La chanson, disons le tout de suite, n'a rien d'un genre mineur. Le mineur ne chante pas en travaillant, et Walt Disney l'a bien compris, qui faisait siffler ses nains. Le mineur souffle en travaillant pour éviter que le charbon ne lui entre dans la bouche. La pression du jet d'air, accrue par la réduction du diamètre de l'orifice émetteur, est en effet suffisante pour détourner les poussières, que le mineur se contente d'avaler par le nez, comme tout le monde.
N'étant pas un genre mineur, la chanson joue, cela va de soi, un rôle majeur dans les circonstances les plus diverses et souvent les moins propices ; nous y reviendrons plus tard, mais empressons nous d'ajouter qu'on peut se faire faire presque n'importe quoi en chantant, sauf un lavage d'estomac ou enlever les amygdales, et que la mort n'exclue pas le reste.
La chanson est éternelle, dit-on couramment.
Je crois que l'on se trompe : la chanson est, sous sa forme de chanson, étroitement liée à l'existence de l'homme sur cette planète. Rien, donc, de plus relatif que cette éternité. Qui plus est, on a toute liberté d'imaginer une race d'hommes sans cordes vocales, et qui ne chanteraient point. Rêve revigorant quand on a écouté quelques temps la radiodiffusion, nationale ou privée, et quand on a fait passer quelques auditions.
Boris Vian, En avant la zizique...et par ici les gros sous.
Formés en 1983, la formation de Didier Chappedelaine, attendra 2003 pour posséder ce qui fait rêver tout groupe normalement constitué : un tube !
Pourfendant quelques vedettes de gôche à la mode dans le show-biz franchouillard, la bande n'avait pas hésité à s'inspirer des collègues british de leurs débuts, les Sting-Rays, avec lesquels ils avaient partagé quelques concerts au début des années 80.
Ce qu'à ma connaissance, aucun scribouillard professionnel de la critique n'avait remarqué.
En 1983, les Sting-Rays, de Londres étaient un peu particulier. Sur une scène britannique psychobilly peuplée de jeunes gens hésitant entre le pur hooliganisme et une attitude fasciste à la mode, ces gugusses manifestaient de réelles préoccupations sociales entre deux thèmes grands guignols.
Au passage, ils avaient chanté ce Joe's Strummer's wallet (Le porte-feuille à Joe Strummer) pour se moquer au fraternellement du charismatique leader de Clash.
Et la boucle est bouclée.
Voilà un moment qu'on tourne autour du père Titide.
Seulement voilà, le chansonnier le plus célèbre de la Belle époque nous a toujours laissé un sentiment mitigé. Cette manière d'aligner les tubes (d'accord, ça ne se disait pas encore à l'époque) avec toujours ce même procédé de ritournelles à rimes approximatives (truc qu'on a trop connu depuis chez Manu Chao ou les Berurier Noirs) cette recette consistant à nous pondre un morceau par quartier en fond de commerce (ok, Léo Malet a repris ça avec ces "Nouveaux mystères de Paris") cet arrivisme écrasant tous les autres, ce fils de la bourgeoisie jouant à l'apache...
Voilà le côté déplaisant du personnage.
En revanche, la plupart des chansons du mec, une fois entendues vous restent collées dans le ciboulot à perpète. Et puis, pendant fort longtemps, ces succès là constituèrent notre presque unique source de chansons populaires du début XXème.
Alors, pour ça et pour la tête de lard que tu fus, mironton, on te pardonne volontiers !
Aristide Bruantest né à Courtenay, Loiret, le 6 mai 1851 et est mort à Paris le 11 février 1925.
Né dans la bourgeoisie, des revers de fortune et un dab' alcoolo ont fait qu'il s'est
retrouvé apprenti bijoutier à 17 ans mais pas pour longtemps. En 1870, à dix-neuf ans, il se métamorphose
en franc-tireur dans l'armée de Napoléon III mais encore là, pas pour
longtemps. Démobilisé, il entre au service de la Compagnie des chemins de fer du Nord.
Dès lors, il se met à composer des chansons puis, vers 1873, il s'essaie à la scène : au Concert des Amandiers, au Café-concert Dorel à Nogent, etc. Mais sa véritable carrière ne débutera que huit ans plus tard quand il rejoint, à l'invitation de Jules Jouy et en 1881, Rodolphe Salis dans son célèbre CHAT NOIR. Lorsque ce dernier, effrayé par la gueule de la clientèle, déménage son cabaret du boulevard Rochechouart à la rue Victor-Massé, il retape le local qu'il rebaptise le Mirliton.
Le soir de l'ouverture, il n'y a que trois clients etBruant, dépité, se met à les invectiver. Cette manière d'accueillir les clients fait vite sa renommée et c'est parti mon kiki !.
Quelques réplique du gars à son auditoire : « Tas de cochons ! Gueules de miteux ! Tâchez de brailler en mesure.
Sinon fermez vos gueules. » ou « Va donc, eh, pimbêche ! T'es venue de Grenelle en carrosse exprès pour te faire traiter de charogne ? Eh bien ! T'es servie ! »
Son poteau Toulouse-Lautrec fera quelques affiches qui consacreront la renommée du bonhomme.
Lorsqu'il partira en tournée jusqu'en Afrique, en 1895, l'Aristide aura le toupet de coller une doublure dans son cabaret.
Son colossal succès lui permettra la bagatelle de l'achat d'un château dans le Loiret.
Quelques mots du critique Adolphe Brisson :
« Le poète des gueux habite un château où il mène le train d'un seigneur
moyenâgeux, il chasse, il pêche, il a une meute de chiens fidèles et
dressés. Ses vassaux sont représentés par un garde, le père Rata, un
jardinier, le père Bajou, et un fermier et une nombreuse domesticité.
Les pièces de son logis sont luxueusement meublées de bahuts, de
fauteuils, de bibelots. Il me raconte qu'il a acheté vingt-cinq hectares
de prairies, un bras de rivière, une île, un moulin. M. Bruant est un
autre marquis de Carabas ! »
Réponse de l'intéressé : « Pendant huit ans, j'ai passé mes nuits dans les bocks et la fumée !
J'ai hurlé mes chansons devant un tas d'idiots qui n'y comprenaient
goutte et qui venaient, par désœuvrement et par snobisme, se faire
insulter au Mirliton... Je les ai traités comme on ne traite pas les
voyous des rues... Ils m'ont enrichi, je les méprise : nous sommes
quittes ! »
Notre parvenu aura même le flan de se présenter comme "candidat du peuple " à Belleville, aux législatives de 1898.
Il obtiendra un score ridicule et ça le calmera de ce côté là*.
Retiré pour se consacrer à l'écriture de pièces de théâtre ou de romans, il reviendra sur scène en 1924 où il fera son dernier triomphe.
Non sans avoir publié son "Dictionnaire de l'argot en 1901, puis 1905, grandement écrit par son "nègre" : Léon de Bercy.
Les quelques enregistrements qui nous restent datent de 1909 à 1912, alors qu'il avait déjà la soixantaine.
De vrais documents historiques, quoi.
Comme souvent, on peut se reporter à l'article sur l'excellent site Du temps des cerises... pour y trouver un paquet de détails assez croquignols. On y a pêché une bonne part de la biographie.
Hommage à Bruant par un Béranger en grande forme (1970).
*Mais qu'est ce qu'il lui a alors pris d'écrire "Le chant des Canuts", à la gloire des insurgés Lyonnais en 1894 ?
Jean Dieuzaide,L'équipe, Vieira de Leiria, Portugal, 1954.
Une émission plus ou moins flottante comme d'habitude.
Comme annoncé, une bande-son consacrée à la mer, à ce qui s'y pose dessus, à ceux qui nagent dedans. Une sélection délicate, vu l'ampleur du sujet.
Faute de temps, vous échapperez à l'horreur qui suit. Du moins pour ce soir : la vague bleu marine brune arrive méchamment en déferlante...
Georges-Henri Dore est né à Drummondville en 1931, il est mort en 2001.
Réalisateur à Radio Canada et collaborateur au journal Libre Nation.
Romancier, traducteur, auteur dramatique, poète, il entame sa carrière de chanteur en 1964. La complainte de la Manicouagan, chanson issue de son premier disque en 1966 et vite rebaptisée "La Manic", connaîtra une popularité sans précédent.
Lettre d'un ouvrier envoyé sur construire un barrage, cet exemple de cafard du travailleur sera repris par Léonard Cohen, Bruno Pelletier, Jean-Marie Vivier, Adamo et bien entendu Pauline Julien pour une superbe version.
Merci à La crevaison ! de m'avoir rappelé cette chanson.
N'étant pas Canadien, j'ai souvenir d'enfance de m'être longtemps interrogé sur cette mystérieuse "Manic" (Un pénitencier ? Un bateau ? Une caserne ?) sans jamais avoir vraiment cherché le fin mot.
Comme quoi la force d'évocation de la poésie peut prendre le pas, sans gêne, sur toute explication rationnelle.
Pour la curiosité, on trouvera là, une analyse un chouïa cuistre mais tout à fait détaillée du texte.
C'est
en buvant un coup avec notre pote Emkine (celui-là même qui est
originaire d'Odessa) qu'on a décidé de se pencher sur les chants de
marins. Rien de plus indiqué qu'un mois d'octobre pour le dédier aux
mutins de Kronstadt ou de la Royale. Et de tout ce qui flotte, donc... La prochaine émission de l'Herbe Tendre se tiendra donc le lundi 6 octobre à 18h pétantes sur canalsud. net ou 92.2 FM. Et
puisqu'on en est à Kronstadt, un classique d'un chanteur dont on a
appris à sa mort qu'il n'avait jamais été stalinien (la preuve, il avait
enlevé la moustache !).