apprécier toute la production de ce touche-à-tout et c'est normal.
Introducteur de la samba brésilienne en France, découvreur de Brigitte fontaine, Areski Belkacem et Higelin ou Pierre Akendengue, poussant au micro Jean-Roger Caussimon ou Alfred Panou, initiateur du free-jazz, explorateur de musique japonaise, musicien et producteur lui-même, le maître du studio des Abesses régna pendant plus de quarante ans sur un des labels les plus originaux de l'hexagone, Saravah.
Disparu en 2016, France Culture rendit hommage au travail de Pierre Barouh avec une trop brève histoire de Sarvah.
C'était dans la série Histoire française de l'exploration sonore d'Étienne Menu du 2 août dernier.

mardi 13 août 2019

Mistinguett : érotisme primitif



Avec sa collègue Arletty et bien avant le Môme Piaf, Mistinguett fut une de ces hirondelles du faubourg à devenir une immense vedette de la France de l'entre-deux guerres. Couronnée "Reine du Music-hall", Colette écrivit d'elle qu'elle était propriété nationale.
Née Jeanne Florentine Bourgeois en 1875, issue d'une famille plus que modeste comme ne l'indique pas son patronyme, Miss Hélyett puis Mistinguett débuta au Trianon en 1894.
Malgré un physique particulier, un talent limité de danseuse et chanteuse, elle profita de sa suite de revues, pièces de théâtre et même petits films d'un cinématographe débutant pour imposer sa gouaille coquine et une paire de gambettes qu'on disait les plus belles du monde.

Partenaire de Maurice Chevalier* dès 1911 aux Folies Bergère, elle connut la gloire après 1917 aux côtés de Harry Pilcer, Georges Guétary ou un petit jeunot qui promettait, Jean Gabin.

Si on se souvient surtout de Mon homme, Ça c'est Paris ou C'est vrai, on apprécie particulièrement son Il m'a vue nue, de 1926 (Pearly / Chagnon) dans lequel on mêle allégrement du littéraire un peu cuistre ( La lune soudain vint s'exhiber, /
J'allais lui dire : "Ta bouche, Phoebé !" / Quand j'entendis près d'moi / Un cri d'émoi)
à une raillerie toute populaire ( Il m'a vue nue / Toute nue / Sans cache-truc ni soutien-machins / J'en ai rougi jusqu'aux vaccins) avec une gaillardise parfaitement explicite : Et je pensais / Il va me rejoindre bientôt / Pourvu qu'il ne perce pas mon incognito.


 

Comme quelques autres, la Miss se fera plus discrète après l'Occupation. Elle est morte en 1956 à 81 ans.

* Côté gaillardise anecdotique, ces deux-là ont vécu une grande histoire d'amour durant une décennie. Mobilisé en 14, le Maurice avait offert une copie de son sexe à sa belle pour qu'elle patiente en attendant l'armistice.

samedi 10 août 2019

Conseils d'été: restez couverts

Atomic cafe (1982)
Notre période sacrée de congés plus ou moins payés est cette année anxiogène. On ne cause pas ici de canicule, de féroces policiers mugissant dans nos rues ou des "réformes" à venir. Il y a plus grave.
L'Inde joue avec le Pakistan, les USA jouent avec l'Iran, Israël joue avec l'Iran, la Corée du Nord joue avec celle du Sud et les USA, la Russie joue avec l'OTAN qui joue avec la Turquie.
On imagine bien des doigts pointés sur quelques boutons.
Ce blogue se doit donc de vous donner de judicieux conseils issus d'une époque triomphante quoique qu'assez paranoïaque mais on n'est jamais trop prudent.
Ce film de 1951 fut tourné la Défense civile des États-Unis afin que les citoyens ne soient pas pris au dépourvu en cas d'attaque atomique.
Il fut abondamment passé dans les écoles durant toute la décennie.
On ne saurait trop conseiller aux habitants voisins d'une centrale nucléaire ou d'une cathédrale au plomb d'appliquer ces consignes à la lettre.




 Une vieillerie joyeusement vietnamienne pour faire passer la pilule d'iode.

mercredi 7 août 2019

Lutte des classes ? No sir, Fantômas !



Qui est plus maléfique, plus puissant, plus dévastateur, plus élégant que Mesrine, Ben Laden, Mussolini et Al Capone réunis ? Fantômas, bien entendu !
Inventé par Pierre Souvestre et Marcel Allain en 1910, les exploits de ce dandy empereur du crime se déclinèrent sur 12 000 pages en 32 volumes, devenant le héros le plus populaire de la soi-disant Belle-époque.
La fameuse affiche du film

Bénéficiant des derniers progrès techniques, l'odieux personnage fut aussitôt porté à l'écran par le grand Louis Feuillade en cinq opus dès 1913.
Contrairement à beaucoup d'autres, cette crapule survécut à la Grande guerre et à la mort de son créateur, Souvestre, emporté par une congestion pulmonaire en 1914.
Allain reprit la suite en solitaire, dans un style encore plus "déplorable" (jugement de Max Jacob) à partir de 1926.
Dès avant la colossale boucherie, Guillaume Apollinaire, Blaise Cendrars, Max Jacob (qualifiant également ces romans de Nietsche pour bonniches) avaient déjà fondé la société des "Amis de Fantômas".
Désormais archétype du mal sans limite, enraciné dans la culture populaire, la chanson se fit écho de ses exploits.
L’inénarrable Robert Desnos écrivit La Complainte de Fantômas en 1933, année qui coïncide avec le procès du "réseau Fantômas" (espionnage dans les usines d'armement au profit de l'URSS). Exilé en France, Kurt Weill mit aussitôt cette complainte à l'ancienne (chronique et étalage de mauvaises actions) en musique pour Radio Paris. Hélas, il semble que Juve et Fandor courent encore après les enregistrements originaux, dérobés par une main maléfique.
Accompagnée par Jacques Loussier, Catherine Sauvage l'enregistra en 1961, conservant 13 couplets sur les 26 originaux. On peut retrouver cette plaisante interprétation .
Une version plus contemporaine dont la chanteuse n'est pas précisée se trouve sur Dailymotion.



On en dégotte encore une sur le net. Le chanteur possède un tonalité de parenté avec Guy Béart. Et pourtant on doute que ce soit lui.
Lectrices, lecteurs qui sont donc ces deux apologistes de la malversation ?



dimanche 4 août 2019

Chanson du Quai des Brumes

Le film de Carné (1938) n'a qu'un rapport relatif au roman
Grâce à son adaptation cinématographique du duo Carné-Prévert (1938) Quai des Brumes est certainement le roman le plus connu de Pierre Mac Orlan.
Le cadre du livre n'a rien à voir avec Le Havre mais se déroule entre le Montmartre du Lapin Agile et la ville de Rouen, deux lieux ou l'auteur avait pas mal roulé sa bosse.
D'ailleurs, il paraît que c'est Max Jacob qui avait surnommé Frédé, tenancier du fameux cabaret "tavernier du Quai des brumes" en référence non pas à un quelconque dock mais à cette butte mal famée.
Quant à Jean Rabe, jeune sans-le-sou de l'année 1910, il emprunte pas mal de traits à un Mac Orlan qui vécut alors dans la dèche.
Tout cela est assez connu.
Mais, amoureux comme on l'est des chansons du Dumarchey, voilà-t-il pas qu'on vient à peine de réaliser qu'un de nos airs favori, Nelly, est également issu de ce bouquin de 1927.
À l'origine, elle est dans le roman une go-go girl, comme on ne disait pas encore, des salles de bal de Pigalle et Montmartre. Prostituée occasionnelle, elle accorde ses faveurs à Rabe avant de monter en grade et régner enfin sur la vie parisienne en soignant son cafard de l'époque du Lapin.
Plus modestement, la fille de la chanson (sortie en 1953 dans Chansons pour accordéon avec V. Marceau) ne gouverne que son bistrot à Rouen. Elle est le dernier souvenir d'un petit gars qui part au casse-pipe en 14. Voilà pourquoi on avait passé ce titre à l'époque dans l'émission sur racaille militaire.
C'était en 2013 et cette découverte mérite bien un rappel. Chanté par la Morelli.


mercredi 31 juillet 2019

Hector premier ministre !

Duo dynamique

En entendant les commentaires de ce grand humaniste d'Édouard Philippe au sujet de la mort de Steve Maia Caniço on se dit que si on avait cru toucher le fond, on s'est encore gourré.
Il n'y a plus de fond.
Et on a immanquablement pensé à ce tube du "Chopin du piano", l'autre Jean-Pierre Kalfon, monsieur Hector qui est toujours vivant et est donc pour devenir premier ministre au prochain remaniement.
Visiblement, il a quelques dispositions.





dimanche 28 juillet 2019

Paris Nostalgie (1986)



- Remarque, je m'en fous du cinoche. Paris, c'est foutu depuis longtemps.
Il avait été coursier, poète, anar, journaliste, écrivain porno, amoureux. échoué dans ce quartier alors que ses humeurs le portaient plus vers le 13ème arrondissement (la construction des tours l'en avait chassé), il avait un peu tenté d'écrire un bouquin sur le quartier qui aurait pu s'appeler "La méprise de la Bastille" (Maleo adorait ce genre de jeux de mots). Il n'avait pas donné suite. Paris foutu, c'était sa rengaine.



- Faut être franc. Maintenant cette ville me dégoûte. J'ai plus le coeur à sortir. Je m'y retrouve plus. et puis, faut bien dire les choses : Paris, c'est Paris la nuit. Or, à l'âge que j'ai, tu vois, j'ai peur. Ne rigole pas. J'ai peur des loubards. des agressions.
Il avait été le copain de quelques poseurs de bombes, tenu de façon fort polémique une petite chronique de faits divers dans un journal mal-pensant. Maintenant, il était vieux, en général assez réac, sympathique.




- Quand tu seras très vieux, dit Jessica, définitivement catarrheux, perclus de rhumatisme et encore plus bougon que maintenant, tu te feras embaucher comme guide et tu expliqueras la ville aux jeunes générations. Tu feras ça très bien. Et je suis certaine que les vieilles dames nostalgiques t'écouteront avec beaucoup d'intérêt.

Jean-François Vilar Bastille tango (1986)

jeudi 25 juillet 2019

Sam Shepard chanteur

Sam Shepard et Eduardo Noriega

Les hors-la-loi de la Wild bunch (Horde sauvage) qui comptaient, entre autres membres, Butch Cassidy (Robert Leroy Parker), le Sundance Kid (Harry Alonzo Longabaugh) et la fascinante Etta Place ont ravagé le Wyoming de 1899 à 1901 en menant une vendetta sanglante contre les gros propriétaires de la région et en s'attaquant aux trains de l'union Pacific.


Leur geste a inspiré bien des films du Butch Cassidy et le Kid de Roy Hill (1969) à The Wild bunch de Peckinpah (1969).
Pour une fois, un des ultimes avatars de ce genre cinématographique fut une belle réussite. Blackthorn, de Mateo Gil,sorti en 2011 reprend l'histoire vingt ans après que Butch Cassidy et le Kid aient été abattus par l'armée bolivienne en 1908 à San Vicente. Un Cassidy vieilli (Sam Shepard), assagi, vit retiré sa vie d'éleveur de chevaux en compagnie de quelques autochtones lorsqu'il apprend la mort d'Etta Place, revenue aux États-Unis et décide de partir prendre soin de son enfant.
Il liquide donc ses biens et s'apprête à retourner au pays.
Évidemment, rien ne se passe comme prévu. À partir de sa rencontre avec un fugitif espagnol (Eduardo Noriega) une série de rebondissements aboutit à une chasse à l'homme digne des grands moments de la Horde sauvage.
On ne vous en dira surtout pas plus, particulièrement si vous avez la chance d'avoir raté ce western bolivien contemplatif à sa sortie.
Par contre, à la revoyure, on a été charmé par les talents de chanteur de Sam Shepard qu'on connaissait plutôt comme acteur, scénariste ou auteur de théâtre.
Non seulement il fredonne un air traditionnel une scène qui n'a rien d'anecdotique mais il reprend ce même Sam Hall durant tout le générique final en duo avec Eduardo Noriega sur les derniers couplets.


Comme un bonheur n'arrive jamais seul et que cette chanson fut interprétée en son temps par Johnny Cash, l'homme en noir a également sa place dans la BO du film avec un Ain't no grave de la fin de sa vie.
Ici la chanson est illustrée par quelques passages du film.


lundi 22 juillet 2019

Le jeu des 7 erreurs

I need you par The Kinks (légende du rock, Londres) en 1966


For you, Thee Milkshakes, 1982 (garage artisanal, Chatham)


Et dans le genre jeu de con de l'été, pourrait-on savoir où est passé Steve Caniço suite à son plongeon du mois dernier à Nantes ?

jeudi 18 juillet 2019

Les deux Jocondes

Duchamp en 1919

Le déménagement provisoire du tableau le plus encombré du Louvre nous offre le prétexte pour aborder le cas, pas banal, de deux chansons différentes dotées du même titre.
C'est en 1957 que la Mona Lisa de Léonard devint scie musicale grâce à Barbara (45 tour La chanteuse de minuit)
La belle indifférente contemple là ses visiteurs de son sourire ironique.


La Joconde fut également une chanson écrite par Mick Micheyl reprise par Patachou en 1965.
Sur un boléro de rue, une belle de jour prétend s'élever intellectuellement, prenant le temps de gamberger en attendant les éventuels 20 000 visiteurs de son modèle.