lundi 10 juillet 2017

Beurk's Band



Il fut un temps, où dans les banlieues ou usines, la musique des prolos était avant tout du rock, de la soul, puis du reggae-dub. C'était avant le raz-de-marée du hip hop.
Représentants de ce courant des années 80, les Beurks ou Beurk's Band, étaient basés dans le quartier du Landy d'Aubervilliers.
Groupe formé en 1983, originellement punk, fréquentant la mouvance autonome autour des "Rock against police", ils étaient Franky au chant, Kim-Ahn batteur vietnamien, Christian, percussionniste martiniquais emprunté aux toulousains de Dau Al Set, Arto Skee pianiste américano-basque, Kômar à la basse et Mad Q 1à la guitare qu'on retrouvera postérieurement chez Catch 22. Ils définissaient leur style comme «tropical urbain»: reggae, ragga, rap, funk...
Au milieu du marigot de ska "festif", le plus souvent d'un désolant conformisme, ils surnageaient avant tout grâce à une présence scénique irréprochable. On les a pas mal vus en région parisienne ou au Pays Basque en compagnie des Ludwig von 88, de la Mano Negra, Bérurier Noir ou Kortatu ou en première partie de la tournée du jamaïcain Laurel Aitken. 
En 1988, ils ont enregistré un album au studio Garage avant de sombrer cinq ans plus tard.
Un de leur classique Police, menottes, prison. Faut dire qu'ils avaient pas mal de potes à l'APAD (Asso des Proches et Amis des Détenus).   

vendredi 7 juillet 2017

Mistinguett, Arletty et le blues de la travailleuse

La Miss Gambettes

La valeur travail, tant magnifiée en notre ère stupide et barbare a été longtemps contestée, ridiculisée et raillée par la chanson populaire.

Parfaite illustration : cette rengaine dont les paroles sont d'Albert Willemetz et Georges Arnould sur une musique de Maurice Yvain dans laquelle une travailleuse se plaint non seulement de bosser pour des clopinettes mais d'une condition, assez fréquente, de femme délaissée ou cognée. Ou les deux, d'ailleurs.

Créée par Mistinguett (Jeanne Florentine Bourgeois 1875-1956) en 1922, cette chanson fut bientôt fredonnée par la France entière y compris par des hommes ou des socialos.
Si, si, on peut en témoigner.



Elle fut reprise par Arletty (Léonie Marie Bathiat 1898-1992) qui après avoir cherché un emploi, brille ici dans une version plus "charleston".

 

Et une belle gueule d'atmosphère

mardi 4 juillet 2017

Juillet : Goualantes de la Villette et d'ailleurs.

Entretien avec Philippe Mortimer, préfacier de l'ouvrage, des éditions l'Insomniaque


Émile Chautard, ouvrier typographe et grand connaisseur des bistrots, nous guide en chanson dans le Paris de la dèche et de la pègre, entre la guerre de 1870 et celle de 1914-1918.  
Les goualantes qu’il a recueillies au cours de ses pérégrinations dans les faubourgs furent écrites comme elles furent chantées, non par des artistes en vogue mais par des marlous et des gisquettes.
La grande richesse des pauvres d’alors c’était une jactance empruntant beaucoup à l’argot, affiné dans les prisons et les bataillons disciplinaires.
Paris canaille et spectacle pour tous

Comme l’a dit Céline : « C’est la haine qui fait l’argot. » On verra dans ces pages que l’argot c’est aussi le désir qui se dévoile, c’est aussi la verve, la trouvaille poétique et l’esprit libre.
Dans les zones ténébreuses de la Ville Lumière, dans les hideux taudis de la Belle Époque, nombre de pauvres n’obéissaient pour survivre qu’à leurs propres lois et leurs propres morales.
Le dégoût de l’usine incitait les filles d’ouvriers à se vendre sur les trottoirs et dans les bouges. Voyous dandys, les apaches paradaient en bande sur les boulevards. Le crime exerçait une trouble fascination sur la société – partout l’on recrutait des policiers, partout l’on bâtissait des prisons.
Voilà ce que narre sans artifice ces goualantes qui sont autant de témoignages pour servir à l’histoire des classes dangereuses.

Avec en chansons
L'or                                                       Petit Louis (Anonyme - Quéré)
Ciao Paname                                         Roland Brou (Van Daal - Couton)
L'amour à la barrière                           Agathe Louis (Régnier - Lecoeur)
Complainte du Charlot de la Courtille  Nénesse et Totor (Anonyme)
L'assommoir de Belleville                     Three Times Rockers (Anonyme)
Le départ des joyeux                             Juliette Gréco (Mac Orlan)
À la Roquette                                         Schultz (Bruant)
La Ravachole                                         Les Quatre Barbus (Sébastien Faure)
Le Sébasto                                             The Moonshiners (Anonyme)              


On peut suivre l'entretien ou le mettre à gauche en cliquant là.
Pour illustrer le rôle de la chanteuse tragique, qui mieux que Damia ?
Ici dans un caboulot.


Et un chant d'apaches typique :

vendredi 30 juin 2017

Roger Riffard est maladroit

Music hall d'avril 59 avec, en couverture, Roger Riffard, Pia Colombo, Anne Sylvestre et Pierre Brunet
Lorsqu'il n'écrivait pas dans le Monde Libertaire ou deux romans méconnus (La grande descente et Les jardiniers du bitume), Roger Riffard composait et interprétait des chansons. On a évoqué tout ça dans quelques articles.
Dans le registre de la parodie du musette, voici une très bath java des solitaires. D'ailleurs, si quelqu'un possède Jojo du Magenta, écrit et chanté par le même, on est évidemment preneurs.
On rappelle ce site consacré à Roger-la-déveine. Pourquoi déveine ? Parce qu'après tant d'insuccès, lui qui devait tant à Brassens poussa la poisse jusqu'à mourir le même jour que son protecteur. Inutile de préciser que ça n'a pas fait une ligne dans la presse.



Et merci à tonton Crumb

mardi 27 juin 2017

Le blues du chômeur par Les Colocs

Le protagoniste en pleine reconversion
Puisque maintenant les choses sont claires, votre serviteur vient de fêter l'arrivée d'une "nouvelle" législature par une convocation au Pole-emploi du quartier. Le genre de rencard qui ne se refuse point.
Quitte à jouer les andouilles, on confesse être allé à l'assignation en étant horriblement tenté d'y interpréter une chanson venue de chez les cousins de l'autre côté de la grosse flaque et en se demandant si l'employé chargé de ventiler les sans-boulots soupçonnerait que ce manifeste uber-macroniste d'avant l'heure est, avant tout, un foutage de gueule prenant pour cible dieu et le salariat.
Sorti par les Colocs sur l'album Atrocetomique de 1995, il dépeint les états d'âmes d'un chômeur en pleine crise de foi.
Extrait :
Bonyeu donne-moé une job
Chu prêt à commencer en bas d'l'échelle.
Ch'pas pire avec les chiffres
Pis j'sais m'servir de ma cervelle.


Bonyeu donne-moé une job,
J'veux travailler avec le public
Chu bon vendeur j'arrive à l'heure
Pis j'bois moins qu'un alcoolique


En ce qui concerne la vidéo ci-dessus, Dédé Fortin avait publié une petite annonce pour recruter des figurants, obligatoirement prestataires de l'aide sociale ou du chômage en offrant de les rémunérer 100$ pour une journée de tournage. Ce clip compte donc 150 figurants. Dixit un membre de l'équipe : Une église désaffectée près du 2116 sert de cadre. Marquée par un froid de canard, cette journée fut mémorable quoique difficile à plusieurs égards pour toute l'équipe
Et votre rencard chez l'ex ANPE me direz-vous ? Rassurez-vous, le personnel y est toujours aussi maltraité, infantilisé, idiotisé. À vous dégoûter de bosser.

samedi 24 juin 2017

Surfin' beurre



Camarades cinéphiles, il ne vous a certainement pas échappé qu'à l'entrée de l'escouade de marines dans l'usine "vietnamienne" du film de Kubrick "Full metal jacket", s'élève en arrière-fond une chanson qui fit les beaux jours des Ramones ou des Cramps, pour ne citer que les plus huppés des groupes qui la reprirent.
Surfin' Bird est originellement un titre de 1963 créé par les Trashmen, de Minneapolis. Il est joyeusement pompé sur un autre titre (Bird the word) groupe de la même ville The Rivingstons
À titre de démonstration, comparons ci-dessous :
l'original très cool
 

et sa sauvage variante, promise à un bel avenir

 

On pouvait donc compter sur les garnements d'Au bonheur des Dames, dotés d'un solide humour de potaches, pour tenter une adaptation française qui, si elle n'est pas une grande réussite, a, au moins, le mérite d'être plutôt marrante. 
Nous la dédions aux fleurons de notre industrie agrochimique de la belle région de Normandie (ses plages du débarquement, ses lignes THT, ses ex-bocages, sa centrale nucléaire, etc.)




mercredi 21 juin 2017

Un Tonton flingue Fréhel



Bernard Blier Ou Sont ils donc par vieuxsnock

 C'était au cours de l'émission de télé L'invité du dimanche du 15 février 1970. Max Favalelli y interviewait Michel Audiard, accompagné d'Annie Girardot et de Bernard Blier.
Et ce dernier s'y mit à chanter  "Où sont-ils donc ?", grand classique de Fréhel. Pour l'occase, Blier était accompagné au piano par Georges Van Parys.
Et pour le plaisir, on se repasse notre chère Marguerit Boulc'h évoquant cette même chanson dans Pépé le Moko de Julien Duvivier  (1937).
Dans les années trente, Fréhel, métamorphosée par l'alcool après une première descente aux enfers, a connu un regain de popularité grâce au cinéma. Elle apparaît dans 17 films avant 1940. 



On profite de l'occasion pour annonce que l'Herbe Tendre du 3 juillet ( à 17h30 sur le 92.2 fm ou canalsud.net) sera un entretien avec Philippe Mortimer, éditeur, traducteur et préfacier autour du livre d'Émile Chautard, "Goualantes de la Villette et d'ailleurs" (l'Insomniaque).

Ouaip, bof. Fastoche...