samedi 25 janvier 2014

MAGALI NOEL se déchaîne



En mai 1956, Michel Legrand ramène des États-Unis quelques disques d'un genre qui fait fureur : le rock and roll. Bien qu'hostile à ce nouveau rythme, qu'il assimile à « une sorte de chant tribal ridicule, à l'usage d'un public idiot », Boris Vian décide de le parodier.
 En octobre 1956, c'est au tour de Magali Noël d'immortaliser des rocks « pionniers » de Boris Vian (musiques d'Alain Goraguer) : Strip-rock, Alhambra-rock, Rock des petits cailloux (un clin d'œil aux Petits pavés de Paul Delmet) et, surtout, Fais-moi mal, Johnny, « le premier rock sado-maso », selon Georges Unglik, dont l'action est jubilatoirement commentée par un voyeur, Boris Vian lui-même (« Il va lui faire mal, il va lui faire mal ! »). Géniale chanson qui permet d'apprécier l'interprétation toute en nuances de Magali Noël
Pour Boggio, « Magali Noël et Boris se sont entendus pour produire une sorte de contre-pied féminin au machisme du rock américain. En un sens, Fais-moi mal, Johnny est même un rock pré-féministe. Une femme crie son appétit. Cela change. »
Johnny : un prénom à la mode dans les chansons du milieu des années 50, bien avant qu'un certain Jean-Philippe Smet ne s'en empare... Édith Piaf le popularise dès 1953 avec Johnny, tu n'es pas un ange, puis c'est Johnny guitare, le thème du western de Nicholas Ray dont Peggy Lee fait un standard. En 1956, Boris Vian écrit Surabaya Johnny pour Catherine Sauvage, d'après un song de Bertolt Brecht et Kurt Weill. Le Johnny de la chanson de Magali Noël s'ajoute donc à cette galerie de « mecs », mauvais garçons ou voyous au grand cœur...



C'est sur la scène de l'Olympia, à l'occasion d'un mémorable Musicorama, que Magali se rend compte de l'impact de ses chansons. Sa tenue conforte son image de vamp : « J'avais une robe en dentelles, vert acide, tout à fait comme les robes que portait Marilyn, des robes assez décolettées avec des petites bretelles... Je portais des talons très haut et j'étais très rousse. C'était démentiel ! »
Deux minutes avant d'entrer en scène, un responsable d'Europe n° 1 vient la voir, l'air désolé : « Magali, les chansons de votre répertoire sont à l'index... Si vous voulez les chanter, il vous faudra remplacer les passages osés par "C'est censuré", ou alors ne rien dire... » D'abord paniquée, Magali accepte le défi : « Je rentre en scène et j'attaque avec Le rock des petits cailloux. Ça ne se passe pas trop mal. J'enchaîne avec Strip rock et enfin avec Fais-moi mal, Johnny. Et là, au lieu de dire : "Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny / Envoie-moi au ciel, zoum !", je chante : "Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny / C'est censuré, zoum !" Et toute la chanson comme ça ! »
Il y a de l'électricité dans l'air... « La moitié de la salle commence à me siffler, à m'envoyer des papiers et même des tessons de bouteilles. C'était affreux, mais l'autre moitié m'applaudissait ! Je me suis brusquement rendue compte que j'étais devant des gens déchaînés et j'avais les jambes qui commençaient à trembler... » De part et d'autres des coulisses, Gilbert Bécaud et Eddie Constantine l'encouragent : « Tiens le coup, Magali, tiens le coup ! » « Alors, je suis restée jusqu'à la fin de mon tour de chant et j'ai même quitté la scène en envoyant des baisers au public, sous une pluie de hurlées... C'était extraordinaire ! »


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