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Bibi-la-Purée par Picasso |
(...) Verlaine plongé par l'abus d'absinthe dans une perpétuelle somnolence, était le véritable président de ces réunions. Ses aventures avec Rimbaud n'étaient pas oubliées. Fanfaron du vice, l'auteur de Sagesse contait à ses voisins comment, récemment, en province, il avait causé un petit scandale en serrant de trop près un jeune berger. Il ajoutait que le maire de la localité était intervenu et lui avait conseillé obligeamment de s'en prendre plutôt au chef de gare, qui venait de Paris et qui, par conséquent, devait être plus au courant des moeurs de la grande ville.
Verlaine apparaissait au Soleil d'Or flanqué d'une petite cour d'admirateurs, généralement faméliques, mais parmi lesquels se glissaient parfois quelques rimeurs fortunés. L'un de ces derniers avait même tenté d'assurer le couvert du Prince des Poètes, tout au moins pendant un certain temps, en versant pour lui mille francs d'avance à un restaurateur voisin, mais, dès le lendemain, Verlaine, toujours à court d'argent, avait été trouver le commerçant. "Rends-moi cinq cents balles, lui avait-il proposé, et je te promets de ne jamais plus venir manger chez toi."
Le plus fidèle compagnon de Verlaine était Salis, dit "Bibi-la-Purée". Vêtu de loques et fier de sa dent unique, il se prétendait artiste et se donnait effrontément pour un cousin de son homonyme, le fondateur du Chat Noir. C'était, en réalité, un ancien épicier de Lyon, qui après avoir bu son fonds, avait échoué au Quartier Latin où il subsistait en faisant les courses et en cirant les chaussures des étudiants. Bibi-la-Purée servait le Prince des Poètes avec une docilité d'esclave, le suivant dans tous les cafés et profitant de la moindre distraction de son illustre ami pour ingurgiter subrepticement le contenu des verres d'absinthe servis à celui-ci. Après la mort de Verlaine, Bibi-la-Purée devait vendre aux amateurs plus d'autographes du maître qu'il s'était librement donné que ce dernier n'aurait pu en écrire au cours d'une vie pourtant longue.
A peu près illettré, Bibi-la-Purée n'en était pas moins l'auteur d'une complainte autobiographique qu'il psalmodiait en faisant la quête :
Bref, quand je serai mort,
Si vous plaigniez mon sort,
Venez à Bagneux même,
Mais surtout sans remords,
Accompagner le corps
Du dernier bohème.
Michel Herbert, La chanson à Montmartre, 1967.
Complainte pour complaire à Bibi-la-Purée
Jehan Rictus
BIBI-LA-PUREE
Personnage
Hoffmanesque et déambulatoire, le sourire d’un Voltaire ingénu, le
cheveu abondant et la dent rare, pendant un tiers de siècle, Bibi la
Purée anima les rues de Paris de sa silhouette pittoresque.
Bibi la Purée n’appartient
qu’à moitié à l’histoire de Montmartre, car il partagea ses faveurs
entre ce bourg fameux et le quartier Latin. Deux ou trois fois par
semaine, armé de son éternel parapluie, drapé dans sa vieille redingote
miroitante, une fleur à la boutonnière, son inévitable mégot éternel aux
lèvres, il grimpait d’un pas alerte les pentes abruptes de la rue des
Martyrs pour venir s’asseoir à la terrasse de l’Auberge du Clou, hiver
Comme été, et y savourait une tasse de café nature, car Bibi était
sobre, sobre de paroles, sobre de boisson. Le patron du Clou, le jovial
Bigot qui adorait toutes les excentricités, aimait voir cette figure
sympathique orner sa terrasse et y provoquer la curiosité des passants.
La profession de Bibi la Purée était une des plus jolies que je connaisse et d’une grande facilité à exercer. Il était rentier. Quand il comparaissait devant les tribunaux pour de menus délits qui n’entachaient en rien son honneur professionnel, Bibi la Purée déclinait, à la demande du Président, ses noms, qualités et professions avec la plus exquise complaisance. - « Bibi la Purée, seigneur de Salis et autres lieux. Et rentier! » ajoutait-il avec orgueil.
La profession de Bibi la Purée était une des plus jolies que je connaisse et d’une grande facilité à exercer. Il était rentier. Quand il comparaissait devant les tribunaux pour de menus délits qui n’entachaient en rien son honneur professionnel, Bibi la Purée déclinait, à la demande du Président, ses noms, qualités et professions avec la plus exquise complaisance. - « Bibi la Purée, seigneur de Salis et autres lieux. Et rentier! » ajoutait-il avec orgueil.
Le véritable Salis,
Seigneur de Naintré et de Chanoirville-en–Vexin, qui n’aimait pas qu’on
abusât de son nom, menaçait de ses foudres qui étaient, en l’ espèce,
des poings solides, le présomptueux Bibi, qui évitait soigneusement de.
passer rue Victor Massé où l’illustre seigneur tenait son castel.
D’ailleurs, le pauvre Bibi était un petit rentier. Il possédait en tout
et pour tout une rente annuelle de quatre cents francs. Et il n’était
rentier qu’un jour dans l’année, le jour où il touchait sa rente qu’il
dilapidait joyeusement dans le temps que la Terre met à faire sa demie
révolution autour du soleil. Heureusement qu’il la touchait le 21 juin,
le jour le plus long de l’année. Il était ainsi rentier plus longtemps.
-« Je mène, disait-il, pendant un jour la vie d’un millionnaire. Le reste de l’année, je m’en souviens et j’attends sans impatience, car je suis philosophe, mon autre jour de millionnaire. Aussi bien, ai-je horreur des années bissextiles . » Il ne faudrait pas croire que Bibi la Purée fut un désoeuvré complet. Non, il avait un métier, mais qu’il n’exerçait que rarement et quand l’occasion de le faire se présentait. Il cirait les chaussures. Mais pas à tout le monde! Il n’avait qu’un unique client sur terre, le grand poète Verlaine, et ne consentait à fournir que celui-là.
-« Je mène, disait-il, pendant un jour la vie d’un millionnaire. Le reste de l’année, je m’en souviens et j’attends sans impatience, car je suis philosophe, mon autre jour de millionnaire. Aussi bien, ai-je horreur des années bissextiles . » Il ne faudrait pas croire que Bibi la Purée fut un désoeuvré complet. Non, il avait un métier, mais qu’il n’exerçait que rarement et quand l’occasion de le faire se présentait. Il cirait les chaussures. Mais pas à tout le monde! Il n’avait qu’un unique client sur terre, le grand poète Verlaine, et ne consentait à fournir que celui-là.
Chaque fois qu’ il pouvait
se trouver dans la rue en présence de Verlaine, il prenait son pied –
c’est le cas de le dire. – Bon gré, mal gré, il fallait que l’infortuné
poète passât par les brosses de Bibi qui le cirait éperdument. Et si
Verlaine avait le malheur de vouloir récompenser son petit travail par
le don de quelques sesterces, Bibi se drapait dans sa dignité et les
refusait d’un geste d’empereur outragé.
Verlaine, qui n’était pas
d’une élégance raffinée, avait fini par éviter prudemment les rues et
boulevards où Bibi le guettait, armé de ses impitoyables brosses qu’il
dissimulait dans les poches des basques de sa redingote.
Un jour même Verlaine, pour le décourager, sortit pieds nus. Bibi se précipita à ses pieds et … les lui cira.
Verlaine, à partir de ce moment, n’opposa plus aucune résistance à Bibi et se résigna à son sort.
Cire! disait-il à Bibi quand il l’apercevait, en tendant son pied.
Il lui parlait comme à un roi.
D’ailleurs, je pus juger un jour par moi-même le désintéressement de Bibi.
Un après-midi que je l’avais rencontré à la terrasse du « Clou », il remarqua la vétusté de mon chapeau, et le lendemain, il m’en apportait une vingtaine à choisir, de toutes les formes, de toutes les dimensions, de toutes les couleurs et de toutes les époques. Aucun ne m’allait. Faut croire que j’ai une drôle de tête! Il me les laissa tous et s’en alla désespéré. Un instant l’idée me vint de m’établir· chapelier, mais toutes réflexions faites, cette idée me sortit de la tête. Je n’ai aucune aptitude pour le Commerce.
Une autre fois, m’étant attardé en sa compagnie jusqu’à l’heure indue de quatre heures du matin, il voulut absolument me reconduire jusqu’à la porte de mon domicile, l’hôtel du Poirier, pour m’assister en cas d’attaque nocturne.
Arrivé à la porte de mon hôtel, je remerciai chaleureusement Bibi et voulus lui offrir une pièce de vingt sous. Je crus qu’il allait me faire un mauvais parti et se livrer sur moi à une « attaque nocturne. »
- Tu m’offense! cria-t-il, jamais avec les amis! Bibi ne mange pas de ce pain-là! Bibi n’est pas un mendiant!
Quoique râpé jusqu’à la corde, Bibi n’était pas d’un abord répugnant. Il se rasait assez régulièrement, prenait un bain dans la Seine de temps à autre et portait un linge qui, quoique douteux, n’atteignit jamais les limites de la décomposition totale.
Bibi n’était pas toujours commode et n’aimait pas se laisser manquer de respect. Une fois je l’ai vu corriger à coups de parapluie, son arme favorite, un quidam qui l’avait insulté.
Un jour même Verlaine, pour le décourager, sortit pieds nus. Bibi se précipita à ses pieds et … les lui cira.
Verlaine, à partir de ce moment, n’opposa plus aucune résistance à Bibi et se résigna à son sort.
Cire! disait-il à Bibi quand il l’apercevait, en tendant son pied.
Il lui parlait comme à un roi.
D’ailleurs, je pus juger un jour par moi-même le désintéressement de Bibi.
Un après-midi que je l’avais rencontré à la terrasse du « Clou », il remarqua la vétusté de mon chapeau, et le lendemain, il m’en apportait une vingtaine à choisir, de toutes les formes, de toutes les dimensions, de toutes les couleurs et de toutes les époques. Aucun ne m’allait. Faut croire que j’ai une drôle de tête! Il me les laissa tous et s’en alla désespéré. Un instant l’idée me vint de m’établir· chapelier, mais toutes réflexions faites, cette idée me sortit de la tête. Je n’ai aucune aptitude pour le Commerce.
Une autre fois, m’étant attardé en sa compagnie jusqu’à l’heure indue de quatre heures du matin, il voulut absolument me reconduire jusqu’à la porte de mon domicile, l’hôtel du Poirier, pour m’assister en cas d’attaque nocturne.
Arrivé à la porte de mon hôtel, je remerciai chaleureusement Bibi et voulus lui offrir une pièce de vingt sous. Je crus qu’il allait me faire un mauvais parti et se livrer sur moi à une « attaque nocturne. »
- Tu m’offense! cria-t-il, jamais avec les amis! Bibi ne mange pas de ce pain-là! Bibi n’est pas un mendiant!
Quoique râpé jusqu’à la corde, Bibi n’était pas d’un abord répugnant. Il se rasait assez régulièrement, prenait un bain dans la Seine de temps à autre et portait un linge qui, quoique douteux, n’atteignit jamais les limites de la décomposition totale.
Bibi n’était pas toujours commode et n’aimait pas se laisser manquer de respect. Une fois je l’ai vu corriger à coups de parapluie, son arme favorite, un quidam qui l’avait insulté.
Un jour, j’assistai,
toujours à la terrasse du Clou, à une scène bien curieuse entre Bibi et
un Arabe en costume national, que le dessinateur Henricus venait de
ramener d’Afrique.
Tout à coup Bibi, qui était assis auprès de l’Arabe, aperçoit un énorme pou qui se baladait sur le revers de sa propre redingote. Il saisit délicatement l’insecte entre le pouce et l’index et le montrant à l’ Arabe : « C’ est à vous ceci, Sidi ? »
- Parfaitement, répond tranquillement l’Arabe, qui le lui reprend des mains et le repose froidement sur son burnous.
Vous voyez par cette anecdote, que Bibi avait le sentiment exact de la propriété.
Tout à coup Bibi, qui était assis auprès de l’Arabe, aperçoit un énorme pou qui se baladait sur le revers de sa propre redingote. Il saisit délicatement l’insecte entre le pouce et l’index et le montrant à l’ Arabe : « C’ est à vous ceci, Sidi ? »
- Parfaitement, répond tranquillement l’Arabe, qui le lui reprend des mains et le repose froidement sur son burnous.
Vous voyez par cette anecdote, que Bibi avait le sentiment exact de la propriété.
Bibi
était très galant avec les dames. Il détachait fort souvent de la
boutonnière de sa redingote le bouquet de violettes ou l’oeillet rose
qui s’y fanait, pour l’offrir à une belle personne du sexe féminin. Il y
avait du Don Quichotte en lui.
Un beau dimanche, sous la présidence de Georges Courteline qui n’était pas encore commandeur de la Légion d’honneur, on couronna un poète maintenant oublié, César Leprince, sur le tas de sable qui surmontait le rond-point qui fait face à l’auberge du Clou, et pour corser la fête, on élit Bibi la Purée « rosier » de Montmartre. Il fut très digne et très acclamé dans ce rôle.
D’ailleurs on Soupçonna toujours Bibi d’être mort « vierge et martyr ». Il était galant, il n’était pas amoureux. Il ne faut pas confondre intelligence avec gendarmerie.
Bibi était une espèce de saint. On ne lui connaissait aucun vice. Il ne buvait pas, ne fumait que des cigarettes éteintes et ne disait jamais de mal de son prochain. Il adorait la lecture, la liberté et le grand air.
Des journées entières on le voyait sur les quais ou sous les galeries de l’Odéon, feuilleter de vieux bouquins ou de jeunes revues.
Ses domiciles étaient vagues et indéfinis. L’époque du terme le laissait indifférent. Car jamais les voûtes des arches du Pont-Neuf ou les bancs du boulevard Saint-Michel n’ont présenté leurs quittances de loyer aux locataires qu’ils abritent ou soutiennent. -
Bibi était le noctambule par excellence. Il dormait de préférence le jour, dans des endroits frais abrités du soleil, avec la rumeur de la grande ville au-dessus ou autour de lui.
La campagne, bien qu’il aimât les fleurs, l’attirait peu. Il lui préférait les ombrages du Luxembourg, les moires de l’eau de la fontaine Médicis, les quinconces peuplés des blanches statues de nos reines aux robes de pierre, aux majestueuses attitudes figées. Il passait au milieu des étudiants, des grisettes et des rapins, comme un personnage d’une époque éteinte, le spectre d’un Voltaire bénévole dont il ne serait plus resté que le sourire et dont la malice se serait envolée. Il allait souvent s’asseoir en face de la statue de ce dernier, et Voltaire et Bibi s’envoyaient leur plus gracieux sourire. Mais celui de Voltaire était fixé par l’éternité et par Pigalle.
Comme la plupart des poètes, des rêveurs et ces philosophes, Comme son Dieu Verlaine, Bibi la Purée mourut à l’hôpital.
Sa mort fut tragiquement belle.
Depuis longtemps, dévoré par la fièvre, il était visité d’affreux cauchemars peuplés des fantômes de sa vie passée et s’agitait entre les draps de son lit de douleur sans pouvoir y trouver le repos que la vie ne lui avait jamais donné et que la mort bienfaisante et éternelle était près de lui accorder.
Un jour, pendant la visite, il se leva debout sur son lit. Il s’était enveloppé dans ses draps qui lui faisaient un blanc vêtement sacerdotal. Il s’était coiffé de son vase de nuit qui figurait une tiare papale. L’infortuné, dans son agonie, se prenait pour Léon XIII avec lequel il avait une vague ressemblance. Car Léon XIII, ce croyant, et Voltaire, cet athée, se ressemblaient physiquement. Etrange anomalie propre à faire rêver ceux qui se penchent un moment, au risque d’en avoir le vertige, sur l’insondable abîme de l’Eternité. Alors d’un vaste geste circulaire, vénérable,majestueux et hiératique, pendant que les infirmières poussaient des cris d’orfraie, il les bénit, il bénit le médecin en chef, il bénit les infirmiers, il bénit les malades, il se bénit lui-même. Puis il retomba sur son lit.
Un beau dimanche, sous la présidence de Georges Courteline qui n’était pas encore commandeur de la Légion d’honneur, on couronna un poète maintenant oublié, César Leprince, sur le tas de sable qui surmontait le rond-point qui fait face à l’auberge du Clou, et pour corser la fête, on élit Bibi la Purée « rosier » de Montmartre. Il fut très digne et très acclamé dans ce rôle.
D’ailleurs on Soupçonna toujours Bibi d’être mort « vierge et martyr ». Il était galant, il n’était pas amoureux. Il ne faut pas confondre intelligence avec gendarmerie.
Bibi était une espèce de saint. On ne lui connaissait aucun vice. Il ne buvait pas, ne fumait que des cigarettes éteintes et ne disait jamais de mal de son prochain. Il adorait la lecture, la liberté et le grand air.
Des journées entières on le voyait sur les quais ou sous les galeries de l’Odéon, feuilleter de vieux bouquins ou de jeunes revues.
Ses domiciles étaient vagues et indéfinis. L’époque du terme le laissait indifférent. Car jamais les voûtes des arches du Pont-Neuf ou les bancs du boulevard Saint-Michel n’ont présenté leurs quittances de loyer aux locataires qu’ils abritent ou soutiennent. -
Bibi était le noctambule par excellence. Il dormait de préférence le jour, dans des endroits frais abrités du soleil, avec la rumeur de la grande ville au-dessus ou autour de lui.
La campagne, bien qu’il aimât les fleurs, l’attirait peu. Il lui préférait les ombrages du Luxembourg, les moires de l’eau de la fontaine Médicis, les quinconces peuplés des blanches statues de nos reines aux robes de pierre, aux majestueuses attitudes figées. Il passait au milieu des étudiants, des grisettes et des rapins, comme un personnage d’une époque éteinte, le spectre d’un Voltaire bénévole dont il ne serait plus resté que le sourire et dont la malice se serait envolée. Il allait souvent s’asseoir en face de la statue de ce dernier, et Voltaire et Bibi s’envoyaient leur plus gracieux sourire. Mais celui de Voltaire était fixé par l’éternité et par Pigalle.
Comme la plupart des poètes, des rêveurs et ces philosophes, Comme son Dieu Verlaine, Bibi la Purée mourut à l’hôpital.
Sa mort fut tragiquement belle.
Depuis longtemps, dévoré par la fièvre, il était visité d’affreux cauchemars peuplés des fantômes de sa vie passée et s’agitait entre les draps de son lit de douleur sans pouvoir y trouver le repos que la vie ne lui avait jamais donné et que la mort bienfaisante et éternelle était près de lui accorder.
Un jour, pendant la visite, il se leva debout sur son lit. Il s’était enveloppé dans ses draps qui lui faisaient un blanc vêtement sacerdotal. Il s’était coiffé de son vase de nuit qui figurait une tiare papale. L’infortuné, dans son agonie, se prenait pour Léon XIII avec lequel il avait une vague ressemblance. Car Léon XIII, ce croyant, et Voltaire, cet athée, se ressemblaient physiquement. Etrange anomalie propre à faire rêver ceux qui se penchent un moment, au risque d’en avoir le vertige, sur l’insondable abîme de l’Eternité. Alors d’un vaste geste circulaire, vénérable,majestueux et hiératique, pendant que les infirmières poussaient des cris d’orfraie, il les bénit, il bénit le médecin en chef, il bénit les infirmiers, il bénit les malades, il se bénit lui-même. Puis il retomba sur son lit.
Il était mort.
Jules Depaquit, La Vache enragée n°91, novembre 1922.
Texte trouvé sur ce site, merci au blogueur pour la transcription.
Brassens, L'enterrement de Verlaine.
petite annonce : pour un problème d'enregistrement, on mettra notre dernière émission en ligne dans quelques jours.
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