lundi 22 février 2016

Hommage à George Orwell



Orwell milicien du POUM, qui dépasse un peu au fond à gauche. On comprend mieux comment le bougre se prit une balle dans la gorge dans une tranchée du front des Monegros
De nos jours, tout le monde, ou presque, se réclame de George Orwell, libéraux en manque d'affection, énarques sans imagination, réacs de la Manif pour tous qui croient avoir trouvé une traduction potable à "commmon decency", technophobes variés, anticommunistes attardés, va-t'en guerre qui en appellent à ses interventions à la BBC, journalistes en manque de bons titres et même la plupart de nos bons camarades.
Curieuse postérité que celle d'Éric Arthur Blair !
Se retrouver ainsi cuisiné à toutes ces sauces nauséabondes après défendu, sa vie durant, un socialisme anti-stalinien, professé le plus souverain mépris pour l'impérialisme britannique (et donc tous les autres, par extension) et avoir tenu des positions politiques au nom de la lutte de classe et de l'éthique.
Partant du respect que nous inspire l’œuvre et la pratique de l'homme, nous ne pouvons que déplorer un autre malentendu persistant : celui  entre Orwell et la musique.
Généralement, on l'a réduit au roman 1984 et ça a donné un certain nombre de chansons (ou de films d'ailleurs*) grandiloquents, pour ne pas dire grands guignols, généralement pourvus d'une esthétique douteuse.
David Bowie n'est en la matière qu'un exemple parmi tant d'autres avec son Diamond Dogs assez maladroit car trop caricatural.

Une exception de taille restera celle du premier 45 tour du Groupe Passion Fodder (jeu de mot sur "canon fodder", en français, chair à canon) intitulé Freedom is slavery qui nous avait ému tant par sa sincérité que par la pertinence de son propos replaçant l'écrivain dans le contexte de sa Guerre d'Espagne jusqu'à la chasse aux sorcières menée par les dogues de Mac Carthy.
Ok, c'est chanté en anglais mais ce groupe parisien, né sur les ruines du défunt Orchestre Rouge, était à notre goût, un des seuls à proposer une new wave écoutable (ou était-ce du post folk ? On s'en fout !) d'où leur place ici.


Né en 1985, ce groupe était formé du romantique américain Théo Hakola au chant, de Lionel Dollet à la guitare, de Pascal Humbert à la basse, de Nicolas Magat à la batterie et de Bénédicte Villain au violon. Ils se sont séparés en 1992. Depuis, Hakola poursuit sa carrière en solo.
Autre belle chanson de ces jeunes gens assez littéraires : "Heart hunters", hommage au roman de Carson Mc Cullers, The Heart is a Lonely Hunter publié en 1940.



* La seule adaptation intelligente de 1984 étant à notre humble avis, Brazil de Terry Guilliam (sorti en...1984, comme par hasard.)

2 commentaires:

  1. J'ai beaucoup d'estime pour Orwell mais ça m'étonne qu'on s'étonne de cette "curieuse postérité". Sa critique du totalitarisme et de la bêtise et l'aveuglement des intellectuels de gauche ne doit pas, je pense, le faire passer pour un type irréprochable. Sur la question des moeurs (défense de la famille traditionnelle, contre l'avortement) il était pas marrant marrant le orwell (les raisons sont peut-être à chercher dans son rapport conservateur à "la nature", à l'idée qu'il se faisait de la mythique nature, je ne sais pas). Il avait aussi un côté patriote pas très clair. Toute l'ambiguïté d'orwell, me semble-t-il - ce pourquoi il est aujourd'hui récupéré par toute une frange de gauchistes réactionnaires (Michéa, la bande à Ragemag, etc.) - peut être résumée dans cette affirmation qui prête à confusion : "la vraie distinction n'est pas entre conservateurs et révolutionnaires, mais entre autoritaires et libertaires" (pour ma part, je pense que la vraie distinction est à faire entre libertaires et autoritaires/conservateurs). De plus, son concept de "common decency" est quand même très très floue, et encore une fois ambigüe . Bon, en même temps, je ne suis pas un spécialiste d'Orwell et je continue à saluer sa clairvoyance anti-totalitaire qui manque aujourd'hui cruellement à pas mal de gauchistes. Je me permets de commenter cet article parce que je lisais il y a deux jours le "studio de l'inutilité" dans lequel Simon Leys, grand admirateur/commentateur d'Orwell affichait, au nom d'une critique de la décadence de la société moderne, de la défense de la "morale sexuelle", son opposition au projet du "mariage pour tous". Michel

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  2. Estimé Michel
    On pourrait bêtement répondre par le "nobody's perfect" mais ce serait bien insuffisant.
    N'étant pas plus spécialistes que ça, on voulait juste souligner que ce type a été bien plus clairvoyant et conséquent que la plupart de ses contemporains.
    On peut par ailleurs ne pas adorer cette mystique de la nature qui n'est sans doute qu'un prolongement des romantiques britanniques, témoins enragés de la révolution industrielle (ce n'est qu'une hypothèse).
    De là à en faire, comme certains crétins, un "anarchiste tory" il semble qu'il y ait comme un gouffre.
    Quant au côté moralisateur et déplaisant du bonhomme, n'est-il pas commun à la plupart des révolutionnaires prolétariens de ce temps ?
    Comme nous n'avons ni héros, ni maîtres à penser, on préfère se rappeler que cet Anglais issu du meilleur monde n'a jamais eu la moindre condescendance vis à vis de ces camarades qu'ils soient espagnols ou mineurs gallois, par exemple. Ce qui n'est déjà pas si mal.
    Ceci dit, il est bon de rappeler les contradictions et limites des gens qui nous importent.
    Merci pour ça.
    Jules

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