mardi 31 décembre 2019

This is England (ciné club de réveillon)


Pour la fin de l'année, un petite fantaisie cinématographique.
Blousons noirs et bottes de cuir : Tunnel of love est un court-métrage complètement kitch de Robert Milton Wallace (1997). Ou les tribulations énamourées d'un rocker en Norton dans le Londres des années d'avant.
La musique est de Joe Strummer et Pablo Cook (qui officiaient dans ces mêmes eaux chez Kaurismäki dans I hired a contract killer) ce qui ne gâche pas notre plaisir.


Et les Revillos (ou Rezillos, ça dépend de l'année) groupe d'écossais déconneurs d'Édimbourg menés par Fay Fife et Jo Callis, en play-back dans Motorbike beat.



Allez, on vous la souhaite bien plus honorable que la précédente.
Marcel, remets-moi le p'tit Minervois !

vendredi 27 décembre 2019

Du côté des chômeurs


Pendant qu'une crapuleuse réforme des retraites a mis le pays en grève, nos ignobles gouvernants ont passé en douce une autre réforme, celle du chômage, qui a des effets pour le moins drastiques. 
Derrière ces "aménagements", comme disent ces faux-culs, (avoir travaillé 6 mois sur les 24 derniers au lieu de 4 sur 28, avoir au moins 910 heures pour des droits rechargeables, salaire journalier prenant en compte les jours non travaillés, ce qui fait une belle baisse aux intérimaires, 30% de dégressivité après 6 mois d'allocations) il est clair qu'il s'agit d'envoyer le travailleur au turbin à n'importe quel prix (pour lui) et condition.
Ce n'est pas encore fait, ce sera pour début avril.
Le chômage ayant été chanté, surtout depuis 1929, Les Vanneaux de Passage du mois de janvier ausculteront la culture de l'inemploi et des licenciements le lundi 6 janvier à 17h30 sur le 92.2 fm de Canal Sud.

À propos de discours dominant de faux-culs, la Chanson du DRH d'Arnaud Cathrine et Florent Marchet issu de leur spectacle Frère animal.


Rennes, 2012

lundi 23 décembre 2019

Vidalie : on a chanté les affreux

Vidalie par Doisneau (1960)
C’est pour moi l’auteur le plus important que j’ai eu la joie d’interpréter  
(Serge Reggiani)

En ces jours de bons sentiments, retrouvons un prolifique auteur que fut Albert Vidalie (1913-1971). Pour mémoire, ce dilettante grand connaisseur d'argot et pilier de bistrot émérite, écrivit une dizaine de romans, une demi-douzaine de pièces et une douzaine de scénarios pour le cinéma ou la télévision, on l'a déjà abordé.
Auteur de chansons, il fut surtout reconnu pour Les loups sont entrés dans Paris  (1967) qui, outre devenir LE succès de Reggiani, connut une grosse popularité en mai 68. 
Amoureux des marginaux et des faits-divers croustillants, il reprit à son compte la tradition des complaintes criminelles (allez donc écouter son chef d’œuvre qu'est La complainte du Bon Pasteur) en y brossant une galerie humaine digne des grands romans du XIXème. 
S'appropriant le tragique du soldat déchu des refrains post-napoléoniens, il n'hésita pas à mettre en scène un mercenaire dans Les Affreux  (musique de son complice Louis Bessières) ici par Reggiani en 1968 à Bobino


Plus immonde personnage, il donna à  Germaine Montero La complainte de Sir Jack l'éventreur (1958) ici accompagnée par l'ensemble de Philippe Gérard.

jeudi 19 décembre 2019

Toujours en grève : un hommage aux Groovies

Les Neurotics à leur début
Adoncques, la récente disparition de Roy Loney nous remit en tête les trépidants Flamin Groovies de Frisco, groupe qui fut tout autant inspiré par les Rolling stones à ses débuts que par les Beatles pour la suite.
L'amour du mersey beat magnifié par les quatre de Liverpool se fit particulièrement sentir après le départ de Loney du groupe, lorsque Cyril Jordan reprit plus ou moins la barre.
Malgré un côté plus suave, les Groovies sortirent quelques titres plus qu'honorables. En est témoin ce Shake some action de 1976.


Par là-dessus, une grève persistante mais pas encore générale nous remit à l'esprit un hommage en forme de parodie teigneuse.
Comme leur nom l'indique, les Newton Neurotics sont issus de Harlow (Essex) une de ces villes (déjà plus si) nouvelles reconstruites sur les ruines laissées par le Blitz des années quarante, à deux pas de l'autoroute M 11 Londres / Cambridge.
Que faire quand on est punk, qu'on s'emmerde dans un bled pourri et que Thatcher vient d'accéder au pouvoir pour mener à bien une autre vague de ravages ?
Steve Drewett, Colin Dredd (mort en 2015) et Simon Lomond n'hésitèrent pas : ayant autant assimilé les Clash que les Ramones, de 1979 à 1988, ils se répandirent en malédictions contre les Tories et leur politique, invitant à leurs concerts des poètes qui déclamaient entre deux titres ou une section de cuivre lorsque le cachet le permettait.
Une de leur spécialité était reprendre une chanson connue pour en actualiser les paroles.
On retrouve les Groovies sur leur live de 1987, Kickstarting a backfire nation, judicieusement transformé en Take strike action (foutez-vous en grève) qui reste finalement pas mal d'actualité.



lundi 16 décembre 2019

Chers disparus



Comme on a pu le constater cette semaine, la faucheuse ne se met jamais en grève.
Tout a été dit, en mieux au sujet d'Anna Karina, on vous passe donc les "égéries de la nouvelle vague" et autres "fraîcheur libertaire" (si, on l'a entendu !) pour un duo de 1967 avec le grand manipulateur de jeunes filles à la voix toujours à la limite du juste

 


Et la veille, disparaissait le feu follet de San Francisco. À 73 ans, Roy Loney, cofondateur des légendaires Flamin Groovies en 1965 avec Tim Lynch, Ron Greco et Cyril Jordan a lâché la rampe. 
Non seulement ces gars ont maintenu vive la flamme d'un rock 'n roll joyeux et primitif au milieu de la grande décadence post hippie mais le Roy avait derrière lui une carrière tout à fait honorable suite à son départ du groupe (qui, à notre avis, ne s'en est pas relevé) en 1972. Particulièrement avec les Phantom Movers. 
Ici, avec les Groovies (Lp Flamingo, 1970) dans Headin' for the Texas border

  

Et en 1978 dans Love is a spider




dimanche 15 décembre 2019

La bataille d'Euskalduna


Il est des grèves dont le souvenir hante encore les mémoires quarante ans après. Ailleurs, on a transformé des mines en musée ou des sidérurgistes en Schtroumpfs de parc d'attraction. À Bilbao il a fallu, pour évacuer ce conflit qui mit la ville à feu et à sang, détruire les chantiers navals Euskalduna pour édifier à leur place l'immonde musée Guggenheim  (14 euros l'entrée, on voit à qui ça s'adresse).
Après avoir laissé le personnel, dûment amnistiés, de la dictature franquiste en place, les socialistes espagnols vont parachever l'inclusion du pays dans l'Union européenne par un ensemble de restructurations industrielles.
Les chantiers navals du Nord (La Corogne, Gijón, Bilbao) doivent donc être sacrifiés. À Bilbao, en 1984, ce sont 19 000 travailleurs qui doivent être foutus à la rue, ravageant la capitale biscaïenne.

La colère des ouvriers sera à la mesure de la brutalité étatique et patronale.
Le pont de Deusto, qui traverse la ville devient un fortin des insurgés et les derniers mois de 1984, verront Bilbao en état de siège.
Le 24 novembre, la police tire à balle réelle, tuant un gréviste, des dizaines de flics quittent l'affrontement sur des brancards.
En décembre, une grève générale est déclarée d'abord en Biscaye, puis dans toute l'Espagne.
Étudiants, lycéens, autonomes, ouvriers voisins se joignent aux combats et Bilbao vit désormais sous un nuage de gaz lacrymogène.
Les troubles vont durer jusqu'en 1988, à tel point qu'on évoquera la première, puis la deuxième, puis la troisième bataille d'Euskalduna.
En juin 1987, deux trains seront carrément enflammés sur les voies ferrés de l'agglomération.
Pour calmer les ardeurs des Basques, dès juin 1985, Garde civile et police nationale sont remplacées par la Hertzantza, police autonome basque avec un résultat sensiblement ressemblant.
L'attitude crapuleuse de potentats politiques locaux signant des accords qu'ils savent pertinemment ne pouvoir honorer ne sera pas pour rien dans la fureur des prolos.
Après des années de combat, l'intersyndicale (ELA-STV, UGT, CCOO) signe un accord signant la mort des chantiers en juin 1988.
Une fois de plus, il ne s'agissait pas de défendre l'outil de production mais sa communauté ouvrière.
Une affiche du syndicat basque d'extrême gauche LAB résumait parfaitement cette situation : on y voyait un ouvrier, les bras croisés devant les chantiers en flamme avec cette interrogation: Zer gehiago egin dezaket ? (qu'est ce que je pouvais faire d'autre ?)

En 1985, Hertzainak chante cette résistance par la chanson Eutsi gogor ! (Résiste ferme) sur leur deuxième 33 tour.
Feu et fumée sur le pont de Deusto,
boulons contre balles en caoutchouc (...)
Le sac qui hier
contenait un sandwich
est aujourd'hui plus lourd (...)
Fous le feu, reconvertis-toi,
Fous-leur le feu, reconvertis-les !
Bleus de chauffe, casques et foulards...


 

L'année suivante, Kortatu appelait à incendier les rues. A la calle...


Et une BD du génial Ivà

mercredi 11 décembre 2019

Lo sentimos, estamos en huelga

Quand prolo énervé, prolo bloquer route.
Service minimum entre deux marches aussi éléphantesques que trop policées.
Ce coup-là, on grève en castillan.
A la huelga est un vieux classique syndicaliste du Chilien Rolando Alarcón. Il est ici tropicalisé par les Équatoriens de Cumbia proleta qui lui donnent une deuxième jeunesse.




Au Mexique, toute usine, commerce ou autre boite en grève se signale par des drapeaux rouges et noirs. Lorsque la façade de l'entreprise en question n'est pas entièrement repeinte par les travailleurs concernés.
Banderita roja y negra de José Molina leur rend un hommage. C'était dans son dernier album De Chiapas con amor (1995)


dimanche 8 décembre 2019

Singing in the strike

Piquet de grève (Australie, 1973)
Il nous est parfois arrivé de chanter dans les manifestations cet étrange slogan "Ils ont raison, bien qu'ils soient trotskystes" manière de se moquer gentiment du groupuscule de devant qui avait, à l'occasion, quelques intéressantes.
Puisqu'on semble s'installer dans la grève, ressortons ici deux "groupes" britanniques à tendance trotskystes .
Les éphémères Redskins de York (1982-1986) groupe de soul et rock monté par Chris Dean, Nick King et Martin Hugues pour propager la bonne parole auprès de la classe ouvrière (deux membres étaient carrément permanents du Socialist Worker Party). Ils eurent le bon goût de se séparer avant d'avoir à faire de déchirants choix de carrière.
Et puisque il semble que "Oui, on peut le faire!", leur It can be done (1986) avec une image VHS garantie pourrie.



Et ce trublion de Billy Bragg, autre ménestrel gauchiste adaptant un chant de grève américain de Florence Reece (écrite lors de la grève des mineurs de Harlan County, 1931) au conflit de 1985 qui fut et reste un haut fait et une terrible défaite des prolos britanniques. Which side are you on ? (T'es de quel bord, ta ?).

jeudi 5 décembre 2019

Belle journée en perspective

Banalité de base : le problème n'est pas le 5 mais bien le 6 et le 7 ainsi que le 9, etc.



Tract récolté sur le très recommandable site Lisez véloce :

Les foies jaunes
Le père Ubu de la C.G.T et le bureaucrate-en-chef de Force Ouvrière se dégonflent déjà. Ces bons syndicalistes ont l’audace d’annoncer, quelques jours avant la grande grève du 5 décembre, qu’ils sont prêts à tout annuler au moindre geste du gouvernement. Beaux joueurs, Martinez et Veyrier ne tentent pas le plus petit bluff. Ils n’essaient même pas de se donner un air d’intransigeance pour peser sur les négociations. On les voit à plat ventre avant les premiers coups. Ce très mauvais poker est incompréhensible pour ceux qui s’imaginent encore qu’ils veulent gagner la partie.
Si les syndicats vont à la bataille, c’est uniquement poussés par la base, elle-même chauffée par le courage des Gilets Jaunes. C’est une concession faite pour tenter de reprendre la main sur le conflit social, qui s’est manifesté pendant une année entière hors de leur orbite — ce qui est en soi une humiliation. Les foies jaunes n’ont qu’une seule peur : que la majorité des travailleurs suive le mauvais exemple d’une contestation incontrôlée qui prenne acte de leur anéantissement.
Une fois que les centrales syndicales estimeront avoir retrouvé leur assise, à grand renfort de grèves et de manifestations symboliques, elles feront tout pour empêcher la victoire du mouvement. Les bureaucrates préfèrent cent fois un échec de la contestation à une réussite qui leur échappe. Or, on a vu avec les Gilets Jaunes qu’il faut un conflit violent et hors de contrôle pour obtenir la moindre concession du gouvernement Macron, voire le seul ralentissement de ses destructions. Il n’y aura de réussite que si elle échappe aux syndicats. Ils espèrent donc échouer.
Voilà pourquoi, depuis le début, les bureaucrates sont effrayés par l’enthousiasme que la grève suscite. Voilà pourquoi ils ont fait le choix de ce fameux 5 décembre, quinze jours avant les vacances de Noël, pour être certains que le mouvement soit coupé dans son élan et se réduise à un tour de manège. Voilà comment s’expliquent leurs déclarations conciliantes avant même le début du conflit. Le sabotage a déjà commencé : ils veulent faire de la lutte un enfant mort-né.
Il faut donner vie à leur cauchemar. Ce n’est pas encore la fièvre révolutionnaire, mais tout le monde sent que la température monte. Si l’autonomie des Gilets Jaunes rencontrait la grève, elle deviendrait sauvage.

lundi 2 décembre 2019

Les Vanneaux sectaires

Tous les chemins mènent au Mandarom


Entre cinglés, escrocs, paranoïaques et apocalyptiques gourous, les Vanneaux ont voyagé dans un monde de croyances messianiques.
De la religion vécue comme une start-up.

Church universal and triumphant      Invocation for judgement and destruction of rock'n roll
René Binamé                                      L'opium du peuple
La Secte Phonetik                              Bienvenue dans la secte
Manson Family                                   Always is all forever
Charles Manson                                 Look at your game, girl
Lake Ayers                                          About the cult
Claude Marti                                      Montsegur
Trust                                                   Les sectes
Claude Celler                                      Sacrée sale gueule
Jim Jones Choir                                   Welcome
SOS Family                                         Je t'en prie Cathy
Les Enfants de Dieu                           Redeviens un bébé
L. Ron Hubbard                                 Thank you for listening
La Polla Records                                La secta
Papa Legba                                        Haitian meditation music
Tim Maia                                            O camino do bem
The Plateros                                       Lord of all
Israel Vibration                                  Same song
Shok Asahara                                    Lord's death county song        

La plaisante liste de ces divers illuminés peut s'entendre à c'te bonne vieille adresse.

Fermons le ban sur le triste sort et les affres d'un sataniste repenti, le Requiem pour un démon d'OTH.

 

Et ce pauvre George Harrison en plein Hare Krishna, en 1970, dans Mais oui venez my sweet lord, vous asseoir à ma table (pour une fois qu'on vous met un tube...)




dimanche 1 décembre 2019

Du Wagner et des Clash

Dieu que la guerre est jolie
Il arrive souvent qu'une réplique particulièrement pertinente ou bien sentie passe de l'écran à la rue. Il arrive aussi, mais plus rarement, qu'elle inspire une chanson.
C'est le cas de la sentence d'anthologie proférée par Robert Duvall en colonel "I like the smell of napalm in the morning" Kilgore du septième de cavalerie dans Apocalypse now de Francis Ford Coppola (1979).
Si à l'époque de sa sortie le public et la presse francophone retinrent surtout l'attaque au son de la Chevauchée des Walkiries ( "chaque fois que j'écoute Wagner j'ai envie de rayer un village de la carte" aurait pu commenter un autre réalisateur) la sortie de cet amoureux du surf qui programme son attaque sur l'horaire des marées ponctuée par un Charlie don't surf !* définitif devint une expression populaire chez les anglo-saxons.
Une séquence (raccourcie) du glorieux cabotin. 

 

Et sa reprise par The Clash dans leur disque mal aimé Sandinista ! (1980). Une chanson qui tient finalement bien la distance ne serait-que par ses paroles prémonitoires et le chant de Mick Jones.



jeudi 28 novembre 2019

Érotisme primitif : Montaigne

 
Titien, 1560


L'usage et l'interest du mariage touche nostre race, bien loing pardelà nous. Pourtant me plaist cette façon, qu'on le conduise plustost par main tierce, que par les propres : et par le sens d'autruy, que par le sien : Tout cecy, combien à l'opposite des conventions amoureuses ? Aussi est-ce une espèce d'inceste, d'aller employer à ce parentage vénérable et sacré, les efforts et les extravagances de la licence amoureuse, comme il me semble avoir dict ailleurs : Il faut (dit Aristote) toucher sa femme prudemment et sévèrement, de peur qu'en la chatouillant trop lascivement, le plaisir ne la face sortir hors des gons de raison. Ce qu'il dit pour la conscience, les médecins le disent pour la santé. Qu'un plaisir excessivement chaud, voluptueux, et assidu, altère la semence, et empesche la conception. Disent d'autre part, qu'à une congression languissante, comme celle là est de sa nature : pour la remplir d'une juste et fertile chaleur, il s'y faut présenter rarement, et à notables intervalles.

Montaigne, Essais III, 5 
(Merci à Orlando de Rudder pour le tuyau)

Un sonnet de François de Malherbe pour enfoncer le clou 


lundi 25 novembre 2019

Décembre chez les sectes

Evangelistis vulgaris

Ils sont arrivés. Ils avaient la Bible et nous, nous avions la terre. Ils nous ont dit "fermez les yeux et priez". Et quand nous avons ouvert les yeux, ils avaient la terre et nous, nous avions la Bible. 
 Jomo Kenyatta.


Ça commence mal car la citation ci-dessus ne peut s'appliquer qu'à un type de secte très particulière, celles qui ont réussi à se hisser au rang de religion officielle. Mais alors, que reste-t-il pour les croyants marginaux, illuminés, charismatiques, adorateurs d'idoles plus ou moins exotiques, millénaristes inconsolables, croisés déboussolés, pèlerins écolos ?
C'est ce que les Vanneaux de passage tâcheront de découvrir, le lundi 2 décembre à 17h30 sur les ondes de Canal Sud.
Demandez l'programme... du médiéval, du pervers, du crédule, du bizarre, de l'escroc. Tout ce qu'on aime !

En 1984, La Polla Record, keupons de Salvatierra, adressaient un avertissement sans frais aux gourous venus parfois de leur lointain Himalaya pour résoudre tous nos problèmes : un bon coup de pied dans leurs parties sensibles en guise de salaire.


jeudi 21 novembre 2019

Les bougnats ou la foi des charbonniers



Quand l'Aubrac montait à Paname, ou comment les charbonniers ouvrirent des bistrots et comment se posait quelques questions occitanes en ces temps. Une émission Le monde insolite du 14 juillet 1974 où on retrouve avec joie Jacques Yonnet, Alem Surre-Garcia et Claude Marti qui faisait ses débuts en chanson.




En espagnol, la chanson pour l'Auvergnat, adaptée par Paco Ibañez, est devenue  un hommage à l'Aragonais : Canción para un maño.



lundi 18 novembre 2019

Et Thatcher tomba ( jusqu'où il ne faut pas aller trop loin)


Personne n'est indétrônable, pas même une Dame de Fer. Et personne ne devrait ignorer l'histoire et manifester à ce point son mépris au point de ressusciter un impôt qui, six siècles auparavant avait ravagé le royaume d'Angleterre et sa capitale.
En 1989, il semblait que Margareth Thatcher ait maté les quartiers remuants, les mineurs, les dockers, les chômeurs, les cheminots, les écoles publiques, les républicains irlandais et, au passage, quelques traîneurs de sabre argentins. Continuant sa marche royale d'un libéralisme décomplexé, voilà-t-il pas qu'elle réinvente un impôt maudit, la Poll tax (capitation) consistant à frapper chaque sujet de sa gracieuse majesté sans distinction de revenu. En gros, un gentlemen châtelain aura à régler la même somme que son jardinier. Mieux, si le propriétaire du manoir Tudor de 20 chambres paie une part, le gardien du manoir dans son trois pièces avec son épouse et quatre gosses, paie six parts.
Ressusciter ? Et oui, en 1380, en pleine guerre de Cent ans, le parlement de Richard II (qui a 15 ans) leva une poll tax dans tout le royaume qui augmente la dîme de 65%.
Serfs, artisans, métayers, soldats entre deux chevauchées, empoignent des armes et se révoltent dans le Sud et les Midlands. Chauffés à blanc par les sermons égalitaristes du prêtre John Ball, menés par le paysan et ex-soldat Wat Tyler, les rebelles incendient châteaux, abbayes, demeures de riches bourgeois, de baillis, de nobles, de shériffs en exigeant la suppression de la taxe et l'affranchissement des serfs. En 1381 plus de 60 000 révoltés envahissent Londres. Rejoints par la plèbe urbaine, ils pillent les palais, ouvrent les prisons et décapitent quelques parasites.
Décidé à imposer ses réformes au Roi, Wat Tyler interdit le pillage et, le 14 juin, rencontre un souverain quelque peu anxieux, assiégé qu'il est dans sa tour de Londres.
Le commandant insurgé exige l'abolition du servage, de la poll tax et du privilège de chasse et de pêche pour la noblesse. Sachant que le grand capitaine Robert Knolles est en train de lever des troupes en catastrophe, le roi transige et promet une réponse pour le lendemain.
Lors de cette nouvelle rencontre, Wat Tyler, d'abord insulté par la suite du roi est assassiné par le Lord Maire, William Wallworth.
Il ne reste plus au roi qu'à convaincre les insurgés que Wat a tenté de l'agresser, qu'il est du côté de son peuple et qu'il donnera satisfera naturellement leurs revendications. Convaincus par leur royal protecteur, les vilains se retirent de Londres pour être aussitôt massacrés par l'armée de Knolles. Deux mois de tueries s'ensuivent, John Ball est à la fois pendu et écartelé et on oublie les abolitions promises pour quelques siècles.
Un parmi les nombreux* témoignages musicaux de cette mémoire vive parmi tant d'autres : le groupe folk-rock Fairport Convention et son Wat Tyler (1985)



Mais, c'est bien connu, les Tories n'aiment pas la musique, enfin pas celle-là.
Retour en 1989 et à cet impôt inique. Manière de tester l'affaire, les Écossais sont mis à contribution pour un an. La levée de boucliers de cette région où les habitants foutent purement et simplement les baillis (agents assermentés) à la porte aurait due mettre la puce à l'oreille d'un gouvernement qui étend pourtant la taxe à l'ensemble du Royaume-Uni en mars 1990.
Les écossais de Exploited avaient pourtant averti : Don't pay the Poll tax


Des manifestations spontanées, hors de tout contrôle syndical, éclatent aussi sec devant toutes les mairies du pays, du Nord au Sud. Le 8 mars, les troubles touchent Londres, particulièrement les quartiers de Southwark, Hillington, Islington, Lambeth (Brixton), et Hackney où les flics doivent battre en retraite et les magasins saccagés par les gueux.
Fort de sa morgue et de sa majorité parlementaire, le gouvernement entend faire passer la loi le 31 mars quel qu'en soit le prix.

Et ce qui devait arriver finit par arriver : le 30 mars environ 200 000 manifestants occupent les beaux quartiers du centre de Londres, les flics sont pourchassés devant le 10 Downing street et la foule occupe Trafalgar Square.
Entre charges de cavalerie et contre-charges de la foule boutiques de luxe, pubs de yuppies, concessionnaires de voitures de sport sont incendiés. Officiellement, on recense 400 blessés dont... 300 policiers !
Tout ça sans la moindre aide d'internet qui n'en est qu'à ses balbutiements.
Le lendemain, le centre-ville londonien offre un paysage comparable au Paris de début décembre 2018.
 Les bâtiments de la capitale sont couverts d'affiches dénonçant l'impôt et promettant une digne correction à tout agent recenseur.
Thatcher n'entend pas céder et, entre deux appels à la délation, la presse se fait un plaisir de publier les photos des émeutiers qui y allaient souvent à visage découvert.
Le 20 octobre Brixton est ravagé par une nouvelle manifestation, la foule tente de briser les portes de la prison où se trouvent de nombreux émeutiers de mars.
Et le 22 octobre, inénarrable Thatcher, dont la majorité tory commence à sérieusement s'inquiéter de son futur électoral, se voit obligée de démissionner.
Le 21 mars 1991, le gouvernement de John Major enterre définitivement la poll tax.
Anglais, encore un effort pour être républicains !
Français, encore un effort pour apprendre de l'histoire et virer un gouvernement au service des riches !
Au rayon, célébrons la victoire, ce vieux Mod de Steve Marriott (ex Small Faces) nous livrait alors un Poll tax blues tout à fait de circonstance


Et comme à Brixton, tout terminait par du ragga, Apache y allait aussi de sa danse :

* Wat Tyler est, par exemple, le nom d'un groupe punk anarchisant drôlatique et surréaliste actif de 1986 à 2002.


samedi 16 novembre 2019

jeudi 14 novembre 2019

Laid Thénardier


Encore un groupe oublié ou presque.
Laid Thénardier sont nés dans le grand merdier des années 80. Merdier dans lequel les groupes poussent comme des champignons et où le terme post-punk n'existe pas encore mais où on mélange avec plus ou moins de bonheur reggae, punk, new wave, cold et prémices du rap.
En 1984, à Juvisy-sur-Orge (91260), Tony Aigri, batteur des Brigades (de Paris, pas de Bordeaux) et seul musicien de la bande recrute quelques potes pour monter un combo d'agit' prop. : Doc Justice (basse), Buz Barbar (chant), Mox (guitare) et Sinus (claviers) qui se produit sur scène et édite un fanzine. Ils se revendiquent 50% rebeus, 100% relous.

Pris par le succès des Brigades, ligne musicale Clash du début avec paroles en anglais ligne Potere Operaio, Tony quitte le groupe dans les six mois pour être remplacé par Robert Obscène (boite à rythme).
Surfant sur la révolte étudiante de 1986 et les manifestations antifascistes, en six ans d'existence, la bande ne sortira que trois Maxi EP  (chez Samedi soir, dimanche matin et VISA à la base label de cassettes).
Comme le narre plus tard Doc Justice dans cet entretien : On s’auto-produisait, on était étudiants. On n’avait pas beaucoup de thunes, donc on ne pouvait faire que six ou sept morceaux à chaque fois. C’est aussi simple que ça. Et franchement, nous n’étions pas des stakhanovistes de la création musicale…
Le titre phare du premier EP : Sourire kabyle


 

Se réclamant tout autant de Clash que des Stranglers ou Killing Joke, des groupes français Orchestre Rouge ou Marquis de Sade, pour le côté froid et torturé, Laid Thénardier évolue vers un reggae glacial mêlé de hip hop.
Ce qui se constate dès le deuxième EP cinq titres Voyez comme on s'haine
ici en intégrale :



 Décimé par le service militaire (il y en a donc qui y allaient encore ?), le groupe se sépare en 1990.

lundi 11 novembre 2019

Orwell et la laideur


Face à une telle laideur, deux questions vous trottent dans la tête : Un, est-elle inéluctable ? Deux, est-ce que ça a vraiment de l'importance ?
Je ne crois pas que l'industrialisme suppose nécessairement et obligatoirement la laideur. Une fabrique, ou même une usine à gaz n'est pas, par nature, vouée à être laide - pas plus, en tous cas qu'un palais, un chenil ou une cathédrale. Tout dépend de la tradition architecturale de l'époque. (...)
Mais cela dit, une fois qu'on a constaté la laideur apportée par l'industrialisme et admis qu'il y a là de quoi être choqué quand on la découvre pour la première fois, je ne crois pas que ce soit un point d'une importance capitale. Je dirais même que l'industrialisme étant ce qu'il est, il n'est pas souhaitable qu'il apprenne à se parer de déguisements trompeurs. Comme l'a justement noté Aldous Huxley, une "noire fabrique de Satan" doit ressembler à une noire fabrique de Satan et non à un temple érigé par de mystérieux et formidables dieux.
George Orwell Le quai de Wigan (1937)

Un  classique (voir l'explication de texte) en duo : Bashung / The Pogues


vendredi 8 novembre 2019

Gilles Bertin 1961-2019


Il aura gagné trois ans de vie publique. Et vingt huit ans de fuite en 1988, suite au très propre braquage de la Brink's de Toulouse.
La longue maladie dont parlent les journaux sans la nommer (comme si le sida était encore une infection  honteuse) aura fini par avoir la peau de Gilles Bertin. Il est mort hier à Barcelone.
Déclaré officiellement "disparu", puis administrativement décédé, privé de papiers d'identité, on n'a pu retenir un sourire en songeant à l’embrouillamini administratif qui va résulter de la disparition de ce sympathique emmerdeur.
Notre ex bassiste et chanteur de Camera Silens avait raconté sa propre version dans un livre plein d'humour et totalement dénué de frime Trente ans de cavale, Ma vie de punk (qui aurait dû s'appeler Pour la gloire mais, que voulez-vous, les éditeurs ont de ces idées de titres à la con...)


À tous les pisse-copies l'ayant qualifié de "repenti", nous nous bornerons à rappeler qu'en termes judiciaire un repenti est une balance et qu'il reste encore deux individus mêlés au bracos de la Brink's qui n'ont jamais été identifiés. Quoi qu'il en soit, tout ça est aujourd'hui prescrit.
Jurant qu'il n'y aurait au grand JAMAIS de reformation de Camera Silens, Bertin avait été approché par l'industrie cinématographique et ça le faisait bien rire.
On a donc une pensée affectueuse pour cet homme attachant et on s'envoie une chanson de circonstance et de rhythm 'n blues, sa passion musicale de ces derniers temps.

 

Concernant son livre, un intéressant entretien de Gilles Bertin avec Tatane et Caroline dans l'émission Dans le désordre insolite. C'était le 19 mars dernier.

mardi 5 novembre 2019

Les Vanneaux ont chanté les bas-fonds

Mulberry Street 1888
Il fallait s'y attendre, on a beaucoup insisté sur les déviants et autres délinquants issus des quartiers pourris. Ce qui nous donne, pour cette fois, cettee honorable liste :
Monique Morelli                  Merci bien
Villi Tokarev                        New Yorkstie taksist'
The Fugs                              Slum goddess
Casey                                    Sac de sucre
Jimmy Rogers                       Blue yodel N°9
Chicho Sanchez                    Los tres amigos
Cto Cedron                           Los ladrones
Karen Dalton                        Katy cruel
Annie Cordy                          Le bal des voyous
Yannis Ivannides                   Toutoi oi meastoi
Ami Flammer                         Avremi
Vlad. Vissottski                     Pesnya pro stakacha
Les 4 Barbus                         À Biribi
J. Greco                                 Jenny des pirates
Y. Montand                            Rue St Vincent
The Wailers                           Rude Boy
Ruben Blades                        Sicarios
The Masonics                        Where's Johnny Moped now ?


Tout étant balancé sur le site de la radio, ça peut se télécharger ou simplement s'écouter sur un bête clic.

Un classique de Desmond Dekker : Shanty town (bidonville de Kingston) utilisé dans le film Harder they come (1972) qui fit connaître le reggae au monde.

 

Ainsi qu'un tumbao' argentin par Los Fabulosos Cadillacs, qui narre un sombre règlement de compte entre DES flics et UN truand : Manuel Santillán, El León, de 1992.



dimanche 3 novembre 2019

Les mineurs, les juges et le catcheur


Quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que Jacques Ducrez, célèbre catcheur, premier d'une lignée dont l'héritier eut de lamentables fréquentations* et à jamais connu sous le nom de scène de Bourreau de Béthune avait eu quelques ancêtres inattendus.

Retour à la grande grève des mineurs du Pas-de-Calais en 1893 :

À Lens, des billets sont glissés sous la porte des "faux-frères" (non grévistes).
Tantôt laconiques (...), tantôt menaçants : "J'espère que vous allez faire cause commune avec nous ou vous allez passer pour des traîtres et attirer la haine des camarades. La police ne sera pas toujours là pour vous protéger. Songez."
Quand les faux-frères n'obtempèrent pas, vitres et portes volent en éclat sous les cartouches de dynamite.
Cette guérilla fait bientôt l'objet d'une intense répression : des mineurs sont arrêtés par dizaines et jugés au tribunal de Béthune. Rochefort rédige un article dans L'intransigeant contre les juges qu'il appelle "les bourreaux de Béthune". L'expression passera dans le langage courant. L'article de Rochefort est reproduit en larges affiches rouges vif placardées dans les corons de Lens.

Rebelle, rebelle ! Révoltes et mythes du mineur. Bruno Mattei. 
Champ Vallon 1987

Une ode à la lutte libre par notre Ange Blanc, la grande Fréhel  (1938)

 

* Texte modifié suite à l'intervention d'un érudit du catch et de la littérature dans les commentaires. Allez-y voir, vous constaterez un beau Pan sur le bec ! comme on nomme ça dans un journal du mercredi.

jeudi 31 octobre 2019

Les bas-fonds de novembre

Louis Jouvet dans Les bas-fonds de Renoir d'après Gorki (1936)
 
Il fut un temps, pas si lointain, où les villes n'étaient pas encore colonisées par air bnb, ni truffées de caméras de surveillance, ni réservées à une classe sociale triomphante et néanmoins inquiète, ni traversées de magasins en franchise, où la marine marchande ne se réduisait pas à quelques ilotes trimballant des containers guidés par satellite, où les classes dangereuses hantaient les ruelles.
Ce n'était certes pas plus équitable, juste plus vivant. 
Et chacun de ces ports, de ces capitales, de ces centres industriels possédait ces quartiers louches où régnaient des déclassés, où le prolo venait chercher l'oubli ou la conspiration et le bourgeois s'encanailler. 
Fascinants ou craints, ces bas-fonds furent abondamment chantés.

Les Vanneaux de novembre feront donc une balade dans ces bouges et rues mal famés du passé et d'aujourd'hui. Le lundi 4 novembre à 17h30 sur le 92.2 de Radio Canal Sud

En apéritif, Mac Orlan, chantre du fantastique social et un quartier réputé, l'East End et ses docks. Cette version de la Fille de Londres est chantée par Catherine Sauvage.


 

lundi 28 octobre 2019

Actualités ibéro-américaine

Lorsque le blindé ne fait plus peur
Encore une semaine riche d'émotions populaires. Si de Hong-Kong à Alger, de Quito à Beyrouth, de Bagdad à Barcelone, un fantôme court le monde, c'est bien celui de l'émeute qui ne demande qu'à devenir révolution.
Si le mois dernier on a eu une pensée émue pour les camarades de La Victoria à Santiago du Chili, on était d'imaginer que le pays entier allait s'enflammer suite à une augmentation de trop. Manifestations monstres, état d'urgence, blindés dans les rues, plus de 80 cas de torture documentés dans les commissariats, il y a dans l'air comme une revanche de l'histoire. Et comme le disent les insurgés "Le problème n'est pas 30 centimes d'augmentation mais 30 ans de pouvoir de merde" (et encore, il en manque).
En hommage aux gens du Sud, ce déjà vieux rap du Chilien Pizko MC au titre tout à fait évocateur. Molotov en mano.


Dans un autre style de mémoire collective, cette reprise à Victor Jara vendredi dernier devant la Bibliothèque Nationale. El derecho a vivir... joué à 200 guitares au moins.


Et tant qu'on y est, évoquons ce non événement qu'est le déménagement de la charogne de Los Caidos cette semaine à Madrid.


Españoles….
Franco ha vuelto ! Semblent dire des poignées de réactionnaires rendant hommage à celui qui passa sa vie à trahir tout ce qui pouvait lui faire de l'ombre. À ces tristes nostalgiques du Vive la mort et en souvenir de l'ultime promenade, nous dédions cette aimable ballade des madrilènes Los Toreros muertos : Soy Falangista (Y me voy de excursión).





jeudi 24 octobre 2019

The Gun Club : Fire of love


Pour la presse comme pour le public, ce sera du tout cuit tant il y a là un de ces objets que les deux affectionnent particulièrement : l'énergumène qu'on va traiter en bête de foire.
Barney Hoskins (...) voit en Jeffrey Lee Pierce "avec sa voix désespérée et habitée un Jim Morrison gothique chantant sur les fantômes et les poissons, les sorcières et les poupées vaudou".




Tout au long des trois premiers albums, du blues au jazz en passant par la country, Pierce et son groupe vont donc revisiter le folklore nord-américain de la première moitié du XXe siècle, avec tout ce que le prolétariat y a produit comme expression d'un rude quotidien. émigration vers le nord industriel, Grande dépression, difficultés des conditions ouvrières et paysannes avec ce qu'elles comptent de vicissitudes, ségrégation en plus pour la communauté noire.



L'originalité du Gun Club est là : Pierce a capté le fond du blues en s'émancipant de sa forme. Et si Pierce a capté le fond du blues, c'est parce qu'il est une personnalité blues. Là se situe la différence avec les productions des musiciens blancs comme le blues-boom des années 1960 a pu en produire. au fond, les disques des Cream et même des Stones n'étaient-ils pas plutôt un hommage au blues que véritablement du blues ?


"Ma mère est mexicaine. Une métisse, mi-indienne, mi-française. Du coup, j'étais catholique et dans le sud-ouest, être catholique, c'est pire que d'être communiste. Je sais ce que c'est que d'être traité comme un bougnoule. Ma mère, quand j'étais môme, elle ne parlait pas un mot d'anglais et moi j'étais un foutu bâtard : trop blond pour les mexicains, trop mexicain pour les autres. Déjà, quand j'étais môme, je portais des médailles et des gris-gris pour faire chier le monde. Les cathos mexicains sont complètement givrés : ils pratiquent un mélange de christianisme et de superstitions indiennes. C'était bonnard, je n'avais qu'à voler des amulettes à ma mère."  Jeffrey Lee Pierce.

Les deux morceaux sont tirés du premier album du Gun Club, Fire of Love (1981)
Preachin' the blues est une reprise de Robert Johnson.
Texte et citations sont extraits du livre Jeffrey Lee Pierce de Marc Sastre (LFDB 2013)

lundi 21 octobre 2019

Raoul par la face Nord




Revenons sur un personnage attachant avec par avance nos excuses à nos camarades ch'tis qui connaissent déjà tout ça par cœur.
Car comme Francis Albert Victor Delbarre dit Raoul possède sa représentation en géant à Lille, le truculent personnage tout en masse physique et en voix rocailleuse , qu'il qualifiait lui-même de "laryngite de comptoir" ne provenait point de ce bourg situé entre Boeschepe et Steenvoorde mais bien du quartier populaire de St Sauveur (d'où est également issu un autre musicien Pierre Degeyter qui écrivit la musique de l'Inter).
Photographe de père en fils et chanteur un peu par hasard, le balèze prit le patronyme de Godewarsvelde pour faire comme tous les autres membres du groupe Les Capenoules, bande de francs déconneurs se consacrant aux chansons lestes en picard, dont les rares enregistrements étaient bannis des prudes ondes de ce début des années 60.
Avec Dimey et Beaugrand

À la notable exception de l'acteur Maurice Biraud qui passait leurs chansons sur Europe 1, popularisant ainsi le grand à la casquette.

Mis en avant, c'est un Raoul mort de trac qui enregistre, en 1967, une chanson de marin-pêcheur écrite par son pote Jean-Claude Darnal qui se vendra à 150 000 exemplaire devenant aussi sec un classique des kermesses et autres ducasses : Quand la mer monte.

Mais notre chanson du lundi matin sera cette semaine une immortelle : Tu n'es qu'un employé. suivie du Grand Meetingue, de l'Accordéoneu et du P'tit Quinquin sur son premier EP 4 titres de 1966 (Déesse DDP 103).



Raoul s'embarqua donc pour dix ans de carrière, refusant d'en faire son gagne-pain : Mi, j’sus n'in canteux, j’sus photographe se plaisait-il à rappeler.
Il fera tout de même les premières parties d'Enrico Macias, de Mouloudji, de Raymond Devos, d'Annie Cordie, de Joe Dassin, de Nicoletta, des Compagnons de la chanson et même de Claude François à qui, suite à un concert triomphal à Calais il glissera sur un ton narquois On ne saura jamais si le public est venu pour toi ou pour moi !
Devenu pote avec Léo Ferré, Brel, Brassens, Bernard Dimey, Mouloudji, Jean Yanne, Pierre Perret qui sortira ses disques sur son label, il semble qu'il n'aimait rien tant que de prendre la mer face à sa baraque du cap Gris-Nez.
Il se pend le 13 avril 1977. On vous a causé de son enterrement à l'époque.

Un clin d’œil final à une amie qui braillait cette chanson lorsqu'elle était gamine : La femme aux bijoux, valse de Bénech et Dumont écrite en 1912 et gravée par lui en 1967


jeudi 17 octobre 2019

Les Hot Pants, en route vers la gloire



Pour les privilégiés qui les ont vu sur scène lors de leur brève existence, les Hot Pants étaient indubitablement parmi ce qui se faisait de mieux dans ce pays en terme d'énergie et de musique revigorante.
Ces chauds caleçons (d'après un titre de Jaaaames Brown) naquirent des restes des Joint de culasse, plutôt spécialisés dans un pub rock joyeux.
1984, année Orwell, après un voyage dans son Espagne d'origine familiale, le jeune Manu Chao (il a alors 23 ans) persuade ses camarades Pascal Borne (guitare) Jean-Marc Despeignes (basse) et Santi Casariego (Batterie) répétant dans un squat de Sèvres, de rajouter à leur formule du garage sixties sautillant et quelques espagnolades.
Dont la plus fameuse, une rumba barcelonaise tirée d'un film phare du cinéma quinqui. Ici jouée pour FR3 Besançon en 1986.



Outre les connections avec les médias du futur petit chéri des altermondialistes, les quatre forçats de la route vont réaliser l'exploit de jouer plus de 300 concerts en deux ans, score uniquement contestable par Little Bob en son temps.
Ils ne laisseront derrière eux qu'un single, un album , Loco Mosquito, et trois titres sur une compilation, Hot chicas, en compagnie des Chihuahua (où officiait également Pascal Borne) et des Carayos, projet mené en parallèle par le glouton Manu.
Personne ne pouvant humainement survivre à un tel rythme, le groupe fort d'une réputation en béton armé et de deux personnalités trop considérables pour rester longtemps associées, se dissout en 1987.
Manu et Santiago rejoignent des musiciens de Dirty District et des Casse-Pieds pour monter la Mano Negra qui tout en recyclant quelques titres des Hot Pants (dont Mala vida), et emportent le jackpot. Ce qui est une autre histoire...
Un autre extrait de la session bisontine : Junky beat

 

Guitariste émérite des Parachutes, des Kingsnakes, des Chihuahua, des Hot Pants, de Radio Bemba (et on doit en oublier) Pascal Borne s'est éteint en 2014. 

lundi 14 octobre 2019

Loïc Lantoine Le blues du travailleur


Il est de ces lundis matins où on a plus de mal à retrouver le chagrin qu'à l'accoutumée.
Peut-être que la ville de samedi, noyée de gaz lacrymogène jusque dans le métro, avait-elle un vague air de naufrage rouennais qui nous reste coincée dans la gorge. Peut-être, alors qu'un média local nous annonçait que 75% des flics "habituels" s'étaient fait porter pâle, les vingt-cinq personnes arrêtées, pour certaines copieusement tabassées, ne sont pas pour rien dans notre humeur cafardeuse.
Il est en des moments où une chanson déprimée nous sied à merveille.
Y'a plus qu'à se remettre Mauvais ouvrier de l'ami Loïc Lantoine.
Qu'on envoie aux travailleurs vidés et aux amours enfuies.


vendredi 11 octobre 2019

Rubén Blades et la chanson interminable


S'il est un genre musical aujourd'hui considéré mineur et ghettoïsé dans des clubs de danse de quartier ou des croisières qui s'amusent, c'est bien la salsa.
Et pourtant, cette extension du son montuno caribéen, principalement créée par des musiciens portoricains ou cubains exilés à New York, fit les beaux jours du spanish Harlem des années 70 ou 80 (et les nôtres) permettant aux latinos d'exprimer leur mal de vivre ou leurs revendications avant de sombrer dans l'injonction "Hey moreno, montre-nous ta joie".
Rubén en 1976
Et s'il est un chanteur qui donna au genre ses lettres de noblesse et son message social, c'est bien le panaméen Rubén Blades.
Exilé au États-Unis à vingt ans, vivotant comme facteur, d'abord auteur de chansons doté d'un indéniable talent de conteur, il fut ensuite embauché comme chanteur dans l'orchestre de l'immense tromboniste Willie Colon en remplacement du portoricain Héctor Lavoe.
Rubén Blades va révolutionner la scène avec une chanson qui fut d'abord refusée par la maison de disque (7.20 minutes ! Trop long pour un 45 tour) avant de devenir l'hymne des quartiers hispanos puis celui des voyous d'Amérique latine : Pedro Navaja (Pedro la Lame).
Car le génie de cette chanson est de si bien manier images et plans de caméras explicites qu'elle en devient un court-métrage à elle seule et qu'aucune vidéo, surtout pas celle ci-dessous ne peut lui rendre justice. 
L'histoire débute par une longue description d'une gouape de quartier, petit criminel inspiré sans le cacher du Mackie Messer de l'Opéra de quatre sous.
Après que le narrateur nous ai décrit son costume de pachuco, ses armes et sa dent en or, la caméra s'éloigne pour un plan large des rues.
On est en été, en plein après-midi, et à part cette voiture banalisée dont personne n'ignore que c'est la police, le quartier est désert.
Sauf cette prostituée qui fait des allers-retours au bar du coin en attendant désespérément d'harponner un micheton.
Et c'est là que notre Pedro Navaja a la plus mauvaise idée de sa courte vie : profiter de cette solitude pour trucider et dépouiller cette pauvre femme qui ne manque pourtant pas de ressources.
Les deux agonisent bientôt sur le trottoir et seul un ivrogne ramasse le couteau, le 38 spécial, les portefeuilles avant d'aller fignoler sa cuite un peu plus loin... comme dans un roman de Kafka !  
La chanson se clôt sur trois minutes d'un refrain moqueur entonné par le poivrot "La vie est pleine de surprises" agrémenté de proverbes d'un Rubén Blades faussement moraliste ("Qui a vécu par l'épée, périt par l'épée", "Mauvais pêcheur qui a ramené un requin au lieu d'une sardine","Huit million de faits-divers à New York", etc.)


Sortie en 1978 sur le disque Siembra, cette salsa devient très vite LA salsa par excellence. À tel point que le label Fania ayant malencontreusement cédé les droits à des producteurs de nanars mexicains (voir ci-dessus) Rubén décide d'écrire une improbable suite à cette histoire.
Intitulée fort à propos Sorpresas (1985) on y retrouve le saoulard qui se fait braquer par un autre voyou (sobrement nommé "le Voleur") qui, stupéfait par son butin, se rend immédiatement sur les lieus du crime. Là-bas, c'est son tour de connaître une grande stupéfaction et un funeste sort.
Car Pedro Navaja, qui n'était évidemment que blessé, porte toujours deux poignards sur lui lorsqu'il sort bosser, au cas où...
Ayant soigneusement échangé les papiers d'identité, notre tueur reprend son existence non sans avoir nettoyé sa blessure à la gnôle et extrait la balle avec ses dents.
Un ultime flash radio nous apprend que le Voleur n'était autre que Alberto Aguacate alias “El Sala’o” et la prostituée Josefina Wilson, en réalité un travesti sur lequel notre psychopathe de classe avait un contrat pour une raison indéterminée.


Cette suite resta longtemps la bande-son des transports en commun ou des ruelles de marché du sous-continent américain.
Outre un troisième opus, bien moins bon, centré sur le personnage de l'ivrogne, cette chanson aura inspiré deux films mexicains (médiocres), deux comédies musicales (La Verdadera Historia de Pedro Navaja et Pedro Navaja) deux séries télévisées (américaine et vénézuélienne) ainsi que des réponses ou allusions dans d'autres chansons de José fajardo, Yuri Buenaventura, Héctor Lavoe, los Van Van, Malanga, les Bad Street Boys, entre autres...
Jusqu'à notre tigre de Sainté, Nanard Lavilliers himself, en pleine crise salsera, qui y alla de son hommage sur son 33 tour O Gringo sorti en 1980.