mercredi 14 octobre 2015

Damia, Billie Holliday et la légende de la chanson qui tue

Et celle de la chanson qui poussait au suicide, vous la connaissez ?
Si, si, cet air vous dira quelque chose.
Reszö Seress
À l'origine, un musicien de jazz Hongrois, Reszö Seress, écrit une ballade mélancolique en honneur à ses chers disparus. On est en 1933 et l'air en question, Szomorú Vasárnap, se retrouve assez vite interdit de présence dans les différents établissements de Budapest, les directions craignant que cette chanson déprimée n'aille pousser une clientèle quelque peu imbibée au suicide.

Étrange destinée que celle de Seress, (ou Rudolf Spitzer). Juif, gosse de pauvres, pianiste autodidacte, trapéziste, déporté par les nazis, il survivra après avoir été pianiste au camp (sur une main suite à une blessure). Il écrira de nombreuses chansons toutes plus cafardeuses les unes que les autres (beaucoup à la gloire de l'ivresse) ainsi qu'une dédiée au Parti communiste Hongrois. Il mettra fin à ses jours en 1968 en s'étranglant avec un câble.
Malgré, ou plutôt grâce à sa réputation mortifère, la complainte fut vite adaptée hors de Hongrie (au Japon, en Russie, en Corée, etc.)
En France, c'est Damia qui s'est chargée de chanter ce morceau taillé sur mesure pour ses accents tragiques sous le titre "sombre dimanche" en 1936.
Mais ce furent les rois de la pub, les Américains, qui en remirent une couche au sujet de la "chanson hongroise qui pousse au suicide". En pleine crise, le Britannique Paul Robeson adapta la version française en "gloomy sunday" (plutôt glauque que sombre, donc). Elle fut bannie des ondes de la BBC en 1941 afin de ne pas trop démoraliser front et arrière.
L'immense Billie Holiday en fit, cette année là, cette splendide version.

Depuis la chanson qui tue aura connu plus d'une cinquantaine de variantes. Divers cinéastes ont utilisé la chanson tueuse sans que les statistiques des suicides n'aient vraiment varié.

8 commentaires:

  1. Magnifique chanson, inoubliable... Merci pour la petite histoire que je ne connaissais pas.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci.
      J'avoue avoir une certaine tendresse pour la version de Marianne Faithfull que vous trouverez ici.
      jules

      Supprimer
    2. Joli ! J'ai, de mon côté, découvert cette chanson dans cette version : https://www.youtube.com/watch?v=UKAQ3EbRn_g
      C'est autre chose...

      Supprimer
    3. Damned ! Voix mise à part, on se croirait chez Nick Cave.
      J

      Supprimer
  2. Et celle de Serge Gainsbourg en 1987!

    RépondreSupprimer
  3. Exact, Anonyme.

    Je crèverai un sunday où j'aurai trop souffert
    Alors tu reviendras mais je serai parti
    Des cierges brûleront comme un ardent espoir
    Et pour toi sans effort, mes yeux seront ouverts
    N'aie pas peur mon amour s'ils ne peuvent te voir
    Ils te diront que je t'aimais plus que ma vie

    RépondreSupprimer
  4. Les chansons qui poussent au suicide ont eu un bel avenir depuis, surtout aux States : durant l’été 1990, le groupe Judas Priest est inquiété dans l’affaire du suicide de deux jeunes américains de Reno (survenu en 1985) : James Vance (20 ans) et Raymond Belknap (19 ans). Le 23 décembre, Vance et Belknap sont allés dans la cour d’une église de Reno. Belknap s’est tiré un coup de fusil sous le menton et est mort sur le coup, Vance fit de même mais a survécu au coup de feu avec un visage mutilé. Il est mort trois ans plus tard, visiblement à cause des trop fortes doses d’analgésiques qu’il prenait. Les parents des deux garçons accusent donc le groupe d’avoir inséré des messages subliminaux inversés (des paroles en écoutant les chansons à l'envers) dans le morceau Better by you, Better than Me figurant sur l’album Stained Class. Ils prétendaient que l’on pouvait y entendre les mots do it (en fait une reprise de Spooky Tooth), qui leur ont commandé de se suicider. Le groupe est relaxé.

    RépondreSupprimer
  5. On trouvera la version originale de Rezso Seress ici.

    RépondreSupprimer