lundi 17 juin 2019

Raina RaÏ, aujourd'hui classiques

Djilali, Kada, Hachemi, Lofti et les autres
C'était en 1984. Notre environnement sonore banlieusard à base de rock, punk et reggae s'enrichit d'un nouveau son. Après un bouche à oreille au sujet d'Algériens qui swinguaient salement, il suffisait de se pointer chez le boucher hallal (ou ne l'était-il pas encore ?) du coin et, au lieu de côtelettes, de demander "Z'auriez pas la cassette Hagda de Raïna Raï ?" Les plus affranchis ajoutant, "Ceux de Sidi bel-Abbès, pas les autres". Et de repartir avec cette bande auto-produite qui coûtait quinze balles, avait un son approximatif et nous ouvrait des horizons infinis faits de nonchalance, d'une dose de je m'en foutisme de bon aloi et d'une pincée de sensualité. Putain, mais elle sortait d'où cette guitare ?



Le Raï (qu'on peut traduire à sa guise par point de vue, opinion, voire libre choix) n'était pas nouveau. Cette musique à mauvaise réputation, qui fut même un temps prohibée, serait née au début du siècle dans l'Oranie. Les copains de là-bas connaissaient déjà Reinette l'Oranaise ou Cheikha Remitti (moi-ça, patron !)
Du rock ou du rhythm'n blues en provenance d'Algérie ou du Maroc, quoique confidentiel, il y en avait plus que ce qu'on croit. Mais là, cette bande mélangeait allégrement tout ça et tapait directement dans des refrains obsédants fabriquant aussi sec des classiques.
Issus des Aigles Noirs et des Basiles, Lotfi Attar (génial guitariste), Mohamed Ghebbache, dit Kada (chant) remplacé ensuite par Djilali Armana (voix éteinte définitivement en 2010) Tarik Naïmi Chikhi (claviers), Kaddour Bouchentouf (percussions), Hachemi Djellouli (batterie, chant) et Mohamed Ghrici (basse) fondent Raïna Raï fin 1980 à Paris où ils galèrent en rupture de bled.
Et ça va aller assez vite pour eux. L'utilisation de deux titres de Hagda (en gros "c'est comme ça et pas autrement") par Claude Berri dans son film Tchao Pantin n'y fut pas pour rien.
Un autre coup de maître : Ya Zina


Contrairement à la ribambelle de Chebs (Khader, Mami, Hasni, Sahraoui, etc.) qui émergèrent dans ces années raï, Raïna était un vrai groupe, une formation plus proche d'un combo de rock classique que de ces chanteurs à musiciens variables. Et là où les synthés envahissaient la musique, eux restaient fidèles à leurs influences musicales des années 1970.
Revenu triomphalement en Algérie, le groupe se sépara en 1987 après avoir gravé deux albums avant de se reformer sous la houlette du producteur Rachid Baba Hamed. Mais quelles que soient les qualités de leur travail, la légende retient surtout leurs débuts et ce n'est pas un hasard si des groupes obscurs comme des groupes à succès (Orchestre National de Barbés, Gnawa Diffusion) ont toujours quelques une de leurs chansons à leur répertoire.
Taïla en concert :

 
Pas un hasard, non plus s'ils sont entrés de plein pieds dans la culture populaire algérienne comme on peut le constater dans cet extrait du très plaisant film de Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles (2017) dans lequel malgré le play-back, on croit reconnaître l'inoxydable Lofti Attar sur la scène.




3 commentaires:

  1. C'était en 1986, en janvier ou février je crois, à la Vilette: un concert qui présentait la fine fleur du Raï de l'époque, avec Chikha Rimitti, Cheb Khaled (ce devait être son 2 ou 3eme concert public en France,) et Raïna Raï. J'ai encore en tête la ligne de basse qui introduisait leur morceau Hagda. C'était avant la world music et la sono mondiale.....

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  2. Heureux anonyme, on se souvient de ce concert, qu'on a par ailleurs raté. Mais les potes qui y étaient l'ont longtemps évoqué avec le sourire de rigueur.

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  3. Le Raï, comme le Rebetiko, était la musique du peuple des tripots, des bordels, de toutes ces franges marginales de la société, qui chantaient dans les années 30 l'ivresse alcoolique et le désespoir amoureux. Dès le milieux des années 70, on pouvait voir et entendre sur la 3éme chaîne de télé française, dans Mosaïques, une émission diffusée le dimanche matin à destination des immigrés, des musiciens et chanteurs qui avaient modernisé l'ancienne musique traditionnelle de l'Oranais: je pense à Messaoud Bellemou
    (https://www.youtube.com/watch?v=r-L-SY1a_X4).
    Amitiés (l'anonyme du 19/06).

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