lundi 17 août 2020

Le blues du justiciable



Une veste usée, un vieux jean
j'ai ciré mes souliers et dit adieu à tout le monde
Avant midi je saurai le résultat
Ou en liberté ou en taule.
Je me suis sapé
Je me me suis sapé pour le tribunal
(...)
Personne ne peut savoir ce que je ressens
Mon avocat me conseille de plaider coupable
Le proc' y va de tout son poids
ils sont tous d'accord, je suis du gibier de pénitencier
Je dis la vérité et ça ne sert à rien
Je suis terrifié d'être moi-même
Ils m'écoutent pour mieux me coincer
La cour affirme qu'il n'y a pas de place au doute
Une témoin a menti, un juré a toussé
Le juge a peur qu'elle n'ait été trop sympa
Je me suis sapé
Je me me suis sapé pour le tribunal...


 

Après avoir été membre des Nerves (trio pop de luxe) en 1970 et fondé les Plimsouls (rock énergique de luxe) en 1978, le fringuant Peter Case  poursuit son bonhomme de chemin, seul, en acoustique depuis le milieu des années 80.

mardi 11 août 2020

Héros oubliés du rock 'n roll : Screamin' Lord Sutch


Vu comme l'époque prête à rire, réfugions-nous encore un coup chez les cinglés. Celui-ci est particulièrement gratiné.
David Edward Sutch, alias Screaming Lord Sutch, troisième comte d'Harrow (1940-1999) n'avait rien d'un aristo, mais quand on est né dans une banlieue bourgeoise et ennuyeuse, autant s'affubler d'un titre nobiliaire.
Étant tombé en pamoison devant le bluesman fantaisiste américain Screamin' Jay Hawkins, auteur de l'immortel I put a spell on you en 1956, il décide de grimper lui aussi dans le train du rock 'n roll au wagon cirque Barnum et autres monstruosités.
Persuadé d'être un chanteur médiocre, accompagné d'un solide groupe, The Savages, il jaillit d'un cercueil ou des coulisses en glapissant, peuple la scène de squelettes et de filles en bikini, adapte des séries Z en show (Sutch et la chute de l'empire romain), rosse des policemen à l'épée ou à la hache.
Les Anglais n'ayant aucun complexe à mélanger Grand Guignol, train fantôme, cabaret et rock, l'affreux personnage  invente au passage ce mélange de rockabilly, de garage et de sous-culture de films d'horreur qui deviendra plus tard le psychobilly, porté à ses plus hautes cimes vingt ans plus tard par les Cramps, de Los Angeles.
Tradition british et (fausse) noblesse oblige, son personnage le plus fameux est resté Jack the Ripper aka Jack l'Éventreur, surnom du légendaire tueur de femmes ayant terrorisé Whitechappel en 1888 tout en entretenant une correspondance moqueuse avec la police qui le pourchassa en vain.
Joué là fin 1964.


L'excentrique tente également une radio pirate, Radio Sutch (what else ?) où entre deux rocks on lit l'Amant de Lady Chatterley, œuvre à la réputation encore sulfureuse. Puis, refusant de porter des jupettes pour les tournées péplum, plusieurs membres des Savages vont se faire pendre ailleurs, Richie Blackmore fondant Deep Purple, Nicky Hopkins allant accompagner les Stones et Roger Warwick rejoignant la formation de Freddie Mark.
Les années 70 seront donc celles de la décadence et de petits jeunes allant plus loin, plus fort, plus vulgaire, dans la monstrueuse parade.
Curieusement, il ne grava que des 45 tours dans les années 1960, la suite étant émaillée de compilations ou d'albums ratés.
Un autre titre de 1964, Dracula's daughter.


Autre particularité du gugusse : il s'est présenté pendant 40 ans aux élections locales avec un succès variable, d'abord sous l'étiquette du National Teenage Party puis, à partir de 1983 pour l'Official Monster Raving Loony Party  (Parti officiel des barjots monstrueux) inspiré d'un sketch des Monty Python et revendiquant le droit de vote à 18 ans, le passeport pour animaux, les pubs ouverts toute la journée. N'hésitant pas à aller défier Thatcher dans sa propre circonscription, celle-ci fera augmenter le coût de l'inscription des candidats pour se débarrasser de l'emmerdeur qui doit écumer les pubs en jouant pour payer sa campagne électorale. 
Dépressif, comme tout authentique pitre, le faux nobliau s'est pendu le 16 juin 1999.


dimanche 9 août 2020

Un hommage à Michel Magne


C'est en tombant par hasard sur un documentaire de Jean Yves Guilleux qu'on a eu envie de s'arrêter sur l'excentrique Michel Magne (1930-1984).
Musicien classique de formation, le gars s'est  vite lancé dans la musique contemporaine dès les années cinquante, en pionnier du synthétiseur, avec des titres que n'aurait pas renié Érik Satie (Mélodie populaire d'un autre monde, Mozart en Afrique, Berceuses pour faire pleurer les gosses de riches, Visions pour un enfer plus clément, etc.) non sans accompagner Henri Salvador à l'occasion.
Mais, a l'instar de son collègue François de Roubaix c'est essentiellement le cinéma qui l'a nourri avec 73 musiques de films au compteur de 1955 à 1984. Il a en particulier travaillé avec Henri Verneuil, Georges Lautner, Costa-Gavras ou Jean Yanne.
En 1962, il a acquit le château d'Hérouville, dans le Val d'Oise, et fait aménager l'aile nord en studio d'enregistrement pour lui-même et d'autres musiciens. On a vu y défiler la crème de l'époque. Côté rock : T Rex, Pink Floyd, le MC5, Grateful Dead, David Bowie, côté variétoche : Eddy Mitchell, Nougaro, Higelin, Adamo, Polnareff, Alan Stivell et tutti quanti.
De 1971 à 1974, la console de mixage fut tenue par le jeune Patrice Blan-Francard.
Piètre gestionnaire, Michel Magne, qui se faisait un point d'honneur à recevoir fastueusement ses hôtes, se retrouve en faillite en 1973 et jette l'éponge. Ayant cédé les droits du studio pour le franc symbolique, ayant perdu ses propres bandes dans un incendie, il en restera profondément déprimé.
Il s'est suicidé le 19 décembre 1984.

La bande annonce du docu de JY Guilleux. 

  

Et Symphonie pour odeurs et lumière tirée de Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil la comédie satirique de Jean Yanne qui fit un monstrueux carton en 1972. Si c'est pas une parodie de Jacques Demy...

 

jeudi 6 août 2020

Fait chaud


En 1963, profitant de la vague de chaleur qui ravage l'Amérique, le trio Brian Holland, Lamont Dozier et Edward Holland écrit Heatwave, parallèle entre l'atmosphère irrespirable et un cœur se consumant de désir.
Le label de soul confortable de Detroit, Tamla Motown, le confia à Martha Reeves et ses Vandellas, en faisant un numéro 4 des ventes de single de l'année.
Les mods étant débordant d'admiration pour les groupes de doo-wop, les Who la reprirent aussitôt. Ici à la télévision française de 1965.


La palme de la version énergique revenant aux Jam sur leur album Setting songs de 1979. Ici tiré d'une VHS pourrie lors d'un show à la TV britannique.



C'était notre rubrique météo et télé d'antan.

vendredi 31 juillet 2020

Reprise d'été : trente glorieuses et commentaires


Du temps du 45 tour et des juke-box triomphants, il arrivait assez souvent que la face B, qui n'était censée être que du remplissage, soit une démarque de la face A, censée être le tube. Dans le rhythm'n blues américain, on se mit parfois à mettre au verso la version musicale de la chanson recto. Technique abondamment reprise en Jamaïque qui donna naissance au dub et au toast des disc jockeys.
La face B ne constituait qu'exceptionnellement une suite de la A, d'autant plus dans l'industrie du disque francophone.
Ou alors il fallait avoir beaucoup ce choses à exprimer.
Ce qui fut précisément le cas de François Béranger, ex ouvrier à Billancourt, ex appelé en Algérie qui sortit en 1970 son premier album Tranche de vie, titre qui couvre les deux faces de son premier 45 tour.  Il a alors 33 ans, ce qui est un peu âgé pour faire twister la jeunesse mais qu'à cela ne tienne, à l'aube de cette décennie, tout paraît encore possible.
Cette chronique d'une vie de prolo en onze couplet étant trop dense pour contenir dans le format des trois minutes, la solution du camarade bougon fut donc de chanter six couplets en face A, de lancer C'est pas fini ! et... de terminer la chanson en face B. Tout y passe : l'exode rural, les services sociaux, l'usine, la petite délinquance, la guerre coloniale, les manières exquises des flics et des juges et la taule Et le titre fit un carton, permettant ainsi au grand François de s'alimenter grâce à son art.
La chanson sans interruption filmée par la tv suisse en 1972.


Une honorable reprise : celle d'Hubert-Félix Thiéfaine, trouvée sur l'album hommage à Béranger, Tous ces mots terribles, conçu par sa fille Emmanuelle en 2008.
Un arrangement un peu plus rock, un ralentissement du tempo qui rallonge le morceau d'une minute et l'affaire est dans le sac.
Puisqu'on vous dit que c'était pas toujours mieux avant.


lundi 27 juillet 2020

Vie et mort de Bobby Fuller, loser réputé



Il y a beaucoup de Buddy Holly chez le rocker texan Bobby Fuller. À telle enseigne que son titre phare, celui qui restera à jamais, I fought the law, fut écrit par Sonny Curtis, des Crickets, groupe du génial binoclard. LA chanson avec laquelle Bobby est entré dans l'histoire est donc une reprise.
Basé à El Paso, alors bled frontalier de taille moyenne, Robert Gaston Fuller (1942-1966) embauche son frère Randy comme bassiste dans un quatuor qu'on ne nomme pas encore Garage band suite à l'onde de choc créée par Elvis Presley et suit les traces style de son paisano Buddy Holly.
Après s'être nommé Bobby Fuller & The Fanatics, le gars rebaptisera son groupe Bobby Fuller Four. On y a vu défiler pas mal de personnel mais la rythmique la plus stable fut tenue par Jim Reese (guitare) et Dalton Powell.
Boudés par les labels locaux, les petit gars sortent un 45 tour à succès limité :   It’s Love, come what may. Ils sont signés chez Del-Fi, puis Mustang Records, de Los Angeles.



En 1964, ils empruntent donc un autre titre au groupe de feu Buddy Holly, disparu en février 1959 dans un crash aérien, I Fought The Law, génial résumé de la cavale d'un braqueur ayant dû abandonner sa chérie pour finalement se faire  capturer par la loi qui l'envoie casser des cailloux en plein cagnard.
Loin de faire un tube instantané, ce titre va néanmoins devenir petit à petit un refrain de mauvais garçons jusqu'à accéder au top 10 en 1966.


C'est aussi l'année où on retrouve, le 18 juillet, Bobby Fuller tabassé à mort et asphyxié à l'essence dans sa voiture sur le parking de sa résidence californienne. Une légende tenace veut qu'il aurait fricoté avec la copine d'un chef de gang de bikers. Une autre, avec la bonne amie d'un mafieux du cru. On est même aller jusqu'à soupçonner un Charles Manson qui avait pourtant un alibi de taille : il effectuait un séjour en taule.
Toujours est-il qu'avec son habituel sens de la poésie surréaliste, la police locale conclue à un suicide. Même si le gars n'a pas eu une grande carrière, on peut affirmer qu'avec sa sortie il a fait preuve d'un certain savoir-mourir.
Le petit frère, Randy tenta bien de maintenir le groupe mais il était loin d'avoir une voix convenable et n'eut qu'une existence éphémère.
Tout ce petit monde tomba donc dans l'oubli.
Jusqu'à ce qu'en 1978, les Clash Mick Jones et Joe Strummer, de passage à San Francisco pour les overdubs de leur second album, tombent sur le 45 tour chez un collectionneur de juke-box. Scotchés par la puissance évocatrice du titre, les londoniens en route vers la gloire, incluent une énergique version à leur EP The cost of living (mai 1979). Et le transforment immédiatement en classique pour toute une génération de punks et de rockers.
Ici en concert dans le film de Rude Boy de Jack Hazan.


Depuis, la complainte du hors-la-loi malheureux a été reprise par Hank Williams (Junior), les Dead Kennedys, Green Day, la Mano Negra, Schultz, Bruce Springsteen et une infinité d'autres, y compris les forces d'invasion yankees au Panama en 1989 (encore un truc que le père Strummer a dû adorer).
Pas si mal pour un petit gars méconnu qui avait la poisse. 

vendredi 24 juillet 2020

Salsa triste de l'été


On vous a déjà dit ailleurs tout le bien qu'on pensait du chanteur et auteur Rubén Blades.
Outre ses chroniques sociales du barrio ou ses fresques de l'exil, le bougre se fit une spécialité de peindre la situation des pays latino américains dont la majorité vivait la décennie 1970 sous les bottes de militaires placés avec la bénédiction du Tio Sam.
Il écrivit ainsi plusieurs titres plutôt enlevés pour moquer les gens en uniforme (Prohibido olvidar) ou dénoncer l'impérialisme gringo (Tiburón). Mais son coup de maître est, à notre avis, Desapariciones (Disparitions) de l'album Buscando América (1984). Exceptionnellement, il chante ce titre dont le sujet a un titre suffisamment explicite pour ne pas avoir à être expliqué, sur une musique lente et funèbre.
Extraits
Voilà trois jours que je cherche ma frangine / elle s'appelle Altagracia, comme la grand-mère / elle est sortie du boulot pour passer à l'école / avec des jeans et une chemise blanche / C'est pas un coup de son mec, il est à la maison / et la police ne sait rien sur elle / ni l'hôpital.
Que quelqu'un me dise s'il a aperçu mon fils / il est étudiant en médecine / il se nomme Agustín et c'est un brave garçon / Des fois, un peu têtu dans ses opinions / on ne sait pas quelle force l'a arrêté / pantalon blanc, chemise rayée, c'était avant-hier.
Clara Quiñones, c'est ma mère / une sainte femme qui ne s'embrouille avec personne / ils l'ont emmenée comme témoin / pour une affaire qui ne concerne que moi / Et j'ai été me livrer cet après-midi / Et voilà qu'ils me sortent qu'ils ne savent pas qui est venu l'emmener / de la caserne.
Cette nuit j'ai entendu plusieurs détonations / des tirs de carabines et de revolvers / des bruits de moteurs, de freins, des cris / des échos de bottes / des porte qu'on frappe, des plaintes, de la vaisselle cassée. / C'était l'heure du feuilleton télévisé / et personne n'a regardé dehors. / Bande d'autruches !

Évidemment, on pense d'abord à l'Argentine, pays où cette technique technique de terreur d'État fut poussée à son comble, laissant, avant et après le putsch de 1976 plus de 30 000 morts sans corps ni sépultures. Mais ce terrorisme d'État fut (et est) toujours largement pratiqué au Mexique, Guatemala, Salvador, Nicaragua, Colombie, Équateur, Chili, Uruguay, Paraguay, etc.  
Assassins ordinaires et médiocres

Mais pour l'écho que ce phénomène eut en Argentine, la chanson fut reprise, en 1992, par Los Fabulosos Cadillacs, groupe de ska, punk, tropical et jazz de Buenos Aires sur leur disque El León.
On trouve même leur version nettement plus speedée, supérieure à l'original. Et ça nous évoque quelques souvenirs.



Une fois n'est pas coutume, on termine sur une citation de
Simón Bolívar Maldito el soldado que apunta el arma contra su pueblo