dimanche 19 mai 2019

Damia joue Damia chez Duvivier


Valery Inkijinoff et Harry Baur écoutant Damia
Pour meubler ses films, Julien Duvivier écrivait des chansons. Qu'il faisait chanter par Fréhel ou Gabin.
Quelle ne fut pas notre surprise et notre joie de retrouver également Damia dans une adaptation de Simenon, La tête d'un homme (1933).

 D'abord elle pousse sa Complainte (paroles Duvivier, musique Jacques Dallin) au générique où elle est créditée du rôle de "la femme lasse".
Puis sur le trottoir, devant un bistrot bondé, Missia entonne Un assassin va se faire raccourcir la cabèche manière de planter l'intrigue.
Des fois que le titre et la guillotine du générique ne vous aient point convaincu qu'on va s'enfoncer dans le crime et son châtiment.
Mais c'est lorsque l'excellent Harry Baur (Maigret) et le génial Valery Inkijinoff* (Radek) se confrontent dans une piaule miteuse et qu'ils sont interrompus par le chant de la voisine d'une palier que la chanson, cette fois vécue à travers les regards de ses deux auditeurs, occupe réellement tout l'espace.

Vingt minutes plus tard, Inkijinoff, en pleine crise de démence meurtrière, fait irruption chez la voisine sur la voix de laquelle il fantasme depuis longtemps et tombe sur Damia en personne, en proie à un grandiose cafard au milieu d'une partie fine.
Vu l'état de la post-production en 1933, on ne peut s'empêcher de se demander "Mais où étaient donc placés les musiciens ?"
Parce que la bougresse était bien foutue d'envoyer ça en direct dans n'importe quelle position.
Jugez-en donc..


* Acteur né à Irkoutsk (Sibérie) en 1895 ayant joué les filles de l'air vers la France en 1931 où il a fait carrière jusqu'en 1972. 

jeudi 16 mai 2019

Corazon Rebelde, un peu trop tôt


Suite au sanglant coup d'État de Pinochet et de ses sbires, le 11 septembre 1973, la France fut un des pays européens à accueillir nombre d'exilés chiliens. La realpolitik étant ce qu'elle est et la police nationale n'ayant jamais démenti sa réputation, elle se fit un devoir de signaler aux différentes polices Sud américaines les révolutionnaires regagnant leur continent d'origine pour reprendre la lutte armée ou pas. Tout ceci est parfaitement documenté dans les archives du Plan Condor.
Mais là n'est pas le propos.
On s'intéresse aujourd'hui au sort d'un groupe de jeunes Chiliens dont les parents s'étaient réfugiés à Paris et qui tentèrent de laisser leur empreinte dans l'histoire musicale : les frères Vásquez.

En 1982, Oscar (alias Cacho, beau gosse d'un mètre 90), Rodrigo et Luis, fans absolus des Clash, empoignent guitares et basse, s'adjoignent les services de Cyril Noacco (franco-tunisien de son état) à la batterie.
Au lieu de se vêtir de ponchos andins comme leurs aînés et de reprendre Victor Jara, Inti Illamani ou  Violeta Parra, ils décident de changer la face du rock 'n roll en y mêlant du punk, de la rumba, des rythmes caribéens et de chanter en castillan, tant l'exil que le Chili ou l'Espagne "d'avant".
Et de se baptiser, en toute humilité Corazon Rebelde. Comme des Soul Rebels, quoi.

En 1985, ils sortent un premier 45 tour Radio Bemba / Tios de acero qui sonnait comme une baffe. Même les amateurs de salsa ou de rock espagnol n'avaient connu fusion aussi joyeusement sautillante assumée avec un tel sans-gêne.


Aussi sec sort un album sur un label indépendant, Mino Music, produit par un vieux routard de la fusion latina, l’Uruguayen Carlos Pájaro Canzani.
Ce disque contenait au moins quatre tubes potentiels et les quatre sudacas récoltèrent une presse élogieuse tant officielle que fanzineuse. Alors que Paname était en passe de devenir l'autre ville du raï algérien ou de la rumba congolaise, on s'est demandé si un autre genre n'est pas en train de naître.
Oyez leur hommage au port de Valparaiso


Et que croyez-vous qu'il advint ? Nada ! Nib ! Le bide intégral !
Nos Don Quichotte d'occase ont bien enregistré un autre 45 tour funky plutôt anecdotique, De quoi j'me mêle / Soledad en 1987 mais, en fin de compte, ils se sont retrouvés à devoir accompagner la chanteuse de variété belge Lio pour assurer les fins de mois avant de disparaître corps et bien.
La Mano Negra et quelques autres se sont chargés de creuser le (micro) sillon et de passer au tiroir-caisse. Trop tôt, les mecs !
Le beau Cacho avait aussi sorti un roman auto-biographique, Sebasto´s Angels, co-écrit avec sa mère, Ana, avant de sortir des écrans radars.
Mais la destinée ayant le sens de l'humour, un label chilien, Alerce, édita l'album là-bas d'abord en cassette en 1985, avec un petit succès dans le milieu étudiant, avant de le rééditer en CD en 2003 et de donner au groupe disparu une certaine reconnaissance australe.
On sait juste que Cacho vit désormais au Chili et qu'il joue en solo.

Malgré un son pourri, on les repasse en 1982, sur Antenne 2 jouant en direct la chanson Barcelona. Au fait, qu'est devenu le gars au foulard rouge du début ?


lundi 13 mai 2019

Casseurs et terroriste (5) Sante Caserio


Lyon, 28 juin 1894

Ainsi, pendant l’Exposition Internationale et Coloniale de 1894, le président Sadi Carnot, venu la visiter, emprunte la rue de la République à bord d’une voiture tirée par des chevaux, pour être applaudi par la foule. Il est accompagné du maire, M. Gailleton, qui raconte : je faisais remarquer à M. le président le spectacle de la rue brillamment illuminée lorsque d’un coup, je vis un bras se poser sur la voiture, vers le côté droit du président. Au même moment j’entendis un coup sec et, croyant qu’il s’agissait d’un maladroit qui remettait gauchement un placet à M. le président, je m’écriai machinalement : Quelle brute ! 


La main disparaissait aussitôt et, au lieu de voir le président souriant comme lorsqu’on lui remettait un placet je vis son regard devenir fixe, sa figure devenir très pâle. En même temps le président portait la main à l’endroit frappé et je dis à M. Carnot : "Qu’avez-vous M. le président ?" […] Le président m’a répondu d’une voix à peine perceptible : "Je suis blessé" ou "je suis frappé". J’ai eu alors tout d’un coup la pensée bien nette que M. Carnot venait d’être blessé par le bras que j’avais vu.


Gosse d'une famille nombreuse de Lombardie, Sante Geronimo Caserio, boulanger anarchiste de 21 ans, venait de venger Ravachol et Vaillant dont Sadi Carnot avait refusé la grâce.

Au tribunal, Caserio revendiqua un acte individuel et, coupant la parole à son avocat commis d’office, déclara : « Si les gouvernements emploient contre nous les fusils, les chaînes, les prisons, est-ce que nous devons, nous les anarchistes, qui défendons notre vie, rester enfermés chez nous ? Non… Vous qui êtes les représentants de la société bourgeoise, si vous voulez ma tête, prenez-la ! » Il accueillit sa condamnation au cri de « Vive la révolution sociale » et repoussa la possibilité de plaider la maladie mentale.
Son acte et son exécution furent suivis de diverses actions violentes contre les travailleurs italiens en France ainsi que par une troisième charrette de lois scélérates.
Le poète et dramaturge anarchiste Pietro Gori, auteur de Addio Lugano bella, avait été son mentor et ami. Il écrivit cette ballade, A Sante Caserio, sur l'air de la chanson Suona la mezzanotte, interprétée ici par Sandra Mantovani.
La vidéo est tirée du Bal des innocents de Joseph Paris.





vendredi 10 mai 2019

Mouloudji à l'écran (1951)


La complainte des infidèles demeure une des chansons les plus notables de Marcel Mouloudji.
On sait assez peu que cette complainte fut écrite et interprétée pour un film de Carlo Rim et de 1951, La Maison Bonnadieu, (1951), de Carlo Rim, dans lequel on retrouve Bernard Blier, Danielle Darrieux, Françoise Arnoul, Michel François ou Yves Deniaud.
Ce qui est remarquable, c'est que comme quelques autres réalisateurs (Jean Boyer, par exemple) , le mésestimé Carlo Rim écrivait lui-même les chansons de ses films. La musique est de l'excellent Georges Van Parys, compositeur drôlatique qui de La femme et le pantin de Baroncelli (1929) à Elle boit pas , elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause d'Audiard (1970) fut un des compositeurs les plus prolifiques de l'histoire du cinéma français avec une centaine de films au compteur. Il fallait un talent certain pour arriver à accorder ces paroles avec la musique (igno-mi-nieu-sement...)
Le film étant une comédie basée sur une suite de variations d'infidélités conjugale, la scène dans laquelle apparaît cette Complainte des infidèles est l'occasion de retrouver notre Marcel en chanteur des rues prophétique.

mardi 7 mai 2019

Jacques, croquants, armée du bundschue, peones et autres rebelles


La Torche de Leopoldo Méndez
Les Vanneaux ont musardé dans la révolte terrienne d'Allemagne au Brésil, de Galice en Ukraine.... Vernaculairement vôtre.

Tijuana in Blue                              Rebelion medieval
Tia Blake                                       The rising of the moon
Die Schnitter                                 Thomas Müntzer
Nadau                                            Aurost ta Joan Petit
Jean Cardon                                   Les archers du roi
Miro Casabella                              Os irmandinhos
Leon Rosselson                              You noble diggers all
Robb Johnson                                 Captain Swing
Marc Ogeret                                  Gloire au 17ème
Claude Marti                                  Los commandos de la nueit
                          Hymne du MST
Paul Kelly                                       From little things, big things grow
Dueto Teloloapan                           Corrido a Lucio Cabañas
Antonio Aparicio                            Los campesinos
Ensemble Volnitza                          Le Don paisible va s'agiter
Kontra                                             Makhno
Les Glochos                                    Bonnets rouges

On retrouve l'émission, à écouter ou télécharger en cliquant là.

Même si ce n'était pas strictement qu'une révolte paysanne, l'irruption des zapatistes du 1 janvier 1994 fit un boucan phénoménal. Ici chantée par le regretté José de Molina.


samedi 4 mai 2019

Victor Hugo, hélas !

La superbe adaptation des Misérables par Raymond Bernard (1934)
Une fois n'est pas  coutume, intéressons-nous aujourd'hui à Victor Hugo et au trip hop.
Tout part du texte de Victor Hugo À ceux qu'on foule aux pieds, écrit à chaud en 1871 en guise d'indignation suite à l'écrasement de la Commune par les brutes versaillaises.
Tout le vieil Hugo est là. Aussi paternaliste et surplombant qu'humaniste, fustigeant la lâcheté du pouvoir et la crapulerie des puissants. Avec cette méfiance pour la populace que l'admirateur de Napoléon I, pair de France sous Louis-Philippe, complice des fusilleurs de juin 1848, ayant viré de bord suite au coup d'État de 1851 pour finir militant de l'amnistie des communards et ennemi juré de la peine de mort, a eu toute sa vie. Méfiance doublée d'une compassion toute chrétienne. Mais pas que...
Je n'ai plus d'ennemis quand ils sont malheureux.
Mais surtout c'est le peuple, attendant son salaire,
Le peuple, qui parfois devient impopulaire,
C'est lui, famille triste, hommes, femmes, enfants,
Droit, avenir, travaux, douleurs, que je défends ;
Je défends l'égaré, le faible, et cette foule

Qui, n'ayant jamais eu de point d'appui, s'écroule


Thierry Jonquet, écrivain de polars cruels avait utilisé un vers de ce poème, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte comme titre à son ultime roman, à notre avis, complètement raté.
Ce petit génie d'Hugo fut mainte fois source de chansons, les plus connues étant certainement celles de Brassens ou de Colette Magny.
Et ce texte fut mis en musique par un musicien multi-instrumentiste, amateur de rock des années 1970 comme de chansons de Brel et Gainsbourg, producteur à son studio de Bordeaux, Laurent, alias Le Larron, sous le titre Le labyrinthe.
Le titre fut produit, ou plutôt remixé, par Jean-Yves Prieur, alias Kid Loco, ci-devant Kid Bravo, à l'époque où il était guitariste du très clashien groupe parisien The Brigades. François-Marie Moreau y joue de la flûte.
C'est cette version qui est proposée ici, accompagnée d'images de Lee Jeffries, photographe de Manchester tireantle portrait de sans-abris.


Le Labyrinthe from Le Larron on Vimeo.

Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre
En tournant dans un cercle horrible on devient ivre
Flux, reflux souffrance et haine sont sœur
Les opprimés refont plus tard des oppresseurs

mercredi 1 mai 2019

Dignité retrouvée



Toulouse, premier mai 2019.
Vers 10h30, six à sept mille GJ prennent la tête du cortège à Esquirol.
À 12h30 le pèlerinage étant arrivé à Chartres, tout aurait dû s'arrêter là.
Sauf que... Les gueux refusent encore de regagner leurs bicoques.
À 19h30, les dernières grenades tombaient (assez mollement, il est vrai) entre Jaurés et Jeanne d'Arc.
Ça faisait combien de temps déjà qu'on n'avait pas connu un vrai premier mai ?
Et ça ne veut toujours pas s'arrêter.

Un premier mai sans colère,
ça n'est pas un premier mai.

 
Et pour le coup, une accolade affectueuse aux Ardéchois qui s'étaient tapés toute cette route pour être là.

dimanche 28 avril 2019

Avant le premier mai, le 30 avril


Depuis 1978, en Hegoalde [Pays basque sud] sous l'égide de la nouvelle légalité démocratique, les manifestations ouvrières du 1er mai occupent de nouveau la rue. (...) Pourtant, au fur et à mesure des années, la participation baisse de moitié. Cette marche se convertit en compétition entre syndicats : il ne s'agit plus que de compter le nombre de travailleurs rassemblés sous chaque banderole. (...)
Pour remettre un peu d'ambiance, [en pleine reconversion industrielle] une série d'explosions vient rappeler que cette journée n'est pas un jour férié de plus arraché au calendrier du travail, qu'elle doit retrouver sa fonction de confrontation anticapitaliste. (...)
La deuxième initiative est l'instauration de la nuit précédant le premier mai, celle du 30 avril comme date, non plus des luttes ouvrières mais du sabotage. Revendiquer l'idée d'affrontement est une critique pratique de la fonction pacificatrice des syndicats (...) Violence, de fait distincte de celle pratiquée par l'illégalisme de masse (comme la destruction collective en fin de manifs d'infrastructures rejetées par la population) ou de celle des groupes armés qui exige une spécialisation technique pour la maintenance ou préparation du matériel. Dans cette optique, le sabotage se fonde sur l'usage de la violence contre des objets, non contre des personnes.


Jtxo Estebarranz Guerre à l'État 
(luttes autonomes et expériences alternatives au Pays basque 1982-1992)
Libertalia

Cancion de cuna (Berceuse) de La Polla Record (1984)




jeudi 25 avril 2019

En mai, ce sera la jacquerie

Moujiks partant ravaler un manoir

Depuis que quelques êtres humains se sont appropriés des terres que d'autres ont dû travailler à leur profit, il en est résulté un nombre d'intérêts contradictoires qui ont mené les second à se rebeller régulièrement contre les premiers. Et ce dans l'ensemble de la planète où a cours la propriété.
Depuis le souvenir sanglant de la Grande jacquerie de 1358, en pleine guerre de Cent ans, on a conservé ce nom pour les rébellions paysannes du monde entier.
La mémoire populaire en ayant gardé plus ou moins de traces, on a usé et abusé de cette appellation ces derniers temps.
Les Vanneaux du mois de mai creuseront cette mémoire chansonnière le lundi 6 mai à 17h30 sur les 92.2 de Canal Sud.
On y brûlera castels et récoltes. Qu'on se le dise.

En 1982 les Redskins, groupe trotskyste et néanmoins talentueux de York, chantent le souvenir des armées de paysans en marche.


Si elle n'est pas à proprement parler une chanson de jacquerie, Rebuscaores illustre le sort des journaliers d'Andalousie, corvéables à merci, en chômage récurrent, privés de terre et habitués de l'action directe, par le groupe de sévillanes rouges Gente del pueblo (décennie 1970)


lundi 22 avril 2019

Louis Chédid lucide

Étienne Léandri, ci-devant collabo devenu exécuteur des basses œuvres de la Cinquième
On confesse une coupable affection pour Louis Chédid qui, malgré son goût pour une variété souvent raffinée mais parfois mièvre a, de temps en temps, sous sa nonchalance affectée, des textes particulièrement bien troussés.
Si possible sans avoir l'air d'y toucher.

Abordant un monde de truands en col blanc, ou du moins à façade respectable, il écrivit donc ce Chat noir, qu'il a enregistré en Juin 2010 avec son fiston.
Du crime vécu comme une start-up. 


vendredi 19 avril 2019

Nos années 80, jeunesse toulousaine

Salut aux copains !
Aujourd'hui on relaie le boulot de Gilles Pujol, plus connu par chez nous comme Gilles Dougherty, alias pêché sur une pochette de disque de Louis Armstrong "Un des musiciens portait ce nom. J’ai trouvé que ça sonnait bien. Plus tard, j’ai appris que c’était aussi celui du premier mari de Marylin Monroe, ce qui n’était pas pour me déplaire."
Ancien guitariste des Lipsticks, puis jouant sous son propre pseudo, animateur de l'émission Batman time le dimanche sur Radio Occitanie (vers 1982-1985 si on se souvient bien), Gilles mène depuis des années une indispensable recherche d'archiviste sur notre scène rock toulousaine des années 80.
Tout le monde avait un groupe ou connaissait quelqu’un qui jouait. Ça créait une émulation extraordinaire. On se fréquentait tous, on portait de gros badges en plastoc qu’on fabriquait nous-mêmes. On débattait de nos préférences et on se prêtait des disques. On s’arrachait les imports d’Angleterre des Sex Pistols ou d’autres groupes de ce genre, et tout cela alimentait notre inspiration. Chacun s’engouffrait dans les goûts de l’autre pour améliorer sa connaissance de la musique. Bref, c’était très bon enfant.
Ce qui a donné ces derniers temps quelques soirées de reformations où on a pu, hélas, constater combien le rocker toulousain était périssable. Aucune allusion à la qualité musicale mais au nombre de ces joyeux drilles qui nous ont quittés ou qui se retrouvent hors-service d'une manière ou d'une autre.
Pas de nostalgie intempestive là-dedans, juste l'idée de ne pas faire sombrer une mouvance dans l'oubli. Car il s'agit aussi d'histoire.
Mais pas que. Après tout, on a retrouvé pas mal de ces bonnes gueules dans les manifs de ces trois derniers mois. Juste un chouïa vieillis.
Vespa Bop, qui mettait en rockab' des textes de la BD Kébra
Pourquoi cette ville d'agités, dans laquelle rockers et anars se retrouvaient volontiers au même bar, aux mêmes manifs bastons, n'a-t-elle pas accouchée d'un groupe mémorable alors que sur la même période, elle a fourni un nombre impressionnant de groupes de variétés des plus sirupeuses ?
La faute au grand trou noir ? Me faîtes pas rire !
Aux guerres d'egos ? À une mentalité de je m'en foutisme ? Peut-être un peu.
Dans cet entretien, Gilles avance une autre explication :
On peut voir les choses de deux façons. La première consiste à dire qu’en réalité, personne dans le vivier rock toulousain ne méritait vraiment de faire carrière. La seconde prétend que c’est une question de hasards. Si tous ces groupes avaient joué dans des bars de Paris et pas dans ceux de Toulouse, il y aurait eu forcément un producteur pour en lancer un ou deux. À Paris, dans ces années-là, tu tombais forcément un soir de concert sur un producteur éméché qui te disait : « Ok coco, je te veux demain dans mon bureau ». Certaines belles carrières sont nées sur ce genre de coups du sort. À Toulouse, ça n’arrivait pas.

 Et pour mieux illustrer son propos, l'homme à la Rickenbaker a mis en ligne 64 pièces d'époque où on navigue de 1977 à 1989.
On se fait donc une joie de la faire tourner ici.
Si vous avez la curiosité de tout écouter, vous trouverez quelques pépites. Nous, on écrase une larme d'émotion.

mardi 16 avril 2019

Paris brûle-t-il ?


Lundi 15 avril :
À 18h50 un incendie est déclaré.
À 19h50, la flèche de Viollet-le-Duc s'effondre.
À 20h, Macron est enfin muet.
Mardi 16 avril :
Le Sacré-Cœur se porte comme un charme.
Ce qui est parfaitement injuste.

 

Les chimères qu'on aimait

samedi 13 avril 2019

À tous les frangins

Aujourd'hui, la ville rose est quadrillée de milliers de gens de guerre suréquipés. Car c'est le jour où les GJ de Bordeaux et d'ailleurs doivent y converger.
Nous serons donc ce soir frères et sœurs d'armes.
Pour arroser ça, une vieillerie de la première cassette des Bérurier Noir, leur concert d'adieu au Pali Kao, dont le texte est piqué à la BD de Lauzier et Alexis Les aventures d'Al Crane, un western parodique des années 70 (ci-dessus).
La musique, est la énième démarque de When Johnny comes marching home, rengaine qui date au moins de la Guerre de Sécession.



De plus, il se murmure qu'une des banderoles sera un hommage à la Commune de Paris. Et au tube de J.B. Clément (ici par Serge Kerval).



mercredi 10 avril 2019

Un documentaire fait maison


Chouette soirée de retrouvaille lors d'un samedi toulousain.
De Nicolas Drolc, cinéaste lorrain, on avait apprécié Sur les toits, documentaire sur les mutineries des prisons de Nancy et de Toul en 1971, 1972. Ce film était, au passage, accompagné d'une superbe musique de King Automatic et de M. Verdun.
On avait aussi aimé un autre docu, La mort se mérite, sur Serge Livrozet dont la diffusion fut sabotée par le distributeur même.
Le 6 avril dernier, nous avons eu le plaisir de le retrouver dans un bar toulousain où il montrait son dernier film, Bungalow sessions, en première partie du ménestrel d'Alabama Andy Dale Petty.
Six portraits, d'une dizaine de minutes chacun, de six musiciens de folk, country, blues, gospel, l'essence du rock en somme. Tour à tour émouvantes, décalées, comiques ou barjots, ces petites tranches de vie vous embarquent vers les racines de la musique du diable. Un film aussi modeste que jouissif.



Comme l'a écrit M.A. Litter
Drolc voulait réaliser un film rendant compte du bouillonnement de la scène folk, blues et gospel américaine actuelle, sans pouvoir toutefois quitter sa base -son "bungalow"- situé quelque part dans la ville de Nancy.

Il a résolu le problème géographique en invitant ses musiciens préférés à venir  jouer dans le bistrot du coin, à dormir chez lui puis à se plier à un jeu de questions/réponses improvisées le lendemain des concerts- induisant par là une session d'enregistrement acoustique. 
Le film réunit le troubadour de l'Alabama Andy Dale Petty, la légende de la scène garage de Detroit Danny Kroha (The Gories), le prêcheur n'à-qu'un-oeil Reverend Deadeye, le prophète du folk californien Willy Tea Taylor, le songwriter et instituteur Possessed by Paul James et le grand seigneur du gospel de cave the Dad Horse Experience.
Pour mieux vous donner une idée, cette séquence avec Danny Kroha, ancien guitariste de garage punk qui se replonge dans le blues le plus antique.Il glisse de sa passion pour cette musique à la classe ouvrière et ... au paradis.

dimanche 7 avril 2019

Quand les GARI chantaient du Bruant


On sait généralement que les GARI (Groupes d'Action Révolutionnaires Internationalistes), coordination de groupes anarchistes et autonomes, ont été actifs entre 1974 et 1975. Que, formés pour voler au secours des membres du MIL, arrêtés par la police de Franco, ils se sont déchaînés après l'exécution de Salvador Puig Antich.
Outre leur action la plus connue, l'enlèvement du banquier Baltasar Suarez, pour sauver la peau du camarade Oriol Solé Sugranyes et d'autres révoltés en instance de jugement, on sait moins que la coordination mena plus de 25 sabotages par bombes ou incendies d'une belle efficacité sans faire la moindre victime (exceptés les 6 blessés légers du consulat de Toulouse du 28 juillet 1974, les flics ayant eu l'idée stupide de manipuler le colis piégé. Les pompiers touchés reçurent une caisse de champagne) ainsi qu'une série de braquages destinés à se procurer les fonds nécessaires aux actions.
Qu'après leur auto-dissolution, leurs nombreux descendants ont continué les actions : le GAROT (Groupe d'Action Révolutionnaire Occasionnellement Terroriste), les GAI ( Groupes Autonomes Internationalistes ou d'Intervention selon le moment), GEAI (Groupe d’Entraide Anarchiste Internationaliste), PTT (Pouvoir Total aux Travailleurs), TDC (Trou Du Cul) etc.

Extrait du Dossier GARI, planche 7 (qu'on peut mieux lire en cliquant dessus)
L'intégrale est à cette adresse et en désordre (ce qui leur va très bien).
On sait peu qu'au milieu de cette frénétique agitation, des GARI trouvèrent le temps d'éditer un 45 tour dont la vente fut destinée à la solidarité avec les emprisonnés. Entre autre attentats, ce quatre titres fut un enregistrement de l'anarchiste Mario Ines Torres, arrêté à Toulouse le 14 septembre 1974, qui y chantait en Face A le traditionnel de la révolution mexicaine Carabina 30/30 et Preguntitas sobre dios (d'Atahualpa Yupanqui). En Face B À Ménilmontant et Aux Batignolles d'Aristide Bruant.
Là où ça devient croquignole, c'est que, d'après certain protagoniste, ces morceaux furent enregistrés à la prison de la Santé avec un dictaphone et une guitare artisanale fabriquée de bric et de broc. On comprend mieux pourquoi ça dérape par endroits. 
Nous sommes donc heureux de vous faire partager le souvenir de cette belle aventure. Suffit de cliquer sur les liens contenus dans les Faces pour écouter ou télécharger le 45 tour oublié.


Pour ceusses que ça intéresse plus en détail quelques bouquins sur le sujet:
- Les GARI (Groupes d'Action Révolutionnaires Internationalistes) - 1974, la solidarité en actes, par Tiburcio Ariza et François Coudray Éditions du CRAS, mars 2013
De mémoire (3) - La courte saison des GARI : Toulouse 1974, de Jean-Marc Rouillan, Agone, 2011.
- Le pari de l'autonomie : récits de lutte dans l’Espagne des années 70, ouvrage collectif Éditions du Soufflet, 2018.

jeudi 4 avril 2019

1, 2, 3, Viva l'Algérie !


Réjouissons-nous, avec les Algériens, du départ La Momie, ci-devant président du pays. Avec cette réserve qu'on ne sait encore s'il s'agit du énième coup d'état militaire, d'un règlement de compte entre clans ou d'une révolution qui passe, tranquille et belle comme une rivière bleue (comme l'écrivit Jules Vallés).
Par contre, on n'a aucun doute sur le fait que la, ou plutôt, les mafias qui se sont maintenues au pouvoir depuis 57 ans ont basé leur racket sur une réécriture de l'histoire* en se basant sur une version héroïque de la guerre de libération et en éliminant tour à tour de la mémoire, entre autres, les communistes, le MNA, des massacres comme à Melouza, les purges sanglantes au sein du FLN, le rôle des Algériens de France et ne parlons pas du sort des harkis.
En parlant de mémoires, il est piquant de constater que dans les années où, en France, on digérait les années l'Occupation en passant La grande vadrouille ou Le vieux fusil à la télévision, en Algérie, les téléspectateurs devaient s'envoyer chaque année La bataille d'Alger, de Gillo Pontecorvo, film qui malgré ses qualités fut produit par Yacef Saâdi, lui-même producteur à succès proche du pouvoir et servit de camouflage au colonel Boumédiène pour réaliser son putsch contre Ben Bella. Ce film, qui connut sa deuxième jeunesse lors de l'invasion de l'Irak, tint donc lieu de vérité officielle pendant longtemps.
L'occasion de se rappeler que voici trois ans, le rapper algérois Diaz**, Farid Belhoul de son vrai nom, ancien membre du légendaire groupe de rap MBS, associé à Rabah Donquishoot, lui aussi un ex-MBS, avait sorti un titre aussi respectueux pour les combattants que moqueur pour l'utilisation du film.



Marrant aussi de constater comment quelques années auparavant, un groupe de la banlieue parisienne, La rumeur, tout en rendant un superbe hommage aux djounouds  avec ce Premier matin de novembre, restait dans les clous de la version officielle. Tout en crachant sur l'État-FLN, à la fin, il est vrai. 



* Passionnante émission de la Fabrique de l'histoire, ce mercredi 3, au sujet des mémoires de la guerre d'indépendance avec Nedjib Sidi Moussa, Emmanuel Alcaraz et Karima Dirèche.

** Son pseudo vient du Diazepam, un anxiolytique.

lundi 1 avril 2019

Faux, plagiats, détournements, confusion, les Vanneaux d'avril

Jean Gabin dans l'Imposteur de Duvivier (1944). Dans ce mélo patriotique, la voix de Gabin est celle de Robert Dalban, officiellement pour cause d'engagement dans les FFL.
Les Vanneaux se vautrèrent ce soir dans les mauvaises plaisanteries à base de détournements et autres supercheries. Say no more.

El Vez                            Go, Zapata, go !
Régis Barly                    Faux beatnik
Foster Jenkins                La reine de la nuit
El compa sacra              Falsos amigos
Georgius                         Monsieur Bébert
Thomas Jensen                Les faux-monayeurs
Zangalewa                      Waka, waka
The Kinickebokers          Lies
Plastic Bertrand              Ça plane pour moi
Milli Vanilli                      Girl you know it's true
Andrew Loog Oldham     The last time
K-rime                              Menottés
Henri Salvador               Mama goteu goteu
Castelhemis                    L'armée
Julio Sosa                        Camabalache
Ragga sonic                    Mythos
Monique Leroux-Bray     L'hymne à l'amour
Mouse & the Traps         Public execution

Si vous y tenez, vous pouvez, écouter ou télécharger en cliquant là.

Vu qu'on l'a raté à l'antenne, voici Les flics arrivent de Guy Peterman, un heureux détournement de Surfin' Hootenany de Al Casey.



Et, comme vous ne pensiez tout de même pas échapper au 1er avril. Un imposteur dans la variétoche de 1976 qui en écrivit quelques-unes d'écoutables.

samedi 30 mars 2019

Complaintes criminelles


Le camarade Vlad nous signale une fort plaisante émission de Jean Lebrun, la Fabrique de l'Histoire du 28 mars, avec Jean-François Heintzen en invité.
On y apprend que les chansonniers de rues sur "papier timbré", qui obéissaient à quelques règles précises, connurent leur heure de gloire au XIX ème siècle pour sévir jusqu'au procès d'Oradour-sur-Glane.

Les complaintes criminelles pouvaient compter des dizaines de couplets. Chantées sur des timbres connus de tous, leur écho se prolongea très loin dans le temps. Ni l’apparition des journaux populaires à bas prix ni la Grande Guerre n’en vinrent à bout. Il fallut la victoire de la radio, actée pendant la Deuxième Guerre, pour qu’elles soient renvoyées au silence.



Approchez, approchez eu ouvrez grand vos esgourdes ! La complainte du bon pasteur, géniale parodie écrite par Albert Vidalie et chantée par Germaine Montéro.

mercredi 27 mars 2019

Insupportables Gilets jaunes


"Vient le moment où le lapin en a assez d'être lapin et veut devenir chasseur"

Docteur Stéphane Barsoni (35ème Brigade FTP-MOI. Toulouse)



Samedi 23 mars, dans la soirée, un incendie s'est déclaré dans les geôles du commissariat central de Toulouse. Les pompiers sont intervenus et deux policiers ont été intoxiqués.
Selon nos informations, un détenu, repéré le jour-même en train d'embraser la barricade de l'avenue Camille Pujol, interpellé par les policiers et qui était gardé à vue, serait à l'origine du sinistre et 25 personnes gardées à vue ont dû être transférées vers les autres commissariats de l'agglomération. 
L'acte 19 des gilets jaunes a engendré au moins 13 interpellations à Toulouse. 
Actu Toulouse 24 mars 2019 8:57

On souhaite bien de la sagesse aux occupants habituels du commissariat de l'Embouchure.

Et on se met un très récent titre de Michel Cloup, Les invisibles, tout droit venue de son album Danser sur des ruines.

dimanche 24 mars 2019

Guerre des paysans et immondes récupérations


Omnia sunt communia (Tout est à tous)

Thomas Müntzer


En 1524 et 1525, un territoire correspondant actuellement à l'Allemagne, la Tchéquie, la Suisse, l'Autriche, le Jura, l'Alsace et la Lorraine est le théâtre d'une formidable révolte de paysans contre leurs seigneurs et leur clergé.
Des milliers de châteaux et de couvents brûlent.
La zone de l'insurrection correspond peu ou prou à la zone d'influence de l'Empire Germanique et donc, à celle d'une autre rébellion initiée par Martin Luther contre l'église de Rome. Dans une société dominée par l'idée de Dieu, son agitation contre la corruption du clergé, ses taxes abusives, son monopole du savoir en latin va contribuer à allumer la mèche de la Guerre Sociale.
Luther prendra ensuite bien soin de se ranger du côté des princes et des barons contre les paysans et artisans en qui il ne voit que des brutes égoïstes à écraser.
Avec la participation du prédicateur égalitariste Thomas Müntzer, les différentes bandes paysannes élaborent une plate-forme en 12 articles à présenter aux nobles et au clergé. Si ceux-ci renoncent à leur condition privilégiée, ils pourront intégrer la communauté.
À titre d'exemple voici les 12 points des insurgés lorrains reprenant les revendications des paysans allemands d'une manière plus claire, plus concise.

Article 1 L'évangile doit être prêché selon la vérité et non selon l'intérêt des seigneurs et prêtres.
Art. 2 Nous ne payerons plus de dîmes, ni grandes, ni petites.
Art. 3 L'intérêt sur les terres sera réduit à cinq pour cent.
Art. 4 Toutes les eaux doivent être libres.
Art. 5 Les forêts redeviendront à la commune.
Art. 6 Le gibier sera libre.
Art. 7 Il n'y aura plus de serfs.
Art. 8 Nous prendrons nous-mêmes nos autorités, prendrons pour souverain qui bon nous semblera.
Art. 9 Nous serons jugés par nos pairs.
Art. 10 Nos baillis seront élus et déposés par nous.
Art. 11 Nous ne payerons plus de frais de décès.
Art. 12 Toutes les terres communales que nos seigneurs se sont appropriés rentreront à la commune. 

D'abord empêtrés dans des querelles internes et les guerres d'Italie, les nobles après avoir feint de négocier vont rapidement former des alliances, se faire financer par les évêchés, rapatrier des armées de mercenaires lansquenets et écraser les armées du Bundschuh (le soulier, emblème des révoltés) sur les champs de bataille avant de déchaîner une répression sadique destinée à marquer les esprits pour les siècles à venir.


Outre le fait que beaucoup de ces insurgés avaient eu quelques connaissances militaires, plusieurs petits nobles ou chevaliers étaient passés du côté des paysans. La quasi totalité les trahirent au moment opportun, à l'instar du fameux Götz von Berlichingen, dit Main de fer, avant tout soucieux de sa propre gloire, qui abandonne sa Bande Blanche avant la bataille. Ce qui n'empêchera pas Goethe ou Sartre de le célébrer.
Gravure de Urs Graf

Outre un génial stratège, l'ex-douanier Michael Gaismar en Carinthie, un des seuls chefs de guerre qui resta jusqu'à la fin fidèle à la cause fut l'irréprochable chevalier Florian Geyer, chef de la Bande Noire, assassiné par ses pairs.
Bien entendu, les insurgés furent immédiatement calomniés par l'histoire officielle, protestante ou catholique.
Pour la postérité, Engels écrivit La guerre des paysans en Allemagne en 1850 où il établit une filiation avec l'insurrection échouée de 1848.
Le régime de RDA se fera une joie d'enrôler la figure de Thomas Müntzer dans son régime bureaucratique.
Mais c'est certainement le malheureux Florian Geyer qui eut le plus triste sort. Honoré par les romantiques, il fut récupéré par les nazis, toujours en manque de mythes, qui donnèrent son nom à leur 8ème division waffen-SS.

Côté musique, Thomas Müntzer, lui-même écrivit plusieurs hymnes et cantiques. On peut en retrouver certains dans cette émission de France Musique à la vérité historique approximative (n'y affirme-t-on pas que Müntzer se prenait pour le Christ ?)
D'autres chanson nous sont parvenues, entres autres par le groupe Die Schnitter (le Moissonneur). Ici Des Geyers schwarzer Haufen en hommage et souvenir du chevalier Florian Geyer et sa Bande Noire.
Sur l'image de la vidéo, tirée d'une gravure d'époque, le combattant porte la bannière Freiheit (Liberté) du Bundschuh.
Rien à voir avec des saloperies nazies, donc.


 
Cette histoire, racontée à la pelle, est largement tirée du formidable livre de Maurice Pianzola Thomas Munzer ou la Guerre des Paysans (1958) réédité il y a trois ans par la maison d'édition suisse Héros-limite.

jeudi 21 mars 2019

Les faux du premier avril


Adolfo Kaminsky, faussaire et bienfaiteur de l'humanité

Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux.
Guy Debord. 1967

Nous en aura-t-on rabattu les oreilles des fake news, ces derniers temps !
Vous en voulez encore ? Les flics ne tuent pas, la justice est juste, Bouteflika a entendu son peuple, le nucléaire est bon pour le climat, le commerce est équitable, les Gilets jaunes sont manipulés par Poutine via Sputnik news, on arrête là, c'est interminable.
Et après plusieurs lois sur la vérité historique, l'État prétend maintenant vérifier si une nouvelle est juste ou fausse.
Comme, en outre, on a toujours manifesté une authentique tendresse pour ces artistes et artisans que sont les faussaires (faux papiers, faux monnayeurs, fausse œuvres d'art) les Vanneaux vont ce lundi 1 avril à 17h30 sur les 92.2 de Canal Sud* faire un petit tour du côté du faux.
Et vu ce que l'industrie de la musique a produit comme faux-jetons, plagiats, supercheries ou pastiches, la tâche sera immense

En guise de mise en bouche, cette Histoire de faussaire de Georges Brassens (1976).

 

* Pour ceux et celles du Sud-Ouest qui ont des parents, amis ou proches en taule, GJ ou pas, résurrection de l'émission de Yoyo, messages téléphoniques persos sur Canal Sud le jeudi de 19h à 20h. C'est au 05 61 53 36 95.

lundi 18 mars 2019

Dick Dale 1937-2019


Richard Anthony Monsour est mort le dimanche 17 mars.
Ça ne vous dit rien ? Et si on vous dit les Del-Tones ? Stratocaster ? Le surf ? Misrilou ?  Aaaaah... Dans ce cas. Dick Dale ?
Résumons : né à Boston (Mass.) de père libanais et de mère polonaise, le petit, qui a donc accès à la musique orientale et yiddish, fait ses classes chez son oncle, joueur de oud pour danseuses du ventre. Avant de passer à l'électricité et à la vie en quatrième vitesse. Il mélange donc les harmonies arabisantes aux staccato propres aux jeux de violon ou de luth dans son rock 'n roll essentiellement musical. Dès 1957, du côté des surfers californiens. Son addiction à la marque de guitare Fender le fera bénéficier de ses innovations en avant-première, dont des cordes spéciales, ainsi que de l'ampli Dual Showman et d'une boîte à reverb.
Ringardisé par la vague britannique de 1965 (un comble pour "l'inventeur" du surf rock) il reviendra sur le devant de la scène en 1975 avant d'être définitivement remis en scène par le générique final de Pulp fiction (1990).
Depuis, il a vécu sa vie de papa du surf rock. Faut dire qu'il avait sorti le premier disque de ce genre musical en 1962. Petite démonstration en live, au Ed Sullivan Show en 1963 :

 

Et comme si une mauvaise nouvelle par jour ne suffisait pas, on apprend au passage (merci Mojo Guitou) la disparition de Zephire Andre Williams. Émérite joueur de blues, de rhythm'n blues, de rock, de punk, de n'importe quoi, en fait. Qui collabora avec Ike et Tina Turner, Marvin Gaye, Stevie Wonder, The Contours, George Clinton The Dirtbombs... Et autres. 
Ici sur scène en 2006, à 70 balais dans Jailbeat

samedi 16 mars 2019

We are the Mods !

Nostalgie préfabriquée, le film Quadrophenia (1979)
Il fut un temps, certainement pas meilleur que l'actuel, où une jeunesse particulièrement énervée pouvait s’entre-tuer pour une accord de guitare, un blouson ou un regard. Avec en toile de fond un teenager vu comme un consommateur auquel on mitonnait une contre-culture aux petits oignons que ce soit en musiques, en images, en lectures ou en sapes. Du sur mesure, quoi, comme les costards de Carnaby street.
Fils et filles de la classe ouvrière britannique en rupture avec la génération de la Guerre, ces angry young men de Mods (abréviation de Moderns) ont succédé aux Teddy Boys dans les années 1962-1968 pour imposer en Grande-Bretagne, outre un certain dandysme et l'usage massif d'amphétamines, le Rhythm 'n blues, la soul, le rock steady et donc le ska ainsi que les bastons de rues à grande échelle.
Dans son émission du 09 mars, Juke-Box, Amaury Chardeau revient sur leur âge d'or.
On a particulièrement biché sur l'accent cokney à couper au couteau de ces jeunes gens classieux (écoutez l'entretien de Kit Lambert). Et un peu regretté le peu de place accordée à ce groupe de petits gars qui swinguaient méchamment The High Numbers. Leur premier 45 tour au beat très Orange Mécanique, Zoot Suit, ne sera acheté que par leurs mamans et leurs cousines.
Faut préciser qu'ils n'ont pas encore changé de nom pour devenir The Who.





On retrouve les empereurs du revival de 1978 - 1980. The Jam dans leur Going underground. 'Hanx Paul, Bruce and Rick.



mercredi 13 mars 2019

Anniversaire de Damoclés

Et Godzilla se retrouva ringardisé.
Cette semaine, huitième anniversaire du désastre de Fukushima. Là-bas, le gouvernement pousse les réfugiés à regagner la zone irradiée. Nous voilà 33 ans après Tchernobyl (où la "zone interdite" se repeuple au compte-goutte), 40 ans après Three Miles Island (où il ne s'est rien passé, n'est ce pas ?).
Étonnant comme chez nous, dans un des pays les plus nucléarisé par tête de pipe on joue à l'autruche. À part quelques nucléocrates prétextant une "énergie verte" et un État qui fait semblant de s'inquiéter même les tenants du nucléaire ferment leur bouche en attendant qu'une usine généralement vieille de plus de quarante ans n'aille nous péter au nez. Après... On verra. Les catastrophes précédentes sont là pour servir de laboratoire.
Question subsidiaire : comment arrête-t-on une centrale nucléaire ? En AG souveraine ? En groupe affinitaire ? En référendum populaire ?

Un petit peu de nostalgie d'avant le Boum avec ce titre de Castelhemis, Philippe Laboudigue de son vrai nom, Les centrales. Tiré de son album N'importe quelle sorte d'amour (1982).

dimanche 10 mars 2019

April March



Voici une drôle d'américaine tombée amoureuse de la chanson française des années 1950 et 1960.
Elinore Blake est née en 1965 à Frisco, Californie. Elle a d'abord gagné sa vie comme dessinatrice de films d'animation. Et puis joué dans les groupes Pussywillows, un trio féminin sixties, puis dans les plus durs Shitbird avant de prendre son pseudonyme et de s'attaquer à la musique yé-yé de nos années 60, en particulier à Serge Gainsbourg.
Le succès débarque avec une reprise de France Gall, Chick Habit, cooptée par le laborieux Tarentino pour son Boulevard de la mort (2007).


Entre-temps cette dame a collaboré avec Brian Wilson (celui-là même des Beach Boys), Yo La Tengo, Ronnie Spector et ce petit génie de Jonathan Richman. Elle a également monté un groupe de garage rock pur et dur, Bassholes. En France , elle a fait quelques duos avec Bertrand Burgalat.
Qui, par ailleurs, a conçu ce clip de 1996.



Quoi ? Ben oui, c'est de la pop. Et alors ? Un peu de légèreté de temps en temps, que diable ! Après tout c'est dimanche.

jeudi 7 mars 2019

Les muscadins, nervis de la contre-révolution


Chaque époque a généré les Alexandre Benalla qu'elle pouvait.
La Révolution de 1789 étant une référence de ces derniers mois, allons faire un petit tour du côté d'un groupe de gros bras contre-révolutionnaires plutôt tombés dans l'oubli. 
Sans résumer toute une période riche en rebondissements (surtout dans la saison 1, 2 et 3) partons du 9 thermidor de l'an II (27 juillet 1794) date considérée comme la fin de la Terreur car marquée par la chute de Maximilien Robespierre (arrêté avec son frère Augustin, Le Bas, Couthon, Saint-Just, Dumas, etc.). Tout ce beau monde est guillotiné à la hâte dès le lendemain.

Une jeunesse dorée plus ou moins royaliste refait alors surface et tient même le haut du pavé à partir du mois de septembre.
Figure centrale, un curieux personnage comme seules les circonstances historiques exceptionnelles en ont le secret : le "journaliste" Louis Marie Stanislas Fréron.
Ci-devant Missionnaire de la Terreur, autrement dit envoyé par la Convention en 1793 pour mater de soi-disant insurrections royalistes ou girondines, Fréron avait planifié de grands massacres à Marseille et Toulon. Soupçonné de détournements de fonds, il doit ensuite comploter avec Fouché et Tallien pour précipiter la chute de Robespierre.
Lui qui avait fondé le journal l'Orateur du Peuple dans lequel écrivait son ami Marat, passe sans état d'âmes dans le camp réactionnaire et organise une bande de 3000 muscadins ou "collets noirs", selon une méthode qui sera reprise sous l'occupation pour monter "la Carlingue". Outre quelques commerçants ou clercs issus de la jeunesse dorée, il suffit de donner l'impunité à un bon nombre de costauds qu'on tire de prison pour mener une guerre privée contre les jacobins. En novembre, ce nouvel ami de l'ordre envoie même ses troupes ravager le club de ses anciens collègues. 

L'occupation principale de ces nervis munis de cannes plombées (appelées "pouvoir exécutif"), en basques queue de morues et culottes serrées est alors de tabasser tout ce qui ressemble de près ou de loin à un sans-culotte. En le forçant à entonner l'hymne de la réaction thermidorienne Le réveil du Peuple, censé remplacer la Marseillaise.


Autre code vestimentaire, les muscadins portaient des cheveux longs avec des tresses pour amortir les coups de gourdins ou de sabre récoltés dans les bagarres contre les sans-culottes. Ils exhibaient des vestes vertes, en souvenir du Comte d'Artois pourvues de 17 boutons de nacre en l'honneur de l'orphelin du Temple. Leur mot de passe est une allusion à ce dernier : « Combien huit et demi et huit et demi font-ils ? ».
 
Ils fréquentaient les bals des victimes, réservé à ceux qui affirmaient avoir perdu des parents à l’échafaud. On y dansait en habits de deuil et s'y saluait d’un coup sec de la tête, comme frappée du couperet de la guillotine.
Les insurrections de germinal et prairial (avril et mai 1795) seront un premier coup d'arrêt aux menées royalistes. L'émeute du 13 vendémiaire (5 octobre 1795) écrasée par un obscur général corse qui changeait lui aussi de camp comme de chemise achèvera les espoirs de restauration.
De la jeunesse dorée du directoire resteront des snobs Incroyables et Merveilleuses refusant d'employer la lettre R qui évoquait trop la Révolution. Le mot muscadin désignera un gandin réactionnaire durant tout le XIX ème siècle.
Quant à Fréron, cette girouette avait déjà abandonné l'extrême-droite pour devenir un modéré. Méprisé, déconsidéré par tous il finit exilé à Saint Domingue par ce même Bonaparte nommé Premier consul. Il y meurt de fièvre jaune dans le mois qui suit son arrivée.

lundi 4 mars 2019

La Guerre froide des Vanneaux

1969, États-Unis, certains mettent une mauvaise volonté flagrante à partir au casse-pipe du Vietnam
Évidemment, le sujet était bien trop vaste pour notre heure et demie.
Surtout si on prend en compte que cette période correspond à l'âge d'or de l'industrie du disque, du moins en Occident.
Ainsi a-t-on a balayé 
Générique                                       Radio Truman
Golden Gate Quartet                       Stalin wasn't stallin'
Extrait du show de Bob Hope & Irvin Berlin
Paul Robeson                                   Plain song
Mark Benes                                     Les Russes veulent-ils la guerre ?
Michaelis Genitsaris                        Aris Velouchiatis
Lolita Sevilla                                    Americanos !
The Kavaliers                                   Get that communist, Joe
Harry Choates                                  Korea, here we come
Vladimir Vissotski                            Tot kotryne strielai
Roosevelt Sykes                               Sputnik baby
Jackie Dolls & his pickled peppers  When they drop the atomic bomb
Rory Gallagher                                 Philby
The Ramones                                    Havana affair
Miss X                                               Christine
Creedence Clearwater                     Fortunate son
Anonyme                                           Invasores do Angola
Luis Mejia Godoy                              Que es el FAL ?
The Beatles                                       Back in USSR
Tom Lehrer                                       So long mom
Nena                                                 99 luftballonen
The Clash                                          Ivan meets GI Joe

Cette émission peut s'écouter, voire se télécharger en cliquant là.

Et en souvenir du fameux match SS 20 vs Pershing, une du dub poet britannique Linton Kwesi Johnson




jeudi 28 février 2019

Kaurismäki, du rock, du tango, du twist...


Une des choses formidables avec le cinéma d'Aki Kaurismäki, c'est que même dans ses films ratés (enfin, y'en a qu'on aime moins) il y a toujours une séquence musicale qui vaut la peine d'être non seulement ouïe mais aussi vue.
On ne sait si notre Finlandais préféré a vraiment pris sa retraite du cinéma, lui qui fut recalé pour cynisme à l'entrée de la FEMIS locale. Mais on conseille aux réalisateurs en herbe d'appliquer sa méthode : soyez ouvriers pour bouffer un peu et allez voir une bonne quantité de films. Au moins, si vous causez du prolétariat, ce sera en connaissance de cause, pour une fois. 

À titre d'illustration, André Wilms en prophète et en grande forme dans une séquence de Leningrad Cowboys meet Moses (Les Leningrad Cowboys rencontrent Moïse) 1994.


Un tango en finnois, spécialité du maître qui n'hésite pas à truffer ses films de chansons de Carlos Gardel. Il semble que vu son climat quelque peu pénible, sa condition de satellite déguisé de l'URSS et de parent pauvre et méprisé de la Scandinavie, la Finlande soit assez propice aux chansons nostalgiques. Ça s'appelle Kauas pilvet karkaavat (Au loin vont les nuages) et ça donne le titre de ce film de la dite "trilogie finlandaise " de 1996. 



Terminons sur notre scène préférée, celle qui nous fit bondir sur un fauteuil à la sortie du film en gueulant "Merde ! Il est là, celui-là aussi !"
Un extrait de I hired a contract killer, 1990, (J'ai engagé un tueur). Outre Jean-Pierre Léaud frisant la perfection, Serge Reggiani interprétant à merveille le rôle d'un agonisant, on y croise le Kaurismäki lui-même en vendeur de lunettes et accoudé au bar, Nicky Tesco, ex chanteur des légendaires Members, en homme de main d'un truand minable.
Et qui chante dans ce pub ? Un Joe Strummer éblouissant de grâce, de simplicité et d'inspiration. 



Promis, on vous en remettra.