mardi 6 décembre 2016

En décembre, on a chanté les flics

Honneur aux anciens
Fructueux échange entre un policier et le cambrioleur anarchiste Duval :
- Au nom de la loi, je vous arrête !
- Au nom de la liberté, je te supprime ...  (1910)

Après les sommations d'usage, on envoya donc
Yves Mathieu                       Pestaille !
Nanni Svampa                     Al mercato rionale
Bijou                                    P 38
Higelin                                 Les chaussettes à clous
B James                                La police assassine
GAM                                     Allez les gars
Les Frères Jacques               J'emmène les gendarmes
Catherine Sauvage               Pétition d'un voleur à un roi voisin
Alpha Blondy                        Brigadier Sabari
La Bolduc                             Les policemen
Énigme cinématographique
Gnawa Diffusion                  Bleu, blanc, gyrophare
MAP                                     La chasse est ouverte
Mini mix Renaud
Marc Robine                        L'amour qui s'fout de tout
La Rumeur                           P.O.R.C.

L'émission peut s'écouter ou se peau de caster  à ce lien.

« Je crains moins de rencontrer un voleur qu’un homme de la police pendant la nuit. Le premier me prendra ma bourse, mais l’autre me prendra ma liberté. » (Louis Veuillot, 1884)
Si même les bourgeois catholiques l'écrivent, que voulez-vous rajouter ?
Peut-être un dernier avis de René Binamé :


Et un cadeau cannibale de l'ami François qui fait le joint avec notre prochaine émission sur la grande bouffe : une pièce bizarre de Pauline Julien! Illustre chansonnière et femme du dernier péquiste respectable, Gérald Godin. Membre du comité de défense des prisonniers politiques à l'époque du FLQ ce qui était très très osé.



En souvenir de Tonton Marcel

samedi 3 décembre 2016

Camera Silens, du Sham 69 à la bordelaise


Les chanteurs Bordelais sont les rois du fait-divers.
C'est par cet article approximatif que nous avons appris la réapparition de Gilles, ex chanteur de Camera Silens. L'émotion suscitée nous donne l'occasion de revenir un peu sur ce groupe et son époque.
Rappelons que leur nom venait des cellules d'isolement sensoriel dans lequel l'état fédéral allemand précipita les prisonniers de la RAF (Fraction Armée Rouge) pendant des années et qu'ils souhaitaient par là tant marquer leur camp qu'éviter les noms en "ST" qui faisaient alors florès sur la scène bordelaise.
Monté en 1981, le groupe est à la base un trio formé de Gilles Bertin (basse et chant), Benoît Destriau (guitare et chant) et Philippe Schneiberger (batterie).
Détail marrant, en 1982, ils arrivent à la première place d'un tremplin rock ex aequo avec une autre bande de petits nouveaux, Noir Désir (les rois, on vous dit).
Les autres groupes remuants de la scène locale sont alors les Brigades, Strychnine ou Parfum de Femmes qui ne dédaignent pas chanter en espagnol, chose assez peu courante alors.
Mais les Camera Silens, fortement influencés par la vague britannique punk et oï, font dans le street punk et, à l'image de leur modèle héros de la classe ouvrière, Sham 69, sont suivis par un contingent de punks et de skins remuants qui vont vite effrayer les organisateurs de concert. Rajoutons-y une suite d'éjection des locaux de répétition, une situation sociale plus que précaire, quelques emmerdes avec la justice et un entourage marqué par la dope, on comprend mieux le sens de paroles entre urgence, colère, désespoir et rêve du grand coup.
Au passage, s'ils ont d'évidents liens avec les Sham, ils sont également étonnamment proches (paroles et musique) d'un groupe basque espagnol de l'époque, Cicatriz* de Vitoria. On se fréquentait beaucoup des deux côtés des Pyrénées....
En 1983, Philippe parti, ils sont renforcés par Éric Ferrer (basse) et Boubou à la batterie. Ils jouent un temps avec deux basses pour une musique assez froide avant que Gilles ne passe au chant à plein temps.
Après des apparitions sur les compilations "Chaos en France", ils enregistrent un album entièrement auto-produit avec la complicité de Patrick Mathé de New Rose, en 1984, "Réalité".



Et se taillent alors une belle réputation.
Le titre phare, Identité, est repris sur la compilation sortie en décembre 1985, Les Héros du Peuple sont immortels, coproduite par Gougnaf et Kronchtadt Tapes. Ils tournent alors beaucoup avec OTH.
En 1986, Gilles quitte le groupe, il s'évanouira dans la nature suite au très propre braquage de la société de convoyage Brink's à Toulouse début 1988. Multiples ont été les rumeurs et supputations entre temps, à toutes fins utiles on rappelle que, suite à sa reddition, une instruction est à nouveau ouverte et que le silence est d'or.
François Borne (saxophone) rejoint les rescapés et leur musique prend un tour swing, reggae / ska qui va leur donner un certain succès tout en les brouillant avec une partie de leur base historique.
En 1987, sort le six titres "Rien qu'en traînant" authentique réussite.


Minés par une réputation aussi sulfureuse qu'injuste, ils se sabordent en mai 1988. Benoît et Éric vont jouer un temps avec Whodunnit et Mush. Leur manager va s'occuper de Noir Désir.
En 2000 Camera Silens se réunit à nouveau avec Benoît, Eric, Bruno, François et Fred, nouveau aux guitares. Ils enregistrent quatre titres inédits. L'album Réalité ressort en cd en 2003 sur le label Euthanasie, réédité en 2005 en vinyle.
Un bon résumé de leur histoire se trouve dans cet excellent entretien à ce lien.
Merci Arno.
Et un titre qui, même s'il nous avait paru un peu niaiseux au début (T'as vu des roses refleurir au-delà des Pyrénées, ta ?) a fini par nous émouvoir à l'usage. Allez savoir pourquoi.


Dernière précision, je ne sais si c'est le titre "Identité" qui vous excite mais nazillons de toutes sorte qui tournez autour du cadavre de Camera Silens, veuillez retourner dans les égouts d'où vous n'auriez jamais dû sortir.

* En ce qui concerne les Cicatriz, aucun survivant connu à ce jour sur les cinq musiciens, hécatombe assez commune chez ceux de "l'autre côté".

jeudi 1 décembre 2016

Marc Sastre : le blues du travailleur

Le camarade rocker Marc Sastre est l'auteur de sept recueils de poèmes dont les titres forment à eux seuls une suite édifiante : "Aux bâtards de la grande santé", "À défaut de martyrs", "La maison vide", "Soif", "Rien qu'une chute", "Dans l'atelier du monde" et "L'homme percé", qu'il a désormais gravé et mis en musique en compagnie de son camarade Guillaume Navar.

Il a également écrit une déambulation autour de Jeffrey Lee Pierce, fondateur du "Gun Club".

On se fait un plaisir de relayer une petite présentation de son turbin (terme qui le mettrait en joie, n'en doutons pas) : 


Extrait :
Je suis le fils de ceux
qui accrochaient des lumières
sous les nuages des derniers empires.
Le ciel et le temps leur étaient familiers
le froid même les craignait.
Ça se soignait avec de larges rasades de gnôle
étendues de saintes insultes.
Ça inventait parfois des Communes.
Ceux-là, une échelle leur suffisait.
Parfois un barreau venait à céder
il y avait plus d’hommes que de barreaux.
Ceux-là ne sont plus
un ordre en chasse un autre. 


On peut se procurer l'objet à cette adresse.

lundi 28 novembre 2016

En décembre, tout le monde kiffe la police

Flics d'antan

(...) Demain après-demain dans huit jours peut-être
les bruits des plaques d'égout sautant sur la gueule des flics
tailleront dans le ciel autant de bleu qu'il en faut pour
la tête de la plus jolie femme du monde. 
Benjamin Péret "Rendre l'âme" (1934)

En Espagne on les appelle "chiens", aux États-Unis "gorets" après les avoir nommés "bœufs", en France "poulets", "vaches", "bourriques" ou "perdreaux" et il y a longtemps "hirondelles". Prolongation de notre émission animale ? Nullement.
Le bras armé de l'État a toujours usé de méthodes qui ont fait sa renommée et, de ce fait, entretenu avec la populace des rapports aussi riches que variés.
Qui se reflètent évidemment dans la chanson populaire. On rappelle qu'une très recommandable anthologie sur le sujet est sortie l'an dernier.
Et c'était avant la "loi travail" et les manifs de policiers qui veulent qu'en plus on les aime (et il nous resterait quoi à nous?) Nous nous inspirerons donc de cet ouvrage salutaire pour faire un tour chez nos policiers et peut-être ceux des autres.

Ce sera le lundi 5 décembre à 18h sur le 92.2 de Radio Canal Sud.

En apéro, un extrait du film de Ray Gange "Rude boy" où l'on constate que la seule évocation des bourres met le regretté Joe Strummer en transe.


The Clash (Live) Police And Thieves (Rude Boy) par caro-ole07

Et d'aujourd'hui

vendredi 25 novembre 2016

Carco, Mac Orlan et leurs airs de caserne

Enregistrés à la radio en 1950, des airs de Mac Orlan chantés par Laure Diana accompagnée d'un accordéoniste, sont présentés par nos deux poètes, ci-devant montmartrois.
Ici, on nage dans la nostalgie du biffin (on disait alors assez peu bidasse) avec sa vérole, son cafard, ses cors aux pieds, ses aventures coloniales et les filles à soldat. Surtout les filles à soldat, d'ailleurs.
Ce troupeau servira de chair à canon en masse pendant les quatre années d'une guerre qui allait en finir avec les derniers débris de romantisme populaire pour annoncer un futurisme tout empreint d'acier et de gaz.
Pierre Mac Orlan, qui avait morflé d'une "bonne blessure" (celle qui vous renvoie dans votre foyer à peu près "intact") devant Péronne, lors de la bataille de la Somme en 1916, en savait quelque chose.
Les quelques habitués de ce blog connaissent déjà plusieurs de ces chansons mais l'interprétation de Laure Diana est parfois fort différente des habituelles.
Dans l'ordre, elle chante Bel-Abbès, La belle de Mai, Marie-Dominique, Fanny de Lannion, Nelly, Rose des bois.


Richard Anacréon, Pierre Mac Orlan, Marceau Verschueren et Francis Carco (Denise Colomb, 1949)


Dans un tout autre ordre de chose, l'année de merde continue : disparition la même semaine de Paul Tourenne (le plus petit de la bande) et de Sharon Jones. Y'a des jours comme ça où on aimerait que la faucheuse choisisse un peu mieux ses cibles.

lundi 21 novembre 2016

Bijou et Bijou SVP


C'est en 1976 que Philippe Dauga, bassiste et chanteur, Vincent Palmer, guitares, chant et lunettes noires, et Dynamite Yann à la batterie, sortent de leur cave avec l'ambition de changer la face du rock hexagonal.
À cause de leurs costards et de leur rhythm'n blues nerveux, on les a d'abord pris pour des mods à la française alors qu'ils s'apparentaient à merveille à la vague de groupes de pub rock (rock de bistrot, quoi) qui secouaient les cocotiers (sic) d'outre-manche : Dr Feelgood, Eddie & the Hot Rods, Count Bishop, Sean Tyla Gang, etc.
Et d'ailleurs, tout ce petit monde du tchacapoum de comptoir et du punk naissant va se retrouver aux deux premier et uniques festivals punk en France, ceux de 1976 et 1977 à Mont-de-Marsan. Bijou y a fait des apparitions remarquées.
Contrairement à la plupart des rockers de l'époque, Bijou n'a jamais renié ses grands ancêtres, ici par exemple : 
 
C'est en reprenant les "Papillons noirs", de Gainsbourg qu'ils s'acoquinent avec l'auteur au creux de la vague et le font regrimper sur scène pour leurs rappels. Reconnaissant, il leur écrira Betty Jane Rose en 1978.
Les voici ici réunis. Et puisqu'on citait, Dr Feelgood, nos petits gars de Juvisy ont carrément emprunté le riff de "Watch your step" au maître Wilko Johnson. On la passe en hommage aux nouveaux maîtres des USA.


Mais le parolier attitré du groupe était essentiellement Jean-William Thoury, manager du groupe. 
Malgré un succès d'estime et quelques semblant de tubes comme "Rock à la radio", "Danse avec moi" ou " Ok Carole", ils se sont retrouvés victimes de la vague anti-rock des lamentables années 80. Et ils sombrèrent dans la tourmente.
Mais dans les années 2000, Dauga a remonté les Bijou SVP (lire Sans Vincent Palmer).
Il tourne encore avec Frantz Grimm (gtre) et Jo Mathis (Batt.) et ça continue (presque) comme avant. Quoi ? Le rock, une musique de vieux ?
On les retrouve avec le gars Didier Wampa en invité.