lundi 8 février 2016

Fernandel en teigneux

Marque de fabrique des Bats' d'Af

Une joyeuse parodie chantée par ce grand couillon de Fernandel (Fernand Contandin 1903 / 1971).
Elle est extraite du film "Raphaël le Tatoué" de Christian Jacques, scénario de Jean Nohain, aimable nanar de 1938. La rengaine fut un tabac qui en fit presque oublier le film.

Synopsis : Employé timoré et gaffeur, Modeste Manosque est veilleur de nuit dans une usine d'automobiles dirigée, d'une main de fer, par Roger Drapeau. Un soir, son cousin Roméo l'entraîne au Luna Park local. Modeste abandonne donc son poste et rencontre à la fête la blonde Aline qui le séduit. Comme de bien entendu, il vont se retrouver nez à nez avec son patron dans un restaurant à attractions. Poursuivi par l'infect Drapeau, Modeste, hors d'haleine, rallie l'usine et explique au constructeur courroucé que l'individu aperçu là-bas ne peut pas être lui mais son frère jumeau qui a mal tourné : Raphaël qu'on a surnommé " le tatoué". Et voila Modeste désormais obligé de se dédoubler. Une situation classique de la comédie.
La musique et les paroles sont de J. Manse et C. Oberfeld

 

Et en sus, l'affiche du film :

vendredi 5 février 2016

Le ras-le-bol du marin

Mutins sur le cuirassé Waldeck Rousseau. Mer Noire (1919)

"L'allocation alimentaire par tête de pipe avait été augmentée sans que jusque-là rien ne fût changé à l'ordinaire. J'avais proposé à notre petit groupe de la machine, en accord avec Scouarnec et quelques autres du pont, l'envoi d'une délégation auprès du nouveau maître-commis qui nous reçut fort bien. Il nous confia qu'il allait faire jeter à la mer, à cause de la teneur en acide cyanhydrique, une quarantaine de sacs de haricots rouges.
Quant à notre proposition d'une commission des vivres, composée par roulement d'un quartier maître et d'un matelot (machine et pont alternant chaque semaine) il s'en déclarait partisan. (...)
- Si tous les galonnés étaient comme ça, moi je rempilerais, disait Fragne, le boulanger-coq."
(...)
" - Heureusement qu'on n'a encore tiré sur personne, plaida Boniface.
Fragne s'emporta :
- Est-ce qu'on ne charrie pas de la viande à canon tous les jours d'un bord à l'autre. Est-ce que tu sais, toi, pour quel casse-gueule on les pousse, tous les moricauds qu'on débarque de Tarente ?
- T'as raison, m'écriais-je, c'est la question. C'est ça qu'il faut qu'on réponde. Faut être complètement cons pour croire que c'est le peuple russe qu'a appelé la France à son aide.
Plusieurs voix s'interpellaient.
- Faut rentrer en France !
- Y'en a marre. Vive la classe !
Comme quelqu'un se dressait au fond de la salle pour demander qu'on chante la Chanson des fayots*, des voix s'élevèrent :
- Non, pas ici, on la chantera quand on rentrera en France..."

( Charles Tillon**, La révolte vient de loin. 1969)


* En argot de marine, les fayots sont bien entendu les haricots, les lèche-culs et les officiers rengagés. 
** (1897/ 1993) Mécanicien sur le croiseur Guichen, mutiné en 1919, condamné à 5 ans de bagne, membre du comité central du PCF à partir de 1932, commandant en chef des FTP en 1941/1944, purgé du parti en 1952, exclu en 1970.

mardi 2 février 2016

Émission de février : De la catastrophe

Catastrophe Suisse
Comme de bien entendu, quelques catastrophes se produisirent lors de cette émission (en plus de la sélection musicale). Entre autre, une platine qui refuse d'enregistrer clairement l'auditeur au téléphone. Il est, comment dire, au fond dans le brouillard.
Et nous, on ne comprend pas pourquoi. Nos excuses, donc.
Il y eut dans les oreilles :
Jean-Louis Foulquier                Tout ce qui est dégueulasse
Bulldozer                                  L'ogre bolchévik
Richard Desjardin                    Les yankees
Monique Morelli                       La ville morte
Didier Super                             On va tous crever
Damia                                       Tout fout l'camp
Nino Ferrer                              Le blues de la fin du monde
Casthelemis                              Les centrales
Gilles Servat                             Les prolétaires
Blond-Blond                              La bombe atomique
Gérard Palaprat                       Pour la fin du monde
Siméon Roy                              Le drame d'un ivrogne
Soundforce                               Tout le monde va mourir

Vous pouvez donc écouter et même télécharger sur le site habituel.

Et en sus, un grand déprimé jurassien amateur de Lautréamont entre cancer et nucléaire (1979, Autorisation de délirer )





   

dimanche 31 janvier 2016

Les Standards, bordéliques, malchanceux...


À Bordeaux, à la fin des années 70, tout groupe de rock se devait d'avoir un nom commençant par ST (Strychnine, les Stilettos, STO, les Stagiaires, Stalag, etc.)
En 1978, Philippe Joly, chanteur extravagant, sorte d'Iggy Pop sur Garonne, embarque ses camarades François Renou et Jonathan Hill (deux ex du groupe Control) pour former les Standards, s'adjoignant Jeff Lavergne à la Batterie.
De 79 à 85, ils vont donner plus de 150 concerts en première partie de Little Bob, Higelin, Téléphone, les Dogs, Willy "Loco" Alexander, Iggy Pop ou en tournée "Bordeaux rock" dans le sud de la France en compagnie de Stalag et STO (sic !).

Ce groupe jouait un rock new wave assez peu fréquent en France, qui lorgnait vers des new-yorkais comme les Comateens.
Leur premier 45 tour indiquait "Avions pirates" et "Mr Wilson" là où les titres réels étaient "Divorcer" et "Extralucide". Ça commençait bien !
Changement de section rythmique et ils enregistrent, sous la houlette de Chris Wilson (des Flamin' Groovies et Barracudas)"Nouvelles chaussures, nouvelle voiture", pour la compilation Snapshot(s), tour d'horizon du rock hexagonal de 1983.


  
Après avoir embauché un nouveau bassiste, les Standards gravent un deuxième single avec en face A "Des bruits de la nuit", hommage à Richard Spleen (bassiste de Stalag et Strychnine) et en face B, une pochade sur fond de psychobilly poisseux : "Victime du lavomatic". (On l'a en cliquant sur le titre).
Pour cet autoproduit, ils créent un label, Vengeance, clin d’œil aux Cramps.
Signés par un label, ils sortent un EP quatre titres, "Jack et Jerry".
Manque de bol, ils oublient de mettre le nom du groupe sur la pochette. Les ventes vont se ressentir de cet anonymat et le groupe se séparera peu après.
Phil Jolly a brièvement tenté une carrière solo.

jeudi 28 janvier 2016

On a chanté Bonnot (1) : Boris Vian

On peut cliquer pour agrandir l'image
En 1954, Boris Vian est sollicité pour mettre en musique une pièce de théâtre d'Henri-François Rey sur un sujet jusqu'alors maudit : La bande à Bonnot.
Vite fait et plus ou moins mal fait, Bison Ravi écrit une vingtaine de titres dans la semaine. Certaines chansons seront éditées à part (La valse des chaussettes à clous, les joyeux bouchers). Louis Bessières et Jimmy Walter donnent un coup de main à la musique.


La première s'est tenue le 17 décembre 1954 au Théâtre du Quartier Latin. Elle sera bien accompagnée des cris d'orfraie habituels des anciens combattants et la presse de droite réclamera l'interdiction du spectacle. Mais ce sera surtout le manque d'intérêt pour cette pièce mal foutue qui la fera vite péricliter et interrompre.
Vian, n'a pas semblé très à l'aise avec le sujet, toujours polémique entre anars romantiques et anars moralistes. Il est allé jusqu'à charger Judith Thollon, compagne lyonnaise de Jules (la Louise Michel de la Guillotière), de l'avoir balancé, ce qui est loin d'être prouvé. Judith écopa de quatre ans de prison et une lettre de Bonnot l'avait innocentée au préalable.
Pour mémoire, Jules Bonnot et son groupe tragique ne redeviendront populaires qu'après mai 1968.
Jacques Canetti en profitera d'ailleurs pour sortir un disque contenant plusieurs extraits du spectacle en 1971 (réédité en cd en 2002). Les partitions s'étant perdues, Louis Bessières s'est chargé des arrangements. L'interprétation est assurée par Yves Robert, Judith Magre, Kim Ibarra, Maurice Barrier, Lucienne Vernay, Pierre Jamet et Cécile Vassort.
En échantillon, voici deux chansons "L'enfance de Bonnot" ( par Cécile Vassort et Kim Ibarra) et "Les bienfaits de la pratique" ( par Lucienne Vernay et Pierre Jamet). On ne peut que constater le côté à la fois charmant, maladroit et anecdotique de cette opérette. Mais si on applique la maxime "La société a les criminels qu'elle mérite", voilà qui donne un beau portrait de notre belle époque.

Le premier morceau c'est là. 
Le deuxième c'est là-bas.
Publicité d'un garagiste appelé à devenir célèbre

lundi 25 janvier 2016

Carte de séjour, un certain gâchis


De Carte de Séjour, il ne reste malheureusement dans le souvenir de la plupart que le tube Douce France, fort mal tombé à l'époque d'un anti-racisme englouti par un pouvoir qui jouait à Machiavel dans le texte. Et la carrière de Rachid Taha, chanteur du groupe, qui s'ensuivit.
Et pourtant, voilà un groupe qui méritait mieux. D'abord, c'était un excellent groupe de scène, pour les avoir vus quelques fois, on peut en témoigner. Et puis, dans le genre pas facile à mettre en case, ces Lyonnais se posaient un peu là.
Certes, il y avait déjà eu une vague de chanteurs algériens qui avait constitué une véritable école sur le sol français. Des noms comme Slimane Azem, Dahmane el Harrachi, Aït Menguellet, Ahmed Soulimane, entre autres, étaient bien connus, il en reste un paquet de scopitones réalisés dans les années 60.
Mais cette culture restait confinée aux bistrots et familles maghrébines ou à ceux qui les fréquentaient, c'est à dire finalement pas grand monde.
Carte de Séjour seront sinon les premiers, du moins les plus populaires à fondre le raï algérien, le gnawi,  le rock qui était encore la musique des prolos et le reggae, alors celle des cités.  
En parallèle, des deux côtés de la Méditerranée, Raïna Raï, groupe mené par Lofti Attar, donnait ses lettres de noblesse au rock rebeu en ces mêmes années.
Repérés dès 1981, CDS auront un premier succès avec "Zoubida", reggae issu du premier maxi 45 tour, chanson dénonçant les mariages forcés.
Le légendaire dj londonien John Peel avait dressé l'oreille dès le 14 août 1982 à la BBC (excusez le son perrave, c'est un document)


Leur meilleur disque reste sans conteste " la Rhorhomanie" (1984) qui mêle arabe algérien, de banlieue et français.
Un exemple, cet allègre twist qui raconte le périple picaresque et commercial d'un petit gars qui va d'Alger à Lyon. Bleu de Marseille :


Momifiés par leur fausse bonne idée de reprise de Trénet "Douce France", Jack Langisés, propulsés symboles de-la-jeunesse-multiculturelle-qui-réussit-même-en-étant-rebeu tout en restant relativement incontrôlables, ils vont jeter l'éponge en 1990. Depuis Rachid Taha poursuit le chemin que l'on sait, collaborant régulièrement avec le producteur britannique Steve Hillage (ex membre de Gong, groupe hippie barré mais talentueux basé en France dans les années 70).

Le groupe original était formé de
Rachid Taha (chant), Mokhtar Amini (basse), Mohamed Amini (guitare), Jérome Savy (guitare), Brahim M'sahel (percus), Djamel Dif (batterie) et Jallal (oud et banjo).

vendredi 22 janvier 2016

Février catastrophiste

Joe, Jack, William et Averell de l'apocalypse annonçant la grosse catastrophe (Dürer)
En plus de chanter en attendant la mort, voilà-t-il pas que dans un souci de rester jeune et moderne, l'Herbe Tendre rejoint le chœur des catastrophistes en tous genres. Mais qu'entend-t-on par catastrophe ?
Un désastre historique ? Individuel ? Social ? Sanglant ? Et pourquoi pas une interprétation lamentable, un classique massacré, un Beethoven assassiné ?
Voilà qui nous nous promet de riches heures en ce lundi 1 février à 18h sur le 92.2 de www.canalsud.net/

Et voici, un bel exemple de chanson catastrophe : outre le sujet en lui--même, quelques semaines après la sortie du disque se produisent les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Vu l'incendie que ça a donné, les radios se hâtèrent de déprogrammer ce titre. Deux ans plus tard, un sordide fait divers déprogrammera l'ensemble des œuvres du groupe et mettra sa carrière en sommeil pour longtemps.