Comme dit un copain, "ce qu'il y a de bien avec la modernité, c'est qu'elle se ringardise à l'instant même".
Fort de cet avis et apparent paradoxe, l'Herbe Tendre entamera l'année par une réflexion sur le monde moderne. On se demande encore ce que ça va donner... Le lundi 5 janvier donc, à 18h sur les antennes de Radio Canal Sud (92.2 fm) ou canalsud. net.
Qu'est ce qui est ringard, du coup ? Nino ? Les trente soi-disant glorieuses ? L'intro de trompette ?
En sus, une version d'époque, complètement modernisée et néanmoins réjouissante, du Carmen de Bizet par ce petit génie de Spike Jones.
Jean Guidoni est un de ces atypiques qu'on n'a pas encore évoqué ici. D'ailleurs, on n'a jamais prétendu à l’exhaustivité, juste à la subjectivité.
Ce chanteur, à l'inspiration désespérée, (né à Toulon en 1952) entamera sa carrière musicale en 1975.
Il a, depuis, commis 18 albums, dont un consacré à Prévert.
Tour à tour mis à la mode par la gauche caviar mitterandienne (surtout à l'époque de l'album "Crime passionnel avec Piazzola) puis rejeté par icelle pour avoir craché dans cette soupe (pas assez clean apparemment).
Son album de 1983, "Le rouge et le rose" sera plutôt banni des radios.
Un de ces titres phares "Le bon berger" est ici interprété en 1983 à l'Olympia.
On comprendra mieux le malaise de la bonne France, plus de chagrin que de pitié là-dedans.
Malsain ? Mais c'est pas lui qu'a commencé !
L'estimable trio On S'en Tape nous avait régalé d'une version qu'on qualifiera de chaotique au dernier radio-crochet des Condensateurs. Elle existe quelque part sur internet mais nous ne vous la livrerons pas pour des raisons de son pourri et de charité chrétienne.
Entre comique troupier et fausses rimes, voici donc l'original de cette charmante chanson coquine de J. Prevost et M. Montier (quand on pense qu'ils se sont mis à deux pour pondre ça !) de 1921 chantée par Sandrey.
Elle fut aussi reprise par les Charlots.
Quand ethnologues et sociologues n'étaient pas encore flics
Prenons un ethnologue tout frais sorti de ses étude, la tête emplie des cours de Levi-Strauss. Notre jeune homme est impatient d'aller étudier les indiens Yanomanis. Or, on est en 1967 et l'universitaire en herbe, après avoir toqué à moult portes, n'arrivera qu'à décrocher un reportage pour "Elle" consacré aux bande de jeunes voyous du côté de la porte de St Ouen.Tant pis, faut bien bouffer et notre petit gars s'enfonce dans le Paris des bandes.
On constatera ici que la sainte trouille du bourgeois pour une jeunesse irrespon-contrôlessable ne date pas d'hier.
L'auteur va peu à peu se faire accepter par Fab, fan des Stones, par Freddy, par Ali Capone (si !), modeste voleur et par
quelques autres barjots, qui vont l'initier au fonctionnement de la bande,
aux rituels, aux défis, à la solidarité, au langage codé, mi-argot,
mi-verlan.
Monod va décrire, sans moralisme, les modes de vie et de survie de ces jeunes confrontés à la peur, au mépris et à l'hôtel des gros verrous. Rockers, mods, beatnicks, yéyés, dandies c'est tout le Paris loubard des années soixante tardives qui défile, entre démerde et refus du travail, entre casses et bastons autour des auto-tamponneuses.
Plus de quarante ans après sa parution, le livre que Jean Monod a
consacré aux «
blousons noirs » n'a pas pris une ride.
Paru dans "Elle", édité en 1968 et 1971, ré-édité en 2007.
Pour arroser ça, on s'envoie le loser magnifique, idole des blousons noirs :
Pour l'anecdote, notre ethnologue en déroute finira par dégotter un travail vers la forêt amazonienne. C'est de là-bas qu'il suivra mai 68, sur une radio d'occase.
Surnommé longtemps l'Amuseur public numéro un, cechanteur, comédien, compositeur, scénariste, romancier, homme de
théâtre, directeur de music-hall et parolier fut célébré par les surréalistes tout en étant un des chanteurs les plus
populaires d'entre les deux guerres.
Un de ses petits chef d’œuvre
Georges Auguste Charles Guibourg, de son vrai nom, est né en 1891 à Mantes-la- Ville et mort à Paris en 1970.
Il commence sa carrière en 1908,
en chantant des chansons dont il dira plus tard : "Ma vraie nature ne
s'était pas encore révélée et je pleurnichais ce répertoire pompier que
j'ai tant parodié par la suite. J'en sentais le ridicule, mais j'avais
la conviction que le public aimait ça" .Dont acte...
Au fur et à mesure des différents engagements avec des cabarets, il se met à écrire quelques chansons marrantes.
C'est en 1912 qu'il entame vraiment sa carrière de chansonnier. Au théâtre de la Gaîté-Montparnasse en remplaçant le rigolo de service, ses chansons plaisent tant que
le théâtre lui fait signer un contrat pour un an. Il y restera trois
ans. Durant cette période, il écrit des morceaux à la chaîne,
cinq par semaine en moyenne, s'associant à de nombreux compositeurs.
En 1916 il se met aux pièces de théâtre, qu'il joue ensuite avec sa troupe, Les Joyeux Compagnons.
En 1923, ses revues ont un vrai succès : il se provoque même une émeute à
l'Alcazar de Marseille, les locations ne pouvant satisfaire la demande.
Sa chanson la plus connue à l'époque est La plus bath des javas, géniale parodie des javas "réalistes" à la mode. Il continue à tourner, à monter des revues avec sa troupe, rebaptisée le Théâtre Chantant en 1926.
Mais le personnage a aussi des côtés quelque peu dégueulasses.
En 1927, il commettra une chanson antisémite interprétée par Fernandel La noce à Rebecca.
Entre 1941 et 1942, il sera directeur artistique de trois théâtres.
Sous l'Occupation, il créera une Association syndicale des auteurs et compositeurs professionnels pour laquelle il fera campagne dans Je suis partout* en compagnied'Alain Lambreaux** avec qui il montera une pièce nauséabonde sur StaviskyLes Pirates de Paris.
En 1945, il sera interdit de scène pendant un an par le Comité National d’Épuration du
Spectacle.
C'est pendant cette interdiction qu'il écrira plusieurs polars, assez médiocres, pour la Série Noire sous le pseudonyme de Jo Barnais.
Il aura laissé plus de 1500 chansons et une dizaine de romans.
* La rédaction ayant émigré à Siegmarinen, ce torchon sera rebaptisé "Je suis parti" à partir d'août 1944. ** Après vérification, il semble bien que cet Alain Lambreaux soit également Alain Laubreaux, critique et homme de théâtre, dont Robert Desnos s'était juré de faire la peau sous l'occupation. Il ne serait donc pas pour rien dans l'arrestation et la mort du poète surréaliste. La punaise, ira se faire dorer chez Franco avant de mourir dans son lit en 1968.
Il arrive parfois qu'au grès de vagabondages divers on tombe sur quelque surprise. Et en voilà une jolie... On avait déjà entendu, plus ou moins distraitement, qui "Le clodo", qui "Sadique" mais voilà-t-il pas qu'en cherchant quelques précisions on tombe sur cette page entièrement consacrée à ce groupe de rockers loufoques de la banlieue sud de Lyon et gavée de souvenirs. Particulièrement au sujet de la localisation des bandes de blousons noirs de l'époque et leur culture respective.* Tentons donc de résumer : Les choses sérieuses commencent fin 1963. Mené par J.C. (Jean-Claude ? Jean Christophe ? Jésus Christ ?) Gaurdon au chant ces mecs revendiquent les influences de Screaming Jay Hawkins, Chuck Berry, les Stones mais aussi Colette Magny, Boris Vian ou Pierre Henri. Sacré mélange, non?
En plus, ils se dégottent le même manager que Hector et les Mediators et tournent avec Los Chacos (folk Andin à tendance flûte de pan, fort à la mode dans les sixties**) Ils se feront aussi virer par Jacques Brel dont ils devaient assurer la première partie, le grand Jacques les ayant accusé de tentative d'empoisonnement !
Citation : "J'ai toujours aimé la notion d'ensemble pas de groupe. Le Homard
Violet n'était pas un groupe de rock mais un ensemble musical.
C'est la notion qu'on en avait et on aimait bien faire chier en le précisant
! Les gens disaient les Homards Violets quand ce n'était pas ironiquement:
"les crevettes roses", on laissait dire, mais pour nous c'était
le Homard Violet ! Ça pince et le violet n'est-il pas la couleur des
morts par asphyxie, une couleur suicidaire quelque part...."
C'est en 1966 qu'ils enregistrent leur EP quatre titres historique dont on vous envoie deux extraits :
Citation: "A l'époque les gens ne comprenaient pas un mot comme masochiste,
les expressions comme parano arrivent seulement dans les années
'70 en même temps que la vulgarisation de la psychologie. Tu disais
à un mec "t'es paranoïaque" il ne comprenait pas. Par
contre sadique il comprenait ! C'est une forme de provocation, il y a des
éléments que tu comprends et d'autres pas, mais avec l'histoire
tu en perçois le sens". Deuxième titre assez "Dutronien" :
Dadaistes de seconde zone, beatnicks avant l'heure, censurés, sabotés en radio, les Homards Violets arrêteront d'enregistrer. Hélas ! De plus Gaurdon s'enquille seize mois sous les drapeaux ! Le groupe se sabordera à l'aube des années 70. Quelques illuminés les reprendront de temps en temps, surtout avec l'arrivée du punk rock.
Les Homards Violets étaient (entre autres) Baby Benhamed (batterie) Gaston Besse ( basse) Serge Chaillou (guitare) Charly Di Gaetano (guitare) J.C. Gaudron (chant) * A propos, citons la ré-édition en 2007 du fabuleux livre de l'ethnologue Jean Monod "Les barjots : essai d'ethnologie des bandes de jeunes" chez Pluriel. Ce bouquin mériterait bien un article ici-même. ** Oh non, Condor ! Pas ça !
Le roi de la boite à frissons du temps où la Rue de Lappe ressemblait à autre chose qu'à une turne à touristes.
On constatera que le Gitan Blanc a non seulement des doigts d'or mais aussi une langue assez bien pendue !
C'est une trouvaille du Lexomaniaque aux nuits de France Culture de décembre
2014.