mercredi 18 janvier 2017

Rimbaud (5) par Mouloudji et toujours par Ferré


Le jeune Arthur Rimbaud s'est fait paysagiste dans ce poème publié en 1872 dans la revue La Renaissance littéraire et artistique.
Au vu des massacres perpétrés dans la région de Charleville, on se représente plus une scène d'après la bataille de la guerre franco-prussienne de 1870 qu'une image la Commune de Paris qui se déroula fort loin des hameaux et des chemins borgnes.

Mouloudji l'a chanté en 1957 sur une musique de Charles Trenet
Voici sa version
Curieusement, il a supprimé les deux premières strophes :

Seigneur, quand froide est la patrie,
Quand, dans les hameaux abattus,
Les longs angélus se sont tus…
Sur la nature défleurie
Faites s’abattre des grands cieux
Les chers corbeaux délicieux.

Armée étrange aux cris sévères,
Les vents froids attaquent vos nids !
Vous, le long des fleuves jaunis,
Sur les routes aux vieux calvaires,
Sur les fossés et sur les trous
Dispersez-vous, ralliez-vous

Léo Ferré en refit une adaptation, cette fois intégrale, en 1964, sur l'album Verlaine et Rimbaud.

dimanche 15 janvier 2017

Mickey Finn et Nino Ferrer

Il est assez peu fréquent qu'un chanteur aille rendre de vibrants hommages aux musiciens censés le servir. Derrière Nino Ferrer, on a vu défiler une belle brochette à commencer par Manu Dibango ( à l'orgue !) débarqué de son Cameroun en 1967. Mais ce sera sa rencontre avec Michael Finn Waller, (1947-2013) guitariste irlandais, qui va décider notre Nino, qui traverse une de ses crises de mélancolie récurrentes, à retourner à la musique.
Avec lui et une bande de potes de Mickey, issus des Heavy Metal Kids, ils forment le groupe Leggs et enregistrent les albums Métronomie, Nino Ferrer and Leggs, Nino and Radiah, Suite en œuf et des 45 tours qui cartonnent tels La maison près de la fontaine ou Le Sud.

Guitariste éclectique, Mickey Finn avait débuté dès 1963 dans divers groupes dont les Blue Men ou les Heavy Metal Kids. C'est sous son nom qu'il avait obtenu ce succès d'estime en 1967 avant d'enregistrer un album mêlant du garage, du blues et, chose rare à l'époque chez un musicien blanc, du rock steady jamaïcain. Voici donc le très hendrixien "Garden of my mind" qui se fit une deuxième renommée grâce aux compilations Nuggets.


Détail piquant, le nom de scène de Michael évoque l'argot américain de la Belle Époque à Chicago. Là-bas sévissait un certain Irlandais homonyme, Michael Finn, propriétaire du Lone Star Saloon qui s'était fait une spécialité de servir à ses clients des boissons bourrées de sédatif afin de mieux les dépouiller. L'appelation "Mickey Finn est devenue par la suite un sale mélange destiné à déglinguer les toxicomanes adeptes de la piquouze.
Nino avait une telle amitié pour son camarade guitariste qu'il le mit en scène dans plusieurs chanson, en particulier avec ce titre tiré de l'album Ex Libris (1982) : Micky Micky
Ou dans le dernier couplet de l'Année Mozart (album La Désabusion. 1993)  


Mickey Finn a également joué sur plusieurs albums de Jacques Higelin (Champagne, Caviar, À Mogador, etc.) tout en ayant remonté les Blue Men ainsi que divers autres groupes. Il est mort quinze ans après son pote Nino et repose au Père Lachaise.

Une de leur dernière collaboration de 1993 : Notre chère Russie.

 



vendredi 13 janvier 2017

Les beaux conseils de Mononc' Pluplu

Puisqu'on est encore dans le mois des bons vœux,  Michel Latraverse, connu comme Plume, dit Mononc' Pluplu, ex membre de la Sainte Trinité (en compagnie de Pierrot le Fou et du docteur Landry) et d'Offenbach, grand amateur de calembours (son premier album ne s'appelle-t-il pas "Plume plou digne" ?), bluesman émérite, chanteur, auteur, compositeur, guitariste, écrivain, jardinier québécois, nous livre aujourd'hui deux de ses compositions qui devraient vous inspirer bien des projets et de bonnes résolutions. 
Prenez-en d'la graine. 
À vous, Plume avec :
Moé, j'aime pas ça travailler


Ainsi que La journée du chèque, (en l'honneur de ce qu'un sombre politicard nomme la société de l'assistanat et du farniente) qui nous entraîne voguer vers le grand large


 
Et surtout la santé...

Ps, euh, Sainte alliance : Le dernier numéro de CQFD comporte un dossier musique tout à fait réjouissant malgré la brièveté des articles. On y retrouve avec bonheur quelques-uns de nos complices.

mardi 10 janvier 2017

Herbe Tendre de janvier : la grande bouffe

Le banquet des moines et des jésuites (Romeyn de Hogue, 1688)
Vous vous sentez mal remis de vos agapes Saint-sylvestriennes et des diverses nativités ?
Les galopins de l'Herbe Tendre ont donc décidé d'achever votre foie, votre rate, votre vésicule et vos deux intestins en en remettant une couche, en sauce.
Chaud devant :
Nino Ferrer            Il baccalà
Gainsbourg            Mambo miam miam
Prévert/ Mailloux   L'autruche
Juliette                    Le festin de Juliette
Marc Aryan            Les melons
Anne Sylvestre        La vaisselle
Nonnes Troppo       Frites moules
Si bémol et 4 demis  Les vendangeurs
The Splinks             Bilbès
Les Colocs               Pouding à l'arsenic
Chorenslup              Le régime
Pierre Perret            Au Tord-boyaux
Plume Latraverse    La marde
Fred Bongusto         Spaghetti in Detroit

Retrouvez l'émission à cette adresse.
En supplément, la scène de l'énigme


Et Claude Nougaro qui simule une crise de misogynie. 


samedi 7 janvier 2017

Servir Fréhel oui, mais à quelle sauce ?

La vie réserve parfois quelques surprises.
Prenez, par exemple l'émission "L'école des fans" du giscardien, puis chiraquien, puis sarkoziste Jacques Martin qui sévit au petit écran de 1977 à 1998.
On y croisait parfois d'improbables numéros, tels cette séquence du 24 mai 1992, dans laquelle les Garçons Bouchers tentent un hommage à Madame Fréhel.
On la passe pour le côté improbable de la chose.
Amis du bon goût, excusez-nous d'avance.

jeudi 5 janvier 2017

Une reprise de Lee Hazlewood par Marie Laforêt

Barton Lee Hazlewood (1929-2007) était un vrai p'tit gars de l'Oklahoma (en local, on dirait plutôt "Okie from Muskogee").
Ce petit génie écrivit des centaines de chansons, pas tout à fait country, pas tout à fait rock, pas tout à fait variétoche, pas tout à fait cabaret dans un style, que faute de mieux, on appela "saccharine underground". Il a aussi lancé des artistes tels Duane Eddy, Nancy Sinatra ou le légendaire producteur Phil Spector.
Par ailleurs, il fut un tel grognon que le fait d'avoir refusé de faire quelques courbettes au monde du show-biz, le condamna, pour survivre, de passer ses années 70 à écrire des génériques pour... la télévision suédoise.
Son plus gros tube est bien entendu "These boots are made for walking" écrit pour sa complice Nancy Sinatra (la fille de The voice) en 1966.
En 1967, le couple (dont l'élément masculin aimait à se donner des faux airs de Groucho) refait un duo sur l'album "Sugar town". Nos deux crooners s'envoient un succès, "Summer wine", créé à l'origine en compagnie de Suzi Jane Hokum. Voilà l'histoire d'un cow-boy attiré par une créature qui, après l'avoir préalablement fait boire, lui pique ses éperons d'argent. D'ailleurs, il donnerait bien le reste de ses deux bottes pour la revoir et l'aimer encore.


Marie Brigitte Doumenach, reine de la chanson qui se lamente et du regard qui tue en fit une reprise, pour le moins curieuse en 1968, sobrement intitulée "Le vin de l'été ". Elle avait recruté Gérard Klein pour les besoins de l'accompagnement.
Z'aurez donc compris qu'aujourd'hui, on est d'humeur rétro et gentiment mélancolique.

lundi 2 janvier 2017

Dranem, crétin lunaire

Armand Ménard est né (1869) et mort (1935) à Paris.
Après une suite de petits boulots et son service militaire, il fit ses débuts à l'Electric-Concert, au champ de Mars, comme "chanteur comique" le 1er avril 1894, sous le nom de Dranem (anagramme de Ménard). Deux jours plus tard, son cachet était réduit de moitié.
Ses débuts furent plutôt laborieux dans le genre comique troupier, style censé accompagner la reconquête de l'Alsace - Moselle.
En 1896, ayant déniche au puces du Carreau du Temple une petite veste étriquée, un pantalon trop large et trop court, jaune rayé de vert, d'énormes godasses sans lacets et un petit chapeau bizarre, le voilà doté d'un nouvel uniforme. Joues et nez maquillés de rouge, il entrait en scène en courant, comme poursuivi. Il s'arrête devant le trou du souffleur et chantait les yeux fermés, qu'il ne rouvrait que pour simuler la frayeur de débiter pareilles incongruités. Ce fut un triomphe !
Son grand comique découlait du fait qu'il chantait de navrantes énormités sans, semble-t-il, s'en rendre compte, comme si ce que l'on demandait de chanter était la chose la plus importante au monde. Et voilà notre crétin national atteignant la fantaisie d'un Buster Keaton.
En 1905 a enregistré cinq phonoscènes, appareils ancêtres du scopitone qui tentaient de coordonner l'image de cinéma à l'enregistrement phonographique.   
Le voici en démonstration de jiu-jitsu :



Autre particularité du bonhomme : sans être un chanteur proprement homosexuel, il a laissé quelques airs "interlopes" qui sont restés dans la mémoire collective des pas encore gays. Les plus célèbres furent incontestablement « Henri, pourquoi n’aimes-tu pas les femmes ? » ou «Le trou de mon quai » pourvu de nombreuses contrepèteries ou allusions à peine voilées.
Même si elle ne fut pénalement criminalisée que sous Vichy (et ce, jusqu’en 1981), l’homosexualité, à l’époque, ne pouvait être abordée que sous l’angle de la dérision et de manière non explicite pour ne pas choquer les âmes prudes. Dranem s’était donc fait une spécialité de chansons décalées, souvent à double entendement.


Au cours de la Grande Guerre, versé au théâtre des armées : il va chanter dans les hôpitaux. Puis, en 1918, conscient que le music-hall a fait son temps, il se tourne vers le théâtre, l'opérette et le cinéma et devient vite le grand premier comique aux Bouffes-Parisiens (entre autres).
Le chanteur idiot disparaît pour laisser place à un virtuose de l'opérette, genre qui déplaçait alors les foules populaires.
Il jouera donc dans plus de 20 opérettes et 12 films, généralement des nanars, dont un du jeune réalisateur Claude autant-Lara (Ciboulette, 1932).

Le revoilà dans "Chanson sinueuse"


Il meurt en 1935 et est enterré dans le jardin de la maison de retraite qu'il avait fondée pour ses camarades artistes en 1911, la "Fondation Dranem", à Ris-Orangis.