mercredi 25 août 2021

He was Charlie


 Si on va, nous aussi, de notre petit coup de chapeau à Charlie Watts (1941-2021) fondateur et fondation des Stones, ce n'est pas seulement par nostalgie.
C'est surtout l'occase à écouter les bon conseils d'un éminent bluesman à un jeune batteur. En 1971, le bluesman déjà soixantenaire Howlin' Wolf est parti enregistrer à Londres en compagnie de quelques minots transis d'admiration (Eric Clapton, Steve Winwood, Bill Wyman et Charlie Watts). 
Il en reste les London Sessions sorties à Chicago chez Chess et en Grande-Bretagne chez Rolling Stones Records. 
On constate, à l'écoute du début de Who's been talking, (prise non retenue sur le disque) que le grand ancêtre du Mississipi savait exactement ce qu'il voulait.  

dimanche 22 août 2021

Un peu d'air frais


 Il y a ce pays de merde. Il y a une propagande incessante, une ambiance d'engueulade permanente au boulot, en famille, ailleurs. Il y a les profits obscènes et affichés de certains labos pharmaceutiques qui, pour fêter ça, augmentent les tarifs. Il y a tous ceux qui nous croient en dictature sans réaliser que chez Franco ou Ceaucescu on ne pourrait même pas en discuter là où on discute. Il y a une société de contrôle généralisé, de moralisme, d'hypocrisie (c'est quoi un gouvernement qui n'ose rendre un vaccin obligatoire mais transforme serveurs, ouvreuses, bibliothécaires, cheminots en flics ?) de trouille. Une société où ta compagnie téléphonique a accès à ton dossier médical, du moins en partie. Il y a que j'aimerais qu'on m'explique en quoi le pass serait indispensable en France et pas en Espagne ou en Belgique. Il y a, que vous le vouliez ou pas, que nous sommes tous des rats de laboratoire. Il y a des illuminés, des cathos intégristes, des fafs divers qui sont heureusement trop cons pour capitaliser politiquement (encore que, on verra...) Il y a qu'on ne peut plus douter sans être taxé de complotisme. Il y a des anarchistes patentés qui nous expliquent ce qu'est la responsabilité collective (merci les gars, on vous avait attendus et, vu votre bilan...) Il a des staliniens même pas repentis qui nous expliquent que ceux et celles qui protestent contre le flicage généralisé sont tous des individualistes crasseux, des antisémites, des hédonistes même pas drôles, des trumpistes, des hitlero-trotskistes mais que ça n'a rien, au grand jamais, à voir avec les Gilets Jaunes qui étaient, eux au moins, authentiquement subversifs (et furent donc taxés des mêmes qualificatifs en leurs temps). Il y a les abrutis qui crient "La police avec nous!" 

Il y a que le sujet d'une bonne partie du mécontentement n'est pas d'être vacciné ou pas (que chacun et chacune se détermine avec sa trouille et sa conscience) mais d'être fliqué, humilié (avec ou sans pass) infantilisé, méprisé. Il y a les salauds qui s'imaginent que la subversion consiste à cramer un centre de vaccination (essayez, je sais pas moi, une chambre patronale, une préfecture...). Il y a que tant que le chantage au pass ne concerne que de la consommation, ça peut encore être vivable mais que dire du train, de l'hôpital (et le serment d'Hypocrate, les mecs ?) des bibliothèques publiques (ça vous défrise pas, les cultureux ?) et salut à vous, bilbiothécaires de la Reynerie.
Il y a que si on peut supposer que les (lesquels au fait ?) vaccins protègent des formes graves, on est tout de même partis pour une troisième dose au variant Delta. Ce qui laisse imaginer une sixième au variant Kappa et une dixième au variant Upsilon. Mais non, je déconne. Il y a qu'on refourgue les doses d'Astrazeneca à certains pays plus pauvres comme on a refourgué des stocks contaminés en d'autre temps. Il y a cette citation qui revient en mémoire "Faire dire à l'esclave "je veux" au lieu de lui dire "tu dois", voilà tout l'art de gouverner". Il y a qu'on aimerait savoir en quoi certains vaccinés pour aller au restau ou au bistrot seraient moins égoïstes que ceux qui ont quelques préventions à l'égard du produit. Il y a Tchernobyl qui craque de partout (mais qu'est ce qu'il écrit?) et des bigots trafiquants d'opium qui s'emparent d'un pays. Pendant qu'un état d'urgence sanitaire est en passe de devenir un état permanent. Et qu'on s'étonne qu'une partie de la population n'ait aucune confiance envers un gouvernement qui a menti, s'est contredit et préfère mépriser, écraser que d'avouer son incompétence ou son ignorance.
Il y a enfin, que comme on a eu parfois quelque jalousie coupable vis à vis de ces superbes mannequins beaux et cons à la fois, on envie parfois les imbéciles heureux dotés de certitudes.
Les messages d'insultes sont à envoyer à l'adresse habituelle.
En attendant un bon conseil :

vendredi 20 août 2021

Gabin en clodo

Honnête artisan du cinéma français d'après guerre, Gille Grangier (dont on vous recommande Le rouge est mis, Gas-oil, ou Le cave se rebiffe) fut dans les années soixante vilipendé par les jeunes gens prétentieux de na Nouvelle vague qui lui accolèrent, à lui comme à d'autres, le label infamant de "qualité française". Au moins, à l'époque, on savait insulter.
Si on a écrit "prétentieux" c'est d'abord parce que certains films de Grangier ont bien mieux passé l'épreuve du temps que ceux de la plupart de ses détracteurs. Et aussi parce que l'intérêt de ses films, comme ceux de Duvivier par exemple, est que le gars n'avait pas attendu Godard ou Truffaut pour aller tourner dans la rue.
Ce qui fait que grâce à lui, on peut voir la gueule qu'elle avait il y a soixante-dix ans.
Ainsi cette comédie de 1959, par ailleurs assez anecdotique, Archimède le clochard, est l'occase de passer des immeubles en construction de Maison-Alfort, à la plage de Cannes et surtout dans le ventre de Paris, autour des Halles.
Prétexte à nous envoyer cette séquence dans laquelle Gabin cabotine à souhaits. Les autres sont Albert Dinan, en patron de restau, Philippe Mareuil, en jeune con et Dary Cowl, en clodo.   

  
Une 'tite dernière pour la route avec Bernard Blier.

lundi 16 août 2021

Bons baisers de Kaboul (Actualités)

 

Un polémiste bien connu a affirmé que l'histoire se répétait d'abord comme tragédie puis comme farce.

Nous en déduirons que dorénavant, après vingt années d'une guerre si joliment menée, les Afghans sont condamnés à mourir de rire.

 C'est tout.

  

vendredi 13 août 2021

Tranche de vie (alimentaire)


Ce matin je suis allé faire les courses. Je hais les courses. Par dessus tout le moment de passer en caisse. Les caisses de supermarchés sont le plus parfait résumé du capitalisme : nous on y fait la queue, on place sur le tapis roulant des blancs de poulet, des préservatifs, des canettes de bière, il n’y a pas de temps à perdre, faut sortir les cartes bancaires, la carte d’identité, la carte de fidélité… et la caisse enregistreuse fait cling cling, au suivant, la fête ne s’achève jamais, c’est le blues des codes barres, hey, presse-toi, y’en a qui attendent, hey, tranquille, laisse-moi trente secondes, laisse-moi choper le sac et mettre les congelés là où ils n’aplatiront pas le pain de mie.



Je hais le supermarché. Le niveau de violence d’un film de Tarentino n’arrive pas à la cheville de la scène où quelqu'un compare les étiquettes des barquettes de viande dans les allées afin d’acheter la moins chère, de la pire qualité, celle qui va le tuer à petit feu, lui obstruer les artères et celles de ses gosses parce qu’il ne peux rien te payer de mieux, de plus sain. Nous les pauvres, mourons en un holocauste lent et silencieux que nous finançons au passage. Morts de froid dans nos domiciles qu’on ne chauffe pas. Rendus barjots par des maladies mentales que la sécurité sociale ne couvre pas…
Patxi Irurzun Tratado de Hortografia
(Una novela sobre el Rock Radical Vasco) 
 

lundi 2 août 2021

Variations à Ostende

 

Cluster flamand
De Gribouille on a écrit ailleurs que cette jeune fille scandaleuse à la carrière abrégée possédait voix rauque évoquant parfois Adamo.
Ça tombe bien, ils ont tous deux chantés la Mer du Nord et ses abords.
Juste qu'elle était bien moins rigolarde et trimballait sa nostalgie dans la "Reine des plages". La musique est de Ch. Fontane, les paroles de Gribouille, le 45 tour quatre titres sortit en 1968.
Chanson idéale pour temps gris.
 
Impossible de ne pas penser à l'autre chanson sur Ostende ni d'y voir comme un hommage à Comme à Ostende, chanté par Léo Ferré en 1960, repris ensuite par son auteur, persuadé de ne posséder qu'un timbre médiocre qui se décida tout de même à prendre le micro en 1970.
Voici donc la version de Jean-Roger Caussimon sur son premier album.

 

Les amateurs de plage et brouillard peuvent retrouver deux autres aimables versions en cliquant là.
Sur ce, on se casse quelque temps (en Belgique ?).

mercredi 28 juillet 2021

Héroïnes oubliées du rock 'n rol : Las Vulpes


Le rock fut souvent, et c'est là son honneur, provocateur, déconnant et impertinent. Certains l'ont payé cher.
À quinze ans, Loles Vázquez, petite sœur du batteur et du bassiste de MCD, combo punk de Bilbao, ressent le besoin urgent de former elle aussi un groupe. Elle s'attelle donc à la guitare et embarque une autre frangine, Lupe au chant avec deux amies, Tere et Susi à la batterie et à la basse avant de passer une annonce, "Quatre punkettes cherchent local de répétition". 
Après deux ans de balbutiements, en 1982, le groupe trouve un semblant de stabilité avec toujours Loles à la guitare, Lupe à la batterie, Begoña Astigarraga à la basse et Mamen Rodrigo au chant. Pour fêter ça, elles se baptisent Las Vulpes (s'écrit aussi avec deux S et signifie quelque chose comme "les Traînées" en plus grossier) et reprennent des titres des Ramones, des Stooges ou de Tonton Loquillo. Elles commencent à tourner au Pays Basque, en particulier avec les mythiques et insupportables Eskorbuto.
 
C'est l'époque où la musique la plus brute, la plus sauvage et débridée se joue au Pays Basque ou en Catalogne, la scène de Madrid, à de notables exceptions près, étant plus dandy, plus mode, branchouille, quoi.
Comme il y a là-dedans un potentiel commercial, les producteurs de l'émission Caja de ritmos,seul programme rock de la télévision qu'on a placé le dimanche matin (rigolez pas, on faisait pas mieux en France avec Chorus) vont inviter quelques groupes de barjots basques. Et comme les filles n'ont même pas de maquettes, elles sont choisies pour interpréter deux chansons en direct dont leur tube scénique Me gusta ser una zorra (j'adore être une salope) reprise même pas déguisée de I wanna be your dog.
 
 
Coup d'essai et coup de maître! C'est bien mignon de chanter Je préfère me masturber que de me taper un idiot qui me cause de lendemains. Je préfère me taper un cadre qui envoie la monnaie et m'oublie. Ou de promettre les pires sévices à un porc nommé Lou Reed, mais dans l'Espagne catholique, apostolique et romaine, ça va provoquer un beau bordel. 
Ça commence par une tribune du journal réac ABC intitulée Ça suffit ! affirmant que ce genre d'émissions "dégrade la société espagnole, écœure les pères de famille, indigne les citoyens responsables, brise la quiétude des foyers et dépasse les limites permises par la Constitution" (rien que ça!) Ça suit avec les membres du conseil des médias qui virent immédiatement les producteurs de Caja de ritmos. Ça continue avec des intellos (de droite) tels Camilo José Cela, Antonio Gala, Francisco Umbral ou Rosa Montero qui y vont de leurs couplets contre l'obscénité. 
Le label Dos Rombos en profitera pour écouler aussitôt 7000 copies de la chanson en 45 tour mais le groupe va désormais être la cible de tous les abrutis du temps et les filles se faire insulter et agresser partout où elles passent. Même en territoire basque, il leur faudra compter sur la solidarité de leurs collègues, en particulier de Mahoma, imposant chanteur de RIP, pour pouvoir s'accrocher à une scène. Elles auront beau s'expliquer auprès de la meute de journalistes lâchée contre elles " Personne ne devrait se scandaliser qu'on se masturbe, tout le monde le fait. C'est plus dégueulasse de faire des films violents ou d'obliger les gosses à adopter telle ou telle religion."    
Avec la police les persécutant, diverses plaintes, un aréopage de fachos ou de militaires venant les empêcher de jouer et même un concert en prison annulé par les autorités judiciaires, le groupe épuisé et ruiné, se sépare en 1985, devenant un mythe et effectuant un bref retour en 2005.   
Reste le premier groupe de filles à avoir chanté un hymne féministe à la télévision ibérique et ayant créé un bordel sur le petit écran seulement comparable à celui des Sex Pistols. Mais eux n'étaient pas arrivés trop tôt et en ont largement profité.