samedi 12 août 2017

Lacenaire en vedette

Poète plutôt pompier, voleur pas vraiment brillant, auteur de théâtre sans succès, assassin médiocre, auteur de chansons savoureuses, mis à l'honneur par les surréalistes, magnifié par Prévert et Carné, on a déjà évoqué le cas de Pierre-François Lacenaire à cette page.
Mais on profite aussi du désert radiophonique estival pour mettre en ligne cette passionnante émission des Nuits de France Culture de Philippe Garbit, réalisée par Marion Thiba, qui revient largement sur le cas de ce personnage haut en couleur. Quant aux turpitudes de la monarchie de juillet, elles rappellent bien des choses plus actuelles...


Pour rendre hommage au chansonnier, une autre version de sa "Pétition d'un voleur à un roi voisin", cette fois chantée par Gérald Genty.


mercredi 9 août 2017

Scooter et une parodie inattendue


En 1976, Scooter, groupe lyonnais irrespectueux s'attaque par la face Nord à un monument de la décennie en cours : la chanson "Sweet Jane", écrite par Lou Reed et tirée de l'album Loaded du Velvet Underground (1970).
C'est tout à fait potache, mais que pouvait-on attendre d'une bande lycéens décidés à en découdre avec les, déjà devenus, ancêtres du rock 'n roll ?
Le 45 tour étant introuvable, cette version est tirée de la compil Skydog Commando du label français Skydog, de 1978.
Attention les oreilles :


Bon, si la voix du chanteur vous rappelle quelque chose, vous avez peut-être deviné que Scooter n'est autre que le premier nom de Starshooter
En réalité, le groupe qui s'est déjà pris une malheureuse parodie des Beatles (voir cet article) dans les gencives a réenregistré son premier titre, Hygiène, pour les besoins de la compilation. Au moins, ce coup-là la maison EMI, qui a déjà commis l'erreur de virer les Pistols, écrase le coup.



Pas de réactions de Lou Reed qui avait d'autres masos à fouetter.
Quant à la version originale, elle avait refait carrière avec lui-même en version hard rock, fut excellemment reprise par Mott the Hoople, puis par David Bowie, Brownsville Station, Metallica, Cowboy Junkies et on en passe...
On ne va donc pas se quitter sans la version originelle.


samedi 5 août 2017

Nougaro en pleine crise de foi

Je crois est une adaptation d'Imploracion negra, brésilienne d'Humberto Canto tirée du cinquième album de Claude Nougaro Petit taureau (1967).
Cette chanson était en face B du 45 tour Toulouse.

Elle est ici prétexte à une brève évocation de Maurice Vanderschueren (1929-2017) dit Maurice Vander, disparu en février dernier, grand clavier du jazz, qui inaugurait avec cet album des années de collaboration avec Nougaro.

Fils d’un modeste accordéoniste de Vitry-sur-Seine, Maurice Vander a étudié le piano à 8 ans, tâté de l’accordéon et est finalement revenu aux 88 touches (pianos et orgues). Freddy, son frère, accordéoniste lui aussi, lui a fait découvrir le jazz en écoutant la radio d'après-guerre.
Avant sa rencontre avec Nougaro le "Coq" avait déjà enregistré avec Django Reinhardt en 1953.
Il était par ailleurs le père adoptif du batteur Christian Vander (Magma). 


mercredi 2 août 2017

Jeanne s'est tirée

 Elle avait peut-être des côtés agaçants mais au moins, elle n'a jamais fait de publicité pour une banque Paribas ou un quelconque autre produit.
Au revoir madame, il nous reste toujours 130 films et 6 disques.


Deux chansons, la première de son albums de 1963 écrite par Serge Rezvani alias Cyrus Bassiak (va-nu-pieds en russe). La deuxième est d'elle-même, album de 1969, musique d'Antoine Duhamel.

lundi 31 juillet 2017

Alexandre Zelkine, internationaliste atypique.

Un grand remerciement à l'ami François qui nous le fit connaître avec cet article très complet. 
Comme tout est dit là, on va tâcher de résumer le bonhomme en deux mots.

Né à Lyon en 1938 de père russe et de mère française le gars étudie la musique au conservatoire et voyage des Balkans à Israël, d'Espagne à New-York.

Son premier disque Russian folk songs, d'avril 1965, est un recueil de ballades russes accompagnées de balalaïkas. Puis ayant déménagé à Montréal, ses deux opus suivants, de 1966 et 1967, sont de curieux mélange de traditionnels ou de chants révolutionnaires en français, yiddish, espagnol, russe ou anglais.
Parmi les titres, cette version d'À la Roquette d'Aristide Bruant.


Au rythme d'une sortie annuelle, s'ensuivent un  autre disque en russe et un album de folk québecois.
Et puis, en 1973 l'album Pessimiste replonge dans le joyeux mélange.
En 1974, c'est L'otage, en pleine saison des actions du FLQ et de l'état de siège qui fut appliqué à la province francophone. On y trouve la chanson Pessimiste qui jure quelque peu avec le ton de l'époque. Quant au titre, L'otage, il s'inspire du sort de Pierre Laporte, avocat et ministre corrompu québecois, mort suite à son enlèvement par la cellule Chénier du FLQ. Laporte avait été soit exécuté, soit tué lors d'une tentative d'évasion.


On reste quelque peu interloqué par les paroles. Essayez voir, de nos jours et sous nos cieux, d'aller tenter d'expliquer le processus amenant à je ne sais pas moi, au hasard, la mort d'un président du conseil italien ou d'un général français...
Et puis le bon géant a disparu des ondes. Depuis 1974, il se consacre au modélisme ferroviaire. Il a même inventé une compagnie imaginaire, la Degulbeef and Cradding Railroad.
Interloqués, on vous dit.  

vendredi 28 juillet 2017

Desnos, Liabeuf et la chanson qui ne fut pas (ou pas encore)


Presse à sensations
Comme on y fit allusion dans cette aimable émission, Jean-Jacques Liabeuf, honnête cordonnier persécuté par deux argousins des mœurs, Maugras et Vors,  qui lui avaient taillé un costard de proxénète, fut injustement condamné à la prison et à l'interdiction de séjour en 1909.
Fou de rage, l'ouvrier se confectionna des poignets de cuir hérissés de pointe, y rajouta un poignard et un revolver browning pour régler ses comptes avec les deux bourriques responsables de sa disgrâce. Le 8 janvier 1910, contrôlé par des agents, il tue un flic et en blesse quatre autres, dont un grièvement, avant d'être maîtrisé.
Sale ambiance

C'était mal barré pour l'homme d'honneur qui malgré son manque de chance sera défendu par une bonne partie des socialistes* et des anarchistes.
Le premier juillet 1910, Liabeuf est guillotiné sur le boulevard Arago, contre le mur de La Santé. Il aura clamé jusqu'à son dernier souffle qu'il n'était pas un souteneur. Son exécution fut l'occasion d'une des plus belles émeutes du Paris des années 1900 : des milliers de personnes s'affrontent à la police, les cuirassiers chargent la foule dans laquelle se trouvent quelques futurs "bandits tragiques" dont certains feront eux aussi parler la poudre (Soudy, Valet, Kilbatchiche).

Or, Robert Desnos a prétendu avoir assisté à l'arrestation de Liabeuf, dans la rue Aubry-le-boucher. Il avait dix ans et c'était pas pourtant pas à une heure où on laisse traîner les moutards.
Trente ans plus tard il écrivit une chanson en argot, en hommage à Liabeuf et son action dans la rue Aubry-le-boucher. Ce texte sera publié pendant la guerre sous pseudonyme, il est intitulé

À LA CAILLE** 

Rue Aubry-le-Boucher on peut te foutre en l’air,
Bouziller tes tapins, tes tôles et tes crèches
Où se faisaient trancher des sœurs comaco blèches
Portant bavette en deuil sous des nichons riders.

On peut te maquiller de béton et de fer
On peut virer ton blaze et dégommer ta dèche
Ton casier judiciaire aura toujours en flèche
Liabeuf qui fit risette un matin à Deibler***.

À Sorgue, aux Innocents, les esgourdes m’en tintent.
Son fantôme poursuit les flics. Il les esquinte.
Par vanne ils l’ont donné, sapé, guillotiné

Mais il décarre, malgré eux. Il court la belle,
Laissant en rade indics, roussins et hirondelles,
Que de sa lame Aubry tatoue au raisiné.
 


On ne connaît pas de mise en musique de ce petit bijou. Si ça vous inspire, n'hésitez surtout pas, on se fera une joie de diffuser. Camarades musicos, à vous.
Autre représentation fantaisiste

Je trouve que dans ce siècle d'aveulis et d'avachis, Liabeuf a donné une belle leçon d'énergie et de courage à la foule des honnêtes gens. À nous-mêmes, révolutionnaires, il a donné un bel exemple. Gustave Hervé dans La Guerre Sociale

** En rogne, en pétard, en colère...

*** Famille de bourreaux de génération en génération.

Et puisqu'il faut terminer sur une rengaine, voilà l'occase d'envoyer encore une fois celle qui ne fut pas écrite par Raymond Callemin mais par qui vous savez. L'occase aussi d'écouter ce cher Jacques Marchais. 

mardi 25 juillet 2017

Schmoll adapte Creedence, Leadbelly et se plante

Vie quotidienne au pénitencier d'Angola

À l'origine une chanson folk, country-blues du début du XXème siècle populaire chez les prisonniers du Sud des États-Unis, coutumiers du "chain gang" (groupe de forçats condamnés au travail forcé attachés entre eux).

Sa première occurrence apparaît imprimée en 1905, le premier enregistrement connu est de Dave "Pistol Pete" Cutrell, cow-boy chantant, en 1926.
Comme c'est généralement le cas pour les chants du peuple, les paroles varient au gré des interprètes.
Car, c'est bien le bluesman Leadbelly ("ventre de plomb") qui va non seulement donner ses lettres de noblesse à Midnight special mais proposer une explication du titre aux Lomax, venus enregistrer au pénitencier d'Angola. Enterré en cet enfer pour avoir défouraillé dans une rixe de bar, Leadbelly affirme que le Midnight Special est le train de Houston, plus ou moins mythique, qui doit emmener les bagnards loin de ce trou à moustiques paludiques. D'ailleurs si un gars l'entend passer à minuit, il sortira immanquablement dans l'année.


 Le bluesman utilisera sa séance d'enregistrement avec les musicologues pour demander sa grâce au gouverneur. Par ailleurs John et Alan Lomax l'ont abusivement crédité de cette chanson. Suite à cette séance, de 1933, la complainte deviendra populaire chez les bluesmen (Big Bill Bronzy, Otis Rush, Sonny Terry, etc.), folkeux (Pete Seeger, Les Paul, Bob Dylan, etc.) et rockers (Little Richard, Van Morrison, the Beatles, Eric Clapton, etc.). Sans oublier les variantes zydeco ou calypso du début des années 1960.
Une des versions les plus populaires est certainement celle du groupe californien Creedence Clearwater Revival sur l'album Willy and the poor boys (1969) Démonstration :


L'anecdote étant narrée, il ne reste plus qu'à passer à ce qu'il faut bien nommer le très réussi ratage de notre crooner et cinéphile de Belleville, Monsieur Eddy,  Schmoll national, qui en fit un gospel mou et erratique sur son disque de 1977 "La dernière séance".
Rien qu'à cause de l'émission éponyme, il te sera beaucoup pardonné, Claude. Et on a parfois bien du mérite...