Après s'être permis de nous faire rêver sur la Légion espagnole (La bandera 1935) ou de nous démontrer à quel point les femmes divisent les bons copains ( La belle équipe 1936), Julien Duvivier, qui n'en ratait pas une, nous livre un film glorifiant la pègre aux colonies : Pépé le Moko 1937.
Enfin, il sera tout de même beaucoup pardonné au futur réalisateur de Don Camillo pour au moins deux raisons :
- Son coup de génie post-guerre : Panique en 1946 (avec Michel Simon)
- Et des séquences comme celle-ci qu'on avait promis de vous livrer lors de notre émission de janvier consacrée au cinéma
Dont acte, il était plus que temps de tenir parole :
Kevin Ayers a cassé sa pipe le 18 Février dernier à Montolieu dans l'Aude. En éternel dilettante, il est mort dans son sommeil, évidemment.
Il avait laissé sa guitare au bistrot du coin : "celui qui veut jouer joue".
Ayers en a eu très vite assez de jouer, et a pris sa retraite à 25 ans.
" J’ai détesté le music business dès le début.
J’exécrais ces réceptions inutiles où l’on vous pressait : ‘Il faut parler
à untel et untel’. Je me voyais mieux plongeant dans la mer des Caraïbes. Et
comme physiquement, il est préférable d’être jeune pour le faire, pourquoi attendre de vieillir. La célébrité
ne m’a jamais motivé."
Fatigué par la ligne jazz-rock psychédélique à outrance défendue par le Soft Machine de l'époque, il se barre du groupe qu'il a co-fondé après les 1ères parties mâtinées de dinguerie de Jimi Hendrix pour prendre des vacances à Ibiza. Il sort de son farniente de temps en temps pour nous pondre ("no eggsplanation") quelques pépites "Joy of a toy","Shooting at the Moon", "whatevershebringswesing". Des albums où se mêlent loin de tout courant musical bien défini contines,rêveries envapées, bluettes pastorales, chansons de cabaret avec une pointe free jazz (rest in peace Lol Coxhill) et psychédélique ( il fera jouer Syd Barrett sur Religious experience, "le seul -des Floyd- qui avait quelque chose de spécial"). De sa belle voix de baryton, ce Dandy hippie chantait le vin,les amours, les rêves dans un nonsense merveilleux typiquement anglais qu'on trouve chez Lewis Caroll au hasard. Kevin Ayers ne s'accrochera pas, passera la main, se noiera quelque peu dans diverses addictions,ne fera pas carrière comme tant de "pompeux cornichons", qui ressurgissent de temps en temps avec leur caution sixties pour faire marcher la planche à billets. Quelques albums inégaux, quelques collaborations viendront (Nico, John Cale pour ceux qu'on aime) avec toujours des perles au milieu, un dernier disque sorti par hasard en 2007.
Pourquoi un hommage à Kevin Ayers sur ce blog ? On trouve sur la réédition cd de "Shooting at the Moon" (sorti en 1970) deux chansons en français, "Puis-je" (reprise de "May I") et "Jolie Madame" dans la veine indolente du balladin.
Né dans le Vaucluse, il abandonna le petit séminaire
pour devenir garçon de bureau au Peuple qui publia son
premier poème. Il milita pour la Commune de Marseille (22 mars – 4
avril 1871) aux côtés de Gaston Crémieux et lança La voix du
peuple pour soutenir l'idée de l'autonomie communale.
Ces activités et la publication, en mai 1871, de sa
Lettre de Marianne aux Républicains lui valurent d'être
traduit devant le Conseil de Guerre qui le condamna à trois ans de
prison et 6000 francs d'amende.
Il fit par la suite une carrière électorale, élu
député des Bouches-du-Rhône après l'amnistie en 1881 puis député
de Montmartre de 1893 jusqu'à sa mort.
Il a réuni ses poèmes et chansons dans Poèmes de
prison (1875) et dans Jours de combat (1877)
Socialiste notoire, il écrivit aussi en occitan
représentant ainsi une tendance bien plus révolutionnaire que les
« félibres »
Plusieurs de ses écrits parurent dans des journaux
comme cet Hymne à la Commune
Extraits :
« Salut Commune ! O jours maudits !
Contre
toi, contre tes apôtres,
se
dressèrent tous les bandits
qui
mangent le pain blanc des autres.
Lorsqu'ils
t'eurent collé au mur,
Foutriquet*
éclata de rire :
on
tira sur toi comme on tire
sur
les moineaux dans le blé mur.
Salut
glorieuse martyr. (…)
Mais
tu n'es pas morte, non !
Pour
déraciner le vieux monde,
nous
n'avons qu'à jeter ton nombreuses
à
l'énorme foule qui gronde.
Buvez,
chantez, faites l'amour :
le
gouffre a faim, la planche glisse.
Il
faut que le sort s'accomplisse,
il
faut que le peuple ait son tour !
Salut
demain ! Salut justice ! »
* Louis Adolphe Thiers aussi surnommé
Adolphe-le-Petit, Général Boum, Obus Ier, Tamerlan à lunettes,
Crapaud venimeux, Satrape de Seine-et-Oise, Petit Jean-Foutre, Infâme
vieillard, Général Tom Pouce, Croquemort de la Nation, Dieu Terne,
Invalide de Versailles, entre autres descriptions.
Eugène Edme Pottier (1816- 1887), fils d'ouvrier, fut d'abord
emballeur, puis commis-papetier et dessinateur sur étoffes. Il
composa sa première chanson à 14 ans, elle s'intitulait Vive la
liberté ! Mais celle qui le fit connaître en 1840 était Il
est bien temps que chacun ait sa part.
Il combattit sur les barricades en février et juin 1848
et fut réduit au silence sous l'Empire.
Il monta alors une importante maison d'impression sur
étoffes tout en restant fidèle à ses idées. Il adhéra à la
première Internationale en 1870.
Durant le siège, il appartint au Comité central
républicain des Vingts arrondissements et fut adjudant au 181ème
bataillon de la Garde Nationale qui combattit à Champigny.
Le 16 avril, le IIème arrondissement l'envoya siéger
au Conseil de la Commune où il appartint à la commission des
Services publics. Il fut également élu à la commission exécutive
de la Fédération des Artistes.
C'est en juin 1871, que caché dans Paris et recherché
par les versaillais il écrivit l'Internationale dont Pierre
Degeyter composa la musique en 1888.
Réfugié en Angleterre puis aux États-Unis, il gagna
sa vie comme dessinateur. Le quatrième conseil de guerre le condamna
à mort par contumace le 17 mai 1873.
Durant son exil, il écrivit de nombreuses chansons puis
rentra en France après l'amnistie de 1880, malade, à demi paralysé
et vécut dès lors dans la misère.
En 1883, Gustave Nadaud publia un premier recueil
de ses chansons sous le titre Quel est le fou?
En 1887, l'année de sa mort, en parut un autre, Chants
révolutionnaires, préfacé par Rochefort (ex communard
et future crapule antisémite)
Le 8 novembre 1887, ses obsèques donnèrent lieu à une
grande manifestation où la police chargea pour faire disparaitre les
drapeaux rouges.
Les œuvres complètes de Pottier ont été
réunies et préfacées par P. Brochon chez Maspéro en
1966. Inutile de rajouter que cette édition est devenue introuvable.
Né à Boulogne-Sur-Seine, il passa d'abord par
« trente-six métiers et bien plus de misères » avant de
se lancer dans le journalisme politique et la chanson.
« Il estime que non seulement le peuple n'a jamais
travaillé pour lui-même, mais encore qu'il a toujours chanté les
autres. Il faut le forcer à voir sa misère, à s'occuper de ses
intérêts. Il ne s'agit pas de faire des chansons à thème aussi
ennuyeuses que des discours d'académiciens mais des chansons qui
soient au diapason des idées modernes, qui pressentent l'avenir et
le préparent. Telle est la genèse des Chansons de l'avenir où
l'esclavage industriel est dénoncé (..) où l'appel est lancé à
un 1789 des travailleurs » (Maurice Choury)
Ses ennuis avec la censure impériale le poussèrent à
se réfugier en Belgique en 1867 et c'est là qu'il publia son
chef-d'œuvre, Le temps des cerises, qu'il dédiera plus tard
à une ambulancière communarde. A son retour à Paris, il lance un
journal, Le Casse-Tête, et collabore à La Réforme de
Delescluzes et Vermorel. Condamné à un an de prison
pour délit de presse, en 1870, il est libéré à la proclamation de
la République. Durant le siège, il servit dans la Garde Nationale
et fut de toutes les journées insurrectionnelles : 31 octobre, 22
janvier... Il était membre du Comité de vigilance du XVIIIème
arrondissement et fréquentait le Club de la Boule Noire.
Elu au Conseil de la Commune par ce même
arrondissement, il fut très actif à la commission des Services
publics et des Subsistances. Puis il fut délégué à la fabrication
des munition (16 avril) et à l'Enseignement (21 avril)
Il collaborait au Cri du Peuple de Jules
Vallès et avait protesté contre la suppression d'autres
journaux : « Il faut la liberté pour tous ! La liberté plein
et entière ! Que les méchants et les bavards écrivent et disent ce
qu'ils voudront, la sagesse populaire en fera justice, soit en ne les
écoutant pas, soit en ne les achetant pas. »
Il combattit durant toute la Semaine sanglante et fut
sur une des dernières barricades le 28 mai. Réfugié chez un ami,
il réussit à gagner la Belgique puis l'Angleterre d'où il apprit
sa condamnation à mort par contumace. Rentré en 1880, il milita
dans les rangs socialistes, collabora à des journaux et fonda des
coopératives ouvrières.
Ses Chansons furent réunies en un gros recueil
en 1887. Il est l'auteur d'un volume intéressant bien que sans
grande utilité pour l'histoire : La
revanche des Communeux (1887)
Sa chanson la plus
émouvante : sans doute Le
capitaine au mur dont
il existe plusieurs versions ou couplets.
A
chaque bouleversement social (Révolution anglaise, française,
espagnole, mexicaine, russe, etc.) il est de coutume d'accompagner
les événements en chanson.
La
culture populaire nous a fait parvenir bon nombre de ces chants de la
Commune de Paris (18 mars, 28 mai 1871) dont certains datent d'avant
alors que d'autres furent écrits et popularisés bien après la
semaine sanglante.
Durant
la Commune de Paris, une des chansons les plus populaires fut La
canaille qui valait un immense
succès à son interprète, Rosa
Bordes,dans les concerts
organisés au profit des veuves et orphelins des Gardes Nationaux
tués au combat. Cette chanson avait été écrite bien avant la
Commune, tout comme Le temps des cerises de
J.B. Clément
qui est aujourd'hui la chanson « communarde » la plus
fameuse.
Au temps même de la Commune, on chansonna, comme d'habitude, les
événements du jour tels la crémation de la guillotine, la chute de
la Colonne Vendôme mais surtout on chanta les méfaits de Thiers et
sa bande de versaillais et de calotins.
Ces chansons, imprimées sur des placards que les colporteurs
vendaient deux sous circulaient de la même façon que les
caricatures. Écrites au jour le jour, souvent maladroites, la
plupart n'ont pas survécu (…) comme ce couplet à propos de la
chute de la colonne Vendôme :
« Peuple,
apprends par cette histoire
à
n'plus porter sur ton dos
ces
Jean-Foutre de héros
qui
t'causent tant de déboires...
Et
voilà comment en tirant
on
abat tous les tyrans »
Il y a, bien entendu , des chansons guerrières comme :
« Jurons
sur les remparts armés pour la défense
de
sauver la grande cité
de
laver dans le sang un danger qui l'offense,
de
sauver la fraternité.. »
Mais les meilleures chansons communardes, celles qu'on fredonne
encore, furent composées au lendemain de la Commune ou dans les
années suivantes par Châtelain,J-B Clément,Clovis Hugues et Eugène Pottier.
La répression versaillaise eut aussi ses chansons : complainte sur
les incendies, sur la mort des otages, sur les crimes et pillages des
brigands de la Commune.
Nous nous passerons d'en reproduire ici. Après tout, les héritiers
de ces bourreaux là nous gouvernent depuis lors.
Discographie incomplète : Chants de la Commune (Le Chant du Monde LDX 744471971) interprétés Mouloudji, Francesca Solleville, Armand Mestral, les Octave
A l'assaut du ciel - La Commune de Paris (Le Chant du Monde LDX 74449 1971) Chronique de Henri Bassis, musique de Joseph Kosma interprétée par l'Ensemble Populaire de Paris
L'oiseau noir du champ fauve (Cantate pour Louise Michel) Michèle Bernard (EPM 98523 2004)
Et d'innombrables chansons qu'on peut grappiller dans un nombre incroyable de styles allant du cabaret au punk rock ou au rap actuel.
La majorité de cet article est tirée de
l'indispensable « Dictionnaire de la Commune de Paris »
de Bernard Noël (Flammarion 1978)
Je n'ai pas été foutu de le trouver sur internet..
Formé de Gilles (Jean Villard) et de Julien
(Amand Maistre), ce duo allait révolutionner non seulement les tours de
chant à deux interprètes mais tout simplement le tour de chant tel
qu'on le concevait au milieu des années trente.
Issus du théâtre du Vieux-Colombier, sous la direction de Jacques Copeau, Gilles et Julien
firent un temps partie des Copiaux dont ils transférèrent la technique
de scène et l'esprit dans leurs chansons qui devinrent ainsi des
mini-pièces en trois actes jouées, pour la musique, par Gilles au piano et, pour la mime, Julien devant ou appuyé sur l'instrument.
Revêtus, à partir de 1935, du pantalon et du chandail noir, ils
préparèrent ainsi la voie aux tours de chants de ceux qui, après la
guerre, ne se contentèrent plus de chanter n'importe quelles rengaines,
debout devant un rideau, et qui décidèrent d'axer leurs prestations vers
le côté dramatique ou anecdotique de leurs chansons.
Ils annoncent en quelque sorte les éclairages de Juliette Gréco, la gestuelle de
Montand,
les spectacles des Frères Jacques tout en ouvrant la voie à des
auteurs-interprètes dont le seul nom a suffit, à partir des années
cinquante, à imposer au public un certain atmosphère, unique à chacun
d'eux, et dans lesquels ils ont pu dorénavant évoluer.
Sur disques, Gilles et Julien n'ont laissé qu'une
pâle image de leurs prestations mais avec un peu d'imagination, on peut
réussir à se faire une idée de ce que pouvait être leur tour de chant. -
Surtout si on n'oublie pas que c'était avant la guerre.
Ci-dessous, leur "tube" en temps de crise : "DOLLAR"