mercredi 16 mars 2016

Princes de la cuite ( par Georgius et Louis-Sébastien Mercier)

"Qu'on s'enivre avec du bon vin, comme on fait en quelque pays, cela est pardonnable jusqu'à un certain point. L'intempérant en est quitte pour un mal de tête léger et il se couche. Mais que le Parisien s'enivre avec un vin aigre, dur et détestable qui lui est versé à grand frais pour lui par les cabaretiers des guinguettes, cela n'est pas trop concevable."

Coïncidence cinématographique

La bière qu'on boit en Angleterre et en Hollande est une boisson salubre pour le peuple. Ici, rien de plus pernicieux que le vin dont le peuple se gorge. Il n'y a pas pour moi de plus grand objet d'étonnement dans toute la capitale que cette fureur du peuple pour boire un âpre vin dont il est impossible à une bouche un peu délicate de soutenir une cuillerée"


"L'usage du vin noircit la chair d'une nation, lui donne de la pétulance, l'anime hors de propos, la porte à la folie, lui ôte ce flegme, ce sang-froid, ce calme raisonnable que l'on remarque dans tous les pays du Nord."

Louis-Sébastien Mercier. Le tableau  de Paris. 1788

dimanche 13 mars 2016

Catherine Sauvage chante Aragon

En 1961, Catherine Sauvage enregistre un album entier de chansons de Louis Aragon.
Longtemps avant le dépouillement de la vague folk, l'ensemble du disque n'est en fait qu'un duo, aux arrangements on ne peut plus sobres, dans lequel la Catherine est portée par le virtuose Jacques Loussier au piano.
Petit génie issu du Conservatoire, grand interprète de jazz, ce dernier se consacrait à faire swinguer Jean-Sébastien Bach en trio.
Il ne dédaignait toutefois pas faire le pianiste de bar ou effectuer quelques incursions dans la chanson avec Léo Ferré, Charles Aznavour, voire même... Frankie Alamo.

Une des plus belle pièce du disque est certainement ce Tu n'en reviendras pas dans lequel notre futur chantre du Guépéou évoque ses souvenirs de brancardier lors de la grande boucherie mondiale.
On la dédie à tous les petits gars qui, paraît-il, font la queue aux bureaux de recrutement.
En leur souhaitant un bel avenir...


vendredi 11 mars 2016

De l'amour, de la guerre et du désastre

Soubise à Rossbach



À l'origine de cette chanson déjà évoquée , un désastre militaire comme l'histoire de France en a le secret : la bataille de Rossbach (1757).
Passons sur les méandres de la Guerre de Sept ans. Une ironique vision de cette querelle entre princes est d'ailleurs offerte dans le splendide  Barry Lindon de Stanley Kubrick*.
Il suffira ici de savoir que le 5 novembre 1757, 54 000 soldats français et autrichiens et furent rossés et mis en déroute par les 22 000 Prussiens de Frédéric II (le copain de Voltaire, on y reviendra) grâce à une manœuvre classique, connue depuis le carthaginois Hannibal.
Suite à ce que Frédéric qualifia de "promenade", 8000 soldats alliés étaient restés au tapis contre environ 550 prussiens
Une grande part de la responsabilité de ce désastre fut imputée à l'évidente incapacité du commandant français, Charles de Rohan, prince de Soubise.
Il provoqua un tollé à Paris et le général devint la tête de turc du peuple.
Un poème satyrique courut les rues  :
Soubise dit, la lanterne à la main,
J'ai beau chercher, où diable est mon armée ?
Elle était là pourtant hier matin.
Me l'a t’on prise ou l'aurais-je égarée ?
Prodige heureux ! La voilà, la voilà !
Ô ciel ! Que mon âme est ravie !
Mais non, qu'est-ce donc que cela ?
Ma foi, c'est l'armée ennemie.


La Poisson alias la  Pompadour
Or, une rumeur établissait la nomination de Soubise au commandement suprême aux intrigues de la favorite du roi Louis XV, Jeanne-Marie Poisson, plus connue comme la Pompadour.
Tout comme il avait existé des "Mazarinades" au temps de la Fronde, les "Poissonades" se mirent à fleurir. Les auteurs de ces libelles et chansons de rues chargeant férocement la Pompadour et ses manies politiques. Bien entendu, en restant dans certaines limites : on peut se permettre d'attaquer l'entourage du Roi, surtout s'il s'agit de sa maîtresse, du moment qu'on évite de s'en prendre frontalement au monarque.

Une des traces de ce cruel épisode nous est parvenue par une chanson de rue et de soldats intitulée "Les reproches de La Tulipe à Madame de Pompadour".
Ses paroles en furent attribuées, sans qu'on en ait la certitude, à Voltaire.
Ce qui ne serait guère étonnant car certains passages ( Les Poissons avalent tout) portent la trace de son ironie mordante et coutumière. En complément, le roué écrivit aussitôt un compliment à Frédéric de Prusse, son protecteur
La chanson, rebaptisée "Comprenez-vous ? ", est ici chantée par Gabriel Yacoub, fondateur du groupe Malicorne, en 1973. Elle figure dans l'Anthologie de la chanson française compilée par Marc Robine en1993.






* Traduction de la séquence filmée :
Seul un grand philosophe ou un historien pourrait expliquer les causes de la guerre de Sept Ans, à laquelle le régiment Barry participait. Qu'il suffise ici de dire que l'Angleterre et la Prusse étaient alliés contre la France, la Suède, la Russie et l'Autriche.
La première bataille de Barry ne fut qu'une escarmouche contre une arrière française qui occupaient un verger près d'une route où les forces britanniques devaient passer. Bien que cette rencontre n'ait laissée aucune trace dans les livres d'histoire, elle fut mémorable pour ses participants.

mardi 8 mars 2016

Herbe Tendre de mars : la pénibilité

Exquise affection des britanniques pour leur famille de pénibles
Une belle brochette de pénibles de luxe. Il en manque, bien entendu mais au moins avons-nous approché le sujet. Pas comme ceux qui tentent d'appliquer cette notion au salariat.
Le son de la chanson de Caussimon étant assez approximatif, on peut la retrouver là.

Mathias Duplessy & Enkhjargal Dandarvaanching      Teneg Haan
Jacques Brel                                              Le caporal casse-ponpon
Anne Sylvestre                                          Lettre à Élise
Mouloudji                                                 Allons z'enfants
Renaud                                                     L'auto-stoppeuse
Les Plumeaux                                           Quoi le gaz ?
Higelin                                                      Poil dans la main
R-Wan                                                       Lâche l'affaire !
Caussimon                                                Les milices
Barbara                                                    Les rapaces
Casey                                                        Mourir con
La Tordue                                                 Les rats
OTH                                                          SS Super sordo
Charles Trénet                                          La cigale et la fourmi

L'émission est écoutable et téléchargeable sur le site habituel.
Et en supplément, un pur nuisible :


Allez. rencard à tous et toutes demain dans la rue pour en finir avec les pénibles (on peut toujours rêver).

dimanche 6 mars 2016

Les rois du rock (2) : les Moonshiners

Mickael, Cyrille, Thierry, Frank et Alex

On savait déjà que Thierry "Cockran" Pelletier avait un joli brin de plume à ses heures.
Il ne manquait plus qu'à rencontrer le groupe dans lequel il chante, les Moonshiners.
Ce fut chose faite le 27 février dernier, à Toulouse et grâce à cette bande qui mouline à la sauce rockabilly des traditionnels, du gospel, du musette, du blues, on s'est bien marrés.
Voila des gaziers qui n'hésitent point à reprendre du Jeffrey Lee Pierce, un hymne digger de 1649 et même un inédit de... Bernard Dimey !
Sans oublier les chansons écrites par le Cockran.
Et comme ces bons bougres ont sorti un disque, on se fait une joie de vous en envoyer deux extraits : Prière pour aujourd'hui de Dimey


Et un Havre-Caumartin- Saint Lazare saupoudré d'images de la France à papa.

Et non, l'INA a l'a viré. Version sans images donc :



On était quelque part balancés entre l'univers de Kébra de la grande époque et du Margerin de ses débuts. Chouette soirée, revenez quand vous voulez les gars. 

vendredi 4 mars 2016

La maman et la putain en zizique

Ce film (1973) de Jean Eustache qui marqua sa génération tout en continuant à provoquer maintes discussions pour déterminer si il glorifie ou dénonce certaines valeurs en vogue d'après 68, n'est pas seulement une variation sur le désir en errance, truffée de citations de Bernanos. Il est aussi l'occasion d'envoyer à l'écran une bande sonore assez riche, à une époque où les chansons grappillées ici et là n'étaient pas encore une forme de facilité pour les cinéastes. 

Ainsi, au long des aventures amoureuses d'Alexandre on peut entendre en fond ou en intégralité des pièces de Marléne Dietrich, Édith Piaf, Zarah Laender, Deep Purple, Mozart, Offenbach, Damia et, bien entendu, un morceau de choix : La chanson des fortifs' par Fréhel. À laquelle Françoise Lebrun réplique par Tout simplement de Paul Delmet.


La maman et la putain - vieilles chansons par awixumayita
(Si la vidéo n'apparaît pas sur votre bécane, elle est disponible là.)
 
Curiosité : en 1996, Diabologum, le groupe de Michel Cloup, a mis en musique le monologue final de Françoise Lebrun sur l'album #3.

mardi 1 mars 2016

Émission de mars : pénibles, boulets et autres parasites

Parasites transalpins à l'entraînement
Mars étant le mois de tout les dangers, l'Herbe Tendre se penchera sur les chansons traitant des importuns, des fâcheux, des empêcheurs de tourner en rond et autres sangsues.
Et ce, dans leurs aspects historiques, sociaux ou privés.
Amoureux du direct, l'émission aura lieu le 6 mars à 18h sur le 92.2 de Radio Canal Sud ou canalsud.net.
Exceptionnellement, la chanson-annonce est remplacée par un petit sketch des Monthy Piton dans lequel on retrouve quelques savoureux pénibles :  consommateur averti, commerçant spéculateur, danseurs folk et musicien d'ambiance.