dimanche 25 novembre 2018

Le camarade Eddy conspue le capitalisme aliénant


Péremptoire, un fanzine de ma jeunesse proclamait, en son éditorial, Nous ne serons pas les Eddy Mitchell de notre génération !
Même s'il est vrai qu'on préférera toujours plutôt être Louise, Monsieur Eddy a finalement fait une carrière discographique et cinématographique plutôt moins pire que bien d'autres.
Au moins et contrairement à beaucoup de ses semblables, notre Schmoll de Ménilmontant sut pratiquer une chanson gentiment contestataire bien AVANT mai 68, se dotant ainsi d'une image de crooner et rocker sceptique pessimiste capable de rallier des blousons noirs de la Porte de Montreuil comme des cadres en plein malaise, comme on disait à l'époque.

Prenez sa chanson "sociale" par excellence, Société anonyme de 1966 (avec ici une apparition de Lulu)  :



Monsieur John Warsen, du blog Je suis une tombe, nous fait remarquer que le gars avait auparavant commis une adaptation du No particular place to go d'un Chuck Berry qui, s'il n'avait cure du prix de l'essence, galérait avec sa ceinture de sécurité.


Cette reprise l'ayant rendu lyrique (John, pas Eddy), on se fait une joie de citer la fin de son article :
L'adaptation d'Eddy Mitchell, quant à elle, escamote subtilement la question raciale, pour se concentrer sur une critique radicale du capitalisme financier. Eddy venait de lire La société du spectacle de Guy Debord et voulait se payer le rêve américain, en épinglant ses pires travers. A l'époque où sort le quarante-cinq trous A crédit et en stéréo on pensait que le consumérisme ne s'en relèverait pas, mais finalement sa capacité à récupérer sa critique fonde son aptitude à la survie, et je crois bien que tant que l'homme blanc n'aura pas pollué la dernière rivière et abattu le dernier arbre, il n'acceptera pas l'idée que l'argent ne se mange pas, il est un peu idiot, à crédit et en stéréo.

Chuck meets Guy-Ernest ? Sérieux ? Dont acte :



6 commentaires:

  1. Dans le scopitone de 1966, j’ai cru reconnaitre Raoul Vaneigem à la basse et Guy Debord à la batterie, ce qui tendrait à conforter ta thèse plutôt hardie, Laurel.
    Pour ma part, je crois que c’est parce qu’en vieillissant on finit par jeter un regard vaguement attendri sur tout ce qui nous faisait hurler de rage impuissante quand on était jeune, qu’on pourrait avoir la fantaisie de ranger Schmoll parmi les penseurs de la gauche prolétarienne.
    Comme le disait Xavier Gorce, la principale qualité du rock’n’roll de ma jeunesse a disparu - quelle qualité ? - ma jeunesse !

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  2. C'est pas faux.
    Sauf pour le Raoul, qui n'a pu participer au tournage du scopitone, étant déjà en tournée sur la Riviera avec Dick Rivers.
    J.

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  3. René Binamé a fait une chouette reprise de Société Anonyme sur son album dédié au travail: https://www.youtube.com/watch?v=wubKc9sACpc
    Par ailleurs, mais je pense me rappeler que vous avez déjà jacté, dans le registre (restreint) des "rockers prolos et fiers de l'être", il y avait les Gypsys à peu près à la même époque.On avait correspondu avec l'un d'eux il y a quelques années suite à une chronique dans ChériBibi.

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  4. Absolument. On a toutefois quelque ironie quant au camarade Schmoll.
    Les Gypsys étaient plus de la tendance "même si je joue du rock psychédélique, je reste un fils de la classe ouvrière qui méprise les petits bourges qui jouent au rebelle". Pas encore Maos (trop tôt) plutôt représentant une improbable tendance "swinging CGT".
    Et puisqu'on cède souvent à une nostalgie facile, il exista deux décennies durant lesquelles le rock fut la bande son des jeunes prolos. Il suffit de compter les groupes qui grouillaient autour des (quelques) bassins industriels de la région, par exemple.

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  5. M'enfin, le camarade Schmoll a quand même joué à la Fête de l'Huma ! Un peu de respect !!!
    (blagapart, Eddy aura toujours grâce à mes yeux pour avoir animé La Dernière Séance... parce qu'entre nous, "Dactylo Rock" n'est pas franchement un pamphlet en faveur de la classe ouvrière!)

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  6. Ouais, comme on disait ailleurs, il lui sera beaucoup pardonné.
    Pire que "Dactylo rock" il y a ce chef d’œuvre : le twist du canotier .

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