En 1936, l'abject général Mola donna l'ordre de fusiller tout opposant sur son territoire d'Aragon et de Navarre. Vivant à San Sebastian et affiliée à la CNT, la famille franco-espagnole de René-Louis Lafforgue, alors âgé de 8 ans, passe la frontière française comme des dizaine de milliers d'autres.
Tout gosse, il participe à un réseau de résistance pendant l'occupation durant laquelle un de ses frères est tué.
Dans l'après-guerre, il est boucher, charpentier, machiniste, puis acteur avec Charles Dullin et tourne avec le Mime Marceau.
Tâtant du cabaret et de la chanson il remporte le prix de Deauville en 1954 et sort son grand succès, la java Julie la rousse, en 1956. Contrairement à ce qu'ont affirmé certaines mauvaises langues, cette chanson n'a rien à voir avec l'ancien rédac' chef de Libé.
En 1962, il ouvre un cabaret "L'école buissonnière" rue de l'Arbalète. S'y produisent Pierre Louki, Bobby Lapointe, Maurice Fanon, Paul Préboist, Christine Sèvres, Léo Campion, Béatrice Arnac... Le lieu est aussi un rendez-vous de pacifistes et d'anarchistes.
Outre quatorze Eps chez Pathé-Marconi, il a joué dans seize films et trois séries télévisées. Ce libertaire aura raté mai 68 : il s'est tué dans un accident de la route sur un tournage le 3 juin 1967 du côté d'Albi. Il avait 39 ans.
Le voici à la télévision en juin 1957, pour un autre de ses succès populaires : Le poseur de rail. Avec une pensée pour les camarades en grève.
Georges Brassens, présent dans cette séquence, disait de lui"Il a l'air de chanter avec un croûton de pain à
portée de la main. Sa guitare est de très mauvais bois mais qu'est-ce
que ça peut bien nous faire! Il chante. Il ne tend pas la patte. Il ne
dit pas « À votre bon cœur Messieurs Dames ». Il choisit. Il n'est pas
poète pour n'importe qui. Donne qui veut, donne qui peut."
Une petite histoire qui semble bien écrite en 1911* par le ménestrel des syndicalistes IWW Joe Hill (Joel Hägglund), fusillé à Salt Lake City (Utah) en 1915 suite à un procès truqué.
Ce travailleur, poète et chanteur n'ayant pas été enregistré, nombreux et nombreuses furent ceux qui reprirent ses chansons là où ses héritiers s'appellent Woody Guthrie ou Bob Dylan, entre autres.
Pete Seeger, figure du folk qui proteste, interprète ici ce détournement.
Chauffeur de locomotive, Casey Jones, fut tué dans un accident ferroviaire où, en évitant une plus grosse catastrophe, il fut considéré comme un héros national, sujet de ballades ou même de gospels.
Suite à un conflit entre cheminots et patrons des chemins de fer, les syndicalistes lassés de la pieuse figure de l'ouvrier modèle, chantèrent une variante : Casey Jones, the Union scab (Casey Jones, le jaune).
Refusant la grève, l'obstiné crétin finit par dérailler (à cause d'un sabotage ou de l'état lamentable du matériel ? Le doute demeure).
Arrivé au paradis, la bourrique se retrouve embauchée par Saint Pierre pour briser la grève des anges nouvellement syndiqués. Qui, indignés, le précipitent au bas de l'escalier céleste et le Diable se fait un plaisir de lui faire entretenir les chaudières infernales. "Voilà ce que tu as gagné à faire le jaune sur la SP Line..."
Bon, tirez-en les conclusions que vous voudrez, tout ça, est un prétexte à exhiber cette affiche qu'on peut trouver sur les murs de Toulouse et de quelques autres lieus.
* Précision de Serge : en septembre/octobre 1911, à San Pedro, où passait la Southern Pacific dont il est question dans la chanson, en pleine grève nationale
des cheminots. C'est une parodie, l'original du même nom date de 1909,
histoire d'un mécano qui se sacrifie pour son chauffeur dans un accident. Elle a été tirée en format carte à jouer et vendue en soutien aux grévistes de l'époque.
Bon, on a tâché de fêter à notre manière, pas commémorer... le terme nous faisant gerber.
Sans avoir la moindre envie de rejouer la farce, nous rappelons à notre aimable auditoire que les rues de nos villes qui furent bitumées à la va-vite dans les années 70 sont désormais repavées.
À bons entendeurs...
On a refourgué
Malicorne Intro
Évariste La révolution
Polnareff L'amour avec toi
Les Gottamou Le Monkiss de la police
CA du Théâtre de l'épée de bois Ah, le joli mois de mai à Paris
Léo Ferré Comme un fille
Suzane Gabriello Les flics de mon pays
Vanessa Hachloum Chanson du CMDO
Stella L'idole des jaunes
Dominique Grange Grève illimitée
Thierry Freedom Monsieur le délégué
Gérard Manset Animal, on est mal
Les Barricadiers Elle n'est pas morte
Camizole Charles de Gaulle
Philippe Clay Mes universités
Jean-Michel Caradec Mai 68
Nougaro Paris mai intermède de l'usine Wonder
Sheila Petite fille de français moyen
Jean Sommer Vous êtes grands intermède par Georges Séguy
José Molina En esta plaza
Karel Kryl Braticku zavrej vratko
Tako Kotiko Oh, le joli mois de mai...
L'émission peut donc s'entendre ou s'archiver en cliquant là.
Les extraits lus sont de Plus vivants que jamais de Pierre Peuchmaurd (Libertalia) et de Les Années d'Annie Ernaux.
On vous met aussi la face B du 45 tour d'Évariste : La faute à Nanterre
Si c'est Paris Match qui le dit....
Et du free jazz qui ne voulait pas sortir en direct : Red Noise (1971)
Allez, une pause nostalgie facile : musique : Jacques Dutronc, paroles : Jacques Lanzmann (qui d'autre ?)
Un goût exquis, si parisien, rehaussé d'une chorégraphie audacieuse. L'histoire n'a pas retenu les patronymes des "boys".
C'était en 1966 à la Radio Télévision Suisse
Pourquoi lui ? Parce que lors de la grève à l'ORTF, en 68, c'est son Il est 5 heures, Paris s'éveille qui passa en boucle... On y revient lundi prochain de 17 à 19h.
En 1944, Jean-Paul Sartre se trouve un peu d'occupation : entre autres activités, il écrit sa pièce de théâtre Huis clos qu'il fait jouer au Vieux Colombier.
C'est pour l'inclure dans sa pièce qu'il accouche d'une chanson Dans la rue des Blancs-Manteaux, qui sera par la suite revue sur un rythme de valse lente par Joseph Kosma.
N'adorant pas la musique, Sarte en fit cadeau à la jeune Juliette Greco en 1950. Il lui proposa d'ailleurs plusieurs autres textes qu'elle refusa avec constance.
Elle grava la chanson sur un de se premiers 78 tours avant de la remettre en face B de Si tu t'imagines sur un 45 tour trois titres de 1963 (Trianon ETS 4401) qui sera un franc succès.
Greco enregistrera plusieurs autres versions du titre, que ce soit en studio, en 1962, ou en public en 1968.
Mais, cette apologie du grand déchoucage fut toute aussi popularisée par les Frères Jacques qui, l'ayant interprétée avant Greco, la mirent systématiquement à leur tour de chant.
Dans le cadre des échanges culturels de la Grande Europe, aujourd'hui un épisode méconnu de la glorieuse Guerre qu'on nomme Grande.
Courant 1915, l'état-major français a bien des soucis : 360 000 morts à l'automne 14 et 320 000 aux premiers mois de 1915, ça fait des trous... Après avoir envisagé l'appel par anticipation des classes 16 et 17, on réalise qu'en Russie, il reste cinq millions de soldats inemployés faute d'équipement (l'industrie russe ne suivant pas la demande). Le calcul est vite fait : suite à la demande de Joffre, le Tsar consent à envoyer graduellement un petit million de combattants à l'ouest en échange de l'équivalent en fusils Lebel.
Pour commencer, 45 000 hommes arrivent donc à Marseille en avril 1916 et sont reçus dans un enthousiasme délirant.
Au contact des soldats français, les Russes réalisent que les mauvaises manières de leurs aristos d'officiers qui les mènent au knout sont quelque peu démodées. Puis, on les envoie en Champagne, ils y vivront donc les absurdes et sanglantes offensives de Nivelle au Chemin des Dames.
Les délégués du soviet de la 1er Brigade
Comme entre-temps le Tsar avait été déboulonné par la Révolution de février, les brigades russes avaient déjà constitué des comités (soviets) de soldat.
Après avoir consenti à une dernière attaque qui se soldera par un massacre, des tracts se qualifiant de "chair à canon" et selon lesquels " les soldats russes ont été vendus contre des fournitures de munitions", ainsi qu'un journal révolutionnaire "Natchalo" (le Début) circulent parmi les troupes.
Des tensions se font jour au sein des troupes entre les partisans du gouvernement Kerensky et ceux du soviet de Petrograd.
Pour éviter toute mutinerie, le commandement français, qui a fort à faire avec me mécontentement de ses propres troupes, envoie les Russes à l'arrière, dans des camps de la Marne et des Vosges.
Le 1er mai, ils défilent en chantant la Marseillaise sous des drapeaux "Socialisme, liberté, égalité". Comme l'illustre la photo ci-contre, le général Palytzine, censé les commander, est viré sans ménagement par des subordonnés devenus enragés.
C'en est trop pour l'état-major qui expédie ses remuants alliés dans la Creuse, au camp de La Courtine. Les 16 000 soldats et 300 officiers exilés là-bas y conservent leur armement.
Sur le plateau des Millevaches, des heurts éclatent entre la 1ère Brigade (communiste ? Pas sûr, il devait y avoir là des SR, des anarchistes et tout le spectre révolutionnaire) et les soldats de la 3ème, plutôt fidèles à l'État. 6000 hommes et officiers de la 3ème se séparent pour s'établir à 25 km, au village de Felletin, pendant que la Courtine devient un camp militaire autogéré par un soviet de soldats.
L'état-major français décide alors d'en finir pour éviter toute contagion et envoie autour de La Courtine 3500 soldats russes loyalistes pourvus d'artillerie et le triple de soldats français et coloniaux.
Les soldats mutinés font ce à quoi ils ont été formés, ils creusent des tranchées.
Le 16 septembre 1917, le camp est bombardé alors que l'orchestre des mutins joue la Marseillaise et la Marche funèbre de Chopin. Le 19 septembre, après trois jours et trois nuits de bombardement, les derniers mutins se rendent aux Français. Bilan officiel : 9 russes révoltés tués (en fait autour de 150 ), 1 russe loyaliste et 2 français. Les rescapés seront envoyés en prison militaire, en camp disciplinaire ou versés dans la Légion étrangère. Ceux-là ne seront renvoyé à Odessa que fin 1919.
Arrestation d'Afanasie Globa, délégué du soviet
Bien entendu gouvernements russe et français feront tout pour étouffer ce gênant épisode. Ce à quoi ils ont assez bien réussi.
Il reste tout de même quelques traces en chanson.
Victor Leonidov, chanteur et archiviste de la diaspora russe, reprend ici un chant de la 1ère Brigade de Champagne.
La musique en est nostalgique à souhait et les paroles doivent provenir d'avant la mutinerie suivie de sa lamentable répression. Un extrait est traduit sous la vidéo.
Et en 16,l’annéemaudite
Lelongd’unchemindecroix,
De Russie, des soldats s'en venaient
Afin de sauver la France.
Et l'Europe, pour sa joie,
S'étonnait de leurs attaques à la baïonnette.
Les brigades russes, se battaient, Pour, de leurs corps, protéger Paris.
Ici, tout est simple et journalier
Le grondement de la guerre, il y a longtemps, s'est tu
Seule une chapelle domine le cimetière,
Où repose un brave régiment d'infanterie.
Les obus ne grondent plus
La terre a enlacé les soldats.
Les brigades russes se battaient,
Pour les champs français.