dimanche 29 novembre 2015

Teyssot-Gay adapte Hyvernaud



Fils d'ouvriers, Georges Hyvernaud (1902 / 1983) est un des écrivains français les plus méconnus, oublié, passé sous silence des lettres françaises d'après guerre (on parle ici de 1939/ 1945).
Brillant élève, enseignant à l'école normale, il collabore dès 1926 à quelques revues littéraires parisiennes.
Sa jeunesse était déjà restée marquée par l'attitude patriotarde des médiocres prenant des poses de matamores au cours de la première guerre mondiale*.
En 1940, il fait partie de cet immense troupeau de prisonniers qu'est devenue l'armée française (environ 1 845 000 captifs). Envoyé dans un Oflag (camp de prisonniers pour officiers, donc pas astreints au travail forcé) en Poméranie.
De cette longue marche d'humains entassés, des années qui vont suivre derrière les barbelés, il tirera "La Peau et les Os" en 1949 qui fut descendu par les critiques dès sa pré-publication dans Les Temps Modernes
On supposera le sous-titre rajouté par l'éditeur
Dix-huit cents jours d'humiliation, de promiscuité répugnante, de pestilence et d'abjection décrites par un instituteur charentais perdu en terre hostile. Le prisonnier est un homme nu, privé d'identité, d'espoir et de rêves, écœuré par les poses, le chauvinisme mesquin, la prose de Charles Péguy, le vychisme affiché de la plupart de ses codétenus.
Ce livre sera vite remisé aux oubliettes dans l'ambiance libératrice durant laquelle les prisonniers font tâche dans la légende du réveil national et de la geste résistante.
Malgré l'estime de Raymond Guérin ou Henri Calet, ce sera encore pire avec Le Wagon à vaches (1953) inspiré par son retour à la liberté dans la France pavoisée de la victoire : «l'expérience de l'absurde vécu au niveau de la misère quotidienne par les individus les plus ordinaires»
Extrait du "wagon à vaches" (1953) : "Les boutiquiers exposaient en ce temps-là le portrait d'un général. Les poètes chantaient la Marseillaise et les lendemains qui chantent, la rose, le réséda et les cheveux d'Elsa; des choses qui ne me concernaient point."
Georges Hyvernaud abandonna la littérature. Professeur à l'École normale de la Seine, il se consacra à une œuvre pédagogique avant d'être redécouvert dans les années 80 par la réédition de ses deux livres ainsi que par un troisième "Lettre anonyme".


Bouleversé à la lecture de La peau et les Os par « l'honnêteté viscérale » de son auteur Serge Teyssot-Gay (alors guitariste de Noir Désir) en a tiré une adaptation musicale sous le titre On croit qu'on en est sorti (Barclay, 2000.)
Il y récite des extraits du livre enrobés de guitares souvent saturées et de rythmes plombés.
L'extrait ci-dessous ne manquera pas d'évoquer une certaine actualité. 




* Extrait de "feuilles volantes" "Se dépêcher de gagner des sous si on aimait ça. Ou de baiser, si on aimait ça. C'était la guerre. Jamais excuse plus commode, absolution plus totale ne seraient offertes à la vacherie humaine."

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