vendredi 28 août 2015

Le temps des beatniks

Et l'art du dernier mot. 

Comme il est fort bien conté dans le très recommandable livre de Jean Monod, c'est au milieu des années soixante qu'une nouvelle tribu s'affiche en France : les Beatniks.
Superficiellement inspirés par les ouvrages de la beat generation américaine (Kerouac, Ginzberg, etc.) ils déboulent ici alors que le jazz de leurs inspirateurs fait déjà office de "musique à papa" ou plus simplement d'environnement sonore pour la bourgeoisie intellectuelle.
Le terme beatnik, construit à partir de l'expression jazzy beat et du satellite russe Sputnik, était initialement péjoratif, cherchant à faire croire que les beats étaient une communauté d'illuminés communistes en pleine période de maccarthysme. Rejeté par Kerouac, ce mot sera pourtant recyclé par les hippies.
Au niveau de la chanson, un paquet de jeune gens vont se jeter, avec plus ou moins de bonheur, sur cet air du temps leur permettant de déborder les niaiseries yé-yé.
Ses deux représentants les plus populaires seront sans conteste l'abbé Hugues Aufray, qui recyclait le Dylan des débuts et Antoine, accompagné des excellents Problèmes, qui s'inspirait, et pas qu'un peu, des délires zazous de Treinet.
Voici un exemple de manifeste beatnick par ce monsieur qui faisait très bien semblant de maîtriser son harmonica :

Du côté de la résistance à ce qu'il faut bien qualifier de mode, on trouve l'énervé de service : Régis Barly

 Mais qui est donc ce Régis Barly ?
Un blouson noir recyclé dans le rythm'n blues ? Un authentique patriote dernier défenseur de Johnny Halliday et de la baston du samedi soir à deux pas des autos tamponneuses ?
Un prolétaire agacé par le recyclage à fleur des petits blousons dorés ?
Mystère et boule de gomme...
Nous ne pouvons ici reproduire que le verso de la pochette de son premier 33 tour de 1966 humblement intitulé "Qui êtes-vous Régis Barly ?" (mais oui, qui es-tu mon gars ?)
Le vindicatif ne commettra d'ailleurs que ce disque accompagné de trois 45 tour dans la même année. Voilà qui ressemble fort à une carrière lancée en fanfare pour stopper brutalement. Mais on n'en sait pas plus. Si quelqu'un a des tuyaux...

On avait passé ce petit glaviot plein de mépris en fin d'émission de mars 2013 et on ne résiste pas à la joie d'en remettre une couche. 

Les deux chansons ici présentées n'eurent évidemment aucun succès en radio.
Peut-être la faute à leurs derniers mots, un peu déplacés dans la France du Général ?

2 commentaires:

  1. L'étymologie de beatnik dans sa liaison avec le Sputnik est capillotractée (comme on dit aujourd'hui). Voici ce que dit le TLF. Beatnik : Anglo-amér. beatnik formé av. 1960 aux États-Unis, mot hybride créé à partir de l'adj. anglo-amér. beat « éreinté, épuisé » (forme réduite du part. passé beaten du verbe to beat « battre ») et du suff. yiddish d'orig. slave -nik (indiquant le lien d'une pers. avec une chose précise, son engagement) d'où l'emploi de l'adj. beat en arg. « foutu, paumé » dans les syntagmes concernant les beatniks : beat jargon, beat generation, beat poet (KLEIN Etymol.; Webster's, s.v. beat, beatnik, nudnik).

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  2. Voilà qui m'a l'air beaucoup plus raisonnable comme étymologie.
    J'avoue que j'aimais bien le côté "commies" mais vous avez certainement raison quant à l'emploi de l'argot yiddish.
    Je profite de l'occase pour glisser ce classique de 1959, de Bob Mac Fadden par lequel on constatera à quel point Richard Hell, un des pères autoproclamés du punk, avait tout pompé avec son "Blank generation;"
    Jules

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