jeudi 15 mars 2018

Héros de papiers : un classique du western

Mike Blueberry ou comment passer de la gueule de Belmondo à celle de Charlton Heston (album "Chihuahua Pearl")
Il se murmure que Jean Giraud prit le pseudo de Moebius, entre autre, pour passer de la tutelle de René Gosciny (dans Pilote) à celle de Jean-Pierre Dionnet (Métal Hurlant). Qu'il est un dessinateur génial mais qu'un bon scénariste lui tenant la bride est ce qu'il peut lui arriver de mieux.
On ne sait que croire de ces rumeurs.
Par contre, on est certain que lorsque Jean-Michel Charlier alla le chercher en 1963, alors qu'il épaulait Jijé, puis dessiner la série "Fort Navajo", mieux connue comme "Blueberry", ce fut un coup de maître.
De "Fort Navajo" à "Angel Face", cette série western, pour les titres concernés de 1965 à 1975, est pour nous la madeleine de Proust, une grand souvenir d'enfance, le passage, avec quelques autres à l'adolescence, une ouverture sur le monde mêlant bande dessinée, roman d'aventures et cinoche.
Bref, on a bien aimé.
Puis, en cherchant les éventuelles traces musicales de ce monument de l'alliance franco-belge, on a été surpris que cette série ait laissé si peu de traces musicales, à part quelques produits dérivés sans intérêts.
Marcel Dadi, roi du picking, a bien composé un thème intitulé Blueberry, old time picking, en référence au héros. Il est ici joué par Fabrice Van Neder


Et puis on tombe sur cette curiosité de 1997 : un disque intitulé La ballade de Blueberry. Ce cd de country tiré à 1000 exemplaires, et donc assez peu trouvable, cache un groupe formé par Jean-Marc Andres au banjo, Olivier Andres à la contrebasse, Chakir Belkaïd, au piano, Jean-Claude Druot à la guitare, Thierry Loyer au dobro et Christian Seguret à la mandoline et guitare.
Les titres des morceaux : Fort Navajo, Chihuahua Pearl, Palomina Cantina...

On avoue être un peu curieux. Si quelqu'un connaît, on est bien entendu preneurs.


One for the road : le dessin de page de garde de la série. On y comprend mieux l'amour du maître pour les grands paysages.



lundi 12 mars 2018

Chanson enfantine et maisons closes

Le transport des Filles de joie à l'hôpital. Étienne Jaurat (1755)
On ne peut vraiment faire confiance à personne en ce bas monde.
Surtout pas à Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, duchesse de Menars, maîtresse en titre de Louis XV, brocardée dans les chansons de rue de son époque, dites poissonnades, dont le franc et direct Qu'une bâtarde de catin... 
Ou dans ce délicieux poème :
Par vos façons nobles et franches,
Iris, vous enchantez nos cœurs.
Sur nos pas vous semez des fleurs.
Mais ce sont des fleurs blanches.

C'est à dire, en termes choisis, des...maladies vénériennes !
On vous a déjà évoqué la haine populaire vis à vis de la marquise ici et .

Comme toute la cour de Versailles, la Dame se piquait d'écrire des vers et de les mettre en chansons. En 1757, elle commit une comptine qui passera à la postérité de la chanson enfantine.
Quelle ne fut pas notre stupéfaction de constater que cette bluette, Nous n'irons plus au bois, est une claire allusion à l'ordonnance de 1687 qui commandait, pour répondre à une vague de maladies honteuses et surtout sous l'influence du parti des dévots de la Maintenon, la fermeture des maisons closes à moins de deux lieux de Versailles. Les filles publiques surprises en compagnie de soldats pouvaient même avoir le nez et les oreilles tranchées.
Or, si on prend en compte les bordels de ce temps n'exhibaient point de lanternes rouges mais des branches de laurier, on comprend mieux la signification du "bois" vers lequel on n'iras plus.
Voilà ce que, depuis, on apprend depuis aux gosses.
Marquise, vous étiez gonflée !

Un rappel par Anne Sylvestre :


vendredi 9 mars 2018

Prévert au cabaret et en rap


Prix mis à part et œufs au comptoir ayant tendance à disparaître, ce texte de Jacques Prévert, La grasse matinée, issu de Paroles, 1945, temps de famine et de tickets de rationnement, reste d'une actualité seulement ignorée par les hypocrite ou le fan-club présidentiel (qui sont souvent les mêmes).
On le connaît généralement par une de ses toutes premières interprètes, déjà d'avant-guerre, Marianne Oswald


Il a été récemment repris en hip-hop dans le disque Prévert le Rap par Floral & Muda (Instrus de Boeuf) du collectif Les chevals hongrois.
S'il y en a encore qui doutent que le rap est aussi de la "chanson française", vous pouvez télécharger l'ensemble du disque, ainsi qu'un autre consacré à Robert Desnos, sur leur site .

mardi 6 mars 2018

Mars, on a chanté les chiffons !


Puisqu'on en est encore à se couvrir pour éviter de prendre une veste, voici notre modeste hommage à cette peau de bête qui a connu bien des variantes depuis les âges farouches. On a parlé nippes :

Édith Piaf                                  L'homme à la moto
Nino Ferrer                               Je vends des robes
La Caution                                Casquettes grises
A Souchon                                 Les jupes des filles
Sanseverino                              André
Thomas Fersen                         Les cravattes
Ensemble Callirohé                  Les tricoteuses
Fontaine / Belkhacem               Les blanchisseuses
Jean Constantin                         Les pantoufles
Roga Roga                                 La Sape
Danny Lida                                Itsy Bitsy....
L'affaire est dans le sac (extrait)
Colette Renard                          La casquette
Patti Layne                               Déshabillez-moi
Anne Sylvestre                          Habillez-moi
Compagnons de la chanson     Mets ton chapeau
Reda Caire                                Le gant noir
Maurice Fanon                          L'écharpe
La Chiffonie                              La ceinture d'argent
Dutronc                                     L'opportuniste


On peut écouter ou stocker en cliquant Là.
En sus, le grand Jacques fait une variante du succès de Piaf lors d'un enregistrement télévisé non identifié



Et l'extrait du film des frères Prévert de 1932




vendredi 2 mars 2018

Fin d'une crapule (par la Mano Negra)

Carbone et Spirito
Amenons ici une précision historique.
Contrairement à ce qui est annoncé au début de la chanson de la Mano Negra La Ventura, Paul Carbone dit "Venture" n'est pas exactement mort, le 16 décembre 1943, le bide truffé de plomb, à Chalon-sur-Saône. C'est bien plus beau que ça.
Vaguement inspirateur de films comme Borsalino (avec son complice François Spirito), proxénète international, bâtisseur des bases de la French connection, mêlé à l'affaire Stavisky (assassinat du conseiller Prince), intime de Joseph Marini, capo des Corses de Pigalle, ce truand ami de l'ordre était complice de Simon Sabiani, adjoint au maire de Marseille, proche des ligues fascistes (futur PPF de Doriot) et briseur de grèves des années 30.
Comme de bien entendu, à l'instar de ses collègues de La Carlingue, la Gestapo française drivée par le sinistre tandem Bonny-Lafont, l'occupation fut pour Venture l'occasion rêvée de prendre du galon. Mais il arrive que les mauvaises fréquentations se révèlent dangereuses.
Ainsi, fort de son pouvoir de voyager en première avec les officiers de la Wechmacht, en ce fameux 16 décembre, Carbone se trouvait dans un train de permissionnaires que la résistance de Chalon fit dérailler. Les jambes sectionnées, l'antipathique serait mort en philosophant, la clope au bec.
3000 personnes, gratin de la pègre, du show-biz et de la collaboration, assistèrent aux funérailles du caïd marseillais, l'Avé Maria étant chanté par Tino Rossi. Fin d'un affreux*....


* Et comme le Mitan a horreur du vide, à Marseille, l'après-guerre sera marqué par l'ascension des frères Guérini, grands amis de Gaston Defferre, du moins jusqu'en 1965...

lundi 26 février 2018

En mars, on se sape

L'Herbe Tendre s'habille à Mexico
Notre tailleur est pauvre.
À part quelques tentatives dans le monde de l'élégance, par exemple l'adoption provisoire du style pachuco, comme montré sur le document ci-dessus, l'Herbe Tendre se sape aux Puces, ou ce qu'il en reste.
Mais si l'habit fait le moine, il a également fait bien des rengaines.
En conséquence, l'Herbe Tendre fera un plongeon dans le monde de la Mode et des nippes le lundi 5 mars à 17h30 sur les ondes de Radio Canal sud (92.2).
Qu'on se le dise.
En préambule, notre furieux du rock des origines, Little Richard, suppliant qu'on épargne ses beaux atours :


vendredi 23 février 2018

Deux heures avec Damia (2)

Suite et fin de l'émission Tour de chant, de Martin Pénet, consacrée à la première Dame en noir de la chanson.
Des années 1930, marquées de pathétique dans l'ombre de la catastrophe qui se profile jusqu'à une tournée étonnamment triomphale au pays du soleil levant en 1952, la vie de Marise Damien défile entre clubs homosexuels, opium, galas triomphaux ou cahotiques et monumentales gueules de bois.
Sa "modeste" personne a inspiré, entre autres, Jean Genet, Federico Garcia Lorca ou Simenon. Rien que ça...

Comme il semble que le code d'intégration de France Culture ne fonctionne que quand ça le chante, les deux émissions, dans l'ordre peuvent être écoutées en cliquant ici et en cliquant là.
Normalement, ça marche aussi en allant sur le logo de France Musique.




On aurait pu croire à l'hommage d'une héritière, et bien ce n'est pas ça. On apprend dans l'émission qu'Édith Piaf enregistra une des plus belles chansons de Damia, Tout fout l'camp avant elle. Toutefois, par le son et l'orchestration cette version semble postérieure à 1938.