lundi 23 septembre 2019

Berthe Sylva, sortez les tire-jus !


Voici une chanteuse réaliste, gloire de l'entre-deux guerres, dont la spécialité était d'arracher des larmes au public tout en vivant une vie de joyeuse luronne. Du moins tant qu'elle l'a pu.
Née Berthe Faquet en 1885 à côté de Brest (ou, selon d'autres sources, dans le Lot-et-Garonne), fille d'un marin et d'une couturière, elle aurait été placée comme femme de chambre dès son enfance et aurait eu un gosse à 16 ans. Du moins, c'est ce qu'elle racontait à la presse. On sort les mouchoir.
Elle aurait fait ses débuts vers 1908 au Casino de Montmartre puis à celui de Montparnasse. En 1916, son premier succès est un morceau de Vincent Scotto, La tourneuse d'obus. Elle fait aussi des galas pour les poilus.
Enregistrement de 1913, Mon vieux pataud (Le Peltier, Valsien) ici avec des images du film Ni vu, ni connu ( Yves Robert, 1958 )

 

Sa grande renommée arrive au milieu des années 20 en devenant permanente du Caveau de la République et en passant régulièrement en direct sur les ondes de Radio Tour Eiffel. En 1928, c'est la gloire avec Les roses blanches (Pothier, Raiter) puis Le raccommodeur de faïence (Decoq, Soler) vendu à 200 000 exemplaires, fait incroyable vu le peu de radios et de gramophones existant alors, sans parler des disquaires.
Elle tourne alors avec Fred Gouin, le chanteur aux 450 78 tours, avec qui elle a une relation amoureuse passionnée et passablement arrosée. 
Parfois comparée à la grande Fréhel, son répertoire, essentiellement éploré, prête aujourd'hui plutôt au sourire.
Elle est pourtant encore présente dans la mémoire collective avec (outre Les Roses) Ferme tes jolis yeux (en duo avec Gouin) La légende des flots bleus et ce chef d’œuvre du pathétique flamboyant qu'est Du gris (Bénech, Dumont, 1925) en général faussement attribué à... Fréhel !


Élue "chanteuse préférée des jeunes filles" en 1936, elle se réfugie à Marseille en 1940. Elle y meurt l'année suivante rongée par le vin et la misère. Sa maison de disque se contentera de financer les obsèques au cimetière Saint-Pierre. Et un Fred Gouin inconsolable d'aller déposer sur sa tombe une immense gerbe de roses blanches.
Le plus étonnant est que ses enregistrements remastérisés continuent à se vendre tout à fait honorablement.
Vous pouvez remiser les mouchoirs.

7 commentaires:

  1. Du gris qui a été beaucoup samplé, notamment par M.C. Colette Magny dans son rap Rap toi d'là que je m'y mette (voyez minute 3:25). Mais il ne me semble pas qu'il s'agisse de la version de Berthe Silva, ou alors elle avait vraiment trop tiré sur le clope.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce serait pas le Renaud sur son album musette ?
      Encore que, ça me rappelle aussi quelqu'un d'autre.

      Supprimer
  2. Un de ces chanteurs à la française des années 90 qu'on retrouvait chez des groupes comme La Tordue, les Têtes raides, les Ogres de Barback et autres Hurlements... Lequel est-ce ?
    Moi aussi, je sèche.

    RépondreSupprimer
  3. C'est le cas de le dire... du gris, aussi ?

    RépondreSupprimer
  4. Je suis bête, c'est écrit sur le CD, il s'agit de Didier Brassac. Ne me demandez pas qui c'est, je serais obligé de vous répondre que je sèche.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Un accordéoniste et chanteur lyonnais, me semble-t-il.
      On va aller voir ça de plus près.

      Supprimer