mardi 5 avril 2016

Émission d'avril : fleurs du trottoir


Manif de prostituées à Mexico sous le slogan "La rue à celles qui la travaillent" (c'est là-bas une tradition se réapproprier l'endroit où on bosse depuis ce cher Zapata)
S'il est un métier qui a inspiré moult chansons (comportant à l'occasion leur pesant de vulgarité ou de condescendance), c'est bien le "plus vieux de monde". En voici un bref florilège :

Colette Renard                   Si le mot putain vous gène
Barbara                              De jolies putes, vraiment !
Jacques Marchais               Le ruban
Catherine Sauvage             Nana's lied
Brassens                             De place en place
Monique Morelli                 Les progrès d'une garce
Yvette Guilbert                    La pierreuse
Bobby Lapointe                   L'ange
Patachou                              La Joconde
Nicolas Bacchus                  La Pierrette à Pigalle
Fréhel                                  Sous le pont 
Eddy Schmoll                      La fille aux yeux menthe à l'eau
Philippe Nicaud                   Le cul de ma sœur
Alain Leprest                       Dans le sac à main de la putain
Arletty                                  Si vous étiez un coquin

L'émission se trouve donc à l'endroit habituel.

Et puisque une auditrice nous l'a réclamé, un petit twist en supplément.


On en profite, au passage, pour rappeler que la prostitution est toujours soumise à l'impôt. Traiter l'État de maquereau n'est donc que l'énoncé d'une piètre réalité.

dimanche 3 avril 2016

Andrex, Arletty, Michel Simon font la java à l'écran

Circonstances atténuantes est film de Jean Boyer (1939) avec Michel Simon, Arletty, Suzanne Dantès, Andrex, Dorville, Mila Parély…
Synopsis :
En allant à Plombières, un ancien procureur de la République, surnommé Le Sentencier, et son épouse s’arrêtent dans un petit bistrot, suite à d’une panne de voiture.
Cet arrêt intempestif va créer un quiproquo car le couple de bourgeois tombe dans un repaire de truands, qui prennent Le Sentencier, dit "La Sentence", pour un des leurs.
Et c'est encore parti pour une festival de malentendus entrecoupés de javas.

Basée sur une situation classique de confusion des rôles, cette œuvre est loin d'être inoubliable. Mais heureusement, comme dans beaucoup de films populaires de cette époque, il y avait toujours une chanson qui elle, au moins, restait bien accrochée dans les têtes.
Il nous en reste donc pour l'éternité la rengaine « Comme de bien entendu » (Paroles Jean Boyer – Musique Georges Van Parys).
Elle est goualée, à tour de rôle, par les divers protagonistes du film.


Comme de bien entendu par gilou

mercredi 30 mars 2016

Une insurrections canadienne : Louis Riel


En 1869, le territoire canadien n'est constitué que de la partie Est du pays actuel. Les autorités ayant négocié avec une compagnie privée, celle de la Baie d'Hudson, le rattachement de la Province de la Rivière Rouge, celle-ci va être le théâtre d'une rébellion armée menée par des métis francophones et des indigènes qui veulent garantir leurs droits à la terre (les arnaques cadastrales se multipliant) et à leur représentation, pris en tenaille qu'ils se retrouvent entre anglophones venus de l'Ontario et soldats canadiens. 
Louis Riel, instituteur pour le moins bilingue et ancien séminariste est nommé à la tête du Comité National Métis. Il s'empare d'une position militaire Fort Garry, sans coup férir puis forme un gouvernement provisoire dans lequel francophones et anglophones sont à part égale.

Après à une série de fausses promesses, le gouvernement finira par occuper la province (1870) rebaptisée Manitoba, sur proposition des métis.
Bête noire des ultras anglophones, Louis Riel, élu député, ne siégera jamais car il existe plusieurs ordres d'arrestation à son encontre sans qu'il ne bénéficie de l'immunité parlementaire. 
Exilé aux États-Unis, Riel réapparaît dans le Nord-Ouest du Canada, non sans avoir tenté une alliance avec les Indiens Lakota (plus connus comme Sioux) de Sitting Bull et en avoir réussi une autre avec les Crees et les Pieds-Noirs.

Vision raciste de la révolte par Cecil B. de Mille dans "les tuniques écarlates" (1940)
Sa période d'avant l'exil avait été marquée par  marquée par plusieurs dépressions et séjours dans les ancêtres de hôpitaux psychiatriques. Fragilisé, Riel revient en territoire canadien en prophète.
À l'instar de bon nombre de chefs de révoltes millénaristes*, il est persuadé d'être en communication directe avec Dieu. Ceci lui vaudra une rupture avec l'Église qui se révélera source de futures trahisons de la part de certains prêtres.

Suite aux promesses canadiennes bafouées à la Rivière Rouge, beaucoup de métis s'étaient installés dans le Nord-Ouest (futur Saskatchewan).  En 1884, famine et misère régnant, le territoire une fois de plus tombant aux mains des anglophones, se créé une "Union des colons" dont une des figures de proue est le chasseur Gabriel Dumont. L'Union va faire appel à Riel pour les représenter.
Le gouvernement se bornant à envoyer des troupes, la rupture est consommée.
Gabriel Dumont
Dumont, chef militaire, est partisan de la guérilla "à l'indienne", Louis Riel, guide spirituel, veut concentrer ses forces à Batoche rebaptisée "ville de Dieu"**. Simultanément, une révolte des  Indiens de Big Bear éclate sur le même territoire mais les rebelles n'ont pas compté avec le chemin de fer qui permet aux troupes d'occuper le terrain avec artillerie et mitrailleuses.
Après quelques escarmouches victorieuse, les rebelles se font tailler en pièce lors de la bataille de Batoche.
Riel, décide de se rendre, comptant sur un procès pour plaider la cause des métis et autochtones et sur le fait qu'il attirera la répression sur sa personne, les autres rebelles pouvant envisager ainsi être amnistiés à court terme.
Le procès sera  confié à un jury anglophone, l'avocat de Riel plaidant la folie, celui-ci le récusera. Riel sera déclaré coupable mais le jury demandera la clémence.
Mauvais calcul, le premier ministre Macdonald déclarant froidement : « Il sera pendu, même si tous les chiens du Québec aboient en sa faveur ».
Riel sera exécuté pour trahison le 16 novembre 1885. 

Et la chanson dans tout ça ?
Louis riel ayant laissé une forte empreinte dans la culture populaire, le fait étonnant, qu'à notre connaissance, on trouve plus de chansons anglophones que francophones. 
Le chanteur et acteur de cinéma Jacques Labrecque (1917/1995) offre une chanson à Louis Riel en 1967 dans le coffret "Chansons folklorique du Canada"




On trouvera ici une série d'hommages en chansons à Riel.
On avoue un faible pour la version de ce sale gosse anglais de Billy Childish.
L'air vous rappelle un vieux tube de Richard Berry ? Z'avez gagné !



Pour conclure, un texte déclamé de Norman Gibeault tiré de "Plaidoyer musical pour Riel ". Merci François !

* Comme Thomas Müntzer, Antonio Conselheiro, Jean de Leyde ou Pougatchev pour ne citer qu'eux.
** Comme à Canudos, Chan Santa Cruz ou Munster.

Ps : Il a pas mal été question de cet épisode dans la bande dessinée "Jésuite Joe" de Hugo Pratt. Une autre BD narre toute l'histoire : "Louis Riel, l'insurgé" de Chester Brown. 


lundi 28 mars 2016

Laya Raki, pin-up d'outre Rhin


Danseuse et actrice allemande des années 50 et 60, Laya Raki s'appelle en réalité Brunehilde Marie Joerns (si !)
Elle est née à Calvoerde en Allemagne le 27 Juillet 1927.  Son petit air oriental lui vient de sa mère, indonésienne de l'île de Java.
La jeune Brunehilde a entamé une carrière d’acrobate en 1938. 
Mais, politique oblige, cette année n'était pas vraiment bien choisie pour monter un cirque ambulant, même si son pays natal allait très vite décider de partir en tournée dans toute l'Europe. 

Elle s'est donc rabattue sur une formation de ballet classique avant de connaître une certaine gloire au grand et au petit écran dans des rôles d'ondulante exotique. On la trouve ainsi en danseuse gitane dans The Adventures Of Quentin Durvard de Richard Thorpe en 1955 ou au côté de Robert Taylor dans Savage Pampas, de Hugo Fregonese en 1966.
La raison pour laquelle nous nous attardons sur la cas de cette pin-up est qu'en parallèle à ses gentils navets et autres calendriers, elle s'était lancée dans la chanson comment dire... séductrice ? Sexy-des-années-60 ? Écrire érotique serait largement exagéré et coquine un chouïa désuet. 
Son 45 tour "Oh Johnny" fut tout de même interdit par le tribunal de Nuremberg au motif que son gémissement extatique imitait un coït (si !).
On va faire l'amour est l'exemple d'une tentative désespérée de la dame pour être reconnue à l'international.
Manque de bol, tout le monde n'a pas eu la chance, ou la malchance c'est selon, d'avoir un Gainsbourg comme compositeur et producteur. Il y avait, de fait, chez notre Loreleï, comme une certaine pesanteur...




Bon ben, manque de bol, la pièce maîtresse ayant été supprimée, voilà le fameux Johnny, faute de mieux. C'était 15 ans avant Nina Hagen...

jeudi 24 mars 2016

Patachou et le hareng ridicule (annonce pour l'émission d'avril)


Cette délicieuse chanson de Patachou se défend assez bien toute seule sans qu'on aille baratiner des explications de texte.
Que dire alors ?
Nada, sinon que c'est paru en 1957 sur le microsillon 4 titres Patachou 6 (Philips 432 156 NE)
Les autres titres étaient La musique, Va pas t'imaginer, et Allume tes lampions.
L'orchestre de Joss Baselli  accompagnait madame Henriette Lesser qui nous  quitta le 30 avril dernier.

Ah, et puis on profite de l'occasion pour annoncer que l'Herbe Tendre d'avril traitera des chansons autour de la prostitution.
En voilà un sujet qu'il est polémique, vaste et fourni !
Ce sera le lundi 4 avril, à 18h sur 92.2 fm à Toulouse, sur canalsud.net dans le reste du monde. 

lundi 21 mars 2016

Du côté du Chat Noir (7) Jehan Rictus




Gabriel Randon dit Jehan-Rictus (1867-1933) était un poète chansonnier du Montmartrois du début XXème.
Proche des anarchistes jusqu’en 1914, Dreyfusard, il sera, comme tant d'autres, contaminé par l'union sacrée et finira son existence en sympathisant monarchiste.
Ses recueils de poèmes, notamment Les soliloques du pauvre (1897) ou Doléances (1900), évoquent l’amour, la souffrance, la mort, le travail, le bistrot, la guillotine...
Il donne la parole aux victimes, vagabonds, prostituées et marginaux.
Lui-même s'était retrouvé à la rue, survivant de boulots minables jusqu'en 1889, année où il fut embauché par la municipalité de Paris avant d'en être renvoyé deux ans plus tard.
Il prit son pseudonyme en débutant au cabaret des Quat'zarts, place Clichy, en 1895, créant un personnage de clochard gouailleur.
Il devint ensuite un habitué des cabarets et des meetings politiques et syndicaux où on l'invitait à déclamer.

Dans ses textes, il a mélangé le parler picard du Boulonnais de son enfance (placé chez des paysans car il n'avait pas été reconnu par ses parents) et l’argot parisien.
Les Soliloques ayant connu un succès immédiat, ils seront réédités en 1903 illustrés par Steinlen, qui a croqué l'auteur ci-contre.
Il plaça chroniques et poèmes dans plusieurs revues : L'Assiette au Beurre, en 1903, Comœdia et Les Hommes du Jour.
Il a publié une dizaine de recueils de son vivant. Son journal et des inédits sortiront à titre posthumes car après, la Première Guerre Mondiale, il n'a plus rien sorti, se contentant de recevoir une légion d'honneur en 1933.
En 1931, il a enregistré trois 78 tours de ses textes.
Marie Dubas l'avait mis en musique dans les mêmes années.
Depuis, il a été repris, entre autre par Monique Morelli.

 
et par Ricet Barrier, pour un très émouvant texte autobiographique sur son enfance pourrie, évoquée dans son unique roman Fil de Fer (1906).

vendredi 18 mars 2016

Parenthèse d'actualité : c'est quand le printemps ?

Rêvons un peu
Puisqu'il faut tout préciser, nous n'avons que mépris pour le salariat, pas pour les travailleurs*.
Enfin, pas pour ceux qui refusent d'être utilisés à marcher sur la gueule des autres.
Traîtres ? Non, logiques avec eux-mêmes.

Aussi, comme à l'enterrement de Vallès**, nous étions, ce jeudi, un fier tas à servir d'escorte à un mouvement encore balbutiant, sympathique à coup sûr mais très mal accompagné.
Qu'à-t-on vu à Toulouse ? Des syndicalistes jouant au flic plutôt deux fois qu'une, des politiques crapuleux qui s'incrustent sans se faire virer, des flics jouant aux flics et, pour finir, une dissolution absurde.
Ça, c'est le côté rageant.
La bonne surprise vient de certains débrayages et de la multiplication d'AG. En espérant qu'elles ne servent pas de dérivatifs pour les bonimenteurs habituels.  
En espérant aussi que la "Hache de Damoclés" de la chanson finira bien par tomber au bon endroit.
Après tout, nous n'y avons qu'un monde à gagner et comme disait un camarade espagnol : "nous n'avons pas peur des ruines."

Ceci posé, avec notre mauvais esprit habituel, on rappellera que nous partageons quelques revendications de base, ici exprimées par l'ex groupe toulousain : les Malpolis

 

* Puisque, faute d'être rentiers, nous en sommes.
** La chanson accompagnant ce lien explique le texte un peu abscons ci-dessus.